Ecoutes illégales, NSA et FBI

Juin 2013, lundi 17, 8h30.
Alors que je bois mon café, alangui sur le plumard, la tête mollement calée sur un troupeau d’oreillers, mon œil gauche est attiré par quelque chose d’inhabituel –un objet cylindique de ferblanterie–, tandis que le droit l’est par un bidule incongru que je prends, de prime abord, pour un rayon laser qui part de l’objet métallique susdit. Pas d’affolement, me dis-je, ni de précipitation, mais voyons voir.
8h35. Deux mots, Lion Noir, sont écrits sur ce qui s’avère être une boîte en ferraille. Une boîte dans les 7 centimètres de diamètre, épaisse d’un bon pouce de chez nous et suspendue à mi hauteur de la pièce, à l’emplacement de mon lit. Une ficelle rouge en sort, tendue comme la corde d’un arc prêt à expédier sa flèche, ficelle dont la course angulaire est déterminée par toute une série de pitons conçus pour ne pas étouffer les vibrations de la dite ficelle si on lui imprime le moindre mouvement vibratoire. Aucun doute : en ce dispositif, le gamin que j’ai été reconnaît une installation téléphonique, comme celle qu’il utilisait avec sa copine de 5 ans, pour se délivrer des secrets. On faisait ça avec de vieilles boîtes de cirage.
8h37. Suivant le semblant de rayon d’un doigt attentif, celui-ci m’amène à un deuxième couvercle Lion Noir plaqué contre mon oreille, sur lequel aboutit, tendue, l’autre extrémité de la ficelle. Pas besoin de réfléchir bien longtemps pour comprendre que je suis sur écoutes. Ce qui ne me surprend qu’en partie, car non seulement j’entends de la friture sur ma ligne mais, plus bizarre, je m’entends parler comme si j’étais là, alors que, soumis à des absences, je suis généralement plus souvent ailleurs qu’ici. Mais le plus déconcertant, c’est de savoir un poil de seconde à l’avance ce que mon interlocuteur me raconte, là, à l’autre bout du fil. À l’instant, il me dit que je vais recevoir un appel, paroles inutiles car je le sais avant qu’il me l’apprenne. Je lui parle de ces écoutes, de leur caractère quelque peu illégal et dérangeant, eu égard à mon intimité et à la loi. Je n’ai pas à attendre qu’il m’accuse de paranoïa pour savoir qu’il va le faire, aussi l’envoyè-je promptement sur les roses.
8h40. La salle de bains, le tiroir où je range soigneusement mon nécessaire de toilette et les accessoires. Les ciseaux. Je m’en empare et vais pour couper la communication lorsqu’une douleur fulgurante m’arrache un cri, en même temps que le fil me tire violemment l’oreille où est collé l’écouteur. « Ne joue pas à ça avec nous », me dit une voix qu’il me semble reconnaître. A-t-il su ce que j’allais faire comme j’ai su ce qu’il allait dire tout à l’heure ? Par pure prudence, et de crainte de faire n’importe quoi, j’ai certes une fâcheuse tendance à m’espionner et me surveiller, mais je n’ai pas de quoi être fier pour ce comportement de traître et de délateur envers moi-même, et jamais je ne me serais cru capable de me mettre sur écoutes.
8h42. Je compose le xxx xxx xxx xxx, le numéro de la NSA où j’ai quelque accointance avec un responsable. Il saura quoi faire.
8h50. Ça n’a pas traîné, preuve qu’il y en a qui ont le bras long et que lorsqu’on l’a, les distances ne comptent pas. Dix gars armés jusqu’aux dents débarquent après avoir défoncé la porte de mon appartement. Sentiment de m’être fait arnaquer pour la porte d’entrée que j’ai payée les yeux de la tête. « Du blindé comme ça, c’est inviolable », m’avait dit l’installateur, un escroc, en somme.
« FBI », qu’ils gueulent. « Les mains sur le capot et pas bouger », ils rajoutent, dans un accent autant étranger que menaçant, comme savent l’être les accents étrangers pour impressionner. C’est tout juste si on me notifie mes droits, et hop, le temps de m’enfiler une cagoule, on m’embarque manu militari. Des vrais pros.
8h52. « Commencent à faire chier ces putains de Frenchies, avec leurs conneries d’écoutes », j’entends dire un des gus avec le même accent à couper au couteau, alors que, encadré par deux mastards, je quitte mon appartement dévasté.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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