Du peu d’intérêt qu’il y a à être pauvre

Ce n’est pas rentable d’être pauvre, malgré la commisération et la pitié dont on peut faire l’objet, ce qui, question intérêts, ne pisse pas loin.
S’ils savaient ça, les pauvres économiseraient pour s’acheter des préservatifs afin d’éviter d’engendrer de futurs pauvres. Naître pauvre permet au moins d’avoir une certitude dans la vie : le rester. Et tant mieux pour les riches. Plus une autre, celle d’avoir moins longtemps à supporter leur condition, puisqu’ils vivent moins longtemps. À part quelques heureux élus qui, non contents de passer leur temps à tirer le diable par la queue, vivront si longtemps qu’ils feront mentir les statistiques. Longtemps et en mauvais état, car la santé est un privilège qu’ils ne peuvent s’offrir.
Les bébés pauvres sont mal nippés et grandissent dans des vêtements trop grands, ceux qu’ont porté avant eux leurs nombreux frères et soeurs. Les loisirs coûtant bonbon, il ne reste aux pauvres parents que la pratique d’activités sexuelles simples dont le résultat est la naissance d’une nombreuse progéniture. Ce qui a pour résultat d’en rajouter à leur dénuement.
Les parents pauvres nourrissent mal leurs mioches et, sans obligatoirement les maltraiter, ils n’accordent que peu d’importance à leur santé et à leur bien-être. Les couches qu’ils achètent, conditionnées par paquets de 6, leur reviennent plus cher, bien qu’elles soient d’une qualité médiocre. Mal absorbantes, elles se délitent et font des boulettes, puis provoquent de l’érythème fessier à répétition. Les pleurnicheries qui s’ensuivent excèdent à ce point les parents que le père va faire un tour (le bistrot n’est pas loin) et que la mère pousse au maximum le volume de la télé. Les pauvres ont la télé, qu’ils paient à crédit deux fois plus cher que le prix normal, celui des plus riches.

Les pauvres ont très vite de vilaines dents, de vilaines lunettes en ferraille et sont soit obèses, soit maigrichons. Ils mangent mal, et jamais bio et pensent plus à bouffer qu’à s’alimenter.
Si certains enfants pauvres sont beaux, c’est rare et ça ne se voit pas, à priori.

Pour passer leurs nerfs, car les pauvres sont envieux, tendus et aigris, les parents pauvres ont tendance à picoler, se chamaillent, battent leurs enfants s’ils n’ont pas de chien, noient le cochon d’Inde de la petite dernière dans l’aquarium où flotte mollement un vilain poisson rouge en plastique. Les enfants, eux, en guise d’activités culturelles, arrachent les pattes des mouches, font faire la course aux cloportes, font fumer les crapauds, attachent un fil à la patte des hannetons pour les faire tourner en rond ou, à l’occasion, crèvent les yeux du chat de la villa du bout de la rue. Ils se bagarrent, poussent des cris de gorets, tirent les cheveux des filles et donnent des coup de pied dans les tibias des assistantes sociales. Plus tard, ils traîneront, dealeront pour les plus costauds et débrouillards ; tabasseront des pompiers, caillasseront les keufs et mettront le feu à des bagnoles au nouvel an, pour les autres.
L’école primaire des pauvres, c’est la communale. La seule matière où les gamins pauvres excellent, c’est le touche-pipi. Les connaissances qu’ils acquièrent dans ce domaine leur serviront plus tard lorsqu’ils organiseront des tournantes. À la maison, règne la braillante, ce qui n’empêche pas les enfants pauvres de sortir leurs affaires de classe sur la table de la cuisine autour de laquelle ils se chamaillent pour avoir la meilleure place : celle en face de la télé. Un enfant pauvre à beau s’appliquer et apprendre ses leçons, il ne récoltera qu’exceptionnellement le juste fruit de son travail.
Lui apprendre que c’est ainsi pourrait lui éviter de cruelles déceptions lorsqu’il sera confronté au monde du travail, mais ses parents, ayant appris à faire avec, ne voient pas pourquoi ils le mettraient en garde. Par ailleurs, encore faudrait-il qu’ils soient conscients de ce phénomène.
Le gosse de pauvre obtient son premier vélo en échangeant une montre ancienne dont il n’a aucune notion de la valeur contre le vieux clou d’un gosse de riche (celui de la villa du bout de la rue). Montre qu’il aura chapardé à sa mère, qui la tenait de sa mère, qui elle-même… S’il reste sa vie durant avec le poids de ce larcin sur la conscience, c’est parce que très tôt le sentiment de culpabilité lui aura été inculqué. Les pauvres ont tort, ne serait-ce que d’être pauvres.

Parce que se marier et faire des enfants est à la portée de toutes les bourses, les pauvres se passent tout autant la bague au doigt que les riches, mais presque exclusivement entre eux, car ils n’ont pas le choix. Ils font de grandes fêtes, invitent leurs nombreuses familles, ce qui leur coûte fort cher, mais rien n’est trop beau pour qui veut péter plus haut que son cul. Les pauvres aiment montrer aux autres pauvres que –eux–, ils ont les moyens. Mariage payé à crédit, qui grèvera lourdement leur budget.

