Encore une naissance. De trop ?

Se rendre compte qu’on est mort, et que c’est vrai, pour preuve les larmes qui nous dégoulinent dessus en même temps que la bave de quelques envieux –généralement des vieillards acerbes  qui aimeraient être à notre place, mais ne le méritent pas– , ça n’est déjà pas de la tarte, mais c’est deux fois rien, ce qui ne fait pas grand chose, par rapport à se rendre compte qu’on vit, et ce, pour la bonne raison qu’on vient de naître. Et où ? je vous le demande. Dans un de ces pays de sauvages où on est mal traité et battu à plates coutures si on n’applaudit pas aux discours lénifiants et creux de la vague tenus par des maîtres iniques, et où le simple fait de venir à la vie est considéré comme une atteinte à l’intégrité de l’état de fête l’état de fait de l’état, non, une atteinte à la liberté d’autrui, ma simple venue sur terre le dépossédant déjà de quelques bolées d’air. Et pire si on ne répond pas aux attentes des huns uns et des autres en courbant gentiment le dos de la cuiller. Je la laisse à Uri Geller.  Quelles attentes ? Obéissance, mensonge, marnage, ravages et autres stupidités liées au gavage. Tous des oies, sauf les jars.
Et pas la moindre ONG à l’horizon pour mettre un terme aux mises bas inutiles qui feront de nouvelles bouches à nourrir, des tripotées de consommateurs avides de remplir leur vide avec d’inutiles biens de consommation (associer biens à consommation, fallait y penser !), puis se vider du trop plein sur des trônes d’aisance pour les mieux nourris ou agrémenter le paysage en le jalonnant d’étrons pour les crève la dalle. Z’ont autre chose à faire, les ONG, trop préoccupées qu’elles sont par la révision de leurs tarifs dégâts des eaux et autres diluviennes précipitations.

Dans quel petit coin du globe suis-je tombé ?  Que l’on ne me fasse pas dire ce que je dis, car c’est inutile, mais que l’on me laisse préciser que je parle bel et bien de n’importe quel pays.
Mourir et vivre, puis recommencer, comme s’il n’y avait pas mieux à faire ! Toujours est-il que c’est ce qui m’est encore arrivé récemment, terme un tant soit peu bizarre en l’occurrence.
Je suis né quelconque et sans autre intérêt que celui de produire une feinte extase parfaitement théâtralisée chez des spectateurs qui, découvrant la tronche du nouveau-né qui préférerait être ailleurs, quitte à ce qu’il s’agisse des limbes, regrettent, pour la minorité des plus conscients, qu’un coït puisse produire un tel résultat.  
« Où suis-je encore tombé cette fois-ci ? », m’interrogè-je comme je le fis lors de précédentes incarnations, avant de me tordre de rire à l’annonce cent fois réitérée d’une mère en mal d’inspiration et qui ânonne que c’est le plus beau jour de sa vie. Le pire étant que pas mal de mères y croient, puisque c’est vrai, que c’est le plus beau jour de leur vie, les pauvres. Frémissons à l’idée de ce à quoi peuvent bien ressembler les autres.

Seuls des tocards pris au piège du copier-coller peuvent avoir décidé de fabriquer une pièce de bidoche de trois kilos, comme si il n’y en avait pas assez, surtout pour ce qu’on en fera.
Où suis-je, avec qui, auprès de qui. Mais que font les ONG dont le visage impavide des dirigeants reste de marbre blanc, la honte de leurs non agissements ne les pouvant atteindre, étant très largement au-dessus de ces morales inutiles qu’ils réservent aux glandus, clampins et autres zombies à qui ils demandent de se montrer généreux. C’est beau, c’est grand, ça touche. Gros au passage, parfois.

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Et voilà à quoi être me mène. Je veux dire à quoi cela me mène à penser. Ou à quoi ma pensée me mène, entre dire n’importe quoi, me répéter, décartonner, tourner en rond, penser en lemniscate, cogiter en ruban de Möbius.
J’ai bien pensé un temps à utiliser ma capsule de cyanure, celle de la dernière guerre, ne me demandez pas laquelle. Pas bien futé, car je ferai quoi lors de ma prochaine incarnation ?

Alors j’ai posé mes pieds sur le ruban de Möbius, y ai planté mes ciseaux en argent dans le mitan puis, tout en avançant, l’ai promptement coupé en deux.
Les ciseaux ? Le cadeau de naissance d’une vieille tante qui s’attendait, comme toute la famille et contre toute attente, à ce que je sois une fille. Et toc ! 

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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