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00_ecrira_inactif13/06 – Je suis mort. Cependant…
00_pas_regardants_actif17/06 – De futures victimes attendent leur tour
00_aurait_pu_inactif15/04 – Mon vote aux élections présidentielles
00_retour_chariot_inactif15/04 – Si j’avais…
00_brulot_inactif15/04 – Elections, droite de vote et vertu
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De futures victimes attendent leur tour

Les pendus ça n’est pas ce qu’il y a de pire dans le paysage, à condition qu’ils soient rangés comme il faut et qu’il y ait du vent. Avec les coups contre la potence qui scandent le temps, plus besoin de remonter les montres. Qu’une rafale s’en mêle, et c’est la symphonie des vieux gréements. Alors ça crisse dans les cordages, ça cliquette dans les poulies, ça couvre les cris. Pas baisser la tête, mais marcher les yeux en l’air au cas où il y en ait un qui se décroche. Une pendaison revient à trois fois rien : un bout de corde, un arbre ou un balcon, une grue, c’est tout. Un moyen de tuer à la portée de tous, de l’occident à l’orient. Je vis dans le centre, j’ai de la corde à en revendre, un arbre solide et un petit escabeau, parfait : je suis paré pour le jour où…

Les noyés, j’aime moins, et ça donne mal au crâne si on dort dessous. Puis c’est moche. C’est gonflé, tout déchiré en lambeaux si ça manque de fraîcheur, d’un teint vraiment très maladif. On peut s’en servir pour appâter le poisson ou celui qu’on désignera comme devant être le prochain noyé. Pour peu qu’on ait une rivière à disposition ou la moindre flaque profonde, pas bien compliqué de noyer quelqu’un. L’idéal c’est un pont ou encore mieux un quai. Les ports et les villes où coule un cours d’eau se prêtent merveilleusement bien à ce mode d’expédition ad patres qui exige cependant un minimum de pleutrise et lâcheté, qualités dont étaient largement pourvus ceux qui précipitèrent à la Seine des centaines d’Algériens, en octobre 61.
Ma baignoire serait bien assez profonde pour faire l’affaire.

Les fusillés, ça va si les fusils sont équipés de silencieux, mais il faut reconnaître que sans le bruit c’est moins spectaculaire et ça manque de panache. Des fois, mais plus tard, après que les fusillés sont morts depuis longtemps, on en décore quelques uns. Mais c’est rare et idiot puisque on ne voit pas bringuebaler les médailles sur la poitrine des héros et qu’eux-mêmes n’en tirent aucun bénéfice. Être fusillé est expéditif, et aucun fusillé n’aurait préféré être noyé, pendu, brûlé ou je ne sais quoi.
Fusiller, c’est propre, net et définitif, mais parce que cela demande des moyens et de l’organisation, c’est un moyen peu adapté à une entreprise privée. Vouloir fusiller l’amant de sa femme n’est pas une bonne idée, tandis que monter un peloton d’éxécution au nom d’un état ou d’une organisation criminelle est techniquement justifié.
Je procéderai à un peloton d’éxécution unipersonnel. J’en serai l’autorité et l’éxécutant zélé. C’est grâce à cette pétoire que je suis revenu entier de 14 m’avait dit le pépé en me confiant pistolet et munitions. Prends-en soin, ça pourrait peut-être bien te servir un jour.

Des malheureux qui ont été gazés je n’en ai jamais vu. Pas assez vieux, pas assez Japonais qui aurait pris le métro le mauvais jour, pas assez juif.
Paraît que ça n’est pas joli joli, un gazé. C’est pour ça que ceux qui ont été les plus nombreux à être gazés ont été réduits en cendres par la suite, histoire de ne pas choquer les gens sensibles. Les personnes gazées souffrent terriblement, paraît-il, mais par chance elles ne peuvent pas hurler et nous casser les oreilles à cause du souffle qui leur manque, d’où un taux élevé de mortalité chez celles qui ont survécu, provisoirement cela s’entend. Les gaz présentent l’intérêt de ne coûter que très peu cher, mais demandent de disposer de moyens industriels. Ceux-ci ne manquent pas dans les pays développés où des entreprises sont toujours prêtes à jouer la carte du patriotisme, quitte à gagner beaucoup d’argent.
Je paie mes factures de gaz, et il n’y a aucune raison qu’on m’en prive. Mes fenêtres sont mon seul système d’aération. Pas bien compliqué de les fermer.

Les étranglés ou strangulés, c’est comme on veut, courent assez peu les rues. C’est encore un moyen très peu adapté aux meurtres de masse, la Garroteuse automatique n’ayant pas encore été inventée. J’y pense, car je pourrais tout à fait en avoir besoin, ne serait-ce que pour un usage personnel et égoïste. En effet, je m’imagine mal, en ce cas, me serrer le kiki jusqu’à ce que mort s’ensuive.
Pour ce qui est des étouffements, il y a à boire et à manger, et les causes peuvent tout aussi bien être le rire, les sanglots, la peur, la surprise, ou une action mécanique exercée par un tiers, telle celle qui consiste à plaquer un oreiller sur un visage. N’oublions cependant pas les malheureux, parfois goinfres ou distraits, qui s’étouffent au cours d’un repas. Et qui en même temps qu’ils avalent de travers avalent leur extrait de naissance. Il faut savoir que étouffer quelqu’un est moins aisé qu’il n’y paraît, car cela demande de la détermination, de la constance, voire de l’acharnement, ainsi qu’une certaine force physique. Bref, c’est fatiguant et peu adapté à un meurtre collectif. Étouffer plusieurs personnes à la fois est cependant faisable en produisant un éboulement, voire une avalanche.
Certains prétendent que l’on peut mourir étouffé d’orgueil ou de honte. Pourquoi pas, mais encore faut-il être bouffi d’orgueil dans le premier cas ou avoir une prédisposition au remords et au repentir dans le deuxième cas. Si l’orgueil et la honte peuvent amener quelqu’un au suicide, aucun des deux n’est d’un bon secours pour porter la mort à un tiers.

L’empoisonnement. Large éventail que cette voie royale pour mettre un terme à tout questionnement d’ordre existentiel ! Serait-ce pour celà que la gent féminine en use volontiers ?
J’ai vu des gens qui étaient empoisonnés. Je les ai vus de loin. Leur être tout entier irradiait ce je ne sais quoi qui pousse à se carapater sans se poser de question. Comme au Japon, en 1945 ou plus près de nous en l’an de grâce et de paix 2011. Ou en Ukraine, je ne suis sûr de rien, la mémoire collective faisant défaut. Le nucléaire n’est pas le seul à énucléer, et pas une balade où je ne croise la future victime d’empoisonneurs qui se la coulent douce, dont les cigarettiers qui font un tabac, des industriels de l’agrico-pharmaco-alimentaires qui se font leur beurre au noir et à l’oeil et ceux qui diversifient leurs activités entre armes, drogue ou oeuvres d’art. Les organes attendent leurs marchands.
Les Néron, Borgia, Brinvilliers, Marie Besnard sont des rigolos si on les compare aux Turco-Tatares adeptes éclairés de la guerre biologique qui avait éradiqué la moitié de la population européenne en 1350, après que leurs cadavres pestiférés eurent, d’une certaine façon, fait du tourisme. Les couvertures anglaises savamment contaminées par le virus de la variole ne firent quant à elles que peu de victimes parmi les indiens Delaware : à peine 20000, une misère.
Avec les progrès scientifiques et le recul du bon sens, gageons que l’homme saura mettre en place ce qu’il faut pour résoudre les problèmes de la faim dans le monde. Virus, bactéries et autres gentillesses des industries chimiques attendent leur jour de gloire.
Me référant à la scène désopilante de l’arroseur arrosé, je laisse les autres empoisonner et s’empoisonner. Un vilain rhume transmis à qui de droit suffira à me satisfaire.
Prudent, je conserve sur moi quelques capsules de cyanure mais n’en userai sur nul autre que ma personne. Si j’en éprouvais le besoin.

