Sur la route du Blennoragistan

lire aussi le bref article « Blennoragistan« 

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Mes pérégrinations

En me rendant au Blennoragistan, vu où ce pays est situé, j’ai bien évidemment traversé une kyrielle de contrées. J’ai eu maille à partir avec quelque régime (d’où, manquant de calories, je suis sorti très affaibli); j’ai failli plus d’une fois y laisser la vie, et sans une bourse pleine de diamants qu’un trafiquant en tourne-disques m’avait demandé de passer en douce, je ne serais plus là à vous faire découvrir le monde.

J’ai rencontré de nombreuses ethnies, me suis frotté à et ai été confronté à des peuplades d’une sauvagerie inouïe, ai dû prendre femmes pour ne pas déplaire à leurs époux, et me suis fait prendre par leurs maris devenus jaloux et envieux.

Je suis tombé nez à nez avec des animaux fabuleux, mais si affabulateurs qu’ils ne ressemblent qu’en partie à ce qu’ils prétendent être.

J’ai trouvé des trésors d’imagination, volé des rêves à des poètes qui auraient mieux fait de garder un œil sur eux plutôt que de rêvasser, me suis sucré au passage en vendant du café à des Turcs. J’ai lu dans le marc de café et, n’y voyant que du feu, ai jeté ma tasse dans la première flaque venue, même pas une mare, et ça n’a fait ni plouf ni floc. J’en ai eu ma claque en courtisant une courtisane et en ai rougi de honte. Pour l’oublier j’ai dû la boire jusqu’à la lie.

On m’a chassé, on m’a poursuivi, on a rameuté les chiens pour me pourchasser. Lorsque les premiers taïauts sont parvenus à mes oreilles je me suis caché dans les taillis pour éviter l’hallali. Dans les genévriers aux ongles acérés, j’ai croisé un chevreuil que je ne connaissais pas, d’un genre et d’une famille que j’ignorais et qui fit de même. Prude et pudique comme je le suis, il n’était pas question de tenter quoi que ce fut, surtout avec le risque que les sales cabots nous tombent dessus. Déviant sexuel? Certes non, c’était une femelle.

Passant le Zingawé (mot qui signifie eau rouge qui coule), un des plus longs fleuves de la réserve du Patwon, j’ai affronté une mygale qui n’y croyait pas, sans doute laïque, et me suis battu avec un crocolion, heureusement repu. Je ne l’aurais jamais mangé, sa viande ayant vraiment un sale goût proche de celui de nombreux peintres du dimanche qui feraient mieux de casser leur croûte plutôt que de donner à voir leur version du monde.
Un aiglenuphar géant m’en a fait voir de toutes les couleurs et je n’ai dû mon salut qu’à Marie que je prie ici de ne pas m’en vouloir de l’avoir trompée avec sa copine Aline ou Madeleine, je ne sais plus très bien, mais ça n’était pas Alain. Marie apparue dans l’azur dans sa longue robe azur très bon chic bon genre, si longue que la bête ailée s’y est pris les serres de telle sorte qu’elle ne put faire autrement que les desserrer, l’obligeant à me relâcher et à faire maigre.
Sans Rousseau devenu LE garde-frontière aux confins de ce rare pays, j’y serais encore. Dépeindre ce qui s’est passé, j’en suis incapable, mais mon ami, qui officiait aussi en tant que douanier, a fixé sur la toile et pour la postérité l’affront dont j’ai été la victime de la part de son subalterne, un berger alarmant qui m’a tant hurlé dessus que j’ai cru me retrouver dans un film sur la guerre de 39-45, avec Loïs Lefuneste, un sacré marrant. Qu’auriez-vous fait? Moi j’ai ri. Ce qui a fortement déplu au subalterne en question, qui m’y a mis, vice que cela, et aurait volontiers poussé la chose plus loin sans l’intervention de mon camarade. Lefuneste, il ne l’avait jamais trouvé drôle.

