OGM, Montesanto, pollution et mal-bouffe

À l’adresse de Montesanto, de Hugh Grant et de ses alter ego ;
en hommage à Sofia Gatica, ses compagnes et compagnons de lutte ;
un clin-d’œil à Avaaz.org.

Une fiction. Le profit à n’importe quel prix, quitte à ce que nos propres petits enfants en soient les victimes, est-il envisageable ? Oui. Et cette quête du profit ne touche pas que les seuls Hugh Grant et ses alter ego, mais aussi chacun de nous, à sa façon.

Les mesures qu’avait prises le Président n’étaient pas très populaires, sauf auprès des grands trusts qui ne voyaient dans la chose populaire qu’une source de profits faciles, pérennes et sans risques.
Avec l’approche des élections, il allait lui falloir restaurer son image devenue bien terne au fil des ans et de l’exercice d’un pouvoir fort peu désintéressé. Les maladies cardio-vasculaires, les cancers, les allergies et toute une kyrielle de nouvelles maladies dues à la pollution, aux OGM et à la mal-bouffe avaient connu un développement égal à celui des bénéfices enregistrés par les trusts de l’agro-alimentaire, dont les largesses à son endroit l’avaient définitivement acquis à leur cause mercantile.

On ne savait pas qui, des seniors –comme il était de bon ton de dire– ou des enfants (qu’on appelait encore enfants, n’ayant trouvé d’autre mot pour les désigner) étaient les plus touchés, mais une grande opération, à la croisée du jeu et de l’enquête, initiée par les médias officiels, l’apprendrait ce soir même au grand public depuis longtemps tombé dans l’infantilisme et l’immobilisme, malgré les cris d’alarmes lancés par quelques personnes taxées d’ignorance par nombre de soi-disant responsables politiques, qu’ils fussent idiots, corrompus, ou les deux à la fois.
À n’en pas douter, la moitié du pays serait scotchée sur les écrans de télévision pour l’annonce des résultats. Les gagnants recevraient leur poids en plats cuisinés industriels, généreusement offerts par le CFA, le Consortium français de l’agro-alimentaire, dont le Président était le président directeur général. 

Populiste jusqu’au bout de sa langue, le Président déposerait son bulletin de participation en direct. Quel événement ! dans ce vieux pays rendu exsangue par l’exploitation sans frein de ses ressources et où, à force de courbettes des uns et des autres, la courbe de la taille moyenne des habitants avait terriblement chuté, tandis que celle du moral jouxtait le zéro.
Son bulletin de jeu glissé dans l’urne, le Président eut tout juste à claquer des doigts pour que son hélicoptère l’enlève.

Direction un hôpital pour enfants –l’avenir du pays, comme il aimait à le répéter dans un style si parfait que s’y devinaient les conseils éclairés d’un de ces ténors de la communication habiles à faire prendre les vessies pour des lanternes et les mensonges pour des vérités vraies, avérées et certifiées. Par leurs auteurs.
Ses attachés de presse, issus du même creuset, avaient fait du bon boulot. Comment avaient-ils réussi à trouver le dispensaire le plus désolé du pays ? Quels informateurs avaient-ils dû (mal) payer ? Comment s’y étaient-ils pris pour qu’aucun opposant ne vînt perturber son arrivée en grande pompe ? Nul ne le savait, et encore moins le Président qui ne savait rien ni n’avait jamais rien su, n’ayant jamais eu le moindre savoir de quelque chose que ce fût, si ce ne sont celles en rapport aux affaires de bon rapport. Car passer sa vie à courir le pouvoir conduit souvent à l’ignorance.
Il n’avait plus eu qu’à faire son cinéma, ce qu’il avait fait après qu’on l’eut maquillé, coiffé, brossé dans le sens du poil et atomisé d’une mixture destinée à repousser les poux, gales, virus, bactéries et autres engeances qui ne devaient pas manquer de traîner en un tel lieu.