Avant de m’autoriser l’oubli, je pense aux brûlés, les grands brûlés. Les petits brûlés n’intéressent personne parce qu’ils ne meurent pas sauf si, trop contents de se rendre compte qu’ils ont réchappé d’un brasier, ils traversent la route sans regarder et se font écraser par le camion de pompier venu secourir les rescapés de l’incendie quasi volontairement impossible à éteindre.
Les souffrances d’un grand brûlé sont atroces et insupportables sans le port d’un casque qui diffuse le baratin méprisant d’architectes de la démesure ou le discours d’un dictateur sanguinaire et vociférant. Les gazés des camps n’ont hélas pas eu le temps de remercier les gardiens attentionnés qui leur ont évité les affres du brasier, pas plus que les asphyxiés de la tour infernale londonienne ne l’ont eu pour féliciter leur bailleur de s’être inquiété de leur sécurité.

Le seul feu que mon briquet allumera sera celui qui réchauffera une dernière fois mes vieux os avant de m’extirper de l’horreur. Entre la corde, l’arme à feu, des explosifs, le gaz, la baignoire et ma fenêtre à guillotine je devrais y arriver. Car dans les pouponnières, les écoles, les logis, dans la rue, partout dans le monde de futures victimes attendent leur tour. Elles seront pendues, noyées, brûlées, empoisonnées ou fusillées au nom de telle doctrine ou telle foi, sur l’ordre d’un dictateur ou au nom d’intérêts particuliers égoïstes, imbéciles et vains. Victimes sacrifiées à on ne sait quel monstre qui déjà se réjouit de ces doux bruits à son oreille : froissement des liasses de billets, chuintement d’une porte de coffre-fort, gueulante hystérique d’une salle de cotation, bottes qui claquent sur le pavé, cliquetis des armes que l’on fourbit, applaudissement de ses inféodés.

 

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Ressemblance

Si j’étais quelqu’un qui me ressemble je me ferais passer pour moi sans que personne ne s’en rende compte, pas plus que je ne m’en rendrais compte. « Il trompe bien son monde » diraient certains sans savoir que je serais là à écouter ce qu’ils racontent, tandis que d’autres, n’ignorant rien de ma présence préféreraient se taire pour ne pas dire de sottises ou quoi que ce soit d’autre qui pourrait me vexer, même si cela ne me ressemble pas de me vexer.

Ceci dit je ne vois vraiment pas l’intérêt qu’il y a à se ressembler, surtout s’agissant de moi. Pour d’autres qui vaudraient le coup à cause d’un paquet de qualités que je n’ai pas, je ne dis pas, mais pour moi, et je me connais, il ne vaudrait mieux pas, à moins que subitement je me retrouve affublé de ces qualités dont je suis dépourvu, vacherie de vie. Ou à moins qu’aussi subitement je me mette à m’aimer, moi, et aimer cet autre moi-même, probabilité extravagante, soyons sérieux.

Si maintenant je rencontrais quelqu’un qui ne soit pas moi mais qui me ressemble trait pour trait au point qu’il pourrait y avoir confusion, d’abord je changerais de trottoir. Il faudrait donc que cela se passe dans une rue. Une ruelle ne ferait pas l’affaire : trop étroite, les services municipaux n’y auraient aménagé aucun trottoir. Bien évidemment cet autre moi-même me singerait. Je me féliciterais de n’avoir pas oublié de me munir de quelques bananes, à condition d’y avoir pensé. Un nombre paire de bananes, une pour chacun de moi. Je n’aurais rien mangé depuis plusieurs heures, aussi aurions-nous faim. Je le laisserais les peler, il me vaudrait bien ça. « B – A – N – A – N – E » articulerait-il triomphalement. Je lui ferais remarquer l’absence incongrue d’une S, la lettre, pas le croc de boucher où on accroche l’agneau pascal, la dinde de Noël, le lapin de garenne, la colombe de la paix, le mouton cadet, le porc du salut, le veau en velin et le cochon-dinde, un drôle de bestiau hybride. Pas le bœuf, destiné à rejoindre le toit qui surplombe la voie ferrée, et d’où, larme à l’oreille, il entendra passer le train.
Nous marcherions en devisant sur le cours du hyène ou du taulard, nous billevésérions en nous tapant sur les côtes et aurions vite fait de nous donner de grandes tapes sur l’épaule, sud pour ma part car je marcherais devant, face au soleil, nord pour lui car je lui ferais de l’ombre. J’attendrais que le soleil s’approche de l’horizon, l’heure où s’allongent les ombres en se creusant. Lorsque le trou serait assez grand et profond pour contenir ma copie, je n’aurais plus qu’à l’y jeter.
Confirmation serait faite qu’il n’y a aucun intérêt à se ressembler pas plus qu’il n’y en a à ressembler à qui que ce soit, surtout si ce qui que ce soit n’est autre que soi-même, moi-même ou vous-même. Nous-même ? Je ne sais pas.

 

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Tant attendus, ils arrivent : nos voeux

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Clodo, terroriste et élections

Aujourd’hui, maintenant qu’on est après l’Avent puisque Noël c’est du passé, je peux le dire : je ne suis pas un terroriste. Je l’aurais dit avant que ça aurait été mal interprété, surtout si ça avait été au cours d’un voyage aux USA où on n’aurait pas hésité à me coller au frais, façon de parler, à Guantanamo.
Ce n’est pas que je n’aurais pas aimé être terroriste, mais l’histoire des gonzesses qu’on est censé trouver au paradis, je n’ai jamais réussi à y croire. Alors quel intérêt ? Sans compter qu’au cas où ce ne serait pas un conte des mille et une nuits, avec Allah dans le coin je ne sais pas dans quel état elles seraient, les vierges…

Notez que je m’en sors bien, parce qu’avec les élections qui pointent le bout de leur nez, je voterais pour qui, je vous le demande, si j’étais un terroriste. Franchement je préfère être à ma place qu’à celle du zigoto d’à côté que l’on sait en être un, surtout les flics et la justice, mais comme il faut pas fâcher, hein…

Bureau de vote. Le mec il y va puisqu’il faut y aller sous peine que si tu n’y vas pas c’est mauvais pour l’image de marque et qu’une mauvaise image c’est la porte ouverte au soupçon. Et pour peu que tu ressembles à rien…
Il entre dans l’isoloir avec les pubs qu’il a raflées sur la table prévue à cet effet, et puis il fait quoi ? Je ferais quoi si j’étais à sa place ? Je serais dans la merde, ben tiens ! Maintenant, et vu que j’en ai rien à faire du gus en question, qu’il se débrouille avec sa conscience de citoyen.

Moi, ma conscience, il y a longtemps que je me suis assis dessus. C’était après mon premier, dernier, et donc seul voyage aux États Unis, du temps où il valait mieux ne pas citer Aragon si on ne voulait pas se faire encastiller embastiller. Les poèmes d’Aragon, j’avais oublié, alors j’avais cité quelques vers de Staline en levant le verre à sa santé. Vouai, je me suis assis sur ma conscience, mais entre nous, ni plus ni moins que ceux qui claironnent se sacrifier pour le pays en se portant candidats à des élections, genre présidentielles.

