Faut être con et n’avoir que ça à foutre pour devenir vieux

Des corps jeunes dont je ne connaîtrai pas l’étreinte, plus. Jeunes femmes, jeunes filles. Ne regretteront rien.
Des vieux, des vieilles, des chiens à sa mémère et à son pépère. Des crottes, honteusement ramassées ou repoussées d’un coup de bâton. Ou avec fierté. Il n’y a pas que les feuilles mortes qui se ramassent à la pelle, le bonheur aussi. Surtout lorsqu’on a fait l’économie d’un sac plastique ramasse-crotte parce qu’on a récupéré celui où, la nuit passée, on a déposé avec amour son dentier pour éviter qu’un charognard nocturne ne le vienne becqueter.
Chez les promeneurs, si on peut les nommer ainsi, la méditation a laissé la place au tirage de gueule. Qu’est-ce qu’on fout là, avec nos soixante dix ou quatre-vingt berges, à se balader sur la grève ventée, au lieu d’avoir quinze ans et d’être au bahut , entre copains à se dire vivement qu’on ait de la bouteille. Et connement.
Consolation, ils vieilliront, plus vite qu’ils ne le croient. Mais moi, si ce ne sont les couches culottes qui, peut-être, feront illusion, je ne rajeunirai pas, et la pisse au cul me le cuira, plus sûrement que ne le fait le soleil. Qui tarde à se réveiller ou qui en a marre de réchauffer des vieux os, pour rien, pour vraiment rien, au lieu de déléguer à l’entreprise d’incinération du coin.

Pourtant…
Elle était jeune, elle était belle, et dieu merci, Belge et aveugle de surcroit, qui ne prend pas d’accent circonflexe quoi que je l’ai cru un instant. Elle cherchait son chemin, j’en avais un parmi ceux à revendre que je gardais en stock, au cas où. Je n’eus pas à lui guider la main, seulement à la lui glisser dans un gant d’une épaisseur suffisante pour que, caressant mon visage virile et buriné, en fait impacté de restes de petite vérole (que l’on nomme aussi variole pour faire plus chic) et plus ridé que la surface d’un étang sous les risées d’un Éole mal viré, mais que ça fait rire… pour que me caressant, disais-je, elle ne ressente pas les soubresauts de l’âge, seulement ceux du désir.

Que fîmes nous ensuite, lorsqu’elle recouvra la vue ?
Nous nous séparâmes. Sans maudire mot dire.

C’est ainsi qu’à chaque fois je me retrouve à arpenter la grève. Avec les autres du dernier âge.
Tous ensemble, tous ensemble, ouais, ouais. En veillant tout de même à ne pas se faire chiper son déambulateur. Les vieux, c’est faux-derche, suffit de voir leur popotin rembourré d’on ne sait quelle ouate synthétique.
Faut être con et n’avoir que ça à foutre pour devenir vieux.

Note de la rédaction : Je n’ai pas pu m’empêcher d’affilier ce texte de haut vol à la catégorie Syrie. Qui demandera pourquoi aura un zéro pointé.
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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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Un commentaire pour Faut être con et n’avoir que ça à foutre pour devenir vieux

  1. Pauvre fille, si c’est pas malheureux!

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