Les derniers écrits parus sur les blogs de Pierre C.J. Vaissiere


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«Ecrits pas regardants»
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00_ecrira_inactif03/01 – Un camp de vacances avant Noël
00_pas_regardants_actif26/01 – Gare à la grippe, gare à la gastro
00_aurait_pu_inactif28/12 – Un calendrier pour des temps de bonheurs
00_retour_chariot_inactif22/12 – Les bouquets écarlates
00_brulot_inactif26/01 – Qatr-Qar, porcs dépravés et Blanche Neige
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Gare à la grippe, gare à la gastro

Qu’il n’y ait pas de neige n’empêche en rien que janvier ou pas loin soit le mois du blanc, comme mai est celui de Marie, notre bonne mère à tous et à Jésus, ce malheureux abandonné par son père, Dieu ait son âme.
Draps, serviettes éponges, taies d’oreiller, housses de matelas et alèses (qu’on devrait plutôt écrire à-l’aise) négociés à bon prix auprès d’un marchand de draps, serviettes éponges, taies d’oreiller, housses de matelas et alèses, direction Cholet pour y quérir moult hectares de mouchoirs.  Car, jusqu’à présent tapie dans l’ombre de quelque officine où déjà de vils profiteurs se frottent les mains avec raison, voici que débarque la grippe. Celle, courante, qui nous cloue au lit, et dont un des effets secondaires est de maintenir l’économie de Cholet à bouts de bras ; et l’autre, intestinale, qui gonfle le chiffre d’affaire des usines de PQ (que certains nomment improprement papier hygiénique ou papier toilette, tu parles !), et l’autre, celle qui nous fait sortir du plumard en catastrophe direction les ouatères et la délivrance. Provisoire. Les deux grippes amenant les labos pharmaceutiques à investir toujours plus dans de nouveaux coffre-fort, à la satisfaction des fabricants allemands de ces derniers. Les coffres allemands, c’est du solide !

On va taveler les lunettes et nos vis à vis de projections, ça va râcler les gorges, ça va cracher les poumons, ça va enquiquiner le peuple et surtout, ça va alimenter les conversations. En ce qui concerne la grippe banale qui se fixe sur les voies respiratoires et dont on ne tire que peu de profit, mais aucune honte.
L’intestinale, c’est une toute autre histoire que seul un plâtrier peintre pourrait dépeindre avec cette joyeuseté qui honore la catégorie socio-professionnelle à laquelle il appartient. Ne le verrait-on pas chanter « Prosper Youp la boum !» ?

Alèses, draps et mouchoirs embarqués dans ma guimbarde, direction un estancot où je sais trouver le rhum idéal pour les grogs, parce que on a beau dire, s’il fallait soigner sa grippe sans vraie médecine, pas sûr que je m’en choperais une.

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L’humanité : fin d’une expérience

Au ciel la Lune fait grise mine. Le Soleil a disparu, perdu dans la nuit des antipodes. Une brume couleur de cendre masque les nuages.
La pluie est tombée quarante jours durant délitant ce que nous n’avions pas réussi à détruire. Réunis en concile les dieux et les hommes n’ont pas trouvé de terrain d’entente. Sur ordre de Poséidon la huitième armée des ondines a scellé l’ensemble des bondes. Le Grand Débordement a été décrété.
Cramponnés à la barre de leurs bateaux, les Nowhé du monde entier les ont menés au naufrage. Ils ont sous estimé les vents, ceux du nord, de l’est et de l’ouest qu’ont soufflé sans discontinuer Aquilon, Euros et Favonus.
Seul Charon, le nocher des Enfers, a pu traverser la tourmente et mener sa barque à bon port. Arrivé sur l’ “autre rive” il a débarqué ses derniers passagers. Il n’a pas eu à affronter la bousculade des âmes perdues en attente illusoire d’une affectation. Sans se retourner il s’est fondu dans le temps passé.

Réunis en assemblée extraordinaire, les dieux ont pris la décision de ne pas renouveler l’expérience de l’humanité. Qu’ils ont néanmoins jugée avoir été intéressante.

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Dernier rêve

Noël, je ne l’ai pas vu arriver, pas plus que je ne l’ai vu venir.  Je m’en suis rendu compte au matin du 25 décembre –25 décembre 2016, je précise–, en voyant les papiers cadeaux froissés chiffonnés jaunis par le temps. Sûr que tous les records d’ensoleillement et de températures ont dû été battus. Direction l’éphéméride accroché au-dessus du portrait du Maréchal, hérité de mon grand-père en même temps que sa maison inchangée depuis. L’éphéméride date de 1942, année où mes parents avaient parlé de faire un gosse (moi) une fois que l’Allemagne victorieuse aurait mis fin à la guerre. Il naîtra en 45, avaient-ils déclaré en mairie en même temps que mon prénom, mes mensurations, mon poids et mes origines ethniques. L’année d’origine –1942–, est encore lisible, mais 70 ans de biffages, ratures, corrections, corrector et gommettes ont fini de noircir le tableau. On s’y perd : s’y retrouver est impossible.
Me rendre à l’évidence : j’ai pris un an sans m’en rendre compte. Je me plante devant le miroir, bouge la tête d’un côté, de l’autre. Le gars en face n’a pas la face de son profil, pas plus le gauche que le droit, ni le profil de sa face. D’un côté il fait moins que son âge ; de l’autre il n’a pas celui , attendu, de ses artères. Je me tâte le visage, parcours les rides de mes doigts que je laisse escalader le front. Au-delà ils avancent difficilement en terrain glissant, une roche froide, luisante, dépourvue du moindre brin d’herbe susceptible de s’y accrocher. Ils dérapent, glissent, décrochent.
Le téléphone sonne. Mes doigts s’y précipitent, me tendent le combiné. L’autre dans le miroir est plus rapide que moi. Il s’en empare, affiche une grimace, gesticule. A ses lèvres grandes ouvertes je comprends qu’il me dit quelque chose. Que je ne peux entendre. Le miroir, lui aussi hérité de mon grand-père, est épais comme un silence de nuit lorsque tombe la neige. Un marteau, il me faut un marteau. Je pars démonter celui de la porte d’entrée –tant pis pour les visiteurs–, reviens au miroir, le brise.
En même temps qu’un air froid s’engouffre dans mon crâne le Maréchal vole en éclats, l’éphéméride se déchire, les papiers d’emballage s’envolent. Un court instant je crois entendre le pas cadencé d’une troupe qui avance aux accents de Heili Heilo.
Puis plus rien.

 

 

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Elections régionales

Voter, moi je veux bien, mais hein! faut encore pouvoir y faire. Et pour y faire, faut déjà pouvoir y aller, et pour y aller, faut encore avoir le temps, et c’est pas le tout quand y’a les patates et les choux à ramasser, que le temps menace et nom ti tieu, c’est où qu’elle a fouré ma ceinture de flanelle, la Germaine. Et les poireaux.
Bon, le temps c’est pas ça, sûr que ça va faire une rincée, comme ce matin après la messe. La messe, Germaine et moi, on risque pas d’y manquer. C’est que le Dédé, son estancot, il le ferme à une heure. Je laisse la Germaine à ses bondieuseries, chacun son bon dieu, hein ! Le mien, c’est un rouquin de tous les diables. Un nectar local que ceux de la ville, ça les dépasse.
Vrai de vrai, ça va flotter.

Gearmaiiiiine, que je braille, tant qu’à faire avec ce temps qu’en fait quà son aise, autant aller faire not’ devoir.
Je me fais beau, vite fait. Germaine se fait belle, moins vite fait, et c’est parti direction le bureau de vote, rue de la Brezaille.

Bureau de vote, ils ont écrit sur la façade de l’école. La fanfare et la chorale de l’école, sûr que c’est la énième fois qu’ils l’entonnent, l’hymne national. Le foie gras de canard manqera pas pour les fêtes.
On entre. Un gars verifie qu’on est bien nous et qu’on est inscrits. Y’a plus qu’à voter. C’est à gauche toute que je vote, pas que j’y croie, mais si ça peut en emmerdouiller plus d’un, c’est pas plus mal. Germaine, c’est le contraire, juste histoire de m’emmerdouiller moi et de faire la moyenne.
Je file tout à gauche, je cherche l’isoloir, y’en a point. Je demande aux gars du bureau de vote où c’est qu’on glisse le papelard que je leur brandis sous le nez. C’est au fond à droite, qu’ils me disent. Les cons ! Déjà qu’ils m’ont forcé à prendre tout un tas de papelards…
Je rameute Germaine. On se fait la malle, je lui dis. Ils sont trop cons. On sort.
Allons z’enfants de la Patrie, i – e… La clique et la chorale ont remis ça. Le temps s’est mis au beau. Les patates n’ont plus qu’à bien se tenir.

