Chien, chat, maîtresse en hypoglycémie, identité

Lorque ma maîtresse m’a fait comprendre après pas mal d’essais que j’étais un chien, j’ai jappé. Sans doute aussi qu’au même moment, à la télé il y avait une série, je sais plus le titre, Rex ou un machin comme ça. Ou Rintintin et Milou, je sais plus, je m’égare à cause du parfum désolant qu’elle met. Je parle de ma maîtresse.
Passé à une autre chienne chaîne après avoir jappé, ça ne lui a pas plu. Elle m’a donné une tape sur l’arière train, pas si désagréable que ça. J’ai miaulé, comme une chatte en chaleur, mais il faut dire qu’il faisait 25° dans l’appartement. Les chiens de cette espèce sont fragiles des bronches, lui avait déclaré le véto, auquel j’ai opposé le mien, sachant mieux que quiconque de quoi j’ai besoin, surtout question température ambiante, nourriture et le reste sur lequel je ne m’étendrai pas, n’ayant pas particulièrement envie de ternir l’image de ma maîtresse, déjà pas très glorieuse. Quant aux vétérinaires, ce que j’en pense…
Son Ron-ron je te le lui ai envoyé bouler partout et sous tous les meubles. J’ai toujours envié ses gamins qui jouent aux billes, qui en mettent partout et lui font faire des pas de danse comme ceux dans les usines où on fabrique des roulements à billes que les communistes laissent traîner partout pour que le patron se casse la figure et qu’il les expédie à taquiner le bouchon pour avoir de quoi manger autre chose que les salades du patronat.
Comme je devais m’y attendre, puisque c’était le but de ma manœuvre, elle s’est étalée les quatre fers en l’air en poussant des hénissements terribles. Je lui ai amené son picotin qu’elle a picoté, picoré, picolé. 1/3 d’avoine, 2/3 de gin. Une recette que m’avait refilée le chien d’un coutelier de Thiers qui avait eu du fil à retordre avec son maître, un hiver particulièrement froid. Te bouge pas de là, ça caille, lui avait dit le bougre. Tu parles ! Réchauffer des jambes amorphes, passe encore, mais celles animées de soubressauts d’un ivrogne, pas question. Il s’était barré avec le tonnelet et m’avait rejoint, en stop. Pov’bête perdue dans le froid, avait dit la gamine à ses parents en voyant la pauvre bête perdue dans le froid. La pauvre bête dont le regard lubrique avait louché sur la gamine. Je n’en dirai pas plus, sauf que ça n’est pas à moi que ça arriverait.

Un violent coup de laisse m’a fait grogner méchamment et me lancer sur son blanc mollet gauche que j’ai mordu à pleines dents, délaissant le droit, pour la bonne mais stupide raison que Arf, le dieu des chiens, ne m’a pourvu que d’une seule mâchoire, le con. J’aurais su, je me serais arrangé pour recevoir le même violent coup de laisse dès mon incarnation dans le genre canidé.

L’heure était alors à la nuit, laquelle rend les chats gris et le sang couleur de naphte légèrement teinté de carmin, détails au demeurant sans plus d’importance qu’aucune.
Conduite auprès du vétérinaire qui fait office de médecin après que ce dernier se fut avéré être une médecine, celui-ci l’a expédiée à ‘hôpital où, m’imputant la possible amputation de la jambe de ma maîtresse, et culpabilisant à souhait, je l’ai rejointe pour m’excuser, chargé de mon tonnelet bourré de picolin et de ma besace bourrée de ron-ron au cas où elle ait une petite fringale consécutive aux hypoglycémies dont elle serait coutumière et dont elle se plaint, mais on ne me la fait pas. Je m’en étais intruit sur Wikipédia, alors qu’elle était partie aux toilettes. Touche à rien, mon chaton, avait-elle dit, et surtout pas au clavier. Maman revient. Mon chaton, tu parles !

L’hôpital. Je jappe gentiment, lui tends le tonnelet qu’elle siffle goulument, fais rouler quelques boulettes de ron-ron dans une paume ouverte à mon offrande, déroule le bandage mal ajusté qui dégringolerait sur son mollet si ma maîtresse était debout, déchiquette le pansement et lui léchouille la vilaine plaie que le lui ai faite. Ses yeux se révulsent, elle est aux anges.
Faut que j’aille aux toilettes, mon chaton, me dit-elle, bouleversée. 
Elle se lève, me prend pour sa pantoufle droite, titube en direction des toilettes. Je m’extraie, elle s’énerve, perd l’équilibre, m’invective, se met à baver et m’accuse de saloper le carrelage virginal en plastique, ce qui n’est pas entièrement faux, mais n’est, de toute évidence, pas dû à mes baveuses sécrétions.
Bref : ma maîtressse décartonne complètement et, me référant à l’article de Wikipédia (trouble brutal du comporement – perte brutale de la capacité à exécuter une tâche – trouble de la parole, de la vue, de la marche – crise d’épilepsie – etc.= hypoglycémie),  je comprends qu’elle fait une réelle crise d’hypoglycémie et me demande si cette crise est passagère ou si elle existait, pérenne, dès le début de notre relation,  sans qu’elle ne l’ait jamais posée.
Dans quel cas, peut-être ne suis-je en rien un chien, et encore moins un chat. D’ailleurs, si j’étais un chat, franchement, est-ce que je m’amuserais à balancer des boulettes de ron-ron sous les meubles ?

Ceci dit, je reconnais que j’adore dérouiller mes pa-pattes sur le clavier.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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