De toute façon je n’ai pas l’étoffe d’un terroriste. Le pouvoir ne me provoque aucune érection ; je n’ai aucune aptitude à cirer les bottes d’un illuminé détenteur d’une vérité suprême ; je ne braille ni le nom de Dieu ni celui d’un quelconque guide qui se prend pour un dieu ; je ne brandis aucun drapeau de pirate de pacotille comme cette serpillère noire et blanche tout juste bonne à pomper la merde d’effroi que les fous de dieu lâcheront au moment de rendre leur extrait de naissance à Qui de droit réjoui de les voir partir en fumée. Et si je mets de côté que je suis le résultat du croisement entre une génitrice et un géniteur, je ne suis en rien un Croisé.

Bon, revenons à nos aux élections. Bureau de vote. Pas grand monde. J’entre. Je rafle une chiée de ces bouts de papier où se présentent les candidats tout proprets sur leur photo. Au poil, ça fera pour me faire un petit feu et me réchauffer les doigts. L’isoloir. Je m’isole en tirant le rideau. Je bourre mes poches des papelards que vomit la corbeille. J’en glisse un au hasard dans l’enveloppe, je sors. Direction l’urne. D’où je me fais poliment virer après qu’on m’ait expliqué le pourquoi et qu’on m’ait montré le comment en m’indiquant la sortie. L’armée est là, la police veille, les gendarmes sont en planque : méfiance.

Il pleut comme vache qui pisse. Direction le centre ville, au bureau de vote de l’école Jules Ferry. Sûr que c’est bourré, là-bas. J’y serai à l’abri. Le bureau de vote ferme à 20 heures, l’heure du JT.

Que je sois clodo, SDF (en langue de bois) ou moins pire, je sais une chose : quel que soit celui qui présidera demain à nos destinées, ce soir et les suivants, c’est pas le caviar qui étouffera ceux que la société a largués (ce qui se comprend, car reconnaissons qu’un pauvre, ça pue), ni un bon pinard bouché qui leur fera oublier. Des journaux, un carton, une encoignure de porte, une bouche de métro feront l’affaire pour la nuit.
Non, je ne suis pas un terroriste. Ce qui n’empêche personne de me regarder méchamment en coin et de s’écarter de mon chemin avec des mines d’épouvante, de réprobation ou de dégoût si je suis un clodo. Un clodo, ça se voit ; un terroriste, ça se fond dans le paysage.

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Gagner sa vie

Une presque éternité pour me rendre compte que j’aurai passé le plus clair de ma vie, façon de parler, sans être foutu de m’affranchir de ma stupidité. Que de temps perdu !
Le pain perdu, cet étouffe chrétien des fins de mois difficiles, celles qui débutent le 1er de chaque mois, présente au moins l’avantage de combler le vide, celui de l’estomac. Le temps perdu, lui, ne comble rien d’autre que la corbeille à papiers où vont naufrager les feuillets d’éphémérides.
J’ai tenté mille choses pour gagner ma vie sans penser un seul instant que cette tâche – ô combien ardue – était vaine. Parce qu’au final, et quoiqu’on fasse, on la perd. Point.

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D’avoir tant d’amis je bois du petit lait

C’est chouette l’amitié me disait il y a peu mon chirurgien qui fait aussi dans la taxidermie. Un vieux gars affublé d’une face de hibou au regard décapant qui jauge d’un regard ce qu’il pourra tirer d’un patient mal en point. Les bonshommes naturalisés, ça se vend bien.
Un homme sans amis, c’est pire qu’une solitude sans alcool ni tabac, se plait-il à me répéter.
L’a pas tort, le bougre qui sait de quoi il parle et ne manque jamais de nous verser une gnôle de tous les diables chaque fois qu’il m’ausculte. Raison pour laquelle je le soupçonne d’avoir quelque vue sur mon anatomie.
Des amis, on en a jamais assez, sauf quand ils commencent à nous peser et qu’entre un énième coup de main pour déménager (tour de rein assuré), un outil ou un bouquin à prêter (jamais rendu), un remplacement au pied levé d’une baby-sitter, etc. on finit par en avoir assez ! Alors on en vire, on en change, on fait tourner. Jusqu’à ce que la mine s’épuise, ce qui m’est arrivé il y a peu. Comme quoi l’amitié ne dure pas.
Je me suis retrouvé avec si peu d’amis que je pouvais les compter sur les doigts de ma seule main disponible, l’autre tenant toujours un verre ou une cigarette, compensation oblige.
Me tâtant les méninges afin de trouver une solution à la solitude qui me guettait, je regardais la télé, façon de meubler mon esseulement. Quand, euréka, la lumière s’était faite. Portée par un spot publicitaire.
Aujourd’hui, mes amis se comptent par milliers. Que dis-je, par dizaines de milliers. Des amis fidèles, car amis pour la vie.

Vous en doutez ?
Allez sur Facebook. Tapez mon pseudo : lesproduitslaitiers. Vous comprendrez.

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Un robot à ma botte

 

J’ai fabriqué un robot, un vrai qui est à ma seule botte. Il m’obéit au doigt, à l’œil et aux coups de pied dans le cul. Pour ne pas le louper je lui ai fait un vaste pétard que j’ai rembourré avec de vieilles poupées de chiffons. Une entorse aux règlements, passe encore, mais au pied, non merci. Les particuliers, on a ceci de particulier qu’on n’a pas le droit d’avoir un robot, sauf un ménager officiel breveté SGDG. Pour que mon robot passe le plus facilement possible et qu’il se fonde dans la foule, je l’ai schizophréné. Ombre et Lumière c’était écrit  en code sur l’emballage. Passée la première couche j’ai pensé m’être fait enfumer par le dealer. Mon robot ressemblait à une statue, mais à part les statues représentant les représentants de l’État et du Pouvoir réunis, les autres statues sont interdites, même reproduites en 1D. M’a quand même fallu passer trois couches pour que mon robot se fasse discret comme une ombre quand il n’y a ni soleil ni lumière, une vraie ombre quoi, indécelable.

Je lui ai appris des tas de choses, en fait tout, mais pas le reste. Tout ce qu’il sait. À commencer par son nom, parce qu’il faut bien nommer les choses si on veut qu’elles existent. Dieu, par exemple, c’est aux hommes qui l’ont nommé qu’il doit d’exister. Sans les hommes qui lui ont donné un nom, non seulement il ne serait rien, mais il ne serait tout simplement pas. Comme le chien que je n’ai pas pour la bonne raison que je n’ai jamais réussi à lui trouver un nom qui lui aille et qui me convienne.

TOI il s’appelle, mon robot. Façon de parler parce que je n’ai surtout pas voulu qu’il s’appelle lui-même. Pour qu’il finisse par prendre conscience de son existence et qu’il se tripote l’égo ? Non merci. Alors je ne lui ai pas appris à s’appeler, et toc.
Pourquoi je l’ai appelé TOI ? C’est tout simple. Ça me permet tout bêtement de m’adresser à lui sans éveiller le moindre soupçon. À la solde des affairistes du gouvernement les indics traînent partout.
Je lui fais faire ce que je veux. Sinon pourquoi posséder un robot ? Comme ici, là, en ce moment. Vas-y, je lui ai dit, écris quelque chose rapport à TOI, tu as le champ libre. Les robots personnels, contrairement aux autres, faut leur faire croire qu’ils ont le champ libre si on ne veut pas qu’ils fassent grève. Encore que le mien,parce que  je ne lui ai pas appris à faire grève, il n’y a pas de risque de ce côté. C’est comme les gosses, faut pas hésiter à les bercer d’illusions, mais faut pas en rajouter.

