Engagement et résistance

Certains, dont je m’exclue, parlent parfois de résistranse, disant que ceux qui résistrent c’est rien que du rien du tout, et encore pire. Du gibet de potence, de la graine d’ambroisie qui colle des allergies que, si tu en chopes une, espère toujours qu’un diluant y change quelque chose… qu’on tousse, qu’on pleure, et comme cette engeance on lui met le feu, en plus ça fait de la fumée juste à l’instant où tu passes en voiture et que tu n’y vois plus rien. Une vraie saloperie l’ambroisie.
Ceux qui résistrent, ne parlons pas de celles, c’est des hystériques qui feraient mieux de travailler, c’est pas le travail qui manque quand on veut, mais ils veulent pas, sinon ils en auraient du travail et ils passeraient pas leur temps à critiquer, râler, crier, gueuler et remettre en question ce qui n’a, de toute évidence, aucune raison d’être remis en question. Comme la question.

Sans la question, c’est les hérétiques, cathares, albigeois, vaudois qui font du veau doux pascal au lieu de faire de l’agneau qui effacez les pêchés du monde, tu parles ! sans la question, et c’est bien là le problème, c’est ces illuminés qui la poseraient aujourd’hui. Alors, hein !

La résistranse, moi je suis pas pour. Parce que ça se voit et qu’on se fait jeter des pierres par les sales gosses à la sortie des églises où ils vont prier. D’accord, si on court vite, on ne récolte que quelques bleus, quelques bosses, estafilades et déchirures musculaires si on n’a pas l’habitude de courir. Casanier comme je suis, c’est pas aujourd’hui la veille de demain que j’entrerai en résistranse.
En résistance, je ne dis pas. D’abord secrète elle sourd, commence à sortir à l’air libre (façon de parler), reste un temps discrète avant de jaillir. Surprise. On a eu le temps de se tricoter des gilets en Kevlar et de s’armer de lance boulettes. Boulettes contre boulettes.

«Bon alors… tu veux entrer dans le réseau ? Signe là…» m’a-t-il dit en me glissant sous la main une feuille format A3+.
Hoquet.
Je ne lui ai pas dit OK, j’ai le hoquet, c’est tout. C’est pour ça que j’ai dit hoquet. Je lui demande c’est quoi ce papier à signer.

— C’est quoi ce papier ?
— Ton engagement dans la résistance.

Je lui ai demandé de plier la feuille en deux une première fois, une deuxième, une troisième, et ainsi de suite. Vu le grammage élevé, le petit parallélépipède faisait pas loin d’un centimètre d’épaisseur.
Je lui ai dit de monter dessus, que ça le grandirait peut-être parce qu’il en avait bien besoin, qu’il aurait une vue plus large sur le vaste monde. Après je lui ai fait un baratin sur ce qu’est une injonction contradictoire en illustrant mes propos par la célèbre « Sois libre ! ».

S’engager dans la résistance ! Et puis quoi encore ?
S’engager, s’enfermer, au risque de s’enferrer ?

La résistance, à cause de la température qui s’élève, ça use. C’est pour cette raison qu’un jour j’y entre pour en sortir le suivant. Je suis poète, pas guerrier et n’ai pour hast qu’une plume Sergent-major mal emmanchée sur le manche à balai qui sert de hampe.

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Lulu, mon vieux pote Lucien, c’était un vrai révolté toujours prêt à révolutionner. Lulu c’était son nom quand il s’était engagé dans la résistance ou dans la résistranse, je n’affirme rien. À force de s’enferrer dans les contradictions souvent inhérentes à tout engagement, son ciboulot a surchauffé. Je rappelle : résister, ça chauffe. Il s’est retrouvé à bourlinguer de postes de police en tribunaux et a fini par échouer dans une maison de fous. Où il a continué à résister.
Demain dimanche 1e brumaire, ça fera dix ans qu’il y est.
Une nouvelle fois, et parce que c’est la seule chose qui semble lui faire du bien, on se fera un mantra. « Aum mani padme Aum » , un mantra de compassion, l’idéal en somme. On ira à la chapelle, comme d’habitude. Chaque hôpital  psychiatrique en a une.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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