Courageux jusqu’au bout des doigts (on les lui avait glissés d’autorité dans des gants stérilisés) il était entré dans une des chambres communes, précédé d’un nuage antiseptique au large spectre, et suivi de sa cohorte de loufiats acquis à sa cause.
Plusieurs gamins étaient là, amenés d’urgence quelques heures auparavant, silhouettes énigmatiques que des bandages avaient transformées en momies tout droit sorties d’une antique tragédie. Dans une cellule de verre où un des enfants avait été mis en isolation, on s’activait, on soignait, on surveillait d’un œil attentif et inquiet les écrans aux lumières sinusoïdales vertes. On faisait là du mieux qu’il était possible. 

Côté spectateurs visiteurs, les caméras étaient en place ; les perchistes faisaient une dernière mise au point ; on réglait méticuleusement les projecteurs pour éviter tout reflet inopportun ; les maquilleuses rajoutaient une couche de fard sur le visage du Président qui parcourait d’un regard ennuyé le baratin qu’un de ses fidèles venait de lui concocter.

Au Président et à son équipe, l’équipe médicale avait expliqué :
« Cinq gamins dans les huit-dix ans. Comme brûlés… Virus, empoisonnement… on ne sait pas encore. Le labo est dessus. La pollution, comme l’autre fois ? peut-être. Les poumons dans un sale état. »
— Celui en milieu stérile, ça lui aurait pris comme ça, en quelques minutes… D’abord les yeux. Après il s’est mis à se gratter, puis à tousser de plus en plus violemment, jusqu’à cracher du sang.
— Si on a joint les parents ? Dans un tel état de choc, comment voulez-vous qu’il puisse dire son nom, où il habite ?  

Dans la cabine de verre devenue vitrine quand les projecteurs s’étaient braqués sur elle, le gosse avait entrouvert ses paupières, dévoilant deux yeux rougis, affolés.
« C’est le moment » s’était dit le Président, en réajustant sa cravate.
Frappant à la vitre, il avait attiré sur lui l’attention du gamin, lui adressant maintenant de grands gestes se voulant amicaux. Les yeux du gosse s’étaient arrondis. Il s’agitait, gémissait, le regard empli d’une tristesse insondable où se lisait douleur et incompréhension. Geste rassurant, une infirmière lui avait posé la main sur le front.
De derrière la vitre, le Président l’avait vue dérouler les bandelettes du visage et approcher son oreille des lèvres tuméfiées du gamin qui semblait vouloir parler. Elle s’était tournée de trois quarts, jetant un drôle de regard en direction de cet homme, sans doute le plus important du pays, si on juge l’importance d’un homme à celle de son pouvoir et de son compte en banque. S’écartant un instant du lit du petit malade, elle y était revenue, micro en main, qu’elle avait approché de ses lèvres tremblantes.
Pressentant qu’un sourire du gamin, et pourquoi pas un regard de gratitude de sa part redoreraient fichtrement son blason qu’une politique antisociale et désastreuse pour la planète avait terni, le Président avait fait un signe discret à l’équipe télé. « Pas question de louper ça » s’était-il dit, se félicitant de son à propos.

Feuillets en main, blouse mal fermée dans le dos, car vite enfilée, un interne, sans doute, avait rejoint le groupe.
« Résultats du labo. Ils affinent, mais on a déjà des toxines alimentaires jointes à des micro particules plus des problèmes génétiques, côté OGM. Je vous laisse voir »
« Un cocktail mortel » avait dit un des médecins en parcourant les résultats. « Les autres ont peut-être une chance de s’en sortir, mais lui, inutile de dire que le pronostic vital est engagé » avait-il ajouté en hochant la tête en direction de la cabine de verre. Qui, tout à coup, avait perdu de son éclat, tandis que les visages s’étaient tendus. 

Dans un bruit bizarre de soufflet usé, le gamin avait inspiré une goulée d’air. Soulevant difficilement ses paupières il avait douloureusement regardé le Président. Les lèvres collées au micro que lui tenait l’infirmière, dans un ultime effort, il avait balbutié « grand-père ». Avant de clore lèvres et paupières.

 

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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