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Je suis content, il neige

Content comme tout, ce matin, en me levant côté est du lit. L’ouest, je le réserve pour le coucher. Je dors volets ouverts pour profiter de l’éclairage public, du chant des oiseaux publics, du camion public de ramassage des ordures publiques, toujours surpris qu’il n’y ait jamais d’élu ou autre responsable, de quoi, j’en sais point rien. J’aime bien savoir où je dors, lorsque je me réveille. Le réveil je le règle sur l’horloge comtoise des voisins. Les murs sont aussi épais que ma retraite. Je l’aurais eue aux flambeaux que je laisserais quand même les volets ouverts. En été, je les ferme ou non, ça dépend du soleil à l’heure de la sieste. Trop fort, je ferme, moyennement j’entrouvre, faiblard toute sieste est inutile puisque je ne me lève pas. Quand je vois qu’il va faire mauvais, je m’arrange pour que les voisins s’en aillent, par exemple à l’hôpital. Leur horloge a besoin d’être remontée tous les jours. J’ai une préférence pour les bananes, je peux toujours accuser le singe des autres voisins, des qui n’ont pas encore compris qu’ils n’étaient plus là-bas en bas sur la carte, de l’autre côté de la mer, tout en dessous. Mais il neige, ça leur apprendra.
Content comme tout, ce matin, parce qu’il neige. Je suis comme un gosse. Il neige, il neige je crie à demi poumons pour ne pas prendre un coup de froid sur les bronches. Qui dit neige dit froid, comme qui ne dit rien consent ou qui dort dîne, comme dit d’ordinaire qui se couche le ventre rempli.

Les volets, c’est pour ma grande fenêtre, celle officielle que l’architecte a creusée dans le mur quand il s’était rendu compte qu’il avait oublié que j’aurais besoin de l’éclairage public. Entre temps j’en avais installée une plus petite, au-dessus de mon bureau. Un truc moderne sans volets qui marche à l’électricité et que je laisse toujours ouverte, sauf quand il y a panne de courant ou grève de ceux qui le font. C’est par elle que j’ai vu tomber la neige. Pas des bérets de chasseurs alpins, des bérets blancs de tenue d’hiver quand il neige, mais d’honnêtes flocons, quand même. Je sais pas où elle est fabriquée et je m’en contrefiche. L’essentiel, c’est qu’elle soit là toujours exactement à la même date, sauf l’année qui change chaque année.
T’es con, c’est pas de la vraie neige, m’a dit un gars qui installe des fenêtres aussi électriques comme la mienne. Elle est virtuelle, ta neige, il a encore dit. À mon avis, c’est lui qui est virtuel.
Elle arrête pas de tomber. Nom de dieu c’que je suis content. En plus, je serais même pas obligé de piquer une banane au singe des voisins.

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Allah, le miséricordieux

Les fous de dieu, en son nom, commettent autant de crimes que de conneries, comme le saccage démontage ou démantèlement ou démembrement d’œuvres d’art (Si, si, y’a qu’à voir la Vénus de Milo. Pas elle en vrai, mais une de ses sœurs). Œuvres qu’ils revendent à des salopards, notamment européens qui profitent des règlementations financières et des lois que leurs copains édictent, des saloperies de salopards qui fournissent à l’État islamique tout ce qu’il faut pour mener à bien la mission que dieu lui a confiée : faire chier le peuple à n’importe quel prix en violant, tuant, volant les populations qui regrettent amèrement de ne pas être parties en week-end à dache plutôt quà Daesh.

Comme ils sont forts, sabre ou Kalachnikov en main ; comme ils sont beaux lorsqu’en contre-jour se découpent leurs altières silhouettes ; comme ils sont nobles lorsque, procédant au sacrifice ultime ils égorgent d’un geste auguste celui tombé entre leurs mains de justice. Et quelles magnifiques et sensuelles ondulations que celles de leurs drapeaux flottant au souffle des ventilateurs qu’un metteur en scène de talent a habilement disposés pour que soient évoqués les grands espaces et le sentiment de liberté qu’ils induisent.
Bon, c’est vrai, moi-même, j’aurais une Kalachnikov entre les mains, sûr que je me sentirais plus couillu et membré que je ne le suis. Le recul, l’odeur de poudre, le canon brûlant comme un sexe en érection… Ah nom de dieu ! Et puis ce goût du sang plus fort que celui du boudin, ach mein Gott ! Et ce pouvoir que j’aurais, là, de supprimer une vie désignée comme étant inutile par mes chefs et coreligionnaires, Ô my God !
Crotte de bique et bandaison de mes deux ! Je viens de faire une carte du Levant dans mon calfouette. Quel imbécile je fais !
Bon. Y’a quand même autre chose qui est vrai. Imam, vizir, calife, trou de cul de dieu, djihadiste… à un moment ou un autre, tu n’as pas le choix, et il y a une urgence : chier un coup. Puis enlever l’excès de crépi, passer un coup de Kärcher, bref, faire au mieux pour que les mouches qui virevoltent en se pourléchant les babines et se tamponnant les mirettes aillent voir ailleurs s’il n’y aurait pas mieux à becqueter, comme un cadavre frais pondu du matin.

Toi qui rêves d’une vie de héros, toi qui aimerais farcir ces porcs d’infidèles à coups de pruneaux, toi dont l’impuissance ne pourrait faire vibrer que des vierges pas farouches manquant d’expérience, je t’imagine, ô joie ineffable autant qu’incoercible, futal noir en tire-bouchon sur tes chevilles, boîte de conserve vide ou pierre piochée dans le reg en guise de papier-cul… je t’imagine en train de visionner sur ton i-pad la vidéo*, en direct, d’un pauvre type (il s’agit de toi) en train de se chier dessus parce que des putains d’infidéles sont en train de larguer des bombes sur ses chiottes de campagne, en ce désert aride que souille sa présence. Je t’imagine aussi en train de râcler une boîte de pâté de porc sardines jusqu’à la dernière miette d’arête, parce que tu crèves de faim. Je t’imagines aussi boire ta propre urine (au demeurant chargée pour cause d’une rare et mauvaise bouffe) pour ne pas crever de soif, en apprenant sur ton portable –ô merveille de la technologie moderne– que ta famille et ta biquette préférée n’auront plus, désormais, à égrener leurs chapelets puisqu’ils ont perdu la vie, juste retour des choses pour celles que tu as ôtées. Je t’imagines aussi prenant conscience te rendant compte que tu t’es laissé embarquer  par des sales types, dont tu es le reflet, qui t’ont menti, t’ont raconté des fredaines sur le Coran et qui t’exploitent jusqu’à la moëlle pour mieux asseoir leur vanité. Enfin je t’imagine devant Allah, le vrai et le seul, pas celui que tes frères ont travesti pour servir leurs desseins. Tu as joué les fier-à-bras, te dit-il. Tu t’es pris pour Fierabras, mais tu n’es qu’un nain. Tu as semé l’enfer, tu y es. Tu me  demandes miséricorde ?  Va, je te l’accorde. La même que celle que tu as accordée à tes victimes.


* L’humiliation foutage de gueule comme arme de propagande pour répondre à la propagande de l’Etat islamique ? Why not ?
Mouais, bon, d’accord, il n’y a qu’à faire comme si je n’avais rien dit.

 

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L’instant d’avant je vivais

Je regarde à gauche, rien. Je regarde à droite, rien. Je regarde devant, rien. J’avance. Pas con, je jette un œil derrière, au cas où. Le temps de vérifier qu’il n’y a rien non plus, j’entends le bruit mat d’un corps qui a fait une chute de plus de vingt mètres, puis plus rien.

Un corps que j’ai du mal à reconnaître comme étant le mien m’est donné à identifier. J’ignore comment on s’y est pris pour d’un côté me trouver, de l’autre me prévenir. Les gars de la morgue ont mis le corps dans un sac en plastique. C’est à cause que ça dégouline et que le parquet, à force qu’on y lave, faudra qu’on le change si ça continue. Avec la moquette, avant, c’était encore pire, m’expliquent les bonshommes en achevant leur sandwich mortadelle, beurre, cornichon. Un  seul, sinon ça gâte le goût. Ils vident le sac, en vrac, dans une baignoire.
Et voilà ! déclare celui des gars qui ressemble le plus à un commissaire de police, ça doit être à force de jouer le rôle. Il se lisse les bacchantes façon Staline, ça lui donne l’importance qu’il aurait eue s’il avait brillé à l’École de police.
Alors ? il me demande. Comme ça, je peux pas dire, je réponds. Tout rabougri qu’il est, faudrait le déplier.
C’est qu’il est raide,  le bougre, constate son bras droit d’un ton de sous chef. S’il était frais, je dis pas, ou alors faudrait le réchauffer.  On aurait eu mieux fait de pas le mettre dans le sac, chef. Le chef opine du commissaire commissaire opine du chef en se tortillant la moustache. Je serais prêt à parier qu’il pense déjà à passer un coup de fil à sa hiérarchie.
L’impatience me prend. Je sais devoir lever le camp et larguer les voiles, c’est ainsi, pas le temps de traîner. Les cadavres parlent peu, c’est connu, et rares sont ceux qui infirment ce que raconte un témoin, présumé proche du défunt.
C’est bien lui, je dis laconiquement, me fichant de l’exactitude de ce que j’avance et n’ayant aucune preuve tangible de l’identité de ce qui a déjà rejoint le sac. Un sac en plastique pareil à celui qu’hier encore j’ai jeté aux ordures, très pratique avec ses petites poignées ingénieuses.
Je laisse ce petit monde accrocher l’étiquette réglementaire où le commissaire a écrit un nom, la date d’emballage et celle de péremption.
Puis je lève l’ancre, sans rien savoir de ce que me réserve la traversée.

