Pasteur, Imam, Dieu et moi

Dring… Dring… Dring… Dring… Dring… Dring… etc.
Saloperie de téléphone. Avec sa connerie çonnerie sonnerie d’un autre âge. Trois heures du matin.
« Nom ti dieu, qui c’est qui vient m’emmerder ? Peuvent pas attendre une heure chrétienne ? » que j’me dis en m’levant pas bon pied, pas bon oeil.

Je décroche.
C’est Dieu. D’abord j’y crois pas, normal, je suis rien qu’un impie. Mais v’là qu’il se met à causer et ce qu’il raconte, je sais pas, c’est comme si que ça me secouait. Pyjama en pilou usé jusqu’à pire, je suis comme une andouille à me gratter l’entrejambe et j’sais pas ce qui m’a pris, j’ai rectifié. Pas au garde à vous, faut quand même pas exagérer, mais je m’ai mis plus dans le respect. C’est pas que Dieu j’y crois, mais c’est quand même pas n’importe qui.
« Moi, » je lui ai dit, « c’est Robert ». 
« Je sais », qu’il m’a répondu. Après j’me suis traité d’abruti, parce que j’me suis dit que s’il existait, sûr qu’il me connaissait.
Le coup de fil a pas duré l’éternité, et j’aime autant, parce que plus il causait, plus ça me secouait, et pas que les boyaux. Le machin bizarre, c’est que c’est pas avec des mots qu’il y disait. J’sais pas avec quoi, mais c’était un peu comme avec mon copain, le Zef, çui qu’est à l’hosto chez les fous, qu’on s’entend vachement bien tous les deux, sans causer et qu’ça empêche pas qu’on se comprend cinq sur cinq.
Le gars Dieu, rapport à ce que j’ai compris, c’est l’étage au-dessus de Zef, même si j’ai pas tout compris. En tout cas il a pas mâché ses mots.

« Y’a des coups de pied dans le cul qui se perdent. Les blancs-becs qui se réclament de Moi et qui font en Mon nom connerie sur connerie, ça commence à bien faire. Les usurpateurs, Je supporte mal, et quand ils se mettent à juger et condamner ceux qui ne pensent pas comme eux, ça Me met carrément les boules. Ces abrutis qui estourbissent en Mon nom, ils se prennent pour qui ? Ceux qui clament que le seul Dieu c’est le leur, c’est n’importe quoi et ça M’agace méchant. Je suis le Dieu de tout le monde, pas celui des chrétiens à la con, des musulmans à la con, des juifs à la con, des bouddhistes à la con, et j’en passe. Je suis le Dieu des êtres vivants, et leurs religions J’en ai autant à cirer que de leurs écritures soi-disant révélées et soi-disant écrites sous Ma dictée. Je crois rêver ! 
Et un truc qui commence vraiment à Me fatiguer, c’est de leur pardonner. Pour qu’ils remettent ça, se chamaillent, s’invectivent, se haïssent, se fassent la guerre ? Le fiston, il l’a pas gueulé assez fort « Aimez-vous les uns les autres ? ».
Quant à l’autre zouave qui met le feu aux poudres et attise la haine, il attend quoi ? De mettre le monde à feu et à sang ? Et l’imam, qu’est-ce qu’il attend pour dire à ses fidèles qu’un bouquin, c’est kif-kif une image, et que ça n’est ni Moi qu’ils crament, ni même leur croyance, celle qu’ils pensent défendre en se vengeant d’un abruti. Rien d’autre que du papier…
Pas autre chose à foutre que faire de la provoc ? L’un à vouloir mosquéter là où ses frères ont castré le pays, et l’autre à vouloir mettre le feu à des bouquins parce qu’il ne serait même pas foutu de balancer un zinc sur la mosquée.

Bon, Je m’énerve, mais il y a de quoi. Et Je vais tout de même pas prendre tous les zigotos dans mes bras pour leur apprendre à s’aimer. Les cons et méchants, c’est des malheureux, Je veux bien. Mais nom de Moi, j’ai pourtant tout prévu pour que chacun se rende heureux, quitte à demander un coup de main.
Voilà, c’est tout, salut. »

Sonné comme j’étais, j’ai pas mis longtemps à me rendormir. Avec de drôles de rêves. Mais après tout, peut-être que d’autres font les mêmes, ou pas loin.

« Tu vois, Dieu, c’est en gros ce qu’il m’a raconté. Je sais pas faire autrement que de te traduire avec mes mots à moi, tu comprends. Toi, tu t’y serais pris comment ? »
— Moi, ils m’a pas bigophoné. Et après ?
— Après quoi ?
— Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Il t’a rappelé ? Quelque chose a changé ?
— Tu rêves ou quoi ? Qu’est-ce que tu veux qui ait changé ?

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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