Ça te convient, papa ? m’a demandé TOI, mon robot. Mouais, je lui ai répondu, ça fera bien pour ce que c’est censé faire. Maintenant que tu as fini d’écrire des conneries, je lui ai dit, astique mes godasses, j’ai un rencard.
Les bottes ? il m’a demandé. Devine je lui ai dit, sachant que, lui ayant appris à deviner ce genre de choses, il devinerait.

 

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Bains de mer et burkini

C’est l’été. Avec sa pléthore de festivals pour quelques festivaliers dont pas mal de veaux qui les courent comme les touristes courent aux ouatères à cause d’une tourista, ça leur apprendra à marcher sur les plates bandes des indigènes qui échangeraient bien leurs journaux écrits dans des langues de sauvages contre du papier hygiénique. Mais bon, faut bien un peu de culture si on ne veut pas mourir idiot et le ventre vide.
Avions, bagnoles, tacots poussifs ou Tégévés imbéciles trimballent les hordes de vacanciers là où il faut être allé pour y être allé, se faire bronzer (mais pas trop, on ne sait jamais…) et s’en vanter, ça fait prendre l’air à l’égo. Ça se désertifie ici, ça déborde là, sur les plages où la mode des années 20 (1900) revient en force. Il n’est que de voir les photos de nos grands-mères aux bains de mer, du moins celles issues du haut du pavé. Passés de mode les nibards à l’air qui jouaient les flotteurs, finis les pétards sertis dans des strings infoutus de contenir les émanations gazeuses, devenues inutiles les crèmes solaires puantes, polluantes et qu’on reconnaîtra comme étant dangereuses pour la santé des bambins et des petits poissons. Le progrès est en marche, l’ordre moral aussi qui débarque de tous bords, surtout des bords de mer.

Nom d’Allah le tout puissant, me suis-je dit en arrivant à Palavas-les-Flots où mes beignets de plage préférés sont particulièrement pétogènes,  comment dois-je me vêtir pour me plonger dans l’onde, quelles parties du corps puis-je laisser nues sans que des sales gosses me lancent des cailloux ou que des furies me les lacèrent à grands coups d’ongles ou de canines. Pourrai-je me baigner à poil ou devrai-je m’épiler afin de pouvoir affirmer aux autorités civiles et religieuses que, n’étant pas à poil je ne peux être nu ?
Pris d’une inspiration quasi divine, je me suis fait dépoiler (au sens propre) dans un institut de beauté virile, je me suis fixé un  joli foulard de soie (une bouée blanche et rouge sur fond bleu avec un homard orange) en guise de voile pudique sur le mât que le créateur m’a fourni sous le nom de pénis, ait peint mes coucougnettes d’un bel orange fluo pour celle de droite et d’un vert itou pour l’autre. On est jamais assez prudent. Au feutre indélébile j’ai écrit artistiquement sur mes bras mon nom de petit voilier : Beethoven que chacun prononcera comme il l’entend. J’avais d’abord pensé à Péniche 69, mais je le réserve pour une navigation en eaux douces.

Et zou, à la baille ! En courant.
Fraîche, la baille, avec pour résultat un mât en berne, une voile trempée et des rires moqueurs alentour. Vite réchauffé par quelques brasses, je fuis les quolibets en me faisant sous-marin. Pas compliqué avec les apéros avalés en sortant du salon de beauté (virile). Direction un groupe de jolies donzelles où je devrais pouvoir recharger mes batteries.
Je dédaigne la bimbo en string quasi zéro pièce, jette mon dévolu et un œil lubrique sur une fatma dans sa tenue de bonne sœur des années 50. Mon imagination fait le reste.
Retrouvant un peu de fierté le mât se fait plus ferme puis se redresse. J’amorce un crawl dorsal. Le vent s’en mêle, gonflant la voile. À moi l’étendue aqueuse, à moi le large, à moi la liberté.
Lorsque j’entends crier «À l’abordage !».

 

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Coucou, je reviens

Je retrouve lentement mes esprits après un long et périlleux voyage sur un océan de feuilles blanches que j’ai déflorées à grand coups de frappes de clavier.
Aucun vilain pâté n’est venu saloper mes scribouillages talentueux que j’ai couchés dans 6 bouquins qui ont été publiés en juillet. Je les présente ici et dans un salon local de Haut-Savoie (France), à Faverges, près d’Annecy, ce dimanche 28 août. Il s’agit de la 15e Biennale du Livre savoyard. J’y convie chacun, chacune, quiconque et les autres à venir m’y saluer, m’y féliciter, m’y offrir un verre et à applaudir mes louables efforts pour relever le niveau des productions littéraires de la rentrée.

Sinon, et c’est le vrai objet de cet article, mes blogs en sommeil vont reprendre du service. Dès le mois de septembre, si le gouvernement n’a pas la mauvaise idée de le remplacer par un autre qui ne serait même pas de saison.

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Gare à la grippe, gare à la gastro

Qu’il n’y ait pas de neige n’empêche en rien que janvier ou pas loin soit le mois du blanc, comme mai est celui de Marie, notre bonne mère à tous et à Jésus, ce malheureux abandonné par son père, Dieu ait son âme.
Draps, serviettes éponges, taies d’oreiller, housses de matelas et alèses (qu’on devrait plutôt écrire à-l’aise) négociés à bon prix auprès d’un marchand de draps, serviettes éponges, taies d’oreiller, housses de matelas et alèses, direction Cholet pour y quérir moult hectares de mouchoirs.  Car, jusqu’à présent tapie dans l’ombre de quelque officine où déjà de vils profiteurs se frottent les mains avec raison, voici que débarque la grippe. Celle, courante, qui nous cloue au lit, et dont un des effets secondaires est de maintenir l’économie de Cholet à bouts de bras ; et l’autre, intestinale, qui gonfle le chiffre d’affaire des usines de PQ (que certains nomment improprement papier hygiénique ou papier toilette, tu parles !), et l’autre, celle qui nous fait sortir du plumard en catastrophe direction les ouatères et la délivrance. Provisoire. Les deux grippes amenant les labos pharmaceutiques à investir toujours plus dans de nouveaux coffre-fort, à la satisfaction des fabricants allemands de ces derniers. Les coffres allemands, c’est du solide !

On va taveler les lunettes et nos vis à vis de projections, ça va râcler les gorges, ça va cracher les poumons, ça va enquiquiner le peuple et surtout, ça va alimenter les conversations. En ce qui concerne la grippe banale qui se fixe sur les voies respiratoires et dont on ne tire que peu de profit, mais aucune honte.
L’intestinale, c’est une toute autre histoire que seul un plâtrier peintre pourrait dépeindre avec cette joyeuseté qui honore la catégorie socio-professionnelle à laquelle il appartient. Ne le verrait-on pas chanter « Prosper Youp la boum !» ?

Alèses, draps et mouchoirs embarqués dans ma guimbarde, direction un estancot où je sais trouver le rhum idéal pour les grogs, parce que on a beau dire, s’il fallait soigner sa grippe sans vraie médecine, pas sûr que je m’en choperais une.

