Paysannerie : une révolution en marche ?

— Germaiiiiiiine !
— …
— C’est quoi c’t’histoire, que la Solange elle m’y a dit, que le bruit court partout ?
— …
— Ça t’a t-y pas suffi avec le Sylvestre ?
— C’était y a vingt ans, et pis quoi ?
— Qu’est-ce c’est-y que tu foutais avec le Roger ? Qu’on t’a vue que t’étais avec lui sur son tracteur, et que ça avait l’air d’y aller tous les deux.

La Germaine, sûr que je la connais comme si j’y avais fait. Quand elle fait les mêmes yeux que le Pataud. Le Pataud c’est le chien qu’est tout dégarni aux coudes et aux genoux, à force qu’il s’use le poil à dormir sur le paillasson de la ferme. Le Pataud, quand il est pas tant fier de lui.

— Ben quoi comme j’allais au champ d’à côté de chez lui,  il m’a dit qu’il s’y rendait puis et qu’il pouvait m’y emmener. Y a rien de mal à ça, à c’que j’sache.
« Oui,» que je lui dis, « sauf que ton Roger, avec ses magouilles et compagnie, il est pas tant aimé dans le pays. Et les voisins, c’est quoi qu’ils vont dire ? Que t’es cul et chemise avec lui et que ça me plaît pas, ah non, ça me plaît pas. La chemise, passe encore….»
— …
— Fais pas l’innocente. Cul et chemise, oui. Et sur le tracteur du Roger ! Nom ti dieu, manquait plus qu’ça ! Et sa saloperie de tracteur, qui c’est qui l’a payé, hein ? C’est nous avec les cotisations au syndicat. Et qui c’est qui tient le syndicat, c’est qui ? Ben tiens, c’est le Roger. Avec tout ces lèche bottes qu’ont voté pour lui, j’t’en foutrais !
—  J’y savais point, et j’y suis pour rien. Si à chaque fois qu’on m’emmène quèque part faut que je demande à qui c’est la carriole, d’où ce qu’elle vient et comment qu’ils y ont achetée, autant plus aller nulle part. Et j’te signale que le Roger, tout président du syndicat qu’il est, le Consortium lui aurait fait bien des misères.
— Ben voyons ! Des misères de mes fesses, oui ! Ils lui auraient pris un morceau de son exploitation , mais on sait très bien en échange de quoi. C’est du donnant donnant que j’te dis. Et l’exploitation de ton Roger, comment c’est qu’elle a fait pour passer d’une poignée d’hectares à plus que ça. C’est que le tracteur, avec tout c’qu’ils ont déversé comme chimie par chez nous et dans les champs des voisins, il a pas chômé, ça non, tu peux me croire. Pis dis-moi, qu’est-ce que t’allais y faire dans ce champ qu’ils ont tout foutu sens dessus dessous avant de l’empoisonner qu’il y a plus rien qui donne. Et avec quoi j’te l’demande? avec le tracteur. Qu’on a payé avec nos sous.
— Ah ça tu m’en apprends de belles. J’y savais point.
— Si y’avait que ça que tu saches point… Pour savoir les choses, ma Germaine, encore faut-i commencer par y réfléchir. Et maintenant que t’es au courant, j’veux plus te voir avec c’tengeance qu’on va y faire payer, même que ça commence à bien faire.
— C’est-t-i quoi que tu vas faire ?
— Te fais point d’souci, c’est pas les fourches qui manquent, ni le purain. Et le Gus, Dédé, Antoine et les autres, ils ont pas les bras à la r’tourne, tu peux me croire. Ton Roger, tu peux mettre une croix dessus, et si t’en veux une toute faite, c’en est bourré au cimetière.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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