Fugitif

Comme ceux qui n’ont pas d’adresse il est gauche, ne sachant où il demeure. Il est en errance.
Il n’a ni toit, ni gîte, ni âtre où réchauffer sa couenne et sa boîte de corned-beef, la dernière. Rouillée, car longtemps conservée, au cas où quelque chose serait à fêter. Une que des soldats lui ont donnée en échange d’un silence.
Supplique ou menace, « taisez jusqu’à nos ombres », avaient-ils insisté. « Et nos abandons. Nous sommes les déserteurs, de toutes races les chiens sont à nos trousses. Nos munitions sont épuisées, nos pieds sont gelés, déjà nos âmes sont transies ».
Il se taira, ici sur le chemin où cette assemblée d’arbres sait ce que trembler signifie lorsque paraît la cognée.
Il se retourne, il est seul, perdu en lisière des aboiements qui se rapprochent.
C’est l’ultime leçon, celle de la frontière, barrage, refoulement, épouvante. Puis l’amère douleur de la solitude.
Les sbires ont lâché les chiens et actionné ceux des fusils. Les balles sont parties, ont fait mouche, libératrices.
Les chiens se sont jetés sur la boîte de corned-beef réduite en bouillie.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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