Incidents à la Villeneuve de Grenoble – 2

J’étais là et j’ai tout vu.
Deux gamins –quatre ou cinq ans– qui jouaient aux billes. Apparemment tranquillement, mais que se passait-il en réalité dans leur caboche ?
Sur un carreau d’enfer du plus petit, la pyramide a explosé et une bille de terre –sans doute héritée d’un arrière grand-père– a violemment éclaté en trois morceaux, je peux témoigner. Du moins en ce qui concerne ceux visibles, tristes débris de ce qui fut peut-être une héroïne en son temps. Le plus grand des deux mioches s’était mis à hurler, comme quoi l’autre lui avait crevé l’œil. Son œil gauche, le plus pointu pour viser, celui qui lui avait valu de rafler une si grande quantité de billes que son frère, plus grand, avait fourguée à un trafiquant de crainte que leur mère ne dérape sur le tapis instable de billes éparses  qui roulaient de façon aléatoire dans leur appartement.
Sortant un tube d’Araldite rapide de sa poche pour réparer les dégâts, le plus petit –Enzo– s’était vite rendu compte qu’il manquait un morceau. Certes bien petit, mais suffisamment important pour que la bille, SA bille, ne puisse retrouver son intégrité.
Comprenant que la particule manquante était à l’origine des cris de Rayane (le plus grand, chacun l’aura compris), il s’était approché de son camarade de jeu.

« I manque un petit morceau. Rends-le moi »
— Ben viens le chercher si t’es un homme.
— Et toi t’as même pas de quéquette, que tu chiales comme une fille.
— Ben toi t’es qu’un trou du cul et mon frère i va te torcher. Pis d’abord j’chiale pas.
— Et ben mon frère à moi i va t’mettre tout nu et i’z’y verront tous que t’as pas de quéquette.

Les deux frangins étaient accourus. Deux grands, entre six et huit ans. Nassim, le frère d’Enzo, et Karim, celui de Rayanne. Alors qu’armé d’un mouchoir douteux Nassim était sur le point de récupérer le morceau de terre cuite dans l’œil de Rayanne, Karim s’était jeté sur lui. Une brève lutte sans gravité s’en était suivie. Tous-deux s’étaient mesurés du regard et de la voix, en en profitant pour appeler leurs plus grands frères de dix-douze ans qui fumaillaient tranquillement sur leur balcon.

Marouane, le frère d’Enzo et de Nassim était arrivé avec deux copains : Erwan et Momo. Khaled, le frère de Rayanne et de Karim avec trois : Nasser, Samir et Djoé, un petit rouquin taillé comme une enclume, cigarette au bec.
Les deux groupes s’étaient jaugé, mais chacun étant incapable de juger lequel aurait l’avantage, au cas où, Marouane avait envoyé un texto à Rachid (son frère aîné) pendant que Khaled avait passé un coup de fil à son grand frère, Mustapha, de son portable.

Cinq minutes plus tard, alors que les belligérants se faisaient face en s’adressant invectives, injures, gestes obscènes et pierres, une vingtaine de gars débarquaient. Des grands. D’au moins quinze ans.

L’affrontement semblait inévitable. Je peux en témoigner.
La tension était à son comble, entretenue par le feu des invectives.
De la fenêtre de sa chambre, Ahmed, le père de Rachid, Marouane, Nassim et Enzo leur avait demandé d’arrêter ce chahut, sans résultat. Du balcon d’en face, Mohamed, le père de Mustapha, Khaled, Karim et Rayane leur avait dit de se calmer, sans plus d’effet.
Les choses en étaient là lorsque deux furies armées, l’une d’un torchon, l’autre d’un balai, avaient débouché sur le parking où les deux groupes avaient commencé à se mettre en branle pour l’affrontement. Une poussette abandonnée et une poubelle avaient pris feu à cause de la canicule, selon certains, mais les deux furies avaient une autre version, et elles ne voulaient plus de ça.

Volées de coups de torchons et de coups de balais y sont allé bon train, je peux témoigner.
Sarah et Aïcha, les mères d’Enzo et de Rayanne, non contentes de disperser leurs sales gamins et leurs sales copains les ont poursuivis les uns après les autres, les ont torchonnés, bastonnés et balayés, mieux que ne l’aurait fait un Kärcher.

« Et maintenant, filez à la maison ! » avaient-elles dit en chœur. « Et il va y avoir des explications. »

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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