Suicide accidentel

Je me suis suicidé, accidentellement, le plus bêtement du monde, sans que je l’ai décidé, comme d’ailleurs nombre de choses qui me sont arrivées au cours de ma vie. On mène sa barque ou on s’imaginela mener, et pour peu qu’on ait oublié de la calfater comme il faut, hop, elle coule, nous entraînant dans l’abîme. Pas de splash, pas même un plouf volontaire et conscient, juste quelques glouglous en guise d’homélie et d’oraison funèbre. Avec un peu de chance, quelques poissons nous accompagnent jusqu’au seuil de notre dernière demeure.

suicide_accidentel

Sur ce cliché, la reconstitution de cet acte incompréhensible. Projeté sur le ballast, le béret de la malheureuse (et stupide ?) victime, dont les origines supposées basques sont encore à démontrer, si on considère que la victime portait ce couvre-chef lorsque le train l’a proprement réduit en charpie.

Ils étaient deux, un homme et une femme. Défaits et sans doute amoureux. D’eux, mais pas de la vie, comme leurs visages le trahissaient. Prêts à enjamber le parapet qui les séparait de la voie de chemin de fer, six mètres plus bas. 
Leur décision d’en finir avec la vie, sûr qu’ils l’avaient mûrie, sinon pourquoi se seraient-ils trouvés en ce lieu où passent les trains et trépassent les voyageurs égarés, ceux qui ont loupé la correspondance qui aurait dû les mener à bon port et à l’heure ? 
Tirer un plan est une chose, passer à l’acte en est une autre, qu’on ne fait souvent que parce qu’on y est poussé. Altruiste en diable, je n’ai eu de cesse d’aider mon prochain, et c’est dans cette optique que, aimable jusqu’à l’empathie, j’avais proposé mes services pour les aider à franchir l’ultime obstacle qui les coupait d’un repos espéré, voire mérité, à savoir le parapet d’où, déjà, se profilait de face, au lointain, le train salvateur.
Ils m’avaient regardé de leurs yeux de merlans frits, comme si j’étais un abruti, m’avaient traité d’importun et dit sans égard de m’occuper de mes fesses, que ça ne me regardait pas, qu’ils n’avaient rien à faire de mon aide, que décidément tous les fous n’étaient pas enfermés et que, de toute façon, ils allaient sitôt passer un coup de fil au commissariat de police. Et même derechef, avais-je compris lorsque le bonhomme avait glissé la main dans sa poche que j’eus préférée revolver, laquelle contenant le plus souvent tout autre chose qu’un téléphone cellulaire, autrement dit  Natel.ou portable.
Soyez courtois et généreux, à l’écoute des souhaits du prochain et prêt à y répondre, et voilà tous les remerciements. Je ne me comporte pas ainsi pour en être remercié, mais dieu du ci
el, il y a des limites qu’un manque complet de bonne éducation fait franchir aux rustres. 
Leur décision, ils l’avaient prise oui ou non, ces jean-foutre ? Je m’étais précipité sur la femme, l’avait prise à bras le corps, l’avait soulevée et commencé à exercer un mouvement de bascule pour la précipiter dans le vide. Le train arrivait, il n’était que temps d’agir.
Je n’avais rien vu venir. Si ce ne sont les phares de la locomotive, moteur diesel des années 70, au bruit qui eut juste le temps de me parvenir aux oreilles, en même temps que celui de ma boîte crânienne promptement écrabouillée. 

Publicités

A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
Cet article, publié dans citoyenneté, humour, les autres, métaphore, nouvelles, contes, savoir-vivre, est tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s