Anniversaire, tabac, alcool et espérance de vie

La façade appartient à celui qui la regarde (LAO TSEU)

Et c’est bien là le problème !

Et voilà, ça devait arriver un jour ou l’autre. Surtout un 7 décembre, date anniversaire d’une naissance, la mienne. J’ai 66 ans aujourd’hui. Je l’avais oublié, mais le téléphone me l’a rappelé. Pas tout seul, car il y avait quelqu’un au bout du fil, quand bien même le quelqu’un en question n’aurait eu en main qu’un téléphone portable, mobile ou greffé en quelque endroit de son anatomie. Sur l’Internet aussi, on m’a souhaité l’anniversaire, même un certain Google. Bon anniversaire, Pierre, c’était écrit avec un joli dessin.

Soixante six ans, que j’ai. C’est dingue. Et qu’on ne me dise pas qu’on ne voit pas passer le temps qui passe. Un peu, que je l’ai vu passer, et pas toujours à l’allure où j’aurais eu envie qu’il le fasse. Ou le fît. (Ça me commence à m’escagacer méchant cette satanée langue, que tu sais pas par quel bout la prendre, ni comment l’apprendre, puis la retenir).
66, c’est la moitié de 132, qu’il s’agisse d’années de vie, des mensurations de je ne sais quelles parties du corps, ou d’un morceau du numéro matricule de la bébête qui monte, celle immonde de l’Apocalypse, comme disait mon curé quand il parlait des communistes. C’était dans les années 50.
Il me reste encore 66 ans à vivre si j’arrive jusqu’à 132. Dit autrement, j’aurais vécu encore 66 ans lorsque je m’éteindrai, si je m’éteins en 2077, à 132 ans. Ce qui revient à dire que je n’en suis qu’à la moitié de ma vie. C’est dingue !
Ceci dit, rien ne prouve que j’y arriverais, mais rien ne prouve le contraire, et surtout pas mon mode de vie, à cause que pour trouver plus conservateur que moi, faut pousser jusqu’au Sénat. Je fume comme un pompier, je bois comme un trou et ne fais jamais plus d’effort qu’il n’en faut. Comme pas mal de ces hôtes de l’institution sus-nommée.

Le tabac*. Oui, ça produit du goudron, justement. Qu’on m’arrête si je dis une bêtise, c’est bien ce machin noir gluant collant qu’on met sur les barcasses pour les protéger ? C’est bien ça ? Et c’est bien à cause que les barcasses elle en sont peinturlurées de tous bords qui font qu’elles tiennent, oui ou non ? Le goudron, je veux rien trop affirmer, mais c’est pas aussi ce machin qu’on met pour faire l’enrobé à chaud des routes ? C’est pas ça aussi qu’on met sur les murs humides pour que la flotte elle passe pas ? On est bien d’accord : le goudron protège de l’eau. De ce côté, c’est vrai que je crains pas tant rien, à cause que l’eau j’y tiens pas plus que ça. Mais va savoir si c’est pas justement le goudron des clopes qui me protège de l’eau. J’en sais trop rien, mais toujours éthyle que l’eau et moi on fait pas bon ménage.
Bon, pour le goudron, c’est vu. Passons à l’alcool, maintenant.
Je peux pas dire que je sois un alcoolique, mais je peux pas dire non plus que je sois pas un pionard. Pas les trucs modernes genre Whisky, Tequila ou le machin russe, la Volga, non, la Vodka. Ça, j’y laisse aux gamins qui têtent encore leur crayon sur les bancs d’école. Non, non, non, et non. On est Français oui ou merde ? Alors moi c’est le pif, le pinard, quoi. Et là, tu me crois ou pas, je suis pas du genre à faire la fine bouche, et faut pas qu’on m’accuse de racisme. Ils y passent tous : les rouquins, les blancs, les rosés, tous je te dis. Mais le pinard, c’est rien que pour la mise en bouche, parce qu’après, j’attaque direct à la mirabelle, à moins qu’il me reste encore de la poire. La William. Je m’en vas descendre en cave en quérir et y remonter, des fois que… C’est pas la question que j’en ai envie, là, tout de suite, mais c’est une question d’honneur. Des fois que ça sonne, parce que le Léo ou le Jojo ça serait pas surprenant qu’ils se pointent. 
L’alcool, s’il y a un truc qui conserve, c’est bien ça. Le sel aussi, je suis d’accord. Pour les légumes.

Je m’ai remonté quèques bouteilles de la cave. Une de chaque. Plus des griottes à l’eau de vie, des prunes pareil et des pruneaux encore pareil. Au cas où les vieux gars ils viennent avec leurs dames.
Et je vous demande : d’après vous, pourquoi c’est faire qu’on met les fruits dans l’alcool ? Pour les conserver, c’te blague, c’est aussi simple que ça.
Et tu vois, je dis pas que j’y aime pas la William et les griottes à l’eau de vie, je dis pas, mais si l’alcool ça ne conservait pas, c’est pas sûr que j’en prendrais. Pas sûr.
Bref, tout ça pour dire que finalement, c’est bien possible que je sois qu’à la moitié de ma vie. Ce matin, je l’invente pas, j’ai entendu la concierge dire que j’étais drôlement bien conservé pour mon âge.

Tiens, goûte-moi donc ça, que je m’ai dit. Laquelle ? je me suis répondu. Ce que j’ai monté, c’est pour y descendre, pas pour y redescendre. Pis ça se fait pas une bouteille d’alcool qu’a pas encore servi. Les gens, ils osent pas, et faut insister et tout. J’en prends juste une lichette, c’est juste pour vous accompagner, il faut leur dire, en même temps qu’on ouvre la bouteille ou le bocal. Sinon ils osent pas.

Le tabac, il y en a qui prétendent que ça accélère le vieillissement, que ça le précipite des fois, même que ça double les rides. Des conneries. L’alcool, je veux bien, à la limite, mais pas si tu t’arrêtes juste avant de commencer à voir double. Bon, c’est vrai que le pif il prend un coup, à force, et que le gris des moustaches c’est plutôt du jaune pisseux, mais faut quand même tenir compte de l’âge qu’on a, non ? Et à 66 ans, c’est quand même pas extraordinaire de pas tant aimer ce qu’on voit dans le miroir. Bon je veux bien : si je vis jusqu’à 132 ans, faudra p’têt que je pense à me faire retaper la façade. Mais d’ici là…

* Surprenant qu’on ne trouve sur le marché que du tabac daubé qui rend accroc, qui empoisonne, qui tue et pas un seul tabac bio. Plus surprenant encore, que l’État ne soit pas attaqué pour complicité de meurtre ou incitation au suicide et au meurtre.
Quant au discours, comme quoi le tabagique et l’alcoolique coûtent à la collectivité, combien rapportent-ils à cette même collectivité, notamment les fumeurs ?

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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2 commentaires pour Anniversaire, tabac, alcool et espérance de vie

  1. duglandu dit :

    Un pur délice.Je parle de la William. Mais le texte aussi, par mon foie

  2. phare & night dit :

    En vous souhaitant de vivre longtemps pour continuer à nous régaler. D’ailleurs, je ne serais pas contre une petite mirabelle. A l’occasion

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