Relooking et Pôle emploi

« Germaine ! Viens-t-en donc ici que j’te montre.»
— Viens-t-en donc toi, que j’suis à dépiauter le lapin, que j’ai les mains en sanguinolence

Germaine, elle a bien plus qu’les mains qui sanguinolent. La vieillerie, quoi ! Comme faut à tout prix que je lui montre, je me lève pour aller y montrer. Parce que des comme celle-là faut y voir pour y croire, encore que moi j’y vois bien mais j’y crois pas

« Regarde-moi donc ça » que je lui dis en lui montrant là où c’qu’il faut qu’elle regarde pour qu’elle y voit. « Non mais, que je rajoute », regarde-moi ça !

Des chômeuses, qu’ils disent en recherche d’emploi parce qu’elles en ont pas, avec des photos avant et après. Avant, à cause que ça doit être rien que des feignasses, c’est déjà pas un miracle, mais après c’est cauchemar et compagnie.

« Non mais, regarde-moi ça. Des clowns qu’ils en ont fait», que je dis à Germaine. « Avec leur figure emplâtrée, les tignasses que ça ressemble à rien, le tailleur que ça doit être pour se rendre à une sépulture. Des maigrichonnes sauf les nichons gonflés à l’hélium, avec des cannes que j’te dis pas pour le travail aux champs. Pas une pour rattraper l’autre même qu’elles peuvent pas puisque c’est les mêmes. Des clowns, moi j’te dis.»
« Tu veux dire des clones », que Germaine me rétorque. « J’aime pas tant ça » qu’elle me rétorque, surtout quand elle a peut-être raison, mais c’est pas sûr.
« Si tu veux », que je lui dis, « des clones, c’est du pareil au même.»

L’article, ils ont pas mégoté. Une quasi pleine page photos couleur et tout, au-dessus de la rubrique faits divers, en tout petit chiens écrasés et nécrologie. À sa place, quoi. Le titre : “Relooking, un pôle emploi à la page”. Et ça y va avec leurs conneries, comme quoi faut se sentir bien dans sa peau pour trouver un boulot, comme quoi pour se sentir bien faut être belle, mince, grande, bien roulée, avenante, sympathique, bien nippée et attention, hein ! ni cheveux gras, ni pellicules. Plus le sourire Colguète. Moi je risque pas, c’est le même tube de Gibs depuis je sais pas. Moi je dis que c’est quand t’as de quoi croûter parce que t’as du boulot que tu te sens bien.

— Germaine, ça fait combien de temps que j’y ai le Gibs ? Non mais t’as vu ça ? C’est où qu’on va ?
« Et tant qu’à faire, pourquoi pas pute ? » qu’elle lance, Germaine. « Parce que si je comprends bien, le QI, c’est dans le popotin et dans le soutien-gorge que ça se tient. Le Gibs, c’est vieux. Ça date au moins du temps d’nos dernières galipettes.»
— Qu’i y’en aurait p’têt encore si que t’y allais à leur machin.
— Si que j’y allais où ?
— Fais point la nigaude. Là où c’qu’elle vont les filles.
— Ah ça, j’te vois v’nir. C’est-i pas plutôt au popaul emploi. que tu penserais ?

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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