Mais où sont les lièges d’antan ?

Ivrogne invétéré, mais pas que ça, et ouvert à toutes sortes de breuvages, pourvu qu’ils soient honorablement pourvus d’alcool, donc ne titrant jamais moins de 13,5°, me voilà atteint d’un tire-bouch’ elbow. Maladie professionnelle, ai-je dit à la sécu qui m’a envoyé sur les roses. On est bon citoyen, on fait marcher le commerce et on remplit les caisses de l’État, on ne rechigne pas sur la couleur, et quoi ? on nous refuse l’assistance qu’on est en droit d’attendre comme toute personne en danger. Une lettre au ministre de l’agriculture à qui je demandais d’intervenir m’est revenue. Les rats sont partout. Une autre adressée à la CVRN (Confédération des Vignerons Récoltants et Négociants), dans laquelle je demandais une indemnité, ne serait jamais arrivée. « On va où ? » j’avais demandé à l’entour.
«Prends un avocat», m’avait suggéré Dédé, le patron de « Chez Dédé », mon annexe. Le 2e bureau, on dit entre nous. «Parce que merde, va bien falloir qu’ils arrêtent leurs conneries avec leur saloperie de bouchons en plastoc. Que moi aussi, je m’en ai chopé un de tire-bouch’ elbow. Et la sécu, j’te jure qu’ils ont intérêt à le considérer comme maladie professionnelle, manquerait plus que ça qu’ils m’envoient chier. Ouais, on va ou? On y sait pas, mais on y va avec leurs conneries, que l’économie du pays, faut pas chercher loin pour comprendre le comment du pourquoi qu’elle est dans les choux. »

 

Et c’était parti.

— On était de loin le premier fabricant de bouchons en liège, et aujourd’hui, à part les bouchons de la circulation où faut reconnaître qu’on tient encore la route, on est loin derrière les Ritals, et va savoir si le Lichtenstein fait pas mieux. Pareil pour les ouvre-boîtes, ceux tout cons et pas compliqués qui se trouvent partout. Number one mondial, on était.

— T’oublies les pinces à linge, les limes à ongle, les trombones. 2e producteur mondial, qu’on était pour les trombones, c’est quand même pas rien, les trombones, et c’est autre chose que les agrafes des Allemands. C’est la même boîte qui faisait les épingles de nourrice. 2e aussi, à une coudée de l’Italie. Maintenant, on est en queue de peloton.

— J’oublie rien du tout. Les capsules de bière, vous savez combien on en fabriquait ? Je m’en rappelle plus, mais on était juste derrière la Belgique, alors qu’aujourd’hui on est au 25e rang. 25e rang, vous vous rendez compte ? Kif-kif pour les stylos bille (on avait la 1e place, on en a reculé de 20), les punaises (3e place, la 32e aujourd’hui), les muselets (la 1e, et de loin, qu’on vient de perdre), les petites cuillers (la 16e après un recul de 15 places), les couteaux, sauf les suisses (1e place il y a peu, la 30e aujourd’hui), les allumettes (la 2e derrière la Suède en 1969, la 19e à ce jour), le papier hygiénique (4e place derrière l’Ecosse, l’Allemagne, Israël alors qu’on avait la 1e). Ah ! elle est belle la France. Et c’est pas fini. Attendez que tout me revienne…

Faisant appel à notre savoir encyclopédiques des choses de l’économie, chacun était allé puiser dans sa boîte crânienne ce qu’il y avait déposé au fil des ans. Y étaient passés les boutons de culotte (1e producteur, devenu le 48e), les douilles en laiton à baïonnette (2e producteur derrière la Prusse l’Allemagne en 1936, 35e en 2013), les dés de 421 (41e, contre 4e en 1968), la colle blanche Cléopatre (seulement 12e alors qu’on était 2e juste derrière l’Egypte), le fil à couper le beurre (1e, puis 5e) et celui à couper le fromage (2e, puis 12e), les boutons de manchette (3e derrière le Royaume Uni et l’Italie, seulement 19e aujourd’hui), les serpillières (2e derrière le Portugal, 37e en 2009 ), les tonnelets pour chiens Saint Bernard (2e derrière l’Espagne, alors qu’on était encore les premiers en 2011), les lacets de chaussure (classement incertain), les plumes Sergent-major (1e producteur très loin devant les autres pays jusqu’en 1955, plus que 15e en 1972, non classé en 2010), et tout un tas d’autres fleurons de la production industrielle et artisanale qui firent de la France, durant de longues années, la puissance économique jalousée par de nombreux pays, mais gaussée aujourd’hui.
Petits suisses (génériques), choux de Bruxelles, champignons de Paris, bœuf charolais, et autres denrées avaient été évoqués, mais nous en avions assez avec les produits manufacturés pour nous dire, attristés, qu’aujourd’hui, le pays était bel et bien foutu. À moins que dans un sursaut patriotique qui le mette à l’ouvrage il ne recouvre sa place de leader pour ces glorieuses productions, et la garde, outils en main et arme au pied, comme il l’avait gardée sans interruption pendant plus de 125 années pour les aiguilles à tricoter, sur une durée de 45 ans pour les casquettes de facteurs, et durant plus de 150 ans pour le drapeau tricolore, aujourd’hui majoritairement fabriqué à l’étranger, quelle tristesse et quelle honte !

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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