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L’humanité : fin d’une expérience

Au ciel la Lune fait grise mine. Le Soleil a disparu, perdu dans la nuit des antipodes. Une brume couleur de cendre masque les nuages.
La pluie est tombée quarante jours durant délitant ce que nous n’avions pas réussi à détruire. Réunis en concile les dieux et les hommes n’ont pas trouvé de terrain d’entente. Sur ordre de Poséidon la huitième armée des ondines a scellé l’ensemble des bondes. Le Grand Débordement a été décrété.
Cramponnés à la barre de leurs bateaux, les Nowhé du monde entier les ont menés au naufrage. Ils ont sous estimé les vents, ceux du nord, de l’est et de l’ouest qu’ont soufflé sans discontinuer Aquilon, Euros et Favonus.
Seul Charon, le nocher des Enfers, a pu traverser la tourmente et mener sa barque à bon port. Arrivé sur l’ “autre rive” il a débarqué ses derniers passagers. Il n’a pas eu à affronter la bousculade des âmes perdues en attente illusoire d’une affectation. Sans se retourner il s’est fondu dans le temps passé.

Réunis en assemblée extraordinaire, les dieux ont pris la décision de ne pas renouveler l’expérience de l’humanité. Qu’ils ont néanmoins jugée avoir été intéressante.

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Dernier rêve

Noël, je ne l’ai pas vu arriver, pas plus que je ne l’ai vu venir.  Je m’en suis rendu compte au matin du 25 décembre –25 décembre 2016, je précise–, en voyant les papiers cadeaux froissés chiffonnés jaunis par le temps. Sûr que tous les records d’ensoleillement et de températures ont dû été battus. Direction l’éphéméride accroché au-dessus du portrait du Maréchal, hérité de mon grand-père en même temps que sa maison inchangée depuis. L’éphéméride date de 1942, année où mes parents avaient parlé de faire un gosse (moi) une fois que l’Allemagne victorieuse aurait mis fin à la guerre. Il naîtra en 45, avaient-ils déclaré en mairie en même temps que mon prénom, mes mensurations, mon poids et mes origines ethniques. L’année d’origine –1942–, est encore lisible, mais 70 ans de biffages, ratures, corrections, corrector et gommettes ont fini de noircir le tableau. On s’y perd : s’y retrouver est impossible.
Me rendre à l’évidence : j’ai pris un an sans m’en rendre compte. Je me plante devant le miroir, bouge la tête d’un côté, de l’autre. Le gars en face n’a pas la face de son profil, pas plus le gauche que le droit, ni le profil de sa face. D’un côté il fait moins que son âge ; de l’autre il n’a pas celui , attendu, de ses artères. Je me tâte le visage, parcours les rides de mes doigts que je laisse escalader le front. Au-delà ils avancent difficilement en terrain glissant, une roche froide, luisante, dépourvue du moindre brin d’herbe susceptible de s’y accrocher. Ils dérapent, glissent, décrochent.
Le téléphone sonne. Mes doigts s’y précipitent, me tendent le combiné. L’autre dans le miroir est plus rapide que moi. Il s’en empare, affiche une grimace, gesticule. A ses lèvres grandes ouvertes je comprends qu’il me dit quelque chose. Que je ne peux entendre. Le miroir, lui aussi hérité de mon grand-père, est épais comme un silence de nuit lorsque tombe la neige. Un marteau, il me faut un marteau. Je pars démonter celui de la porte d’entrée –tant pis pour les visiteurs–, reviens au miroir, le brise.
En même temps qu’un air froid s’engouffre dans mon crâne le Maréchal vole en éclats, l’éphéméride se déchire, les papiers d’emballage s’envolent. Un court instant je crois entendre le pas cadencé d’une troupe qui avance aux accents de Heili Heilo.
Puis plus rien.

 

 

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Elections régionales

Voter, moi je veux bien, mais hein! faut encore pouvoir y faire. Et pour y faire, faut déjà pouvoir y aller, et pour y aller, faut encore avoir le temps, et c’est pas le tout quand y’a les patates et les choux à ramasser, que le temps menace et nom ti tieu, c’est où qu’elle a fouré ma ceinture de flanelle, la Germaine. Et les poireaux.
Bon, le temps c’est pas ça, sûr que ça va faire une rincée, comme ce matin après la messe. La messe, Germaine et moi, on risque pas d’y manquer. C’est que le Dédé, son estancot, il le ferme à une heure. Je laisse la Germaine à ses bondieuseries, chacun son bon dieu, hein ! Le mien, c’est un rouquin de tous les diables. Un nectar local que ceux de la ville, ça les dépasse.
Vrai de vrai, ça va flotter.

Gearmaiiiiine, que je braille, tant qu’à faire avec ce temps qu’en fait quà son aise, autant aller faire not’ devoir.
Je me fais beau, vite fait. Germaine se fait belle, moins vite fait, et c’est parti direction le bureau de vote, rue de la Brezaille.

Bureau de vote, ils ont écrit sur la façade de l’école. La fanfare et la chorale de l’école, sûr que c’est la énième fois qu’ils l’entonnent, l’hymne national. Le foie gras de canard manqera pas pour les fêtes.
On entre. Un gars verifie qu’on est bien nous et qu’on est inscrits. Y’a plus qu’à voter. C’est à gauche toute que je vote, pas que j’y croie, mais si ça peut en emmerdouiller plus d’un, c’est pas plus mal. Germaine, c’est le contraire, juste histoire de m’emmerdouiller moi et de faire la moyenne.
Je file tout à gauche, je cherche l’isoloir, y’en a point. Je demande aux gars du bureau de vote où c’est qu’on glisse le papelard que je leur brandis sous le nez. C’est au fond à droite, qu’ils me disent. Les cons ! Déjà qu’ils m’ont forcé à prendre tout un tas de papelards…
Je rameute Germaine. On se fait la malle, je lui dis. Ils sont trop cons. On sort.
Allons z’enfants de la Patrie, i – e… La clique et la chorale ont remis ça. Le temps s’est mis au beau. Les patates n’ont plus qu’à bien se tenir.

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Je suis content, il neige

Content comme tout, ce matin, en me levant côté est du lit. L’ouest, je le réserve pour le coucher. Je dors volets ouverts pour profiter de l’éclairage public, du chant des oiseaux publics, du camion public de ramassage des ordures publiques, toujours surpris qu’il n’y ait jamais d’élu ou autre responsable, de quoi, j’en sais point rien. J’aime bien savoir où je dors, lorsque je me réveille. Le réveil je le règle sur l’horloge comtoise des voisins. Les murs sont aussi épais que ma retraite. Je l’aurais eue aux flambeaux que je laisserais quand même les volets ouverts. En été, je les ferme ou non, ça dépend du soleil à l’heure de la sieste. Trop fort, je ferme, moyennement j’entrouvre, faiblard toute sieste est inutile puisque je ne me lève pas. Quand je vois qu’il va faire mauvais, je m’arrange pour que les voisins s’en aillent, par exemple à l’hôpital. Leur horloge a besoin d’être remontée tous les jours. J’ai une préférence pour les bananes, je peux toujours accuser le singe des autres voisins, des qui n’ont pas encore compris qu’ils n’étaient plus là-bas en bas sur la carte, de l’autre côté de la mer, tout en dessous. Mais il neige, ça leur apprendra.
Content comme tout, ce matin, parce qu’il neige. Je suis comme un gosse. Il neige, il neige je crie à demi poumons pour ne pas prendre un coup de froid sur les bronches. Qui dit neige dit froid, comme qui ne dit rien consent ou qui dort dîne, comme dit d’ordinaire qui se couche le ventre rempli.

