Consommation, achats compulsifs

Je suis un acheteur compulsif, addicte non seulement des biens de consommation mais aussi des mâles maux, je veux dire des trucs qui sont pas biens. Un bien maux vieux que deux tuloras. J’ai jamais su ce qu’était un tulora. Ça n’est pourtant pas faute d’avoir interrogé nombre de gérants de supermarchés. Des nuls. J’aurais dû me rendre dans des hypers où le choix est, au minimum, le double.
 J’achète de tout, que ça se présente ou pas à cause de responsables de rayons qui font de la rétention d’information au lieu de faire de la rétention d »eau. Comment alors s’étonner de l’alcoolisme qui touche la clientèle de ces lieux de perdition lorsque d’autres chefs de rayons font exactement l’inverse ?
En vrac ou au détail, en kit ou sous blister, au poids ou au métrage aussi bien linéaire que carré, voire cubique, j’achète. En litre aussi, surtout le pinard si l’eau se fait rare. On devrait leur retenir sur leurs salaires, à ceux qui la gardent avaremment pour eux.
Mes achats effectués, je rentre chez moi –un hangar dix fois grand comme une gare de province honorable–, vide mon cabas, dispatche la marchandise après en avoir saisi l’essentiel dans une base de données que j’ai dû acheter, personne n’ayant voulu m’en donner une. Une base de donnée, deux de perdues, m’avait argué le dernier marchand que j’avais essayé d’embobiner (sa bobine y prêtait), mais pour qui le mot générosité est une grossièreté.
Puis je fais l’inventaire de mes possessions et domaines, pas pour le seul plaisir, mais aussi pour me rassurer et noter les achats qui me semblent importants à envisager. Car je suis loin de posséder tout ce qui a pu se vendre un jour ou le lendemain, ni ce qui se vendra les mêmes jours qui suivront, et mon hangar ne serait pas assez grand, ni mon compte en banque. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir acheté mon banquier, hélas avec un cheikh soi-disant habitué à ce genre de transactions, qui s’avéra être un escroc de première, ce qui au teint me sied, ne fréquentant pas ceux de deuxième que les magouilles à la petite semaine ne  permettent même pas de boucler leurs fins de mois, sauf certains de février, les années non bissextiles.

Si je conserve tous mes achats ? Mais non, bien sûr que non. Ne serait-ce qu’à cause de leur date de péremption. Puis il y a les consommables, alimentaires ou autres, que je consomme comme tout un chacun. Il en est ainsi du Camembert (à titre d’exemple, quoi que je n’y tienne pas plus que ça), des mouchoirs, rasoirs et autres conserves jetables, des préservatifs, du papier de verre que je mets sur ma ponceuse si excentrique que je n’arrive jamais à mettre la main dessus, malgré la saisie du lieu exact où elle est censée se nicher, saisie que j’ai scrupuleusement exécutée de mes dix doigts personnels (je précise que j’ai acheté toute une collection de doigts, notamment auprès d’anciens membres de la Fraction Armée Rouge) dans ma base de données. Le papier toilette aussi, qui finit un coup sur deux en mouchoirs, à cause de la poussière ambiante. Ce qui ne l’empêche pas de se retrouver chassé à grands coups de gerbes aqueuses et expédié ad patres grâce à cet ingénieux système (la chasse d’eau, ce me semble), récemment acquis auprès d’un marchand adéquat, dont c’est le boulot de vendre des chasses, y compris d’eau, bien que le gros de son chiffre d’affaire soit constitué d’autres chasses, elles circonflexées, que l’église lui achète lorsque mon bon coeur a bien voulu en laisser à dispo sur les rayonnages pour quelque éventuel chaland.

Me tairai-je sur les articles qui me manquent cruellement et dont j’ai noté le nom avec une craie origine Pays de Caux (la meilleure craie qui soit, goûteuse à souhait, et qui plus est, carrée, comme ma chambre qui, parenthèse, ne manque pas d’air) sur le calepin en ardoise acheté récemment à un instituteur en retraite ? Oui. Du moins pour l’instant, ne souhaitant nullement qu’un quelconque acheteur, pas même addicte, me souffle le marché, car les achats que j’envisage présentent l’insigne avantage de pouvoir me procurer quelques jolis bénéfices, une fois revendus.

Il ne sait parler qu’en marchand, vous entends-je me juger hâtivement. Peut-être bien, mais vous êtes vous déjà promené en ville en laissant traîner nonchalemment votre oreille ?  

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Bientôt, et une fois les acheteurs éventuels habilement supprimés, des révélations sur mes prochains achats. Compulsifs ?

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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