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Une humanité en quête d’humanité

Il y a les Italiens, les Français, surtout en France, les Allemands dans leur pays, l’Allemagne. Il y a les Portugais au Portugal, les Suisses en Confédération Helvétique, ils ne peuvent pas faire comme tout le monde. Il y a les Transylvaniens en Transylvanie, les Marocains au Maroc, les demeurés dans leur demeure, qu’ils y restent. Les Anglais vivent surtout en Grande Bretagne et aussi en Angleterre où il y a aussi des Irlandais, même s’ils ne l’ont pas fait exprès. Il y a des Autrichiens en Autriche, pas une seule autruche en Austro-Hongrie, où errent de malheureux hongres qui n’ont rien de hongrois. Il y a des Polonais en Pologne et des nouveaux-nés un peu partout, sauf en Chine où les Chinois (les habitants de ce pays) préfèrent avoir un chien plutôt qu’un deuxième enfant, ce qui amènera le régime, un jour ou l’autre, à rendre obligatoire un deuxième enfant, et pourquoi pas un deuxième enfant et demi. Il y a des régimes de bananes dans les républiques bananières où de gras personnages s’engraissent sur le dos de ceux qui ont un maigre revenu. Ces derniers trouvent éreintant de porter de lourds fardeaux prêts à leur tondre la laine s’ils deviennent des moutons. Des moutons, il y en a en Australie, qui n’est pas la patrie des Australopithèques, ça aurait pu, mais celle de drôles d’animaux dont les femelles n’ont pas les yeux dans leur poche parfois squattée, mais sur la tête. On pourrait s’attendre à ce qu’il y ait des nazis en Asie, mais on le sait aujourd’hui, il n’y a pas de nazis en Asie. Sauf peut-être un petit peu en Chine où on pratique volontiers l’euthanasie avec des opposants à qui on ne demande pas d’être volontaires pour en profiter. On cultive la chicorée en Corée du sud, la chicore à coups de chicotte en Corée du nord, les rouleaux de printemps au Vietnam, en toute saison, et les os au Cambodge.
Il y a les Américains en Amérique, les Canadiens dans des cabanes au Canada, des Argentins désargentés en Argentine, des Urugayens au Paraguay et des Paraguayens en Uruguay à cause des frontières mal dessinées. La Bolivie est peuplée de Boliviens, le Chili de Chiliens, le Pérou de Péruviens et de coca. Il y a des Basques au pays basque, que l’on reconnaît au bruit que font les castagnettes quand ils dansent le fandango pour échapper aux tirs des Stuka.
Il y a les Inuits difficiles à voir en hiver à cause des nuits sans fin, et des Esquimaux qui fondent les uns après les autres à cause de leurs congélateurs en panne.
Il y a des princes, il  y a des pauvres sans lesquels il n’y aurait pas de riches. Il y a des andouilles chez les charcutiers de Vire et d’ailleurs, mais il n’y en a pas que là. Il y a des boulangers qui boulangent, et en concurrence avec les chirurgiens iI y a des charcutiers qui charcutent. Il y a des bouchers, dont ceux à l’arène, des as de l’acupuncture qui suppriment définitivement les douleurs insupportables qu’ils infligent aux taureaux. Il y a des ânes dans le Poitou et tout autant ailleurs, des ânes sans culotte qui ont tout oublié de l’esprit révolutionnaire et se torchent avec la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.
Il y a des hommes libres d’enfermer les empêcheurs de ronronner en rond, et des hommes en prison libres de rêver qu’ils n’y sont pas. Il y a de bons samaritains et de sacrés salopards, des inconscients qui ne savent pas ce qu’ils font, mais le font, d’autres pleinement conscients de ce qu’ils font de mal, et le font avec délectation, il y a de tout.
Partout il y a des hommes et des femmes, des enfants et des fleurs, des sourires et des pleurs, des agissements criminels et des actes autant stupides qu’indignes. Il y a du bon, il y a du mauvais, il y a tous les entre-deux.
Il y a une humanité en quête d’humanité.

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Sale temps à La Mecque

À quelques jours du hajj un des piliers de l’islam une grue de grande dimension s’est envolée sous les assauts d’un vent violent avant de s’écraser sur des fidèles en en tuant malencontreusement plus d’une centaine et en en blessant tout aussi malencontreusement plus du double. Mais comme on le souligne sur place ça aurait pu être pire sans l’intervention divine qui en a sauvé beaucoup plus.
Toute défaillance technique ayant été écartée avec force par un des ingénieurs du groupe de travaux publics qui mène le projet la thèse d’un mauvais coup du sort ou du méchant tour d’un mauvais génie a pour l’instant été retenue en lieu sûr. Le même ingénieur a quant à lui estimé que le drame relevait de la volonté divine explication corroborée par un ouvrier syrien qui a déclaré que c’était une punition infligée à l’Arabie saoudite par Allah sous prétexte et soit disant qu’elle n’accueille pas de réfugiés notamment syriens pourtant de confession musulmane.
Des bruits de coursive relayés par le téléphone arabe évoquent la possibilité d’un attentat fomenté par l’État islamique mais rien pour l’instant ne vient étayer cette hypothèse qui ferait encore plus de bruit si elle s’avérait.
Un des co-créateurs de la Fondation pour la recherche du patrimoine islamique basée à la Mecque sans aller jusqu’à parler de punition divine estime pour sa part que les autorités ont fait preuve de négligence face au danger évident que représentent ces grues qui n’ont pas été conçues pour effectuer le moindre vol. Orgueil a ajouté un quidam précisant que les autorités se préoccupent autant du patrimoine de la santé et de la sécurité que de leurs premières babouches c’est dire.
Rappelons pour mémoire que c’est le groupe saoudien Ben Laden Group très lié à la famille du défunt fondateur d’Al-Qaïda et pour cause le regretté Oussama Ben Laden qui mène les travaux d’agrandissement. Manquerait plus que ce groupe soit chargé de l’enquête a murmuré un détracteur que la chute de la grue a sorti de sa sieste un mauvais coucheur en quelque sorte. Une suggestion saugrenue que personne n’a retenu si ce ne sont les intéressés qui comptent bien y participer à défaut de la mener.
Sensible à la peine que traversent celles et ceux touchés par ce drame et quoique un rien pas vraiment fidèle puisqu’infidèle ou considéré comme tel je ne peux nonobstant et néanmoins que me joindre à ceux nombreux qui ont adressé leurs condoléances. Ce que je fais donc présentement.
Et remercions Allah de n’avoir pas encore permis d’atteindre le record de 1426 pélerins tués en 1990.


Note : désolé pour la ponctuation, mais ma touche virgule ne fonctionne plus.
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Naître autre n’est pas donné à tout le monde

J’aurais pu naître dans une famille ouvrière. Ou mes géniteurs auraient pu être de bons et fidèles employés, pourquoi pas de maison, des gens humbles, qui votent là où ils croient qu’il faut voter, qui sont honnêtes ou niais, un synonyme. J’aurais pu naître dans la brousse avec d’autres bouseux, dans un village franchouillard où les gens n’ont jamais décroché le portrait du Maréchal, ou encore dans une ZAC, une ZUP, une ZAP, une ZIP ou un quartier malfamé, une ZON.

