Au début fut l’ensemmencement

La Terre, c’est beau. Pas toujours, mais des fois c’est vraiment très très beau. Dommage qu’il n’y en ait qu’une. Je veux dire en vrai, parce que dans ma tête, il y en a une tripotée d’autres. Tout plein de petites Terres qui tournent autour de la grande en jouant à la toupie. Des Terres filles, des Terres garçons, pleines de vie.
Mais elles ne sont que dans ma tête, dans ces bribes de ma mémoire qui s’étiole et qui bientôt sera fânée avant d’aller se fondre dans les territoires de l’oubli.
Pour l’instant, elles sont encore là, sauf une que je n’ai su veiller comme il faut et qui s’est noyée dans le noir des espaces.
Ces Terres enfants j’en avais tellement rêvé et désiré la présence qu’un beau matin, un très beau matin, de ces matins de grâce où tout chante, même s’il fait un temps de chien battu,  j’avais décidé d’en faire cesser l’absence en les amenant à la vie.
Je vais marcher, me suis-je dit, jusqu’à ce que les arbres, le ciel, ses lumières colorées et la prairie tout entière me disent « C’est là ».

Je me suis étendu dans l’herbe, me suis offert à sa fraîcheur voluptueuse, l’ai ratissée de mes doigts, et louvoyant de touffe en touffe ai labouré sa couche que je savais fertile. L’humus nourricier s’est ouvert, dévoilant un sillon que mon regard n’aurait pu déceler.
Pour la fouir afin de l’ensemmencer j’ai planté mon sexe en terre et me suis laissé gagner par la houle du plaisir, m’attendant à quelque déferlante et à ce même chant de félicité que produit le souffle du vent sur les mers d’orge et de blé.
C’est un orage qui est venu.  Un orage de lave sorti des entrailles de la terre. Elle a grondé, a craqué, a ondulé sauvagement comme l’échine d’un animal en colère. Enfin elle s’est ouverte.
Empli d’orgueil et de vanité je me suis arc-bouté, l’ai forcée à coups de boutoir et m’y suis immergé tout entier. Sans me rendre compte que ses lèvres un instant béantes se refermaient sur moi, pauvre fou.
Précipité dans ses abysses une contraction utérine m’a jeté dans ses forges où je me suis consumé.

Une image un instant m’était restée, négatif photo que des scories ardentes avaient transpercé, faisant naître des luminaires, sphères célestes autour de la Terre.
Le feu a fini de dévorer le film de celluloïd qui s’est racorni avant de fondre et disparaître. Seules me restent des bribes de mémoire. Elle s’étiole, se fâne et se perd dans l’oubli.

Aujourd’hui je ne suis plus que cendre et poussière.

San Andreas, 21 juin 2020 – Ashes to ashes, dust to dust
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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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2 commentaires pour Au début fut l’ensemmencement

  1. PovFille dit :

    Moi je ferais bien l’herbe, la terre, et je ne serais pas contre un petit labour, mais pas sûre que j’attende si longtemps.

  2. Mauviris dit :

    A l’occasion, merci de me dire l’endroit exact, que je m’arrange pour ne pas y être.

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