Consommer, acheter, vendre, racheter, revendre

Voir aussi l’article Consommation achats compulsifs

Presqu’un jour s’est passé sans le moindre achat. Je suis fiévreux.
On peut certes s’acheter une conduite intérieure, mais franchement, à quoi cela pourrait-il bien me servir de m’en offrir une si personne ne la voit. C’est une conduite tout court dont j’ai besoin, une honorable, ce qui me changera et changera la vision qu’ont de moi les gens qui me connaissent, surtout deux ou trois filles qui ont toujours eu des visées sur moi, mais en sont restées là, craignant que ma mauvaise conduite n’entache leur réputation. Ce qui les avait naturellement amenées à m’éconduire lorsque, touché par l’oeil gourmand qu’elles avaient posé sur moi, je leur avais proposé de franchir le pas de ma chambre, par pur reste de charité chrétienne. Y’en a qui manquent pas d’air, les avais-je entendu se gausser, réaction sans doute induite par le magnétisme qui émane de mon aimante parsonne.
Calepin en ardoise en main, je coche le mot conduite après l’avoir composé de façon manuscrite à l’aide de ma fameuse craie du pays de Caux..
S’acheter une conduite est une façon de se racheter, à condition de la suivre. M’acheter auparavant une conduite intérieure ? J’y réfléchirai.

Je n’achète pas seulement pour acheter, mais aussi pour vendre. D’aucuns auraient dit revendre, pas moi, car pour revendre quelque chose, encore faut-il l’avoir déjà vendu. Et si on l’a déjà vendu et qu’on le revend, c’est qu’on l’a racheté entre temps. Du temps et de l’argent perdus pour rien.
J’achète, et je vends parfois ce que j’ai acheté en déboursant la somme adéquate, mais il m’arrive aussi de vendre sans avoir acheté l’objet de la vente. Mon âme, par exemple. Qui aura pris de la valeur lorsque je me serai acheté ou racheté une conduite, si la précédente ne répondait pas à l’attente que j’en avais, comme lorsque jeune homme avide de courir le monde je partais sur les routes sac à dos sur le dos, ce qui est la moindre des choses, bourré de sardines, de cordelettes, de tendeurs et piquets, bref le nécessaire du parfait campeur. J’étais scout, qu’on me pardonne et que Baden-Powell l’English ne m’en veuille pas de préférer son homonyme brésilien.
Vendre son âme peut être rentable, à condition toutefois de trouver le bon acheteur. Les bons acheteurs, je veux dire ceux solvables et méritants, ne courant ni les rues, ni les routes et ne portant pas de sac à dos, le mieux est de s’en offrir un dans une boutique recommandée par une connaissance. Tout le monde en a au moins une, l’essentiel étant de ne pas la perdre. S’acheter un acheteur est le meilleur moyen de ne pas se faire rouler dans la farine, et si Boulanger n’est plus là aujourd’hui, il a fait suffisament de petits pains pour qu’on en prenne sur le groin un lendemain d’élections qui verrait fleurir le populisme.

Je vais vendre mon âme. Ce n’est pas la première fois, mais avec internet, ça commence à se savoir, et par crainte que certains acheteurs potentiels vendent la mêche et racontent que c’est de l’arnaque, je vais d’abord en acheter quelques unes honnêtes que je grefferai sur la mienne. On n’y verra que du feu, elle pétera des flammes, elle fera envie, elle trouvera obligatoirement acquéreur, d’autant que j’aurais acheté l’heureux acquéreur.
Une petite coche.

Je suis un élu. Pas un élu de Dieu, même s’il risque de le regretter un jour, mais du peuple. D’une seule frange du peuple, hélas, mais la plus méritante, tant mieux. Election qui ne doit rien au hasard, donc pas à Dieu, ni à ses saints, mais à ces électeurs, les miens, que j’ai achetés. Une affaire, car il faut savoir qu’acheter des voix coûte une misère, c’est-à-dire deux fois rien. Il suffit de servir quelques promesses, de les renouveler, et surtout de ne jamais les tenir. Ainsi le stock de voix acquises, non seulement ne baisse pas, mais grossit de législature en législature, de présidentielle en présidentielle, mais de Charybde en Scylla si on a la malencontreuse idée, parce qu’on veut se refaire une conduite en la rachetant à prix d’or, de tenir ne serait-ce qu’une seule promesse. Hormis le jour où, scout de France et de Navarre j’avais prononcé ma promesse parce que mon chef de troupe m’avait fait boire je ne sais combien de litres d’Antésite (ça va te galvaniser, m’avait-il assuré, persuadé que je serai incapable de réciter par cœur le texte ô combien sublime de cette fameuse promesse). Du coup j’avais promis, sur mon honneur, de m’efforcer à remplir mon verre avant celui des autres, de toujours me servir en premier, de faire faire mes devoirs par moins idiot que moi et d’aider mon prochain s’il n’avait besoin de rien et surtout pas de moi. J’avais promis, avais tenu ma promesse puis m’était fait virer. Comme quoi…
Acheter encore d’autres voix ? Les élections présidentielles approchant, j’y pense, le note, appose ma marque.
.

Ma fièvre s’est calmée, ma voie est tracée. Déjà je m’imagine parcourir des yeux les rayonnages de Tempérament, ma boutique préférée. Où j’achète à crédit pour revendre cash, avec un bénéfice que je préfère taire pour n’effaroucher personne. Les indignés, ça va bien comme ça…

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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