Passée la frontière qui sépare la Phoutracie du Guermania, je me suis fait enrôler de force par un militaire, un caporal d’origine corse à petites moustaches ridicules, un dénommé Rodolf. Avec un F m’a-t-il crié au visage. Comme dans Altdorf. On a pris le bateau, on a croisé au large de la Grèste puis on l’a rendu quand il eut rendu l’âme après avoir essuyé un coup de tabac de tous les diables. Les derniers miles, on était en nage, surtout moi qui ne suis plus en âge de vivre de telles péripéties, excepté avec quelque péripesthéticienne quand je vais me faire prodiguer quelque bon soin. On a échoué sur une des rives du Kissgrispatankça.
La seule fois où j’ai rencontré quelqu’un d’heureux au Kissgrispatankça j’ai d’abord cru que c’était un clown. Après j’ai pensé que c’était un acteur qui jouait le rôle de quelqu’un d’heureux. En fait c’était le Président, ce que j’ai appris lorsque je me suis retrouvé derrière les barreaux irradiés. Sans l’iode que j’avais eu la précaution d’ingurgiter tandis que je buvais la tasse que j’avais voulu retrouver, mes mains auraient été brûlées et défigurées. Sorti de ma geôle, je n’ai eu aucune hésitation à décider de quitter ce pays infernal. Il est des pays où on marche sur la tête, comme par chez nous, mais il en est d’autres, tel le Kissgrispatankça, où on marcherait sur les têtes qui joncheraient les rues si chacun ne l’avait pas perdue depuis longtemps en même temps qu’il a perdu tout espoir.

Au Hachpé, les seules personnes apparemment heureuses sont les idiots et les fous qu’on trouve  à foison, mais prudent j’ai préféré ne pas m’y rendre. Les fous et les idiots courent les rues en toute liberté même si les moins atteints préfèrent marcher. Pour être tranquilles ils ont stocké sous bonne garde, dans un bâtiment de fortune qui ne leur a pas coûté un kopeck –monnaie inconnue ici–, les personnes saines et intelligentes. Le Hachpé a établi d’excellentes relations diplomatiques et commerciales avec la plupart des autres pays développés où il se passe exactement la même chose.

Au Yakmoakiconte que les linguistes pipol écrivent Yaqmoiqicompte depuis qu’ils ont découvert que l’Irak avec un K ça a tout de même moins de gueule qu’avec un Q, et qui pour épater les copains écrivent people au lieu de pipol, j’ai regardé LE J.O. Journal Officiel que diffuse en permanence LA chaîne de télé privée du Président Avi. C’est son nom, et je n’y peux rien s’il en a tiré parti à cause de touristes intellos venus du Hachpé lui donner leur avis en lui expliquant ce que « A VIE »  signifiait dans une langue étrangère lointaine. Il avait pris la grosse tête puis le pouvoir avant de rendre obligatoire la télé –allumage automatique de 8 heures du matin jusqu’aux mêmes du soir, écran décrivant un arc de cercle de 180 degrés qui fait webcam, enregistreur et tout le bataclan technologique au service d’un despote. Le jingle est un chant à la gloire du Président, et gare à qui ne connaît pas les paroles. Excédé par cet abruti, j’ai eu l’idée de disposer un vaste miroir face à l’écran de la chambrette que j’occupais. À l’instant même, et ne pouvant supporter davantage le guignol qui se pavanait à l’écran, ce tsar de l’humilité décréta l’état d’urgence, celui de guerre plus celui de cessation de paiements avant de mettre fin à ses jours comme je mis fin au mien. De séjour.