J’aurais arraché les ailes des mouches, crevé les yeux des chats, cogné les bestiaux pour les entendre gueuler et jouer à touche pipi avec des petites cochonnes. Plus tard, aux premiers émois, et moi et moi, et moi, je leur aurais donné des coups de pied dans les tibias et tiré les cheveux. J’aurais pris ma première cuite à 6 ans sous le regard amusé d’un oncle jobard, un sacré rigolo qui aurait couché avec ma mère. J’aurais chapardé des bonbons chez l’épicier, dévalé les rues du quartier dans une caisse à savon dont le bruit infernal aurait cassé les oreilles au voisinage ; j’aurais fait l’école buissonnière et pissé dans les encriers. J’aurais déféqué mou dans un journal que j’aurais posé devant la porte close d’un bourgeois ; j’y aurais mis le feu et j’aurais sonné avant de me carapater. Je me serais masturbé avec d’autres sales gosses dans les bottes de foin ; j’aurais piqué des sous à ma mère pour m’acheter des pétards. J’aurais échangé la montre de mon père contre un paquet de P4 (les trop fameuses Parisiennes) et la bague de fiançailles de ma mère contre un de Week-End et un autre de Lucky-Strike. J’aurais raconté des bobards, j’aurais menti. Je me serais battu aux bals, aurais dépucelé les premières gonzesses venues que j’aurais soulées à coups de blanc limé. Je me serais fait tabasser une fois par mon père, pas deux. J’aurais vidé un premier tronc pour aller au bordel, et les suivants pour m’acheter du H. J’aurais raconté au psychologue scolaire que ma mère était une pute et mon père un curé pédophile défroqué qui avait abusé de moi ; J’aurais fait mon service militaire dans les paras qui m’auraient muté dans un bataillon disciplinaire. J’aurais fait de la taule, j’aurais cassé des cailloux, du niacoué et du bronzé, ce qui m’aurait peut-être valu une médaille vite refourguée contre un bon de saillie au BMC, le bordel militaire contrôlé.

Bref, c’est pas l’ennui qui m’aurait étouffé, pas plus que les « ça se fait pas », les « c’est mal » et autres stupidités qui empêchent de vivre comme on l’entend si on n’est pas sourdingue.

Et quoi ? Voilà que j’ai débarqué dans une famille tout ce qu’il y a de comme il faut, c’est tout dire. Baptême, communion, confirmation, écoles privées, la suite à l’avenant : études, mariage, gosses, situation enviable, fortune… tout ce qu’il faut pour mourir d’ennui et se raconter des histoires en montrant le spectacle d’un bonheur ineffable. De la Fontaine. Le modèle parfait d’une image défraîchie avant l’âge.
J’oubliais la respectabilité, l’horripilante respectabilité !

J’aurais pu naître autre, mais ça ne m’a pas été donné.

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Bisbille en Asie centrale, mais grand calme dans l’UE

On apprend que le torchon brûle dans l’Organisation  des Pays d’Asie Centrale, autrement dit, et pour faire vite et clair comme de l’eau de roche, l’Opac.
Un pays de la région, dont on a oublié le nom, car l’évoquer est passible d’un tas d’ennuis malodorants, poursuites en injustice plus tout le bataclan de l’appareil répressif des états sans grâce… avait été rayé de la carte (en vert strié de noir, sur l’illustration) sous prétexte qu’il était envers et contre tous les autres. Il n’avait jamais adhéré à l’Opac, n’avait même jamais pensé pouvoir y entrer un jour. Un pays d’imbéciles, en quelque sorte, couac euh quoique.
Mais aujourd’hui, c’est une toute autre histoire, puisque le Tüpøtegrathai, membre de l’Opac à part entière et co-inventeur, avec le Blennoragistan, de la médiocratie, le régime bananier régional dont les avantages pour les dirigeants ne sont plus à démontrer, pas plus qu’ils ne sont à remettre en cause, vient d’être exclu de la zone Eureuse, acronyme de Economie Unitaire et Radieuse Exécutive de l’Union Solidaire des Élus, le nom à rallonges budgétaires de la monnaie de l’Opac. Monnaie que l’on écrit succinctement ϖ, pour gagner du temps. De très mauvaises langues affirment que le symbole monétaire choisi est en adéquation parfaite avec l’Eureuse, qui la qualifient de monnaie de chiottes.

Mais qu’a-t-il donc bien pu se passer pour que le Tüpøtegrathai soit ainsi exclu de cette monnaie aux pièces gravées à l’effigie du vide, travail de gravure d’une extrême délicatesse, comme on peut s’en douter, et dont la devise, gravée sur tranche fine à l’Opinel, est « ven gelt r… , ……. agt zay gezegenung« , ce qui signifie, une fois bouchés les trous « Quand l’argent parle, il dit souvent au revoir », proverbe acheté un rien cher, donc trop cher pour une phrase tronquée incompréhensible. Le ministère des finances de l’Opac l’avait déniché chez un brocanteur qui avait fui le Guermania lorsqu’y avait été décrété le port obligatoire d’une petite moustache courte, mais fournie. Imberbe, le pauvre diable avait beaucoup souffert sans pour autant être lavé de la culpabilité de n’avoir ni poil au menton, pas plus qu’il n’en avait entre la lèvre supérieure et le nez, par ailleurs fort développé, mais en rien camus, contrairement à son ami Albert, comme lui étranger à ce qui lui était inconnu.
Le Tüpøtegrathai avait pourtant connu des jours heureux sous la coupe colonel, à l’époque ou la vodka du Chtavepourtanprevnu coulait à flots dans les verres de cristal aux bords précieusement sucrés et citronnés. Un film dont le titre ne m’a pas échappé (Tragedians trip – οι τραγικοί βόλτα) relate cette période que certains jugent comme ayant été la meilleure ou la pire, selon le nombre de sardines que portaient les huiles ou l’entregent qu’on avait avec le pouvoir, ou selon qu’on avait été un saltimbanque au mieux, un libertaire au pire. Pas très original, certains avaient souffert, ce qui avait permis à d’autres de profiter, et vice sera, etc.
(On se calme, ça vient.)
Parce que tout passe, le régime colonel avait fini par trépasser, abandonnant au pourrissement les stocks de citron d’Aragon et de glace à la vanille de Castille, et laissant le pays se moderniser à la va comme je te pousse. Tout état de ce type éprouve un jour ou l’autre le besoin surprenant de se développer, ce qui passe par la nécessité d’emprunter. Ce qu’a fait le Tüpøtegrathai auprès des financiers de l’Opac, sans relire de près le contrat. Contre toute attente, exceptée celles des ministres des finances de l’Opac qui y trouveraient leur compte, le contrat faisait référence non pas à l’article communément admis par les nations adhérentes à la charte de solidarité internationale, qui stipule « 1 de prêté, 1 de rendu », mais à cet autre, malhonnête et machiavélique, qui précisait « 1 de prêté, 10 de rendu ». Avec un zéro d’une traitrise remarquable, car minuscule et hypocrite comme les poignées de mains échangées, mais en réalité vite récupérées par leur propriétaire, et qui, à elles seules, avaient déjà valeur d’un accord. De dupes.

Chacun comprendra la suite, dont on n’a franchement pas grand chose à faire, les troubles se déroulant dans cette charmante union de l’Opac n’affectant en rien ce qui se passe chez nous, dans notre belle et saine communauté européenne. Des troubles lointains qui, grâce à cette union quasi sacrée où règne la fraternité européenne, ne risquent ni de l’affecter, ni de l’infecter. Ben tiens !

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Cycle de la vie : l’eau toujours retourne à la rivière

