Un suicide raté

Dans ma main droite, une paire de ciseaux. Dans la gauche, un fil, celui de la vie. La vie de qui ? J’ai bien une idée sur la question, sans plus. Cependant, je ne devrais pas tarder à en savoir davantage une fois que j’aurai coupé le fil.
M’imaginant ce fil aussi solide qu’une aussière, j’ai pensé un temps faire ça la hache, mais impossible de trouver le moindre billot dans ce désert où les seuls arbres qui poussent sont des arbres à cames. Le seul vert qu’on trouve dans ce coin paumé classé zone sensible –et quelle sensibilité !– est celui de la peur et de la chiasse qu’elle provoque. Tant pis, un bon sécateur fera aussi bien l’affaire. Trouver une jardinerie ici ? Tu dérailles, mon gars, je me suis dit en scannant le paysage à 360°. En chouraver un dans la première villa “Mon rêve” ? Les seules mains vertes, dans le coin, c’est celles qu’on trouve aux vécés, pas ailleurs. Alors malgré les risques de septicémie encourus, je me suis rabattu sur une paire de ciseaux. Ceux que je tiens dans ma main droite.

Je les dirige droit sur sur le fil de vie, une vie qui ne tient qu’à un cheveu, mais une vie qui me pèse tant que je me demande comment un fil si ténu suffit à la retenir. Observant pas à pas les indications des ingénieux concepteurs de l’outil, et malgré l’inconfort que subissent mes doigts, je réussis à positionner pouce et index dans leur logement respectif. Je suis maintenant censé armer l’engin en écartant les lames jusqu’à ce qu’elles forment un angle d’au moins 30°. Je souffle, je souffre, mais malgré mes doigts boudinés et comme pris au piège dans les anneaux de métal, je parviens à les ouvrir et à leur imprimer un angle proche de ce qui est stipulé dans la notice. 
Les ciseaux cernent le fil de vie, l’enserrent, le ceinturent, s’apprêtent à donner le coup de grâce. C’est à l’instant où j’ordonne à mes doigts d’effectuer la tâche que je leur ai confiée –trancher le fil de vie– qu’une terrible douleur, en même temps sourde et aiguë, me fait lâcher la paire de ciseaux. Qui atterrissent dans la corbeille à papier où ils rejoignent leur emballage, le blister d’où je les avais malaisément extraits et la notice que je viens de mettre au panier. Sur laquelle s’affichent, en trop gros caractères pour qu’ils m’aient semblé présenter un quelconque intérêt, trois mots tout bêtes :

CISEAUX POUR GAUCHERS.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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