Bruits de bottes et pères Noël

Je me revois un mois en arrière, pessimiste, triste, exsangue, tendu, stressé, pas loin de la dépression, me demandant comment, diantre ! j’allais pouvoir boucler la fin d’année autrement qu’en extorquant de l’argent aux pères Noëls des grands magasins des centres villes, comme je l’avais fait par le passé en de tristes périodes de paix sans l’ombre du moindre conflit à l’horizon d’un bleu écoeurant, et m’interrogeant sur ce que j’allais bien pouvoir faire des stocks d’armes engrangés au long de l’année en prévision de jours meilleurs. Car qu’on ne s’y trompe pas, exceptées les chambres frigorifiques dont on n’a rien à faire, stocker des armes est moins simple qu’il n’y paraît et implique entre le gardiennage et l’entretien des mises de fonds constantes et non négligeables.

Et puis, comme quoi il y a un bon Dieu, des bruits de bottes se font entendre, tandis que de magnifiques nuages entre vert-de-gris et gris rougeoyant frangés de noir s’accumulent gentiment à l’horizon, augurant des jours meilleurs :

– La Corée du sud est prête à riposter aux tirs à boulets rouges de celle du nord.
– La Côte d’Ivoire est en ébullition, et les carottes semblant être cuites pour Lolo, il est à deux doigts de les mettre dans l’oignon de ses opposants, héritiers légaux du pouvoir selon de nombreux observateurs. La soupe mijote et ne devrait pas tarder à être servie.
– Côté Russie, bourrés de Vodka pour se donner du coeur au ventre, les ultra-nationalistes slaves en décousent avec les étrangers qu’ils accusent de tous les maux, et les places pour le grand match qui les opposera contre les Caucasiens ont été prises d’assaut, tandis que celles qui les verra s’affronter aux Chinois, Azéris et autres métèques se vendent on ne peut mieux..
– L’Argentine, moins coutumière de ce type de nationalisme en prend peut-être le doux chemin. Surtout si certains de mes concurrents et moi-même y mettons notre grain de sel.
– Petits problèmes pour l’Irak, l’Afghanistan, la Palestine, le Pakistan où le nouvel an musulman du 6 décembre n’a pas encore porté les fruits escomptés. Ne désespérons pas et laissons-leur le temps de se dégriser, façon de parler, on m’aura compris.

Certes il y a un risque que les situations, hélas ! ne s’enveniment pas, mais les difficultés économiques étant ce qu’elles sont, allez savoir si quelques états ne joueront pas les pyromanes. Les pots de vin n’étant pas faits pour les chiens et le commerce d’armes dégageant des profits substantiels, de jolies enveloppes dodues comme une oie gavée devraient faire l’affaire et pousser les pousse-au-crime à se remuer un peu les fesses.
Penser à m’acheter un stock d’enveloppes kraft.

La Chine, qui ne pense plus qu’en termes de commerce ne verrait peut-être pas d’un mauvais oeil que la Corée du nord soit réléguée dans un fond de tiroir de l’histoire. Pour ma part, pas de gros marchés en vue avec la Corée du nord, mais sait-on jamais ? Le désir d’en découdre entre voisins nord-sud existe, ne reste plus qu’à créer le besoin. Penser à une campagne promotionnelle.

Pour la Côte d’Ivoire il ne manque plus que de jeter un peu d’huile sur le feu ou de rajouter la goutte qui fera déborder le vase. Ne désespérons pas : des petits Nicolas sauront y pourvoir avec quelques déclarations futées bien servies. Acier pour machettes, fusils d’assaut, kalachnikov, mortiers, lance-roquettes… j’ai de quoi fournir, je suis bien placé question prix, et avec quelques appuis, pas de raison que je ne tire pas mon épingle du jeu.

Qu’on se le dise : aujourd’hui le marché le plus porteur est manifestement celui de la populace. Populace contre populace. Citoyens d’un bord contre ceux d’un autre. Guerres civiles. L’idéal serait d’implanter des chaînes de supermarchés –armes et munitions– là où existe une quelconque demande, fut-elle implicite, quitte à la faire émerger : bien léché, le moindre baratin nationaliste ayant vite fait de mettre le feu aux poudres, me reste à constituer un stock convenable, ce qui n’est qu’une question de bonne gestion.
Penser à me rendre dans deux trois ambassades et ministères.

.

Tout bien raisonné, l’avenir m’apparaît moins sombre qu’il n’y semblait, et je devrais pouvoir faire de beaux cadeaux à mes enfants.

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— Chéri, on part aux Seychelles avant ou après la messe de Noël ?
— Après, mon amour, bien sûr. L’évêque compte sur notre présence, tu le sais. Et on ne s’envolera qu’après la réception au Palais présidentiel.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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