Considérant qu’une rivière a deux berges, une d’un côté, une de l’autre, et que j’en ai soixante-dix, j’en déduis que je vaux trente-cinq rivières. Cool ! Je peux arroser, inonder, former un delta gigantesque, descendre jusqu’à l’océan et m’y fondre. Avant de disparaître ? Certes non, puisque de ma source jusqu’à mon delta, jamais je ne cesse de couler, plus ou moins abondamment, selon la saison, mais je coule. D’ailleurs, je me suis toujours senti couler, et bien avant que l’on ne me le fasse remarquer, mon banquier en premier.
Parce que au catéchisme le curé m’a appris que j’avais une âme, rien ne m’empêche d’en déduire que je suis une arme. Une sacrée arme, puisque j’ai une âme, dès l‘enfance plus rayée qu‘un zèbre ne le sera jamais. Une arme sacrée, si vous voyez ce que je veux dire. Un revolver, dont je compte bien me servir. Je descends le premier emmerdeur venu, je jette l’arme à la flotte, et basta ! Pas dans n’importe quelle flotte, genre l’eau du bain (où j‘avais failli me noyer lorsque j‘étais bébé, sauvé in extremis par le plombier qui avait débouché à temps le tuyau d‘évacuation), ni celle d’une mare, pas plus que celle d’un lac, mais dans ma flotte à moi que j’ai à profusion dans la rivière que je suis. Bien fort qui retrouvera cette arme et bien fort qui mettra le grappin sur le cadavre. Mais soyons sérieux, pas pour l’agripper et le sortir de l’eau comme on le fait à l’aide d’une gaffe, parfois, hélas, objet d‘une autre gaffe lorsqu‘on ne remonte des flots en furie rien d‘autre qu‘un œil torve qui nous adresse comme un reproche. Et hop, embarquement pour l’océan, et bon voyage.
Je suis équipé d’un tronc. A vrai dire, je suis un tronc. Si pesant que j’ai un incoercible penchant à prendre racines. Planté dans le narthex passé le seuil de l’église je fais la manche auprès des fidèles, des abonnés pour la plupart. J’ai accroché un écriteau sur une branche qui m’a poussé : Les cartes bancaires ne sont pas acceptées. Je suis plein aux as, ce qui me permet d’acheter toutes les munitions dont j’ai besoin.
Il n’y a pas de honte à être un homme tronc, sermonnent les grenouilles de bénitier aux sales gosses qui font les enfants de chœur et servent la messe pire que les loufiats qui servent au mess des sous-offs. Elles les forcent, sous la menace d’une dénonciation en trois exemplaires plus un pour les parents, à mettre leur argent de poche dans la fente qui connut des jours plus glorieux du temps où on y glissait boutons de culotte et autres préservatifs usagés.
Tout comme la soupe aux graillons, j’ai des yeux. Moins qu’elle n’en possède, mais suffisamment pour me permettre d’avoir l’œil sur tout et surtout là où il faut. Des yeux bien pratiques pour surveiller mes arrières, pour en jeter l’un d’eux là où ça vaut le coup, comme lorsque passe une jolie donzelle. Je lui fais de l’œil d‘un de mes deux de velours, lui jette un regard langoureux si elle n’est pas farouche, réservant les gros yeux pour celles qui sont moches et qui me coursent. Pour me le faire payer. Je ne viendrai pas sur la raison qui m’empêche de prendre mes jambes à mon cou, la même que celle qui me prive de ces coups de pied au cul aptes à ramener qui que ce soit à plus de raison, que délivrent généralement ceux qui en auraient le plus besoin.
En me signant, porté à bras le corps par une de ces croyantes touchées par la grâce et que mon handicap n‘a jamais rebuté, un de mes bras de rivière a fait déborder le bénitier. Choc froid de l’acier sur le sol suivi de celui mat d’un corps inerte qui aurait mérité un bon essorage. Du haut de sa croix, un bonhomme sanguinolent, style Jésus en croix, m’adresse un clin d’œil dans lequel je lis, en toutes lettres : P O S S I O N C A M. Bien évidemment un message codé dont je ne comprends goutte.

Le jour de mes 10 ans, fier de l’acte de bravoure qui m’avait conduit à perdre mon pucelage, mon père, érudit féru de symbolique et lecteur assidu du Chasseur français, m’avait offert un culbuto. Lequel, bien avant l’accident qui devait me priver de mes membres inférieurs et m‘absoudre une fois pour toutes de ne pas ôter mon chapeau devant les dames m‘avait montré, par l’exemple, comment s’y prendre pour se relever de situations périlleuses. Conséquence de l’accident, prendre la poudre d’escampette en cas d’urgence ne me serait désormais plus possible. Conséquence de cette conséquence, les bras m’en étaient tombés, ce qui m’avait amené à faire l’homme tronc dans les églises. Paul Emploi et sa copine Anne Péheux s’étaient employés à m’y trouver emploi.
Je m’ébranle, me tortille façon technique culbuto et me lance. Pour me retrouver les quatre fers en l’air, façon de parler, à deux doigts, que je n’ai pas, de l’objet autant métallique que létal : l’arme du crime. Tant d’efforts m’ont mis en nage. Deux rapides crawls reptiliens tintinnabulants m’en rapprochent. Quelques pièces de monnaie roulent sur le sol, vite submergées puis emmenées par mes flots dont le degré de salinité a grimpé. Mon tronc est en train de se vider, constatè-je, amer. Le revolver et le noyé ne sont plus qu’à un doigt de ma bouche gourmande prête à engloutir les preuves accablantes de mon inconduite. Plus béante qu’une bouche d’égout, elle va passer à l’action lorsque un de mes yeux arrière se fixe sur un tas de pièces tombées du tronc, qui ont résisté au courant. Que faire ? Ne pouvant prendre mon courage à deux mains, pas plus que les jambes à mon cou, je me tourne vers la croix pour attendre un signe. Il me sourit, et de ses lèvres entrouvertes jaillissent une à une les lettres C O M P A S S I O N. Aucune idée de ce qu‘il veut me dire. L’heure n’étant pas à la consultation d’un dictionnaire, je laisse mes flots gronder, gonfler, puis embarquer les deux choses encombrantes qui jamais ne connaîtront l’honneur d’être des pièces à conviction, pendant que quelques grandes âmes et bons seigneurs s’activent à remettre les piécettes à leur juste place : le tronc dont je suis fait.
Sans attendre mon reste dont j‘ai depuis longtemps été amputé, ni m’attarder sur les larmes d’émotion qui coulent de mes yeux, je n’en sais la raison, je déserte les lieux en prenant le large. Je le gagne, je m’y fonds et laisse le soleil à son ouvrage. Demain, il pleuvra.

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J’ai la mémoire qui flanche…

J’ignore si je perds la mémoire ou si en fait je n’en ai jamais eue, mais sitôt la déclaration d’impôt reçue ; sitôt les factures de gaz, d’électricité, d’eau échouées dans ma boîte aux lettres ; sitôt glissée sous ma porte (close) la note du bistroquet qui me rappelle mes consommations impayées… je les oublie. Et que l’on ne me parle pas de procrastination, car ça n’en est pas, et même si c’en était, en voilà une belle affaire ! Et aucun courrier n’échappe à cette règle. Quand même pas les lettres d’une belle inconnue, vous ois-je oiser, comme si vous n’aviez rien d’autre à faire. Primo, je ne vois pas pourquoi une inconnue m’écrirait, tertio, vous avez vu ma gueule ? Non, sinon vous éviteriez de dire de telles sottises. Quoi, le secundo ?
Pourtant, je n’oublie pas tout. Les numéros de téléphone, par exemple, j’en retiens presque toujours 20%. D’accord, je ne suis pas le seul, mais quand même. Votre numéro de portable, pour ne citer que lui, je me rappelle très bien les deux premiers chiffres.
N’empêche que j’ai la mémoire qui flanche, au point que je ne me souviens plus très bien de quelle couleur étaient ses yeux. Les yeux de qui ? vous demandez-vous. Hé quoi ? Vous aussi vous avez des pannes de mémoire ?
Plus les choses sont importantes, moins je me les rappelle, quand bien même j’userais de ma voix de stentor pour les faire revenir. La moindre opération, même bénigne et pour laquelle aucun diagnostic vital n’est posé, s’avère impossible à faire, pour peu qu’il y ait des retenues. D’ordinaire, j’apprécie pourtant tout ce qui sait avoir de la retenue, mais s’agissant des additions ou multiplications (ne parlons pas des divisions), c’est la catastrophe. Je pose 5 et je retiens… rien. Les résultats s’en trouvent naturellement faussés et je ne tarde pas à recevoir une lettre de ma banque me signalant un méchant découvert, ce qui, frimas venus, ne pourra que m’amener une saleté de rhume. Que je mettrai une éternité à soigner, ayant oublié la destination du collutoire et à quelle partie du corps les suppositoires sont dédiés.

Mais il y a pire. Géniteur émérite d’une floppée de 12 enfants, je ne retiens pas plus leurs prénoms que leur âge. Pour le sexe, L…, mon épouse (me semble-t-il), a eu l’excellente autant qu’originale idée de les vêtir d’habits bleus pour les garçons, de vêtements roses pour les filles, ce que, à force d’être repris par les unes et les autres j’ai réussi à retenir, malgré le léger daltonisme dont j’ai hérité. Par mesure de précaution, elle avait aussi décidé que les filles porteraient des jupes, tandis que les garçons porteraient la culotte, conservant en cela une tradition ancrée depuis longtemps dans sa famille.
Lola, mon épouse, Louise, Lolita, L…, je l’ai connue grâce à Johnny Hallyday, me rappelle-t-elle à chacun des anniversaires de notre rencontre, donc chaque mois de … C’était dans une guinguette, souviens-t-en, insiste-t-elle. On avait dansé sur sa chanson, Retiens la nuit. Mais si. Ne me dis pas que tu aurais oublié jusqu’à l’année !
Je n‘ai jamais compris que les gens qui connaissent la réponse à une question me posent la question en question. Bref, je n’ai retenu ni l’année, ni le titre de la chanson, et ni surtout la nuit qu’on aurait soi disant passée à batifoler et mieux que ça, mais je veux bien le croire.
Retiens-toi m’avait-elle dit à plusieurs reprises, ça n’est pas le moment. J’avais dans l’instant oublié ce qu’elle venait de me dire, et 9 mois plus tard était né notre premier enfant.
Retiens-toi ! Pourquoi croyez-vous que j’ai autant de gamins ?