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Le Blennoragistan. Il était temps!
Après un voyage tranquille, si ce ne sont les dos d’ânes (incontournables dans une région escarpée) qui manquent de confort, les attaques d’escarmouches (variété de mouches géantes à coquille d’escargot dont la bave est un venin mortel), et le manque de papier hygiénique (surprenant dans cette contrée où l’alimentation de base est constituée de pruneaux, oignons et haricots) je suis enfin arrivé au Blennoragistan, état dont le tracé des frontières correspond à peu de choses près aux longues filles d’attente qui obligent, mais est-il nécessaire de le préciser, de faire la queue. De l’aube jusqu’au soir, et vice versa, elles attendent les visiteurs, refoulant outreterre les visiteuses, le Blennoragistan, pays continental, ne possédant la moindre côte, si ce n’est celle d’alerte lorsqu’une caravane ânière de touristes du genre féminin se pointe à l’horizon.
Il faut dire, et puisqu’il faut le dire je le dis sinon on me le repprocherait, que ce pays a été frappé d’une malédiction en même temps que d’un mal létal qui a décimé les mâles, ce qui explique l’attente des femelles autant que l’affluence des mâles hardes de touristes. Passé le contrôle obligatoire des attributs sexuels, c’est la ruée vers Laure ou n’importe laquelle des filles toutes bien jolies, bien faites et disposant d’un solide appétit. Une coutume bizarre: elles offrent à leur partenaire un petit capuchon tricoté main doublé de peau d’ailes d’escarmouches. Sans doute les restes d’un folklore dont le sens exact m’échappe, mais un pur bonheur.
Un séjour merveilleux, certes épuisant, mais merveilleux, que je conseille volontiers à ceux qui en ont.

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En repartant, j’ai fait un crochet par le Chtavépourtanprévnu. J’aurais vraiment dû éviter.
En parlerai-je? Je ne sais, tant les souvenirs cruels m’assaillent et me serrent la gorge plus que ne le ferait un 80 b à une plantureuse créature qui, à vue d’oeil, fait au moins un 95 d.

Blennoragistan
Voyage au Ctavépourtanprévnu

Carte, itinéraires et images de mes pérégrinations

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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7 commentaires pour Sur la route du Blennoragistan

  1. Ping : Un accord majeur parfait (mouais…) en Asie centrale. Et Chez nous ? | CE QUE PIERRE C.J. VAISSIERE AURAIT PU ECRIRE

  2. madame Germaine Héloire dit :

    J’ai resté clouée au lit que j’en est des escares, mais je crois pas qu’il y a des mouches avec, mais je me dis que ce serais plus douce que la serrepierre qu’on m’y a mis que sa grate quand même, c’est que la vie c’est pas tout rose quand on y a pas trouvé le poteau rose. Enfin me voila debout, comme il me dit mon gendre, le Jean Jacques, et comme on dit, quant on a la santé, on y a et du coup on va bien. Alors que je me disai en moi mème, et si que j’y aller moi aussi. J’ai bien vu que les cars des filles ils était pas bien ressus, mais dabord j’irai pas en car et pis sait pas avec l’age que j’ais que je vais faire des minoteries aux bonzommes. Ah ça j’me vois bien avec ma gueule enfarinée, et pis comme si que j’avais pas assez balancé mon bonnet par dessus les moulins. Mais si que ça serait pas possible que je viens, moi aussi je peus vous en tricoté des machins, c’est pas pour dire, mais le tricot, j’aime autemps prévenir, la Laure elle peu s’aligner que j’y crains pas. Mais si y en avais un qui tombe malade quand mème la bas, hein, qui sait il qui pourait faire l’infirmiere si vous ètes que des gars. Enfin moi ce que gens disent et ce que Jean dit aussi, Jean sait mon neveu, et il a beau être gentil que ça y change rien et c’est pas lui qui les a les escares, ni même la Paulette, l’épouse. C’est le docteur qui l’a dit que je ferai mieux de marché que ça fait du bien. Mème loin ? que je lui ai demander, mème loin qu’il a répandu. Au bout du monde ? que je lui ai redemander, et vous aller pas me croire, mème au Blenorajistan, qu’il a encore répandu. Alors vous voyais j’invente rien.

