Dernier rêve

Noël, je ne l’ai pas vu arriver, pas plus que je ne l’ai vu venir.  Je m’en suis rendu compte au matin du 25 décembre –25 décembre 2016, je précise–, en voyant les papiers cadeaux froissés chiffonnés jaunis par le temps. Sûr que tous les records d’ensoleillement et de températures ont dû été battus. Direction l’éphéméride accroché au-dessus du portrait du Maréchal, hérité de mon grand-père en même temps que sa maison inchangée depuis. L’éphéméride date de 1942, année où mes parents avaient parlé de faire un gosse (moi) une fois que l’Allemagne victorieuse aurait mis fin à la guerre. Il naîtra en 45, avaient-ils déclaré en mairie en même temps que mon prénom, mes mensurations, mon poids et mes origines ethniques. L’année d’origine –1942–, est encore lisible, mais 70 ans de biffages, ratures, corrections, corrector et gommettes ont fini de noircir le tableau. On s’y perd : s’y retrouver est impossible.
Me rendre à l’évidence : j’ai pris un an sans m’en rendre compte. Je me plante devant le miroir, bouge la tête d’un côté, de l’autre. Le gars en face n’a pas la face de son profil, pas plus le gauche que le droit, ni le profil de sa face. D’un côté il fait moins que son âge ; de l’autre il n’a pas celui , attendu, de ses artères. Je me tâte le visage, parcours les rides de mes doigts que je laisse escalader le front. Au-delà ils avancent difficilement en terrain glissant, une roche froide, luisante, dépourvue du moindre brin d’herbe susceptible de s’y accrocher. Ils dérapent, glissent, décrochent.
Le téléphone sonne. Mes doigts s’y précipitent, me tendent le combiné. L’autre dans le miroir est plus rapide que moi. Il s’en empare, affiche une grimace, gesticule. A ses lèvres grandes ouvertes je comprends qu’il me dit quelque chose. Que je ne peux entendre. Le miroir, lui aussi hérité de mon grand-père, est épais comme un silence de nuit lorsque tombe la neige. Un marteau, il me faut un marteau. Je pars démonter celui de la porte d’entrée –tant pis pour les visiteurs–, reviens au miroir, le brise.
En même temps qu’un air froid s’engouffre dans mon crâne le Maréchal vole en éclats, l’éphéméride se déchire, les papiers d’emballage s’envolent. Un court instant je crois entendre le pas cadencé d’une troupe qui avance aux accents de Heili Heilo.
Puis plus rien.

 

 

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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