Les volets, c’est pour ma grande fenêtre, celle officielle que l’architecte a creusée dans le mur quand il s’était rendu compte qu’il avait oublié que j’aurais besoin de l’éclairage public. Entre temps j’en avais installée une plus petite, au-dessus de mon bureau. Un truc moderne sans volets qui marche à l’électricité et que je laisse toujours ouverte, sauf quand il y a panne de courant ou grève de ceux qui le font. C’est par elle que j’ai vu tomber la neige. Pas des bérets de chasseurs alpins, des bérets blancs de tenue d’hiver quand il neige, mais d’honnêtes flocons, quand même. Je sais pas où elle est fabriquée et je m’en contrefiche. L’essentiel, c’est qu’elle soit là toujours exactement à la même date, sauf l’année qui change chaque année.
T’es con, c’est pas de la vraie neige, m’a dit un gars qui installe des fenêtres aussi électriques comme la mienne. Elle est virtuelle, ta neige, il a encore dit. À mon avis, c’est lui qui est virtuel.
Elle arrête pas de tomber. Nom de dieu c’que je suis content. En plus, je serais même pas obligé de piquer une banane au singe des voisins.

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Allah, le miséricordieux

Les fous de dieu, en son nom, commettent autant de crimes que de conneries, comme le saccage démontage ou démantèlement ou démembrement d’œuvres d’art (Si, si, y’a qu’à voir la Vénus de Milo. Pas elle en vrai, mais une de ses sœurs). Œuvres qu’ils revendent à des salopards, notamment européens qui profitent des règlementations financières et des lois que leurs copains édictent, des saloperies de salopards qui fournissent à l’État islamique tout ce qu’il faut pour mener à bien la mission que dieu lui a confiée : faire chier le peuple à n’importe quel prix en violant, tuant, volant les populations qui regrettent amèrement de ne pas être parties en week-end à dache plutôt quà Daesh.

Comme ils sont forts, sabre ou Kalachnikov en main ; comme ils sont beaux lorsqu’en contre-jour se découpent leurs altières silhouettes ; comme ils sont nobles lorsque, procédant au sacrifice ultime ils égorgent d’un geste auguste celui tombé entre leurs mains de justice. Et quelles magnifiques et sensuelles ondulations que celles de leurs drapeaux flottant au souffle des ventilateurs qu’un metteur en scène de talent a habilement disposés pour que soient évoqués les grands espaces et le sentiment de liberté qu’ils induisent.
Bon, c’est vrai, moi-même, j’aurais une Kalachnikov entre les mains, sûr que je me sentirais plus couillu et membré que je ne le suis. Le recul, l’odeur de poudre, le canon brûlant comme un sexe en érection… Ah nom de dieu ! Et puis ce goût du sang plus fort que celui du boudin, ach mein Gott ! Et ce pouvoir que j’aurais, là, de supprimer une vie désignée comme étant inutile par mes chefs et coreligionnaires, Ô my God !
Crotte de bique et bandaison de mes deux ! Je viens de faire une carte du Levant dans mon calfouette. Quel imbécile je fais !
Bon. Y’a quand même autre chose qui est vrai. Imam, vizir, calife, trou de cul de dieu, djihadiste… à un moment ou un autre, tu n’as pas le choix, et il y a une urgence : chier un coup. Puis enlever l’excès de crépi, passer un coup de Kärcher, bref, faire au mieux pour que les mouches qui virevoltent en se pourléchant les babines et se tamponnant les mirettes aillent voir ailleurs s’il n’y aurait pas mieux à becqueter, comme un cadavre frais pondu du matin.

Toi qui rêves d’une vie de héros, toi qui aimerais farcir ces porcs d’infidèles à coups de pruneaux, toi dont l’impuissance ne pourrait faire vibrer que des vierges pas farouches manquant d’expérience, je t’imagine, ô joie ineffable autant qu’incoercible, futal noir en tire-bouchon sur tes chevilles, boîte de conserve vide ou pierre piochée dans le reg en guise de papier-cul… je t’imagine en train de visionner sur ton i-pad la vidéo*, en direct, d’un pauvre type (il s’agit de toi) en train de se chier dessus parce que des putains d’infidéles sont en train de larguer des bombes sur ses chiottes de campagne, en ce désert aride que souille sa présence. Je t’imagine aussi en train de râcler une boîte de pâté de porc sardines jusqu’à la dernière miette d’arête, parce que tu crèves de faim. Je t’imagines aussi boire ta propre urine (au demeurant chargée pour cause d’une rare et mauvaise bouffe) pour ne pas crever de soif, en apprenant sur ton portable –ô merveille de la technologie moderne– que ta famille et ta biquette préférée n’auront plus, désormais, à égrener leurs chapelets puisqu’ils ont perdu la vie, juste retour des choses pour celles que tu as ôtées. Je t’imagines aussi prenant conscience te rendant compte que tu t’es laissé embarquer  par des sales types, dont tu es le reflet, qui t’ont menti, t’ont raconté des fredaines sur le Coran et qui t’exploitent jusqu’à la moëlle pour mieux asseoir leur vanité. Enfin je t’imagine devant Allah, le vrai et le seul, pas celui que tes frères ont travesti pour servir leurs desseins. Tu as joué les fier-à-bras, te dit-il. Tu t’es pris pour Fierabras, mais tu n’es qu’un nain. Tu as semé l’enfer, tu y es. Tu me  demandes miséricorde ?  Va, je te l’accorde. La même que celle que tu as accordée à tes victimes.


* L’humiliation foutage de gueule comme arme de propagande pour répondre à la propagande de l’Etat islamique ? Why not ?
Mouais, bon, d’accord, il n’y a qu’à faire comme si je n’avais rien dit.

 

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L’instant d’avant je vivais

Je regarde à gauche, rien. Je regarde à droite, rien. Je regarde devant, rien. J’avance. Pas con, je jette un œil derrière, au cas où. Le temps de vérifier qu’il n’y a rien non plus, j’entends le bruit mat d’un corps qui a fait une chute de plus de vingt mètres, puis plus rien.

Un corps que j’ai du mal à reconnaître comme étant le mien m’est donné à identifier. J’ignore comment on s’y est pris pour d’un côté me trouver, de l’autre me prévenir. Les gars de la morgue ont mis le corps dans un sac en plastique. C’est à cause que ça dégouline et que le parquet, à force qu’on y lave, faudra qu’on le change si ça continue. Avec la moquette, avant, c’était encore pire, m’expliquent les bonshommes en achevant leur sandwich mortadelle, beurre, cornichon. Un  seul, sinon ça gâte le goût. Ils vident le sac, en vrac, dans une baignoire.
Et voilà ! déclare celui des gars qui ressemble le plus à un commissaire de police, ça doit être à force de jouer le rôle. Il se lisse les bacchantes façon Staline, ça lui donne l’importance qu’il aurait eue s’il avait brillé à l’École de police.
Alors ? il me demande. Comme ça, je peux pas dire, je réponds. Tout rabougri qu’il est, faudrait le déplier.
C’est qu’il est raide,  le bougre, constate son bras droit d’un ton de sous chef. S’il était frais, je dis pas, ou alors faudrait le réchauffer.  On aurait eu mieux fait de pas le mettre dans le sac, chef. Le chef opine du commissaire commissaire opine du chef en se tortillant la moustache. Je serais prêt à parier qu’il pense déjà à passer un coup de fil à sa hiérarchie.
L’impatience me prend. Je sais devoir lever le camp et larguer les voiles, c’est ainsi, pas le temps de traîner. Les cadavres parlent peu, c’est connu, et rares sont ceux qui infirment ce que raconte un témoin, présumé proche du défunt.
C’est bien lui, je dis laconiquement, me fichant de l’exactitude de ce que j’avance et n’ayant aucune preuve tangible de l’identité de ce qui a déjà rejoint le sac. Un sac en plastique pareil à celui qu’hier encore j’ai jeté aux ordures, très pratique avec ses petites poignées ingénieuses.
Je laisse ce petit monde accrocher l’étiquette réglementaire où le commissaire a écrit un nom, la date d’emballage et celle de péremption.
Puis je lève l’ancre, sans rien savoir de ce que me réserve la traversée.

