Rêve de Pape, rêve de Papesse

— Le Pape est mort. Un nouveau Pape est appelé à régner.
— Araignée ? Quel drôle de nom, pourquoi pas libellule ou papillon ?
                                                                                       Comptine

Plus tard, à n'Avignon

Eh voui, il est mort. Comme quoi, on a beau croire en Dieu, hein ! Enfin, c’que j’en dis…
Hélas ou tant pis, ce n’est qu’en rêve. Un rêve pieux, comme on dit quand on y est, je veux dire au plumard.
J’ai rêvé que j’étais Pape, Le Pape. Ou plutôt La Pape, la Papesse, si vous voulez. Qu’on m’explique pourquoi on ne dit pas la Mamesse, hein ? Ou la Mômesse, si la Pape est une fille, jeune et tout. Mais faut pas rêver et ça n’est n’est pas demain la veille ni l’avant veille de l’Avant qu’on verra sur le trône épiscopal une gonzesse. Accorte et court vêtue, comptez-y encore moins. Tout à fait entre nous, mieux vaut cela, car avec tous les frustrés qui se baladent dans les couloirs vaticanesques, ô misère !

Mon rêve, où je suis une Papesse. Je vous le raconte.
Je m’en sors bien, étant d’un âge canonique, ce qu’indiquent sans équivoque  mes traits marqués et mon teint d’amateur de vin . J’ai réuni mes 4 cardinaux préférés pour faire le point au sujet du machisme d’état… pontifical. Un blondinet aux yeux clairs de par chez nous, puisqu’il est polak ; un beau noir tablette chocolat, délicieux dans sa robe pourpre, même si je le trouvais plus craquant en violet Milka ; un chinois bon teint Gitane maïs –bien obligée depuis que la Chine s’est éveillée– ; plus un latino aux yeux de baise braise. Vous l’aurez compris, venant des 4 directions, car ne perdant pas le nord, je ne voulais pas avoir d’embrouilles, du genre qu’on me traite de raciste. Ce que je ne suis pas, aimant à égalité le bortsch, (bien que ça me fasse flatuler, mais insuffisamment pour monter en ligne directe au ciel) ; le bobotie qui fait toujours un effet bœuf sur mes invités végétariens qui s’obligent à l’avaler par déférence, quels cons ; le moo shu qui me rappelle avec émotion mon cochon de prédécesseur que j’aurais bien découpé en rondelles ; et le tamal farci au dindon et non pas à la viande d’agouti, bestiau dont le genre cuniculus me coupe l’appétit gastrique, tout en excitant mon appétit sexuel sur lequel je ne peux que m’asseoir : l’heure c’est l’heure, mais quand c’est pas l’heure, salé ça l’est pas. Et ça ne l’est pas non plus lorsque ça n’est plus l’heure, ce qui est le cas, vu mon âge tout de même moins avancé que le promontoire de quelques jeunes évêques un peu trop souvent en demande d’audience à mon goût, queue que leur bouquin de punaises de bénitiers ne parvient pas à voiler.

« Une femme Pape ? Vous n’y pensez pas » ont commencé à me baratiner mes quatre cardinaux. « Et moi, alors ? » leur ai-je dit. « Vous êtes Mame, pas Pape » ils m’ont répondu faux derches. Puis chacun son tour, dans l’ordre de la rose des vents et dans le sens des aiguilles d’une horloge comtoise, ils y sont allés de leurs justifications à la mords-moi le nœud mords-moëlle.

— C’est qu’il faut être sacrément couillu et costaud pour être pape, ma bonne dame, ne serait-ce que pour évincer les enfoirés qui veulent vous évincer.
— Ça oui, faut pas manquer de couilles, comme quand il s’agit de prendre parties parti pour…
— Vous imaginez une gonzesse lever une armée pour les croisades ?
—  Ou mener la lutte contre les hérétiques, les cathares, les albigeois, les communistes, et tout.
— Armer des surineurs pour égorger les protestants, vous croyez quoi, que c’est à la portée d’une faible femme ?
— Et les gamins, hein, les gamins ? Vous vous imaginez en train de leur prodiguer des attouchements ? Ça serait un rien déplacé, et même au cas où, c’est qu’il faut assumer. Et pour assumer, sûr qu’il faut être couillu.
— C’est tout bêtement ça, les burettes, faut en avoir. Les burnes, quoi.

Les mecs, dans toute leur splendeur..
Mais comment suis-je devenue Pape lMame, vous demandez-vous ?

Pas compliqué. Ça faisait un bail que je briguais le poste. Pour les ors, les honneurs et le pouvoir, tout comme mes prédécesseurs, qu’est-ce que vous croyez ? Et pour enfin avoir accès au secret le mieux gardé du  Vatican : ses caves profondes, leurs somptueux pinards et divins spiritueux. Quelques gâteries goulues à Sa Sainteté Popaul VI ou IX –c’est flou dans mon rêve– ont eu vite fait de le vider de sa substance et de mettre un terme final à la vie pas monacale  pour un sou de ce vieux débris. Après tout, il était mort en paix et s’il avait voulu continuer à faire son cinéma avec ses prêchi-prêcha, il aurait fallu qu’il se contrôle et se retienne de baver sur sa robe blanche quand il me reluquait.
Restait à résoudre le problème des érections élections. Pas une mince affaire ? Oh que si ! Mettre dans ma poche les 4 principaux cardinaux, qui font la pluie et le beau temps, a été un jeu d’enfant : ma poche kangourou, celle accueillante et pleine de promesses ou les quatre zozos ont eu vite fait de mettre au chaud leur petit oiseau –pas vraiment une colombe– en le sortant de leur slip kangourou..

