Ressemblance

Si j’étais quelqu’un qui me ressemble je me ferais passer pour moi sans que personne ne s’en rende compte, pas plus que je ne m’en rendrais compte. « Il trompe bien son monde » diraient certains sans savoir que je serais là à écouter ce qu’ils racontent, tandis que d’autres, n’ignorant rien de ma présence préféreraient se taire pour ne pas dire de sottises ou quoi que ce soit d’autre qui pourrait me vexer, même si cela ne me ressemble pas de me vexer.

Ceci dit je ne vois vraiment pas l’intérêt qu’il y a à se ressembler, surtout s’agissant de moi. Pour d’autres qui vaudraient le coup à cause d’un paquet de qualités que je n’ai pas, je ne dis pas, mais pour moi, et je me connais, il ne vaudrait mieux pas, à moins que subitement je me retrouve affublé de ces qualités dont je suis dépourvu, vacherie de vie. Ou à moins qu’aussi subitement je me mette à m’aimer, moi, et aimer cet autre moi-même, probabilité extravagante, soyons sérieux.

Si maintenant je rencontrais quelqu’un qui ne soit pas moi mais qui me ressemble trait pour trait au point qu’il pourrait y avoir confusion, d’abord je changerais de trottoir. Il faudrait donc que cela se passe dans une rue. Une ruelle ne ferait pas l’affaire : trop étroite, les services municipaux n’y auraient aménagé aucun trottoir. Bien évidemment cet autre moi-même me singerait. Je me féliciterais de n’avoir pas oublié de me munir de quelques bananes, à condition d’y avoir pensé. Un nombre paire de bananes, une pour chacun de moi. Je n’aurais rien mangé depuis plusieurs heures, aussi aurions-nous faim. Je le laisserais les peler, il me vaudrait bien ça. « B – A – N – A – N – E » articulerait-il triomphalement. Je lui ferais remarquer l’absence incongrue d’une S, la lettre, pas le croc de boucher où on accroche l’agneau pascal, la dinde de Noël, le lapin de garenne, la colombe de la paix, le mouton cadet, le porc du salut, le veau en velin et le cochon-dinde, un drôle de bestiau hybride. Pas le bœuf, destiné à rejoindre le toit qui surplombe la voie ferrée, et d’où, larme à l’oreille, il entendra passer le train.
Nous marcherions en devisant sur le cours du hyène ou du taulard, nous billevésérions en nous tapant sur les côtes et aurions vite fait de nous donner de grandes tapes sur l’épaule, sud pour ma part car je marcherais devant, face au soleil, nord pour lui car je lui ferais de l’ombre. J’attendrais que le soleil s’approche de l’horizon, l’heure où s’allongent les ombres en se creusant. Lorsque le trou serait assez grand et profond pour contenir ma copie, je n’aurais plus qu’à l’y jeter.
Confirmation serait faite qu’il n’y a aucun intérêt à se ressembler pas plus qu’il n’y en a à ressembler à qui que ce soit, surtout si ce qui que ce soit n’est autre que soi-même, moi-même ou vous-même. Nous-même ? Je ne sais pas.

 

Publicités

A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
Cet article, publié dans folie, identité, philosophie, Uncategorized, est tagué , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Ressemblance

  1. wozaly dit :

    Ma bouche bée, les bras m’en tombent, les fourmis dans mes pieds,
    les jambes a mon cou, tant de génie m’éclate…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s