Puisqu’en fait il m’est quasiment impossible de retenir quoi que ce soit, je ne peux même pas parler d’un manque de mémoire.
Les trous de mémoire sont les impacts de certaines expériences négatives qu’on aurait préféré ne pas vivre, m’a dit un jour mon psy en présence de ma femme qui s’est fait un devoir d’assumer le rôle de biographe, sans lequel je ne pourrais pas vivre. Sinon, tu serais dépendant, m’a-t-elle claironné. Elle n’a pas tort.
C’est à la suite d’un accident tout bête qu’elle avait décidé de m’accompagner où que j’aille, y compris aux toilettes lorsque je m’y rends pour me soigner, boîte de suppositoire et collutoire en main.

C’était un jour de grand vent. J’arpentais une rue étroite lorsqu’un bruit curieux m’avait fait lever les yeux. Un son de frottement, d’abord lent, puis allant en s’accélérant. Enfin plus rien. Une tuile arrachée par le vent, avais-je finement constaté en la voyant tomber à MA verticale. Le temps d’oublier ce que j’avais vu et perçu comme étant un danger évident, elle avait atterri sur mon crâne où elle s’était brisée de façon dommageable, surtout pour ma personne. Lorsque je m’étais réveillé sur un lit d’hôpital une dizaine, une vingtaine de jours cinq ou six jours plusieurs jours plus tard, j’avais demandé à mon épouse qui était ce type à la gueule défoncée qui était là, à me regarder, l’air abruti. Mais c’est toi, mon pauvre chéri, m’avait-elle appris.
Pourtant, me regardant dans le miroir, il m’était déjà arrivé de ne plus me souvenir de ce à quoi je ressemblais, ce qui m’avait un rien troublé, du moins la première fois.
Tu es sûr que c’est moi ? Je lui avais demandé, empli de doutes.
Elle m’avait répondu oui, mais que là, et pour une fois, c’était tout à fait normal que je ne me reconnaisse pas.
Les trous de mémoire, ça se bouche, m’a dit récemment mon psy qui a l’air de s’y connaître en terrassement. Réfléchissez-y.
Non merci, je lui ai répondu, en voyant le mot RESPONSABILITÉ clignoter en rouge quelque part dans ma boîte crânienne.

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La vie des animaux

C’est par un ouf ! de soulagement, parfois un ouaf ! que les animaux domestiques ont pris connaissance de la loi votée en leur faveur, il y a peu, si on fait référence à la date du déluge et à l’âge de Noé alors, lequel Noé aurait pu éviter d’embarquer sur son transatlantique puces, morpions, poux et autres gentillesses.

Mais la déception a été grande parmi les autres bestiaux qui n’en attendaient pas moins. Rappelons-leur cependant les nombreuses mesures de protection des espèces qui ont été prises, et pour lesquelles peu d’applaudissements sont sortis de leurs rangs. À titre personnel, je tiens tout de même à leur faire remarquer que, il n’y a pas si longtemps –période bénie diront certains que je ne suivrai pas dans de tels propos–, les femmes n’avaient pas plus de droits qu’ils n’en ont. Depuis, à force de seriner les bonshommes et de les embobiner, elles en ont gagné. Comme on peut s’en apercevoir en musardant dans les pays où règnent ces joyeux lurons des pays islamique qui n’ont attendu personne, et surtout pas les dégénérés des démocraties occidentales, pour  accorder aux femmes ce droit suprême de se la fermer et de se plier avec grâce à leurs plaisantes fantaisies.
Aussi, que les animaux mécontents, chacals, chameaux, gazelles et autres qui hurleraient, blatèreraient beugleraient ou râleraient sous prétexte que leur statut n’a pas bougé d’un poil se la ferment ou aillent se faire pendre ailleurs.

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Inquiétude chez les marchands de bateaux

Les migrants du bassin méditerranéen n’auront bientôt plus besoin d’embarquer à bord des merveilleux bateaux censés les amener sur les magnifiques rivages européens. Chaussés d’une simple paire de tongs achetée trois francs (CFA) six sous (CFA) dans leur joli pays, ils pourront d’ici peu traverser la mer les pieds quasiment au sec. De très jolis ponts flottants sont en effet en train d’être installés d’une rive à l’autre. Sachant qu’un cadavre lambda mesure environ 1,70m, un de ces ponts n’attend plus que ses 5000 derniers cadavres pour être mis en service.

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Cochon et religions aux Presses universitaires d’Oxford

Liberté d’expression, langue de bois et foutage de gueule.

Afin de ne pas froisser la communauté juive ou musulmane, les Presses Universitaires d’Oxford banniraient cochons et saucisses des livres pour enfants.
Et les enfants chrétiens, nom de dieu, ils comptent pour du beurre ? Que nos chères têtes blondes (les vrais chrétiens sont blonds) qui passent leur temps à bouquiner découvrent au hasard d’une lecture du merlan frit, du maquereau, de la morue, bref du poisson, voire simplement des oeufs de lump (on dit aussi lompe) ou du caviar (miracle de l’image qui le rend accessible à toutes les bourses) est tout simplement inadmissible. Je ne parle pas des sardines dans cette chanson terrible de Patrick Sébastien, qui devrait être mise à l’index, haut la main, ben tiens ! Ni du 1e avril qu’on devrait purement et simplement supprimer.
Aujourd’hui, quand je pense qu’en cours d’anglais, en 6e, notre prof d’anglais nous faisait répéter « The big pig sit in the dish » jusqu’à ce qu’on le prononce à la perfection ! D’autant que cela se passait dans une école militaire, était-ce digne de la République ? Et connaissant les liens étroits qui ont toujours uni l’église et l’armée, n’était-ce point criminel qu’un tel prof enseigne dans un tel établissement ?

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Une manif pour la liberté d’expression s’est encore déroulée dans la capitale. C’est tout simplement honteux et scandaleux, et cela montre bien l’état dans lequel se trouve la France et d’autres pays de cette Europe décidément bien malade. C’est ni au Maghreb, ni au moyen orient, ni dans aucun pays musulman et ni, peut-être- en Israël, que cela risquerait d’avoir lieu. On sait se tenir, là-bas, et sûr qu’Oxford University Press y trouverait son compte ses comptes.

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Des terroristes qui ont un bel avenir devant eux

Au nom de la haine qu’ils ont de ce qui est différent d’eux, quelques terroristes plus stupides que la moyenne (des terroristes), justifient leurs actes de lâches au nom de Dieu, plus pratique qu’un Hitler, Staline ou leurs semblables, un Dieu dont ils se servent, abusent, desservent et que, fondamentalement, ils détestent, sans doute parce qu’ils savent qu’il n’est pas dupe. Imbéciles et orgueilleuses brebis fourvoyées que l’égarement a rendu mauvais et a transformées en bêtes sauvages, féroces et indomptables, ce ne sont pas des électrons libres, mais des électrons fous dont le but est de semer le chaos. Peu importe alors le pourquoi de leur errance qui ne finira qu’une fois que, jouant leur jeu, des juges compréhensifs et prêts à satisfaire leurs fantasmes les auront légalement accrochés à des esses de boucher.

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Panneaux de signalisation dangereux

Dzing ! Un mois en arrière, je me suis pris un panneau de signalisation en pleine gueule. Le poteau de cette saloperie de panneau, une interdiction de stationner. Je me suis retrouvé sur le carreau.
Traumatisme crânien, m’a dit un toubib à mon réveil, 24 heures plus tard. Vous aviez ça épinglé sur vous, m’a-t-il dit en me tendant une contredanse. 35€, mon stationnement empiétant prétendument sur un passage piéton.
« Ah les cons ! » m’a dit mon avocat. « Mais on ne va pas en rester là. »
L’hosto, très peu pour moi. Et effectivement, je n’y suis pas resté. Le temps de me faire faire un constat médical et de me faire octroyer un solide arrêt de travail, et zou ! j’ai regagné mes pénates. En repassant par le lieu du drame où le panneau coupable –le seul panneau dans un rayon de 100m– me narguait du haut de ses 2 mètres. Bien sûr, ni avis de présence d’un obstacle, d’appel à la prudence, ni avertissement du danger que peut représenter un tel panneau pour un piéton, ni la recommandation de regarder où on met les pieds, pas plus que l’obligation de porter un casque ; bref pas la moindre information visuelle ou parlée qu’on est en droit d’attendre lorsque rôde le danger.
« Faut porter plainte ! » m’a suggéré mon avocat. « Et je vais vous dire, ça va leur coûter bonbon, à ces cons ! » m’a-t-il effectivement dit.
L’affaire a fait grand bruit, et on a obtenu gain de cause. Pas huit jours plus tard, placés aux 4 coins cardinaux autour du panneau coupable, des panonceaux solidement fixés sur des poteaux en ferraille prévenaient les passants du danger. Des panneaux d’une esthétique douteuse, mais des panneaux dont l’utilité ne saurait être mise en doute. Hélas sans rien qui indique leur présence ou qui fasse penser qu’il puisse éventuellement y en avoir.
Cela ne pouvait qu’arriver : deux touristes, une mère de famille et son gamin, un cul-de-jatte et un quelconque quidam se sont fâcheusement heurtés à ces nouveaux panneaux, avec les conséquences qu’on peut aisément imaginer.
Ramdam au tribunal ou le bruit avait enflé. Dix jours plus tard, fermement plantés tout autour des quatre nouveaux panneaux coupables, de nombreux écriteaux signalaient le danger. « Danger : ralentir le pas – Attention aux panneaux – Port du casque obligatoire – Risque d’accident : ouvrez l’oeil – Danger : panneau de danger à 10 mètres – etc. » Marcher dans ce coin de ville était devenu un peu compliqué mais, comme l’avait déclaré le maire, c’était le prix à payer pour que ses administrés et lui-même circulent à pied en toute sécurité.