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Une humanité en quête d’humanité

Il y a les Italiens, les Français, surtout en France, les Allemands dans leur pays, l’Allemagne. Il y a les Portugais au Portugal, les Suisses en Confédération Helvétique, ils ne peuvent pas faire comme tout le monde. Il y a les Transylvaniens en Transylvanie, les Marocains au Maroc, les demeurés dans leur demeure, qu’ils y restent. Les Anglais vivent surtout en Grande Bretagne et aussi en Angleterre où il y a aussi des Irlandais, même s’ils ne l’ont pas fait exprès. Il y a des Autrichiens en Autriche, pas une seule autruche en Austro-Hongrie, où errent de malheureux hongres qui n’ont rien de hongrois. Il y a des Polonais en Pologne et des nouveaux-nés un peu partout, sauf en Chine où les Chinois (les habitants de ce pays) préfèrent avoir un chien plutôt qu’un deuxième enfant, ce qui amènera le régime, un jour ou l’autre, à rendre obligatoire un deuxième enfant, et pourquoi pas un deuxième enfant et demi. Il y a des régimes de bananes dans les républiques bananières où de gras personnages s’engraissent sur le dos de ceux qui ont un maigre revenu. Ces derniers trouvent éreintant de porter de lourds fardeaux prêts à leur tondre la laine s’ils deviennent des moutons. Des moutons, il y en a en Australie, qui n’est pas la patrie des Australopithèques, ça aurait pu, mais celle de drôles d’animaux dont les femelles n’ont pas les yeux dans leur poche parfois squattée, mais sur la tête. On pourrait s’attendre à ce qu’il y ait des nazis en Asie, mais on le sait aujourd’hui, il n’y a pas de nazis en Asie. Sauf peut-être un petit peu en Chine où on pratique volontiers l’euthanasie avec des opposants à qui on ne demande pas d’être volontaires pour en profiter. On cultive la chicorée en Corée du sud, la chicore à coups de chicotte en Corée du nord, les rouleaux de printemps au Vietnam, en toute saison, et les os au Cambodge.
Il y a les Américains en Amérique, les Canadiens dans des cabanes au Canada, des Argentins désargentés en Argentine, des Urugayens au Paraguay et des Paraguayens en Uruguay à cause des frontières mal dessinées. La Bolivie est peuplée de Boliviens, le Chili de Chiliens, le Pérou de Péruviens et de coca. Il y a des Basques au pays basque, que l’on reconnaît au bruit que font les castagnettes quand ils dansent le fandango pour échapper aux tirs des Stuka.
Il y a les Inuits difficiles à voir en hiver à cause des nuits sans fin, et des Esquimaux qui fondent les uns après les autres à cause de leurs congélateurs en panne.
Il y a des princes, il  y a des pauvres sans lesquels il n’y aurait pas de riches. Il y a des andouilles chez les charcutiers de Vire et d’ailleurs, mais il n’y en a pas que là. Il y a des boulangers qui boulangent, et en concurrence avec les chirurgiens iI y a des charcutiers qui charcutent. Il y a des bouchers, dont ceux à l’arène, des as de l’acupuncture qui suppriment définitivement les douleurs insupportables qu’ils infligent aux taureaux. Il y a des ânes dans le Poitou et tout autant ailleurs, des ânes sans culotte qui ont tout oublié de l’esprit révolutionnaire et se torchent avec la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.
Il y a des hommes libres d’enfermer les empêcheurs de ronronner en rond, et des hommes en prison libres de rêver qu’ils n’y sont pas. Il y a de bons samaritains et de sacrés salopards, des inconscients qui ne savent pas ce qu’ils font, mais le font, d’autres pleinement conscients de ce qu’ils font de mal, et le font avec délectation, il y a de tout.
Partout il y a des hommes et des femmes, des enfants et des fleurs, des sourires et des pleurs, des agissements criminels et des actes autant stupides qu’indignes. Il y a du bon, il y a du mauvais, il y a tous les entre-deux.
Il y a une humanité en quête d’humanité.

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Sale temps à La Mecque

À quelques jours du hajj un des piliers de l’islam une grue de grande dimension s’est envolée sous les assauts d’un vent violent avant de s’écraser sur des fidèles en en tuant malencontreusement plus d’une centaine et en en blessant tout aussi malencontreusement plus du double. Mais comme on le souligne sur place ça aurait pu être pire sans l’intervention divine qui en a sauvé beaucoup plus.
Toute défaillance technique ayant été écartée avec force par un des ingénieurs du groupe de travaux publics qui mène le projet la thèse d’un mauvais coup du sort ou du méchant tour d’un mauvais génie a pour l’instant été retenue en lieu sûr. Le même ingénieur a quant à lui estimé que le drame relevait de la volonté divine explication corroborée par un ouvrier syrien qui a déclaré que c’était une punition infligée à l’Arabie saoudite par Allah sous prétexte et soit disant qu’elle n’accueille pas de réfugiés notamment syriens pourtant de confession musulmane.
Des bruits de coursive relayés par le téléphone arabe évoquent la possibilité d’un attentat fomenté par l’État islamique mais rien pour l’instant ne vient étayer cette hypothèse qui ferait encore plus de bruit si elle s’avérait.
Un des co-créateurs de la Fondation pour la recherche du patrimoine islamique basée à la Mecque sans aller jusqu’à parler de punition divine estime pour sa part que les autorités ont fait preuve de négligence face au danger évident que représentent ces grues qui n’ont pas été conçues pour effectuer le moindre vol. Orgueil a ajouté un quidam précisant que les autorités se préoccupent autant du patrimoine de la santé et de la sécurité que de leurs premières babouches c’est dire.
Rappelons pour mémoire que c’est le groupe saoudien Ben Laden Group très lié à la famille du défunt fondateur d’Al-Qaïda et pour cause le regretté Oussama Ben Laden qui mène les travaux d’agrandissement. Manquerait plus que ce groupe soit chargé de l’enquête a murmuré un détracteur que la chute de la grue a sorti de sa sieste un mauvais coucheur en quelque sorte. Une suggestion saugrenue que personne n’a retenu si ce ne sont les intéressés qui comptent bien y participer à défaut de la mener.
Sensible à la peine que traversent celles et ceux touchés par ce drame et quoique un rien pas vraiment fidèle puisqu’infidèle ou considéré comme tel je ne peux nonobstant et néanmoins que me joindre à ceux nombreux qui ont adressé leurs condoléances. Ce que je fais donc présentement.
Et remercions Allah de n’avoir pas encore permis d’atteindre le record de 1426 pélerins tués en 1990.


Note : désolé pour la ponctuation, mais ma touche virgule ne fonctionne plus.
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Naître autre n’est pas donné à tout le monde

J’aurais pu naître dans une famille ouvrière. Ou mes géniteurs auraient pu être de bons et fidèles employés, pourquoi pas de maison, des gens humbles, qui votent là où ils croient qu’il faut voter, qui sont honnêtes ou niais, un synonyme. J’aurais pu naître dans la brousse avec d’autres bouseux, dans un village franchouillard où les gens n’ont jamais décroché le portrait du Maréchal, ou encore dans une ZAC, une ZUP, une ZAP, une ZIP ou un quartier malfamé, une ZON.

