Un voyage d’affaires et d’agrément

AVERTISSEMENT : Toute ressemblance avec qui que ce soit ne serait qu’une invraisemblance.
Si les termes de Tunisie, dictateur, intérêts, pouvoir, magouilles, politique… n’apparaissaient pas, cela ne serait dû qu’à un oubli regrettable de ma part.

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Avec la Maine –Germaine, l’épouse–, à Noël dernier j’ai emmené mes vieux dans la Creuse. Où c’que mon copain Bébert il habite. On voulait aller dans l’Allier qu’est plus près de chez nous puisqu’on y habite, mais la Creuse, ça nous changera, que j’ai dit, et comme le père i devait y acheter un lopin de terre avec une cabane, ça tombait bien, comme il m’y a dit. La cabane au bord d’un étang, c’est pour la pêche. Une p’tiote dizaine d’hectares.

Bébert, grosse ferme, des centaines de bestiaux, des champs de tournesols qu’on y perd de vue et qu’on peut pas dire qu’il y’a pas de soleil chez nous, comme il dit, Bébert.
Bon, bref nous v’là à prendre la Micheline et deux heures plus tard, hop, nous v’là place de la gare. Quand je dis hop, c’est façon de parler, parcequ’à plus de 90 ans, les vieux, c’est plus la jeunesse, hein !
J’te les mets dans le taxi, et qui c’est que v’là ? Je vous le donne en mille : Bébert.
Ah ben ça alors, qu’il nous dit, si j’m’attendais.
Il est toujours aussi con, le Bébert. Bien sûr qu’il s’y attendait puisque je lui avais dit qu’il pouvait s’attendre à nous voir débarquer, que je lui avais donné le jour, l’heure et même le quai. Le quai c’est pas compliqué, y’en a que deux, un de chaque côté de la voie unique.
Ben nous on t’attendait plus, lui a dit l’épouse en faisant débarquer du taxi les parents. Pas très content le gars.
Ton taxi pourri, qu’il lui a dit, Bébert, ça serait pas moi le maire, c’est à la casse qu’il irait. Bébert, c’est le maire du patelin, que ses administrés ils ont intérêt à filer droit. M’sieur Météo qu’ils l’appellent, parce qu’il fait la pluie et le beau temps.

Tu nous arrêtes à l’hôtel, que je lui dis, on a réservé.
Tu veux me fâcher ? qu’il a répondu. On y file, on y boit un canon, je déréserve. Sans mes clients et mes représentants, son hôtel de mes deux il serait fermé depuis un siècle.

Bébert, c’est un richard, un vrai. Rien que sa bagnole, faut voir ça. Tout cuir, un moteur qu’on se demande si c’est bien vrai qu’il tourne, une suspension qu’on se croirait sur un nuage. Le père et la mère ils en reviennent pas. Faut dire que ça les change du vieux Toyota quand je les trimballe chez nous, qu’on entend les dentiers qui dansent la gigue et les os qui craquent, à cause que les suspensions on sait pas ce qu’elles suspensent. Une Mercédès, qu’il a, mon copain monsieur le maire, dernier modèle grand luxe, grand grand luxe.

R’garde-moi ça la Maine, non mais vise-moi c’t’affaire de maison que je dis à l’épouse.

— Ça va les affaires, à c’qu’on dirait, m’sieur le Maire.
— Un peu mon n’veu, et c’est pas fini, tu m’connais.

Pour sûr que j’le connais, le vieux grigou. Ses terres, on peut pas dire qu’il les ait volées, mais on peut pas dire non plus qu’il les ait pas volées. Bref, quoi, quand il en rachète une à des paysans du coin, c’est pour une bouchée de pain. Du pain rassi. Ô mais c’est qu’il sait y faire, le bandit et c’est pas les idées qui lui manquent. Et que je te fais venir à des réunions des beaux parleurs de la chimie ou des bonimenteurs qui fourguent leurs saloperies de graines aux abrutis du coin qu’ont pas toujours la lumière dans toutes les pièces. Quant aux bestiaux, on sait pas bien c’qui s’passe dans le pays, mais y’a que les siens qu’ont jamais la maladie.
Mais c’est pour l’eau qu’il fait le plus fort. C’est pas le maire pour rien, et si dans le patelin tu veux de la flotte, tu commences par arroser monsieur le maire, m’sieur météo j’veux dire.
Mais enfin tout ça, c’est pas mes oignons et un pote comme Bébert, c’est un pote, point.

Un p’tit coup de jaja, qu’il dit, faut arroser ça.
Arroser ça, j’suis jamais contre et j’me contrefiche de savoir c’qu’on arrose.