De nouveaux panneaux ont amené de nouvelles plaintes qui ont amené la commune à installer de nouveaux panneaux de signalisation.
Au conseil municipal, un idiot de l’opposition avait suggéré qu’on baptise le coin « Place du gymkhana ».

Si j’ai payé le PV de 35€ ? Non. Et aujourd’hui, majorations de retard comprises, j’en suis à pas loin de 400€.
« Ah les cons ! » m’a encore dit mon avocat. « Mais on ne va pas en rester là. »

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Du peu d’intérêt qu’il y a à être pauvre

Ce n’est pas rentable d’être pauvre, malgré la commisération et la pitié dont on peut faire l’objet, ce qui, question intérêts, ne pisse pas loin.
S’ils savaient ça, les pauvres économiseraient pour s’acheter des préservatifs afin d’éviter d’engendrer de futurs pauvres. Naître pauvre permet au moins d’avoir une certitude dans la vie : le rester. Et tant mieux pour les riches. Plus une autre, celle d’avoir moins longtemps à supporter leur condition, puisqu’ils vivent moins longtemps. À part quelques heureux élus qui, non contents de passer leur temps à tirer le diable par la queue, vivront si longtemps qu’ils feront mentir les statistiques. Longtemps et en mauvais état, car la santé est un privilège qu’ils ne peuvent s’offrir.
Les bébés pauvres sont mal nippés et grandissent dans des vêtements trop grands, ceux qu’ont porté avant eux leurs nombreux frères et soeurs. Les loisirs coûtant bonbon, il ne reste aux pauvres parents que la pratique d’activités sexuelles simples dont le résultat est la naissance d’une nombreuse progéniture. Ce qui a pour résultat d’en rajouter à leur dénuement.
Les parents pauvres nourrissent mal leurs mioches et, sans obligatoirement les maltraiter, ils n’accordent que peu d’importance à leur santé et à leur bien-être. Les couches qu’ils achètent, conditionnées par paquets de 6, leur reviennent plus cher, bien qu’elles soient d’une qualité médiocre. Mal absorbantes, elles se délitent et font des boulettes, puis provoquent de l’érythème fessier à répétition. Les pleurnicheries qui s’ensuivent excèdent à ce point les parents que le père va faire un tour (le bistrot n’est pas loin) et que la mère pousse au maximum le volume de la télé. Les pauvres ont la télé, qu’ils paient à crédit deux fois plus cher que le prix normal, celui des plus riches.

Les pauvres ont très vite de vilaines dents, de vilaines lunettes en ferraille et sont soit obèses, soit maigrichons. Ils mangent mal, et jamais bio et pensent plus à bouffer qu’à s’alimenter.
Si certains enfants pauvres sont beaux, c’est rare et ça ne se voit pas, à priori.

Pour passer leurs nerfs, car les pauvres sont envieux, tendus et aigris, les parents pauvres ont tendance à picoler, se chamaillent, battent leurs enfants s’ils n’ont pas de chien, noient le cochon d’Inde de la petite dernière dans l’aquarium où flotte mollement un vilain poisson rouge en plastique. Les enfants, eux, en guise d’activités culturelles, arrachent les pattes des mouches, font faire la course aux cloportes, font fumer les crapauds, attachent un fil à la patte des hannetons pour les faire tourner en rond ou, à l’occasion, crèvent les yeux du chat de la villa du bout de la rue. Ils se bagarrent, poussent des cris de gorets, tirent les cheveux des filles et donnent des coup de pied dans les tibias des assistantes sociales. Plus tard, ils traîneront, dealeront pour les plus costauds et débrouillards ; tabasseront des pompiers, caillasseront les keufs et mettront le feu à des bagnoles au nouvel an, pour les autres.
L’école primaire des pauvres, c’est la communale. La seule matière où les gamins pauvres excellent, c’est le touche-pipi. Les connaissances qu’ils acquièrent dans ce domaine leur serviront plus tard lorsqu’ils organiseront des tournantes. À la maison, règne la braillante, ce qui n’empêche pas les enfants pauvres de sortir leurs affaires de classe sur la table de la cuisine autour de laquelle ils se chamaillent pour avoir la meilleure place : celle en face de la télé. Un enfant pauvre à beau s’appliquer et apprendre ses leçons, il ne récoltera qu’exceptionnellement le juste fruit de son travail.
Lui apprendre que c’est ainsi pourrait lui éviter de cruelles déceptions lorsqu’il sera confronté au monde du travail, mais ses parents, ayant appris à faire avec, ne voient pas pourquoi ils le mettraient en garde. Par ailleurs, encore faudrait-il qu’ils soient conscients de ce phénomène.
Le gosse de pauvre obtient son premier vélo en échangeant une montre ancienne dont il n’a aucune notion de la valeur contre le vieux clou d’un gosse de riche (celui de la villa du bout de la rue). Montre qu’il aura chapardé à sa mère, qui la tenait de sa mère, qui elle-même… S’il reste sa vie durant avec le poids de ce larcin sur la conscience, c’est parce que très tôt le sentiment de culpabilité lui aura été inculqué. Les pauvres ont tort, ne serait-ce que d’être pauvres.

Parce que se marier et faire des enfants est à la portée de toutes les bourses, les pauvres se passent tout autant la bague au doigt que les riches, mais presque exclusivement entre eux, car ils n’ont pas le choix. Ils font de grandes fêtes, invitent leurs nombreuses familles, ce qui leur coûte fort cher, mais rien n’est trop beau pour qui veut péter plus haut que son cul. Les pauvres aiment montrer aux autres pauvres que –eux–, ils ont les moyens. Mariage payé à crédit, qui grèvera lourdement leur budget.

Les pauvres, se refusant de passer pour ce qu’ils sont à cause de la honte qu’ils en éprouveraient, achètent neufs les biens de consommation (de mauvaise qualité) qu’ils convoitent (les pauvres convoitent, tandis que les riches désirent). Ils paient très cher à crédit ce qu’ils n’auront ni les moyens d’entretenir, ni de faire réparer, ni de changer. Rapidement obligés de se serrer la ceinture pour joindre les deux bouts, ils ne sortent plus, mangent de moins en moins bien et finissent par passer leur week-end au lit où ils font de nouveaux enfants. Si leur télé tombe en panne, que les chaussures des gamins ont vraiment besoin d’être changées ou que, Noël approchant, il va bien falloir faire des cadeaux, ils finiront par acheter discrètement d’occasion.
C’est aussi d’occasion qu’il leur faudra bien, un jour ou l’autre, changer de véhicule. Ils paieront 1000€ un tacot qui n’en vaut pas 500 et pour lequel ils devront dépenser 3 ou 4 fois plus pour pouvoir s’en servir raisonnablement. Rien ne les empêche, cependant, de se déplacer en train en profitant de tarifs réduits grâce à la carte de famille nombreuse à laquelle a droit toute famille d’au moins 3 enfants. Ce dont bénéficient également les riches,  entre parenthèses.
Quoiqu’ils achètent, service ou bien de consommation, les pauvres paient le prix fort, et jamais la moindre remise ne leur est proposée, ni le moindre avantage. Ils paient deux fois plus cher le moindre découvert bancaire que ne paie le riche pour un découvert au centuple.
La maison de leur rêve qu’ils arriveront à s’acheter au prix de gros efforts –les pauvres sont courageux, obéissants et travailleurs (au point qu’ils ne rechignent pas à la tâche, surtout si celle-ci exige qu’ils courbent le dos)–, se révélera être un cauchemar. Mal finie et mal isolée, les notes de chauffage seront salées et ils n’auront ni de quoi y faire face, ni de quoi poser une isolation digne de ce nom.
Ne sachant négocier les prix, obligés au crédit et au matériel d’occasion, les pauvres paient le tarif fort. En cas de sinistre, et étant mal couverts, ils sont de magnifiques proies aussi bien pour les assureurs que pour les professionnels de santé (notamment chirurgiens) et les vendeurs d’encyclopédie, d’aspirateurs, de double vitrage, de produits anti-tout, et de rêves.
Les pauvres n’ont droit à aucun égard, à aucune considération, mais ils s’y habituent très tôt. Ceux qui y rechignent peuvent finir par s’en sortir, mais leur mauvais goût (le bon goût c’est le goût des riches) les désignera comme étant de basse extraction. Accusés de trahison par les pauvres restés sagement à leur place, ceux-ci changeront de trottoir lorsqu’ils les croiseront et ne leur adresseront la parole ni pendant les parties de pétanque, ni au bar-tabac-PMU que les pauvres fréquentent assidument. Rejetés par les riches dont le destin était d’être riches, ils n’auront jamais leur carte du Cresus’s Club, ni celle bancaire Private Gold. Les portes qu’ouvre celle-ci leur resteront fermées.

