Kadhafi : la traque


« Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens. »
Arnaud Amaury, légat du pape, au siège de Béziers, le 22 juillet 1209

Ah mais, c’est qu’il nous en fait de belles, notre colonel, qu’on le cherche partout, surtout là où il est pas. Enfin moi, c’que j’en dis…
Et pourquoi qu’il y est pas ? Vous demandez-vous fébriles, à cause de quelques saloperies de bactéries qui vous bouffent les neurones ? À cause que c’est pas lui qu’il faut chercher. Pas exactement lui. Bon, d’accord, si tu connais sa démarche, ses mensurations, son timbre de voix et sa façon de dire des âneries, tu peux le reconnaître. Pareil si ta relation avec lui a été d’ordre intime, quand tu as batifolé avec lui sous son humble tente achetée sur les deniers du peuple, au Petit Trappeur, lors de cette inoubliable nuit d’amour où tu as découvert l’énorme verrue qui lui défigure la fesse gauche ; et pareil si une de tes relations –pas avec lui, mais avec un tiers, plutôt une tierce– t’a parlé de ladite verrue. Tout ça, on y sait, mon gars, mais c’est pas pour ça qu’on risque de le reconnaître aisément. Ouailles ? Because qu’il est rusé comme un fennec, même que c’est pour ça qu’on l’appelle le renard des sables.

Pas si futé que ça, tu dis ? Ben tiens ! Preuve par neuf que si, sa dernière trouvaille pour échapper aux recherches. Pas couillon, le Mouammar, loin de là.
Qu’est-ce donc ? Vous entends-je me prier de vous dévoiler. Car il s’agit bien d’un voile à lever, de ceux qui permettent de prendre le large si le vent est de la partie.

Notre cher colon, ardent partisan de la lutte contre le soleil brûlant de Libye, d’autant qu’il a des intérêts dans une multinationale de cosmétiques dont je tais le nom par pure courtoisie assortie d’un intérêt légitime qu’une petite obole habilement glissée dans une enveloppe kraft a concrétisé, notre colon, disais-je, après avoir mis à l’ombre quelques milliers d’opposants au régime, en a fait sortir une poignée. Direction sa clinique privée où ont œuvré, à grand renfort de promesses de dollars, les plus grandes pointures de la chirurgie esthétique formées aux méthodes des facultés de médecine du IIIe Reich et de celles de l’URSS des années 50 ; faut c’qui faut. Auxquelles était adjointe une équipe de brillantes pétasses, grandes prêtresses du relooking, issues de l’odieux-visuel.
Le temps de dénicher une brochette de prisonniers ayant la stature de Mouammar –triés sur le volet pour leur aptitude à n’en avoir aucune, pas futés pour un sou–, auxquels les mains habiles desdits chirurgiens devaient donner les traits harmonieux de notre renard décati, et c’est parti, direction l’hosto. Dans le secret le plus absolu. Six sosies parfaits, vous me faites, qu’il a dit, le père Kadhafi. Quant à ce dernier, largement assisté par les relooqueuses aux neurones péroxydés, les apprentis démiurges devaient en tirer un quasi clone de n’importe qui, avec la gueule d’un quelconque citoyen lambda puissance lambda. Enfin, c’est ce qui était prévu.

Pas bête, hein ! Sauf que…
Sauf que, un tantinet séniles et sans doute obnubilés par le passé lumineux de leurs maîtres nazillards et staliniards, ou étant aussi largués qu’un pet sur une toile cirée, les chirurgiens ont dérapé et quelque peu interprété les directives données par le colon. Inadvertance ? Inconscience ? Insouciance ? Manque de rigueur ? Absence de conscience politique ? Vengeance ? Simple gaminerie pour se marrer ? On ne le saura jamais, ordre ayant été donné de les expédier ad-patres. Ce qui fut fait dans la joie, l’allégresse et le soulagement. Par moi-même, si jeune Mabuse, observateur attentif des actes esthético-chirurgicaux.

Comment suis-je au courant, comment ai-je pu percer ce secret ? Jétais renseigné, vous l’aurez compris. Renseigné, car dans la place, étant depuis belle lurette le fournisseur attitré de mon  pol pote Mouammar pour les botox, silicone du Valais (on connaît la qualité des produits suisses, petits ou grands), et surtout prothèses dentaires, maxillaires et autres pièces détachées provenant d’un stock acheté en 1978 à deux chefs Khmers rouges –les frères numéro 13 et 16– en échange de mon silence plus quelques dollars. Faux, les dollars, c’te blague. On s’étonne qu’en fin de comptes leur régime se soit fait bananer. Quels pauvres cons incultes ils faisaient ! Dix ans à son service, à nous faire la main en prévision de ce crétin de destin.

Les secrets, c’est des trucs qui s’extorquent. Ce qu’on fait avec moi les services secrets des impuissances occidentales, sans que je leur livre toutefois l’identité réelle de l’un ou de l’autre. Ayant un peu trop arrosé ce coup pendable de mon pote Mouammar, j’avais tout simplement oublié d’étiqueter cobayes et patient et n’ai pu leur en dire plus. Pas grave, ont déclaré les agents interlopes et occidentaux de l’ombre, on lance la chasse à l’homme, on les chope, on se les nettoie, et basta. Sauf çui qu’on dirait Kadhafi., le numéro 7. C’est trop énorme, on ne nous la fait pas, alors pas de risque que ce soit lui. Faut quand même pas nous prendre pour des imbéciles, ont-ils rajouté en chœur, avant de se chamailler.

— Moi, je dis que c’est le numéro 3. Sournois, le mec.
— Pfffft ! Tu n’y es pas du tout, c’est le 2, avec son air teigneux.
— I ‘ld be very surprised. It is number five.
— Du träumst. Ich sage, es ist die vierte.
— C’est du n’importe quoi, je suis sûr et certain que c’est le premier. Y’a qu’à voir comme i r’garde de travers.
— ! אתה מתכוון השני
— Que dalle, le premier. L’évidence même. Le regard, j’te dis. De traviole.
— Et le 7, si c’était le 7, une fois ?
— Kus men kluutf. Fallait bien qu’il y en ait un qui tombe dans le panneau. Le 7… tu plaisantes ou quoi ? C’est une manœuvre minable, point. Et pas question de perdre notre temps à le courser et à se faire des crolles.
— Y’a ben qu’un Belge pour croire que Kadhafi c’est le 7. Le 7 c’est un franchouillard, mon poteau. Y’a qu’à voir son béret, et Kadhafi, c’est pas un franchouillard, à c’que je sache.
— Le béret, c’est pas une preuve. Les Basques aussi, ils en portent, et pas qu’eux. Et les Basques, qu’est-ce qui te dit que c’est des Français ?
— Cause toujours, mais le numéro 7, c’est c’du Français garanti pure souche, croix de bois, croix de fer, si je mens…. Pour preuve.
— De toute façon on s’en tape, on fonce, on élimine, et Allah reconnaîtra les siens.

— Yessssss !
— Le numéro 7 aussi ?

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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4 commentaires pour Kadhafi : la traque

  1. Mauviris dit :

    Vouais, c’est le numéro 6, évident et fastoche

  2. DRE BI Wozali dit :

    moi, j’vous l’dis pasque moi j’l’sais, c’est l’numéro 6 ! c’est
    mouammar !! qui s’est déguisé en Pierrot !! justement pour nous faire croire que c’est pas lui !! alors que si c’est lui ! c’est tout d’même pas compliqué, c’est l’seul numéro que vous avez pas donné !

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