J’ai la mémoire qui flanche…

J’ignore si je perds la mémoire ou si en fait je n’en ai jamais eue, mais sitôt la déclaration d’impôt reçue ; sitôt les factures de gaz, d’électricité, d’eau échouées dans ma boîte aux lettres ; sitôt glissée sous ma porte (close) la note du bistroquet qui me rappelle mes consommations impayées… je les oublie. Et que l’on ne me parle pas de procrastination, car ça n’en est pas, et même si c’en était, en voilà une belle affaire ! Et aucun courrier n’échappe à cette règle. Quand même pas les lettres d’une belle inconnue, vous ois-je oiser, comme si vous n’aviez rien d’autre à faire. Primo, je ne vois pas pourquoi une inconnue m’écrirait, tertio, vous avez vu ma gueule ? Non, sinon vous éviteriez de dire de telles sottises. Quoi, le secundo ?
Pourtant, je n’oublie pas tout. Les numéros de téléphone, par exemple, j’en retiens presque toujours 20%. D’accord, je ne suis pas le seul, mais quand même. Votre numéro de portable, pour ne citer que lui, je me rappelle très bien les deux premiers chiffres.
N’empêche que j’ai la mémoire qui flanche, au point que je ne me souviens plus très bien de quelle couleur étaient ses yeux. Les yeux de qui ? vous demandez-vous. Hé quoi ? Vous aussi vous avez des pannes de mémoire ?
Plus les choses sont importantes, moins je me les rappelle, quand bien même j’userais de ma voix de stentor pour les faire revenir. La moindre opération, même bénigne et pour laquelle aucun diagnostic vital n’est posé, s’avère impossible à faire, pour peu qu’il y ait des retenues. D’ordinaire, j’apprécie pourtant tout ce qui sait avoir de la retenue, mais s’agissant des additions ou multiplications (ne parlons pas des divisions), c’est la catastrophe. Je pose 5 et je retiens… rien. Les résultats s’en trouvent naturellement faussés et je ne tarde pas à recevoir une lettre de ma banque me signalant un méchant découvert, ce qui, frimas venus, ne pourra que m’amener une saleté de rhume. Que je mettrai une éternité à soigner, ayant oublié la destination du collutoire et à quelle partie du corps les suppositoires sont dédiés.

Mais il y a pire. Géniteur émérite d’une floppée de 12 enfants, je ne retiens pas plus leurs prénoms que leur âge. Pour le sexe, L…, mon épouse (me semble-t-il), a eu l’excellente autant qu’originale idée de les vêtir d’habits bleus pour les garçons, de vêtements roses pour les filles, ce que, à force d’être repris par les unes et les autres j’ai réussi à retenir, malgré le léger daltonisme dont j’ai hérité. Par mesure de précaution, elle avait aussi décidé que les filles porteraient des jupes, tandis que les garçons porteraient la culotte, conservant en cela une tradition ancrée depuis longtemps dans sa famille.
Lola, mon épouse, Louise, Lolita, L…, je l’ai connue grâce à Johnny Hallyday, me rappelle-t-elle à chacun des anniversaires de notre rencontre, donc chaque mois de … C’était dans une guinguette, souviens-t-en, insiste-t-elle. On avait dansé sur sa chanson, Retiens la nuit. Mais si. Ne me dis pas que tu aurais oublié jusqu’à l’année !
Je n‘ai jamais compris que les gens qui connaissent la réponse à une question me posent la question en question. Bref, je n’ai retenu ni l’année, ni le titre de la chanson, et ni surtout la nuit qu’on aurait soi disant passée à batifoler et mieux que ça, mais je veux bien le croire.
Retiens-toi m’avait-elle dit à plusieurs reprises, ça n’est pas le moment. J’avais dans l’instant oublié ce qu’elle venait de me dire, et 9 mois plus tard était né notre premier enfant.
Retiens-toi ! Pourquoi croyez-vous que j’ai autant de gamins ?

Puisqu’en fait il m’est quasiment impossible de retenir quoi que ce soit, je ne peux même pas parler d’un manque de mémoire.
Les trous de mémoire sont les impacts de certaines expériences négatives qu’on aurait préféré ne pas vivre, m’a dit un jour mon psy en présence de ma femme qui s’est fait un devoir d’assumer le rôle de biographe, sans lequel je ne pourrais pas vivre. Sinon, tu serais dépendant, m’a-t-elle claironné. Elle n’a pas tort.
C’est à la suite d’un accident tout bête qu’elle avait décidé de m’accompagner où que j’aille, y compris aux toilettes lorsque je m’y rends pour me soigner, boîte de suppositoire et collutoire en main.

C’était un jour de grand vent. J’arpentais une rue étroite lorsqu’un bruit curieux m’avait fait lever les yeux. Un son de frottement, d’abord lent, puis allant en s’accélérant. Enfin plus rien. Une tuile arrachée par le vent, avais-je finement constaté en la voyant tomber à MA verticale. Le temps d’oublier ce que j’avais vu et perçu comme étant un danger évident, elle avait atterri sur mon crâne où elle s’était brisée de façon dommageable, surtout pour ma personne. Lorsque je m’étais réveillé sur un lit d’hôpital une dizaine, une vingtaine de jours cinq ou six jours plusieurs jours plus tard, j’avais demandé à mon épouse qui était ce type à la gueule défoncée qui était là, à me regarder, l’air abruti. Mais c’est toi, mon pauvre chéri, m’avait-elle appris.
Pourtant, me regardant dans le miroir, il m’était déjà arrivé de ne plus me souvenir de ce à quoi je ressemblais, ce qui m’avait un rien troublé, du moins la première fois.
Tu es sûr que c’est moi ? Je lui avais demandé, empli de doutes.
Elle m’avait répondu oui, mais que là, et pour une fois, c’était tout à fait normal que je ne me reconnaisse pas.
Les trous de mémoire, ça se bouche, m’a dit récemment mon psy qui a l’air de s’y connaître en terrassement. Réfléchissez-y.
Non merci, je lui ai répondu, en voyant le mot RESPONSABILITÉ clignoter en rouge quelque part dans ma boîte crânienne.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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