Clodo, terroriste et élections

Aujourd’hui, maintenant qu’on est après l’Avent puisque Noël c’est du passé, je peux le dire : je ne suis pas un terroriste. Je l’aurais dit avant que ça aurait été mal interprété, surtout si ça avait été au cours d’un voyage aux USA où on n’aurait pas hésité à me coller au frais, façon de parler, à Guantanamo.
Ce n’est pas que je n’aurais pas aimé être terroriste, mais l’histoire des gonzesses qu’on est censé trouver au paradis, je n’ai jamais réussi à y croire. Alors quel intérêt ? Sans compter qu’au cas où ce ne serait pas un conte des mille et une nuits, avec Allah dans le coin je ne sais pas dans quel état elles seraient, les vierges…

Notez que je m’en sors bien, parce qu’avec les élections qui pointent le bout de leur nez, je voterais pour qui, je vous le demande, si j’étais un terroriste. Franchement je préfère être à ma place qu’à celle du zigoto d’à côté que l’on sait en être un, surtout les flics et la justice, mais comme il faut pas fâcher, hein…

Bureau de vote. Le mec il y va puisqu’il faut y aller sous peine que si tu n’y vas pas c’est mauvais pour l’image de marque et qu’une mauvaise image c’est la porte ouverte au soupçon. Et pour peu que tu ressembles à rien…
Il entre dans l’isoloir avec les pubs qu’il a raflées sur la table prévue à cet effet, et puis il fait quoi ? Je ferais quoi si j’étais à sa place ? Je serais dans la merde, ben tiens ! Maintenant, et vu que j’en ai rien à faire du gus en question, qu’il se débrouille avec sa conscience de citoyen.

Moi, ma conscience, il y a longtemps que je me suis assis dessus. C’était après mon premier, dernier, et donc seul voyage aux États Unis, du temps où il valait mieux ne pas citer Aragon si on ne voulait pas se faire encastiller embastiller. Les poèmes d’Aragon, j’avais oublié, alors j’avais cité quelques vers de Staline en levant le verre à sa santé. Vouai, je me suis assis sur ma conscience, mais entre nous, ni plus ni moins que ceux qui claironnent se sacrifier pour le pays en se portant candidats à des élections, genre présidentielles.

De toute façon je n’ai pas l’étoffe d’un terroriste. Le pouvoir ne me provoque aucune érection ; je n’ai aucune aptitude à cirer les bottes d’un illuminé détenteur d’une vérité suprême ; je ne braille ni le nom de Dieu ni celui d’un quelconque guide qui se prend pour un dieu ; je ne brandis aucun drapeau de pirate de pacotille comme cette serpillère noire et blanche tout juste bonne à pomper la merde d’effroi que les fous de dieu lâcheront au moment de rendre leur extrait de naissance à Qui de droit réjoui de les voir partir en fumée. Et si je mets de côté que je suis le résultat du croisement entre une génitrice et un géniteur, je ne suis en rien un Croisé.

Bon, revenons à nos aux élections. Bureau de vote. Pas grand monde. J’entre. Je rafle une chiée de ces bouts de papier où se présentent les candidats tout proprets sur leur photo. Au poil, ça fera pour me faire un petit feu et me réchauffer les doigts. L’isoloir. Je m’isole en tirant le rideau. Je bourre mes poches des papelards que vomit la corbeille. J’en glisse un au hasard dans l’enveloppe, je sors. Direction l’urne. D’où je me fais poliment virer après qu’on m’ait expliqué le pourquoi et qu’on m’ait montré le comment en m’indiquant la sortie. L’armée est là, la police veille, les gendarmes sont en planque : méfiance.

Il pleut comme vache qui pisse. Direction le centre ville, au bureau de vote de l’école Jules Ferry. Sûr que c’est bourré, là-bas. J’y serai à l’abri. Le bureau de vote ferme à 20 heures, l’heure du JT.

Que je sois clodo, SDF (en langue de bois) ou moins pire, je sais une chose : quel que soit celui qui présidera demain à nos destinées, ce soir et les suivants, c’est pas le caviar qui étouffera ceux que la société a largués (ce qui se comprend, car reconnaissons qu’un pauvre, ça pue), ni un bon pinard bouché qui leur fera oublier. Des journaux, un carton, une encoignure de porte, une bouche de métro feront l’affaire pour la nuit.
Non, je ne suis pas un terroriste. Ce qui n’empêche personne de me regarder méchamment en coin et de s’écarter de mon chemin avec des mines d’épouvante, de réprobation ou de dégoût si je suis un clodo. Un clodo, ça se voit ; un terroriste, ça se fond dans le paysage.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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