C’est ainsi que j’ai succédé au pape mort, sous le nom de Hanneton Ie Jeanneton Ie, nom qui ressemble plus à Hanneton que Libellule, stupide odonatoptère que seules les grenouilles supportent, ou Papillon, ce lépidoptère prétentieux dont les couleurs chamarrées font tache sur les vertes prairies.

Si les quatre suppôts de Satan ont vendu la mèche ? Avec la petite chansonnette que je leur ai poussée le jour de mon élection, aucun risque. Vous savez : « Jeanneton prend sa faucille, la rirette, la rirette, etc. Ils tenaient bien trop à la leur, de mèche.

J’ai papauté un temps, celui de tirer le plus possible de marrons du feu et jusqu’à ce que j’en ai ras la mitre des courbettes, génuflexions et autres simagrées qui font peut-être plaisir au Très Haut et à mon médecin –à cause de mon arthrite qui le fait vivre–, mais pas à moi, nom de dieu.
J’ai réuni la Curie, ai rendu mon tablier ma crosse, ma mitre ma Mamamobile et me suis barrée en Provence, à n’Avignon où j’ai fait danseuse sur le pont pendant quelques mois. Puis l’envie m’a reprise de refaire Pape, je dis bien pape. Sauf que… J’ai fait mander mon médecin qui a rappliqué dard-dard dare-dare de Rome. « Tu m’as beaucoup manqué my love », m’a-t-il susurré en italien. Hé bé, profite-zan  lui ai-je répondu ainsi pour faire couleur locale, car je t’ai fait mander afin que tu me mettes les seins à plat et que tu m’installes des attributs de couillu. « Je n’en ai pas pris sur moi » m’a-t-il répondu penaud, l’air vaguement inquiet lorsqu’il a perçu mon regard gourmand. « T’affole pas, mon biquet, » l’ai-je rassuré, « je te l’avais caché, mais d’un coup de faucille j’avais récupéré les attributs de Popaul, Popaul combien au juste ? ». Il m’a répondu  « Popaul VI-IX, il diavolo, le diable, et tu dois bien savoir de quoi je parle ».
Outil de chirurgien dans une main et colle cyanoacrylate pour maquette dans l’autre (vu la taille des organes, c’était amplement suffisant), il m’a raboté la poitrine et branché le tuyau d’évacuation, plus les clochettes, si utiles à l’offertoire.
Pas conne pour un sou, j’avais auparavant profité de mes prestations de danseuse pour  allumer quelques prélats qui se prélassaient à me reluquer en se tripotant. Des évêques ou cardinaux pour le boulot, plus quelques sans grade pour l’agrément. Se défroquer pour s’envoyer en l’air est une chose, se faire défroquer pour s’être baladé au septième ciel en est une autre : on m’a élu(e). Ne restait plus qu’à me faire examiner, tâche dévolue au plus sénile des membres de la Curie dont le membre est garanti comme n’étant plus qu’un vague souvenir. On ne sait jamais, car après tout, personne n’est à l’abri de pulsions gérontophiles. Ce qui a été fait, une fois mon auguste fondement installé sur une chaise percée. Ah, les vieilles mains calleuses sur ma nouvelle anatomie !

Inspection faite, le vieillard s’est relevé, sa face rubiconde se confondant avec le pourpre de sa robe, puis a fait l’annonce apostolique officielle à voix haute comme il a pu : « Duos habet et bene pendentes » (« il en a deux, et bien pendantes »), ce à quoi le chœur des cardinaux a répondu : « Deo gratias ». Puis il s’est effondré, sans doute victime de quelque pernicieuse vision à laquelle sa foi n’a pu résister, pas plus que son cœur.

Vétu de ma mitre et bien carré dans mon saint siège de velours au Saint-Siège à n’Avignon, j’ai vécu tout ce qu’un homme peut attendre de la vie. Je parle des choses agréables, bonnes, délicieuses, diaboliquement délicieuses ; je n’en dirai pas plus. Bref, j’ai fait la vie en menant bon train.

C’est là que s’arrête mon rêve. Je ne sais même pas combien de temps mon pontificat a duré. Saloperie de satané réveil qui m’a tiré de la dolce vita.
Merde de merde, je suis à la bourre. Il doit y avoir une file d’enfer. Et remerde, où j’ai bien pu fourrer la clé de l’église et celle du confessionnal. Font chier avec leur putain de plan anti-pirates et leurs putains de directives. J’aimerais les y voir, moi, ceux de l’évêché.

— Ma p’tite Jeanneton, vous me faites un café vite fait, je vous prie.
—  Il est servi, m’sieur l’curé, il est servi. L’est encore tout fumant.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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Un commentaire pour Rêve de Pape, rêve de Papesse

  1. Mauviris dit :

    Il y en a qui osent, d’autres pas. Dommage.

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