Les riches meurent tout autant que les pauvres, et sont généralement mieux soignés et entourés que ces derniers. Ils vivent souvent plus longtemps qu’eux. Comme les pauvres durent moins longtemps que les riches, on pourrait s’attendre à ce qu’il y en ait moins, ce qui serait oublier leur rendement en terme de reproduction de leur espèce. En n’importe quel instant, il y a plus de pauvres sur Terre qu’il n’y a de riches. Et plus il y a de pauvres, moins il y a de riches, et plus les riches s’enrichissent. Car les pauvres, on l’a vu, sont les vaches à lait des riches, voire leurs poules aux oeufs d’or corvéables à merci.

cercueils

Une pénible et longue maladie aura mis fin à la vie misérable d’un pauvre, que personne ne pleurera ni ne regrettera lors de l’enterrement. Le crash, au-dessus d’une île paradisiaque, du jet privé d’un riche sera l’occasion de belles funérailles où il sera de bon ton de montrer l’affliction que l’on éprouve en même temps que les toilettes de haute couture d’un goût exquis que l’on aura dénichées pour l’occasion. Quelques proches, cependant, se réjouiront avec cette décence qui n’appartient qu’aux riches et qui n’est pas sans montrer cette grandeur d’âme qui leur est propre.

Les cendres des riches se retrouvent à graviter autour de la Terre ou dans de magnifiques urnes devant lesquelles viendront se recueillir d’heureux héritiers, tandis que celles des pauvres, serviront, au mieux, à absorber les déjections d’un chat de gouttière galeux. Le plus souvent, encore de nos jours, on inhumera les corps pomponnés des riches, tandis que les restes en état désastreux des pauvres iront pourrir sous quelques pelletées de terre caillouteuse. Toujours bien entretenues, les sépultures rutilantes des riches seront couvertes de fleurs fraîches ; les tombes des pauvres, faites d’un mauvais mortier qui se désagrégera rapidement, ne connaîtront, au mieux, que d’horribles fleurs artificielles en plastique plus les jets d’urine avisés des clebs de passage.

Vraiment, ce n’est ni rentable, ni bien agréable d’être pauvre. On peut alors se demander en quoi réside l’intérêt d’être pauvre.
Pourtant les pauvres restent pauvres et continuent à servir les riches, avec pour résultat de pérenniser la richesse des nantis, donc d’en rajouter à leur pauvreté.
Ce qui est très con, reconnaissons-le.

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Mais où sont les lièges d’antan ?

Ivrogne invétéré, mais pas que ça, et ouvert à toutes sortes de breuvages, pourvu qu’ils soient honorablement pourvus d’alcool, donc ne titrant jamais moins de 13,5°, me voilà atteint d’un tire-bouch’ elbow. Maladie professionnelle, ai-je dit à la sécu qui m’a envoyé sur les roses. On est bon citoyen, on fait marcher le commerce et on remplit les caisses de l’État, on ne rechigne pas sur la couleur, et quoi ? on nous refuse l’assistance qu’on est en droit d’attendre comme toute personne en danger. Une lettre au ministre de l’agriculture à qui je demandais d’intervenir m’est revenue. Les rats sont partout. Une autre adressée à la CVRN (Confédération des Vignerons Récoltants et Négociants), dans laquelle je demandais une indemnité, ne serait jamais arrivée. « On va où ? » j’avais demandé à l’entour.
«Prends un avocat», m’avait suggéré Dédé, le patron de « Chez Dédé », mon annexe. Le 2e bureau, on dit entre nous. «Parce que merde, va bien falloir qu’ils arrêtent leurs conneries avec leur saloperie de bouchons en plastoc. Que moi aussi, je m’en ai chopé un de tire-bouch’ elbow. Et la sécu, j’te jure qu’ils ont intérêt à le considérer comme maladie professionnelle, manquerait plus que ça qu’ils m’envoient chier. Ouais, on va ou? On y sait pas, mais on y va avec leurs conneries, que l’économie du pays, faut pas chercher loin pour comprendre le comment du pourquoi qu’elle est dans les choux. »

 

Et c’était parti.

— On était de loin le premier fabricant de bouchons en liège, et aujourd’hui, à part les bouchons de la circulation où faut reconnaître qu’on tient encore la route, on est loin derrière les Ritals, et va savoir si le Lichtenstein fait pas mieux. Pareil pour les ouvre-boîtes, ceux tout cons et pas compliqués qui se trouvent partout. Number one mondial, on était.

— T’oublies les pinces à linge, les limes à ongle, les trombones. 2e producteur mondial, qu’on était pour les trombones, c’est quand même pas rien, les trombones, et c’est autre chose que les agrafes des Allemands. C’est la même boîte qui faisait les épingles de nourrice. 2e aussi, à une coudée de l’Italie. Maintenant, on est en queue de peloton.

— J’oublie rien du tout. Les capsules de bière, vous savez combien on en fabriquait ? Je m’en rappelle plus, mais on était juste derrière la Belgique, alors qu’aujourd’hui on est au 25e rang. 25e rang, vous vous rendez compte ? Kif-kif pour les stylos bille (on avait la 1e place, on en a reculé de 20), les punaises (3e place, la 32e aujourd’hui), les muselets (la 1e, et de loin, qu’on vient de perdre), les petites cuillers (la 16e après un recul de 15 places), les couteaux, sauf les suisses (1e place il y a peu, la 30e aujourd’hui), les allumettes (la 2e derrière la Suède en 1969, la 19e à ce jour), le papier hygiénique (4e place derrière l’Ecosse, l’Allemagne, Israël alors qu’on avait la 1e). Ah ! elle est belle la France. Et c’est pas fini. Attendez que tout me revienne…

Faisant appel à notre savoir encyclopédiques des choses de l’économie, chacun était allé puiser dans sa boîte crânienne ce qu’il y avait déposé au fil des ans. Y étaient passés les boutons de culotte (1e producteur, devenu le 48e), les douilles en laiton à baïonnette (2e producteur derrière la Prusse l’Allemagne en 1936, 35e en 2013), les dés de 421 (41e, contre 4e en 1968), la colle blanche Cléopatre (seulement 12e alors qu’on était 2e juste derrière l’Egypte), le fil à couper le beurre (1e, puis 5e) et celui à couper le fromage (2e, puis 12e), les boutons de manchette (3e derrière le Royaume Uni et l’Italie, seulement 19e aujourd’hui), les serpillières (2e derrière le Portugal, 37e en 2009 ), les tonnelets pour chiens Saint Bernard (2e derrière l’Espagne, alors qu’on était encore les premiers en 2011), les lacets de chaussure (classement incertain), les plumes Sergent-major (1e producteur très loin devant les autres pays jusqu’en 1955, plus que 15e en 1972, non classé en 2010), et tout un tas d’autres fleurons de la production industrielle et artisanale qui firent de la France, durant de longues années, la puissance économique jalousée par de nombreux pays, mais gaussée aujourd’hui.
Petits suisses (génériques), choux de Bruxelles, champignons de Paris, bœuf charolais, et autres denrées avaient été évoqués, mais nous en avions assez avec les produits manufacturés pour nous dire, attristés, qu’aujourd’hui, le pays était bel et bien foutu. À moins que dans un sursaut patriotique qui le mette à l’ouvrage il ne recouvre sa place de leader pour ces glorieuses productions, et la garde, outils en main et arme au pied, comme il l’avait gardée sans interruption pendant plus de 125 années pour les aiguilles à tricoter, sur une durée de 45 ans pour les casquettes de facteurs, et durant plus de 150 ans pour le drapeau tricolore, aujourd’hui majoritairement fabriqué à l’étranger, quelle tristesse et quelle honte !

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