Elections présidentielles et résurrection

J’ai toujours été un bon citoyen. J’ai toujours payé les impôts quand je pouvais y payer, c’est vrai que c’était pas monnaie courante à cause que des problèmes intestinaux qui me faisaient flatuler faisaient que je travaillais pas tant et que du coup je gagnais autant que pas tant, donc pas grand chose et que du coup j’étais pas imposé, comme on dit, et si j’y avais été j’aurais pas pu y payer de toute façon. 
J’ai jamais eu à échapper à la justice à cause que j’ai jamais rien fait de trop répréhensible, je veux dire des machins pas très jolis jolis comme y en a qui y font mais que ça les gêne pas, vu que c’est eux qui gouvernent, décident et tout, plus le reste qu’on y dit pas, et j’ai toujours été un bon buveur de pinard, c’est pas que j’y tienne, à la tienne Étienne, mais faut bien faire marcher le négoce de par chez nous, que si un jour y’avait plus de pinard français, on irait où, et les vignerons on en ferait quoi, hein ? Maintenant je peux pas cacher que c’est pas si sûr que j’aurais pas fait des malfaisances si j’avais courru assez vite pour y échapper, à la justice, mais le destin, faut pas jouer avec, sauf si on veut qu’il nous rattrape. 
J’ai toujours payé avec les rubis de l’oncle les crédits que l’épouse elle y faisait pour ses babioles de bonnes femmes que j’y comprends rien à ce qu’elles leur trouvent, et j’ai jamais eu de dette, sauf peut-être envers le bon dieu que des fois je disais sacré de putain de bon dieu de bon dieu de merde quand c’est que je m’esquintais toujours le même doigt avec le marteau qu’il y’avait toujours la même putain de saloperie de clôture à réparer à cause d’une bête qu’avait la dingue ou pareil. Tu me diras, je serais elle que je ferais du pareil au même à l’heure de la traite où c’est pas le moment de confondre les brebis avec le bouc.
Au bistrot j’ai toujours payé mon coup, même au Jeannot qu’avait pas la bite sous le bras, je peux le dire, qu’avec l’épouse, il s’emmerdait pas, le pauvre, elle non plus. À la sépulture, j’y ai même mis des fleurs dessus sa tombe et j’ai payé la tournée générale. Pour être tout à fait honnête, pas sûr que j’y aurais fait si j’eus été à jeun.
Quoi encore ? Les machins sociaux, les aides, comme ils disent, j’en ai jamais tiré profit, ni les alloc, ni le reste et encore moins le chômage que j’ai jamais su ce que c’était avant que des chômeurs ils viennent pour pas travailler, les feignasses, que j’te foutrai tout ça au turbin, vite fait, des étrangers, d’après ce qu’on m’a dit, que moi, je sais pas à quoi ça ressemble, les étrangers, mais je fais confiance.
C’que je voulais dire, c’est que plus honnête que moi, et meilleur citoyen, je dis pas qu’il n’y en a pas, mais ça court moins les rues que la rue que je fais pousser pour concocter le vinaigre des quatre voleurs au cas où c’que la peste elle revienne et aussi pour lutter contre mes sacrées de putain de bon dieu de flatulences, que l’épouse elle dit qu’elle va finir par quitter la couche conjugale si ça continue, pas à cause du bruit parce que mes pets je leur mets des charentaises si j’ai le temps, mais à cause que c’est puatif…
Bref, et j’y avais pas encore dit, mais s’il y en a un qu’a usé sa carte d’électeur sur les bancs de l’école où c’est là qu’ils mettent les urnes qu’on doit y mettre le bulletin de vote, c’est bien moi. En je sais pas combien d’années, c’est que j’en ai glissé des bulletins de vote pour l’élection des élus, bien autant que le nombre d’années où j’y ai fait. En tout cas, jusqu’à ce que je fus quasi mort, l’autre week-end, ça devait être çui de Pâques, une indigestion carabinée qui m’a clouée propre net, qu’on s’est demandé si je serais frais dispo pour aller voter ce dimanche qui vient. Un miracle qu’ils ont dit en me voyant debout complètement résurrectionné. Trois jours de coma alcoolique, et hop, sur les guiboles, le gars. Peut-être pas droit comme un i, mais bon pied bon oeil malgré que le vent avait forci et la houle tout pareil. En dessous du litre, soixante degrés, ça pardonne, mais au-dessus, c’est mystère et boule de gomme si tu en reviens, sauf si tu as le sens civique, et le sens civique, c’est toujours ce qui m’a tenu. Comme la fois où quand le Jeannot il avait mouru et qu’il avait bien fallu arroser ça avec dignité.
Je l’ai pas encore dit, alors j’y dis, mais le respect et la dignité, c’est comme l’honneur, qu’on le rende ou pas, et ça n’a jamais tué personne. Quelqu’un qu’a pas d’honneur, il est pas digne, et si t’es pas digne, c’est même pas la peine d’essayer d’être un bon citoyen. 
Et si dimanche je vais voter, c’est parce que je suis debout, oui, fier d’être debout. Rigolez si ça vous chante, mais y’a pas de quoi. Et je vais vous dire encore, sans les élections, surtout des présidentielles comme celle-là, que pour réveiller un mort y’a pas mieux comme viatique, c’est pas sûr que je l’aurais posée, cette sacrée cuite de Pâques, et si ça se trouve, va savoir si j’aurais pas retrouvé ce salopiot de Jeannot, dieu m’en garde.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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