  3. Dithyrambique dit :

    Moi aussi z’veux y aller, moi aussi. D’abord paceque j’aime les grafoutis aux pruneaux, les zoignons qui me rappellent ma tendre enfance à la con et le gars à la clarinette, je crois qu’il devait être australien avec le nom qu’il avait , Bechet, je me rappelle. Pis avec le stock de médicatments anti-tout que je collectionne rien que pour faire un trou dans le budget de la Sécu, pace que faut dire que, gamin, j’avais même pas le droit de faire des trous dans le sable pour y enterrer les chats, c’est pas le Blennoragistan qui me fait peur ni les chaudes lances des pompiers qu’il paraît qu’elles y font drôlement bien, et avec le feu que j’ai quelque part mais je dirai pas où paceque c’est un gros mot, même si c’est pas si gros que ça, i paraît que les mots comme trou du cul ça se dit pas, moi je suis pas d’accord, même si c’est vrai que trou c’est pas joli, c’est ce qu’on me disait pour les chats, pas pour les minous, bref, j’y dis pas.
    Tout ça pour dire que je suis partant et que si vous y allez je suis des vôtres aussi et il faut que je vous dise que je connais par intermédiaire, un bon copain, une copine là-bas, que question tricots de petits pulls ovaires en ailes d’escarmouches, du bio tricoté main (elle n’en a plus qu’une), elle te fait ça sur mesure que tu en es tout à l’aise, épanoui et tout, et que les pruneaux, avec noyau ou pas, pour le grafrouti, c’est ce qu’il y a de mieux.

  4. Norbert le cuistot dit :

    Salut ! je suis cuistot (à CrocoLyon) et toujours en quete de nouvelles recettes exotiques. Je croyais être le seul à avoir traversé ce foutu pays du Blennoragistan et personne ne me croyait jusqu’à ce que paraisse cet article salutaire. Grace à pierre Vaissière je ne passe plus pour un doux dingue auprès de mes collègues. Donc, lassé des pruneaux, oignons et haricots divers et avariés je traquais dans ces contrées ces fameuses mouches à coquille d’escargot en vue de les accomoder à Noêl avec une farce de mon cru. mais je suis tombé sur encore mieux : un clafoutis géant au postérieur entamé, d’autant pluys dangereux qu’il avait l’air mal cuit. Si…si. Et ben, ça fait drôle quand ce truc là vous charge. J’avais même pas de moule adéquat pour le choper, mais il a fini sa course contre un tronc d’arbre, au grand bonheur des gourmands.
    Bon, j’y retournerai bientôt, avec tout l’attirail de cuisine ce coup-ci.
    Et si Vaissière m’y accompagne ça sera pas triste pour le reportage !

    • Monsieur Norbert le Cuistot. Je devrais vous appeler Nono, car si on n’a pas gardé les escarmouches ensemble, on a suffisamment de points communs pour se permettre qq privautés. En effet, inutile de me dire que vous ne participâtes pas à la ruée sur Laure, car je ne pourrais vous croire. Même que vous lui fîtes une sacrée cuisine, si je l’en crois. Le dernier clafoutis que j’ai mangé n’avait plus rien de géant, hormis les noyaux de pruneaux que la sécheresse avait ratatinés comme une vieille blennoragistanne vérolée. Toujours partant pour une trop rare délectation, c’est avec joie et promptitude que je partagerai quelques miles poussiéreux en votre gastronomique compagnie. 2012 se profilant à l’horizon de 2011 qui ne devrait pas tardersi j’en crois mon calendrier, 2O12, disais-je, devrait être, d’après les gens du cru, un bon cru. Si vous êtes OK, je le suis.

      • Norbert le cuistot dit :

        Bon, de Laure à laurtolan y’a qu’un pas et je sais les accommoder ces piafs. Et en guise de boisson il y a la gueuse mort subite, ce qui nous ramène au propos de blennoragistan, car les gueuses y sont dangereuses.
        Pour partir ensemble en 2012 ça se pourrait mais ça va être chaud devant et derrière car d’aucuns parlent de la fin du monde (sur le net). Moi j’y crois d’ailleurs pas, mais si c’était le cas on se tapera une bonne bouteille du meilleur cru du restau en bonne compagnie.
        cuisinement vôtre.

  5. Gudule dit :

    Entendu dire que les crocolions n’existaient plus dans la province du zingawé. Des missionnaires auraient mangé les derniers dans les années 60 et en seraient morts. Au Hachpet j’ai été refoulé, et malgré mes protestations auprès du consulat du Blénnoragistan, dont je suis ressortissant, rien n’y a fait. Connaîtriez-vous un passe droit, même s’il est de gauche? Merci d’avance, vous aurez le solde en temps utile. Tous les gars de la clinique se joignent à moi pour vous remercier de vos belles histoires encore plus belles que celles de l’oncle Paul.

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