Les pauvres, se refusant de passer pour ce qu’ils sont à cause de la honte qu’ils en éprouveraient, achètent neufs les biens de consommation (de mauvaise qualité) qu’ils convoitent (les pauvres convoitent, tandis que les riches désirent). Ils paient très cher à crédit ce qu’ils n’auront ni les moyens d’entretenir, ni de faire réparer, ni de changer. Rapidement obligés de se serrer la ceinture pour joindre les deux bouts, ils ne sortent plus, mangent de moins en moins bien et finissent par passer leur week-end au lit où ils font de nouveaux enfants. Si leur télé tombe en panne, que les chaussures des gamins ont vraiment besoin d’être changées ou que, Noël approchant, il va bien falloir faire des cadeaux, ils finiront par acheter discrètement d’occasion.
C’est aussi d’occasion qu’il leur faudra bien, un jour ou l’autre, changer de véhicule. Ils paieront 1000€ un tacot qui n’en vaut pas 500 et pour lequel ils devront dépenser 3 ou 4 fois plus pour pouvoir s’en servir raisonnablement. Rien ne les empêche, cependant, de se déplacer en train en profitant de tarifs réduits grâce à la carte de famille nombreuse à laquelle a droit toute famille d’au moins 3 enfants. Ce dont bénéficient également les riches,  entre parenthèses.
Quoiqu’ils achètent, service ou bien de consommation, les pauvres paient le prix fort, et jamais la moindre remise ne leur est proposée, ni le moindre avantage. Ils paient deux fois plus cher le moindre découvert bancaire que ne paie le riche pour un découvert au centuple.
La maison de leur rêve qu’ils arriveront à s’acheter au prix de gros efforts –les pauvres sont courageux, obéissants et travailleurs (au point qu’ils ne rechignent pas à la tâche, surtout si celle-ci exige qu’ils courbent le dos)–, se révélera être un cauchemar. Mal finie et mal isolée, les notes de chauffage seront salées et ils n’auront ni de quoi y faire face, ni de quoi poser une isolation digne de ce nom.
Ne sachant négocier les prix, obligés au crédit et au matériel d’occasion, les pauvres paient le tarif fort. En cas de sinistre, et étant mal couverts, ils sont de magnifiques proies aussi bien pour les assureurs que pour les professionnels de santé (notamment chirurgiens) et les vendeurs d’encyclopédie, d’aspirateurs, de double vitrage, de produits anti-tout, et de rêves.
Les pauvres n’ont droit à aucun égard, à aucune considération, mais ils s’y habituent très tôt. Ceux qui y rechignent peuvent finir par s’en sortir, mais leur mauvais goût (le bon goût c’est le goût des riches) les désignera comme étant de basse extraction. Accusés de trahison par les pauvres restés sagement à leur place, ceux-ci changeront de trottoir lorsqu’ils les croiseront et ne leur adresseront la parole ni pendant les parties de pétanque, ni au bar-tabac-PMU que les pauvres fréquentent assidument. Rejetés par les riches dont le destin était d’être riches, ils n’auront jamais leur carte du Cresus’s Club, ni celle bancaire Private Gold. Les portes qu’ouvre celle-ci leur resteront fermées.

Les riches meurent tout autant que les pauvres, et sont généralement mieux soignés et entourés que ces derniers. Ils vivent souvent plus longtemps qu’eux. Comme les pauvres durent moins longtemps que les riches, on pourrait s’attendre à ce qu’il y en ait moins, ce qui serait oublier leur rendement en terme de reproduction de leur espèce. En n’importe quel instant, il y a plus de pauvres sur Terre qu’il n’y a de riches. Et plus il y a de pauvres, moins il y a de riches, et plus les riches s’enrichissent. Car les pauvres, on l’a vu, sont les vaches à lait des riches, voire leurs poules aux oeufs d’or corvéables à merci.

cercueils

Une pénible et longue maladie aura mis fin à la vie misérable d’un pauvre, que personne ne pleurera ni ne regrettera lors de l’enterrement. Le crash, au-dessus d’une île paradisiaque, du jet privé d’un riche sera l’occasion de belles funérailles où il sera de bon ton de montrer l’affliction que l’on éprouve en même temps que les toilettes de haute couture d’un goût exquis que l’on aura dénichées pour l’occasion. Quelques proches, cependant, se réjouiront avec cette décence qui n’appartient qu’aux riches et qui n’est pas sans montrer cette grandeur d’âme qui leur est propre.

Les cendres des riches se retrouvent à graviter autour de la Terre ou dans de magnifiques urnes devant lesquelles viendront se recueillir d’heureux héritiers, tandis que celles des pauvres, serviront, au mieux, à absorber les déjections d’un chat de gouttière galeux. Le plus souvent, encore de nos jours, on inhumera les corps pomponnés des riches, tandis que les restes en état désastreux des pauvres iront pourrir sous quelques pelletées de terre caillouteuse. Toujours bien entretenues, les sépultures rutilantes des riches seront couvertes de fleurs fraîches ; les tombes des pauvres, faites d’un mauvais mortier qui se désagrégera rapidement, ne connaîtront, au mieux, que d’horribles fleurs artificielles en plastique plus les jets d’urine avisés des clebs de passage.

Vraiment, ce n’est ni rentable, ni bien agréable d’être pauvre. On peut alors se demander en quoi réside l’intérêt d’être pauvre.
Pourtant les pauvres restent pauvres et continuent à servir les riches, avec pour résultat de pérenniser la richesse des nantis, donc d’en rajouter à leur pauvreté.
Ce qui est très con, reconnaissons-le.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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