Le père et la mère c’est pas des locdus, mais ça leur fait quand même drôle de voir le lit à baldaquin, de la moquette que si tu fais tomber ton dentier par terre il te faut un rateau pour le retrouver, la salle de bain tout en carrelage qu’on dirait du marbre ou pas loin.

Vous êtes mes invités, nous a dit et redit Bébert. Et demain on s’occupera de l’étang.
L’étang, c’est pas mes oignons, c’est ceux de Bébert et de mon vieux, mais je suis pas contre. Une fois le père parti, j’serai bien content d’y avoir. Pas tant pour la cabane ou la pêche, mais… C’est pas que je veux point dire ce que j’y ferai, mais… Enfin on verra bien.

— Et tes anciens voisins qui te créent du souci, qu’ils veulent aller aux tribunaux, que même ils avaient râlé devant la préfecture, ça en est où ?
— Ça en est que le juge c’est un ami, que le préfet c’est un ami, que le député, le président du syndicat, le directeur de je sais plus quelle direction de l’agriculture c’est des amis et que j’ai le bras assez long pour arroser et la jambe assez alerte pour donner des coups de pied dans le cul. Et c’est pas des culs-terreux qui vont refaire le monde. Je peux te le dire, mais tu le gardes pour toi : j’en ai plus entendu parler depuis que leur meneur a disparu. C’est con, hein ?

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On est restés quelques jours. Balades, grandes bouffes, apéros à n’en plus finir et affaires, pas pour moi, pour le père. Mais je suis resté en dehors parce qu’après tout, c’est ses oignons, pas les miens.

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Pour le retour, Bébert nous a fait ramener chez nous par un de ses représentants.

— Tu les déposes, tu leur laisses la bagnole et les papiers, et tu reviens.
— Mouais, et je reviens comment ?
— Tu trouves la gare, tu attends que la Micheline arrive et tu montes dedans.
— Bon. Mais c’est quoi une micheline ?

 

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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5 commentaires pour Un voyage d’affaires et d’agrément

  1. Charly Giuseppe dit :

    Mais où allez vous chercher tout ça? Vous en avez encore beaucoup en stock? Je ne m’étais pas &rrêté sur vos blogs depuis quelques temps, mais je vais vous en vouloir de m’obliger à y passer des heures.

  2. L’oggetto del tuo articolo e ben scritto e ho solo pensato che avrei dovuto lasciare un complimento poco qui. Bravi e continuate cosi! Ho pensato di iniziare un blog WordPress troppo. Sapete altri siti dove ti insegnano come?

    • Grazie, è buono. La cosa migliore per imparare un blog wordpress è quello di iniziare, provare e perseverare. Non sempre facile, ma si riuscirà con un po ‘di pazienza. Qui è un URL che vi darà le indicazioni con le traduzioni in inglese, italiano e molte altre lingue. Il modo più semplice è quello di fare un blog con WordPress.com, è più facile che farlo con WordPress.org. WordPress.com è gratuito, molto sicuro e molto facile da manipolare e compendre. E ‘molto affidabile e serio.
      Quindi, andare avanti, buona fortuna, e speriamo di leggere i vostri testi o vedere le immagini e le foto al più presto.

      È inoltre possibile visitare questo blog: http://www.webdeux.info/definir-les-rubriques-de-son-blog-catgories-menus-pages
      (Tradotto con il traduttore di Google)

  3. Acest blog este mare. Am fost destul de sigur c? oamenii vor g?si interesant, deoarece eu cu siguran?? nu. Obiectul de articolul dumneavoastr? este bine scris si m-am gandit eu ar trebui s? lase un compliment pic aici. Bine f?cut ?i p?stra?i-l! M-am gandit a incepe un blog WordPress prea. Stiti vreun site unde se inv??a cum?

    • Je suis désolé de ne pas vous avoir remercié plus tôt pour votre commentaire bien sympathique. Tout compliment fait plaisir et donne envie d’écrire encore plus. Ne pensez pas à commencer un blog WordPress : mais faites-le, allez-y, lancez-vous et écrivez.
      Je ne parle pas la langue roumaine et je ne la lis pas. J’ai utilisé Google pour traduire votre commentaire, et la traduction est approximative (à cause des accents ? à cause de lettres spécifiques à l’alphabet ?). C’est la raison pour laquelle je ne comprends pas votre question.
      J’insère la traduction de Google ci-dessous :

      Ce blog est super. Je me doutais bien que? les gens vont trouver? et intéressant, parce que je doute? pas. Le but de votre article? est bien écrit et j’ai pensé que j’aurais dû? laisser un petit compliment ici. Eh bien f? Fait? Et p? Grande? I-l! Je pensais commencer un blog WordPress trop. Connaissez-vous un site où inv? Comme?

      Sincèrement : P.V.

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