J’aurais arraché les ailes des mouches, crevé les yeux des chats, cogné les bestiaux pour les entendre gueuler et jouer à touche pipi avec des petites cochonnes. Plus tard, aux premiers émois, et moi et moi, et moi, je leur aurais donné des coups de pied dans les tibias et tiré les cheveux. J’aurais pris ma première cuite à 6 ans sous le regard amusé d’un oncle jobard, un sacré rigolo qui aurait couché avec ma mère. J’aurais chapardé des bonbons chez l’épicier, dévalé les rues du quartier dans une caisse à savon dont le bruit infernal aurait cassé les oreilles au voisinage ; j’aurais fait l’école buissonnière et pissé dans les encriers. J’aurais déféqué mou dans un journal que j’aurais posé devant la porte close d’un bourgeois ; j’y aurais mis le feu et j’aurais sonné avant de me carapater. Je me serais masturbé avec d’autres sales gosses dans les bottes de foin ; j’aurais piqué des sous à ma mère pour m’acheter des pétards. J’aurais échangé la montre de mon père contre un paquet de P4 (les trop fameuses Parisiennes) et la bague de fiançailles de ma mère contre un de Week-End et un autre de Lucky-Strike. J’aurais raconté des bobards, j’aurais menti. Je me serais battu aux bals, aurais dépucelé les premières gonzesses venues que j’aurais soulées à coups de blanc limé. Je me serais fait tabasser une fois par mon père, pas deux. J’aurais vidé un premier tronc pour aller au bordel, et les suivants pour m’acheter du H. J’aurais raconté au psychologue scolaire que ma mère était une pute et mon père un curé pédophile défroqué qui avait abusé de moi ; J’aurais fait mon service militaire dans les paras qui m’auraient muté dans un bataillon disciplinaire. J’aurais fait de la taule, j’aurais cassé des cailloux, du niacoué et du bronzé, ce qui m’aurait peut-être valu une médaille vite refourguée contre un bon de saillie au BMC, le bordel militaire contrôlé.

Bref, c’est pas l’ennui qui m’aurait étouffé, pas plus que les « ça se fait pas », les « c’est mal » et autres stupidités qui empêchent de vivre comme on l’entend si on n’est pas sourdingue.

Et quoi ? Voilà que j’ai débarqué dans une famille tout ce qu’il y a de comme il faut, c’est tout dire. Baptême, communion, confirmation, écoles privées, la suite à l’avenant : études, mariage, gosses, situation enviable, fortune… tout ce qu’il faut pour mourir d’ennui et se raconter des histoires en montrant le spectacle d’un bonheur ineffable. De la Fontaine. Le modèle parfait d’une image défraîchie avant l’âge.
J’oubliais la respectabilité, l’horripilante respectabilité !

J’aurais pu naître autre, mais ça ne m’a pas été donné.

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Bisbille en Asie centrale, mais grand calme dans l’UE

On apprend que le torchon brûle dans l’Organisation  des Pays d’Asie Centrale, autrement dit, et pour faire vite et clair comme de l’eau de roche, l’Opac.
Un pays de la région, dont on a oublié le nom, car l’évoquer est passible d’un tas d’ennuis malodorants, poursuites en injustice plus tout le bataclan de l’appareil répressif des états sans grâce… avait été rayé de la carte (en vert strié de noir, sur l’illustration) sous prétexte qu’il était envers et contre tous les autres. Il n’avait jamais adhéré à l’Opac, n’avait même jamais pensé pouvoir y entrer un jour. Un pays d’imbéciles, en quelque sorte, couac euh quoique.
Mais aujourd’hui, c’est une toute autre histoire, puisque le Tüpøtegrathai, membre de l’Opac à part entière et co-inventeur, avec le Blennoragistan, de la médiocratie, le régime bananier régional dont les avantages pour les dirigeants ne sont plus à démontrer, pas plus qu’ils ne sont à remettre en cause, vient d’être exclu de la zone Eureuse, acronyme de Economie Unitaire et Radieuse Exécutive de l’Union Solidaire des Élus, le nom à rallonges budgétaires de la monnaie de l’Opac. Monnaie que l’on écrit succinctement ϖ, pour gagner du temps. De très mauvaises langues affirment que le symbole monétaire choisi est en adéquation parfaite avec l’Eureuse, qui la qualifient de monnaie de chiottes.

Mais qu’a-t-il donc bien pu se passer pour que le Tüpøtegrathai soit ainsi exclu de cette monnaie aux pièces gravées à l’effigie du vide, travail de gravure d’une extrême délicatesse, comme on peut s’en douter, et dont la devise, gravée sur tranche fine à l’Opinel, est « ven gelt r… , ……. agt zay gezegenung« , ce qui signifie, une fois bouchés les trous « Quand l’argent parle, il dit souvent au revoir », proverbe acheté un rien cher, donc trop cher pour une phrase tronquée incompréhensible. Le ministère des finances de l’Opac l’avait déniché chez un brocanteur qui avait fui le Guermania lorsqu’y avait été décrété le port obligatoire d’une petite moustache courte, mais fournie. Imberbe, le pauvre diable avait beaucoup souffert sans pour autant être lavé de la culpabilité de n’avoir ni poil au menton, pas plus qu’il n’en avait entre la lèvre supérieure et le nez, par ailleurs fort développé, mais en rien camus, contrairement à son ami Albert, comme lui étranger à ce qui lui était inconnu.
Le Tüpøtegrathai avait pourtant connu des jours heureux sous la coupe colonel, à l’époque ou la vodka du Chtavepourtanprevnu coulait à flots dans les verres de cristal aux bords précieusement sucrés et citronnés. Un film dont le titre ne m’a pas échappé (Tragedians trip – οι τραγικοί βόλτα) relate cette période que certains jugent comme ayant été la meilleure ou la pire, selon le nombre de sardines que portaient les huiles ou l’entregent qu’on avait avec le pouvoir, ou selon qu’on avait été un saltimbanque au mieux, un libertaire au pire. Pas très original, certains avaient souffert, ce qui avait permis à d’autres de profiter, et vice sera, etc.
(On se calme, ça vient.)
Parce que tout passe, le régime colonel avait fini par trépasser, abandonnant au pourrissement les stocks de citron d’Aragon et de glace à la vanille de Castille, et laissant le pays se moderniser à la va comme je te pousse. Tout état de ce type éprouve un jour ou l’autre le besoin surprenant de se développer, ce qui passe par la nécessité d’emprunter. Ce qu’a fait le Tüpøtegrathai auprès des financiers de l’Opac, sans relire de près le contrat. Contre toute attente, exceptée celles des ministres des finances de l’Opac qui y trouveraient leur compte, le contrat faisait référence non pas à l’article communément admis par les nations adhérentes à la charte de solidarité internationale, qui stipule « 1 de prêté, 1 de rendu », mais à cet autre, malhonnête et machiavélique, qui précisait « 1 de prêté, 10 de rendu ». Avec un zéro d’une traitrise remarquable, car minuscule et hypocrite comme les poignées de mains échangées, mais en réalité vite récupérées par leur propriétaire, et qui, à elles seules, avaient déjà valeur d’un accord. De dupes.

Chacun comprendra la suite, dont on n’a franchement pas grand chose à faire, les troubles se déroulant dans cette charmante union de l’Opac n’affectant en rien ce qui se passe chez nous, dans notre belle et saine communauté européenne. Des troubles lointains qui, grâce à cette union quasi sacrée où règne la fraternité européenne, ne risquent ni de l’affecter, ni de l’infecter. Ben tiens !

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