Maman

Parce que je n’ai jamais su qui était vraiment ma mère, je n’ai jamais bien compris qui j’étais.
Quand mon père parlait d’elle, il disait « la grosse vache », mais les copains de mon père, lorsqu’ils en parlaient, ils disaient « la grosse cochonne ».
Ce qui était sûr, d’après mon père et d’après ses copains, c’est que ma mère était grosse. Mais moi, je la trouvais belle et que ce soit à la fête des mères, à Noël, la Saint-Jean ou la Trinité, je lui disais, pas trop avec les mots, mais avec un dessin où je collais des nouilles, des allumettes et si j’en avais pas, des blattes. Chez nous il y avait toujours des blattes, mais pour les attraper, fallait les surprendre en allumant sans bruit et mine de rien la lumière de la cuisine ou en allant trifouiller vers le moteur, derrière le frigo.

J’avais quatre ans, âge où le certificat d’aptitude au bon goût n’est pas de mise, mais je m’en fichais comme mon nounours se fichait pas mal des piqûres que je lui faisais et qui le faisaient pourrir, mais je ne le savais pas, et que je l’aurais su que je l’aurais quand même fait. Mon nounours il ne craignait rien, même quand je le fracassais contre les murs lorsqu’il voulait répéter ce que je lui avais dit en secret, comme quoi mon papa et ma maman ils s’aimaient pas, et tout le contraire de s’aimer.

Ma grosse vache de mère, que moi je trouvais belle et pas si grosse que ça, j’aimais bien enfouir ma tête dans ses roploplots, même si elle me disait qu’elle n’avait pas que ça à faire et d’aller voir ailleurs si elle y était même qu’elle y était jamais et que c’était idiot. C’est mon papa qui disait roploplots, je sais pas pourquoi, et il avait une drôle de voix alors, je crois à cause du rire qu’il faisait en même temps qu’il le disait. Après ça faisait du bruit dans leur chambre qui sentait drôle.

Après j’ai grandi, mais pas assez pour qu’on arrête de me dire que je comprendrai quand je serai plus grand. J’ai attendu très longtemps qu’ils me disent que je serai plus grand lorsque je comprendrai, mais on ne me l’a jamais dit.

 

Mes parents, on ne peut pas dire qu’ils m’aient aidé à comprendre quoi que ce soit, mais ça n’est pas très étonnant, vu qu’ils n’étaient pas très malins.
Bien avant qu’ils ne meurent, j’ai reçu un tas de trucs en héritage, comme leur bêtise, que je n’ai jamais réussi à donner à quelqu’un d’autre. J’ai reçu aussi plein d’idées reçues et je suis presque sûr de les avoir gardées finalement. M’en débarrasser ça aurait été comme les tuer une deuxième fois, et comme les frais d’enterrement ne sont pas donnés, j’ai préféré les garder. Pas pour cette seule raison parce que je ne suis pas seulement un monstre, mais aussi parce que sans ces idées reçues, je n’aurais plus eu la moindre idée, et du coup j’aurais fait comment pour parler avec les autres ?
Un temps j’avais bien essayé de les garder pour moi tout seul. Pour y arriver, je m’étais tu, tout simplement. Avec tout le monde, avec moi et même avec mon nounours qui avait finir par tellement pourrir qu’il ne disait plus rien depuis longtemps, et je me demande même s’il entendait encore quelque chose, mais c’était pas grave puisque je ne parlais plus. Mais pour ne pas être jeté complètement à cause que je ne parlais plus, je répondais à ma façon. Pour oui je donnais un coup de pied ou je mordais ; pour non je m’évanouissais. Les docteurs ils devenaient fous, ils n’y comprenaient rien. Leurs parents avaient dû être encore plus bêtes que les miens, parce que moi, je comprenais.

 

Mes parents, à force qu’ils disent que je les rendais fous, je crois bien qu’ils l’étaient devenus. Alors, et parce que ma mère disait sans arrêt « il nous tuera, ce sale mioche, il nous tuera », je crois bien que c’est moi qui les ai tués. En tout cas, ce que je sais, c’est qu’à partir d’un moment, ils ont disparu et je ne les ai plus jamais revus. Plus jamais.
C’était un soir où mon père s’était mis en colère à cause qu’un copain à lui avait dit que ma mère était une grosse cochonne. Si tu crois qu’elle se gêne, qu’il lui avait dit. C’est au café qu’il lui avait dit. Après il y avait eu du bruit dans leur chambre. Mon père avait gueulé que son copain lui avait tout raconté. au café. Ma mère avait gueulé que mon père c’était qu’un ivrogne et qu’il aurait mieux fait de rentrer à la maison que de traîner au bistro avec des abrutis pareils. Après j’avais encore entendu du bruit, un vrai vacarme et ça m’avait quand même fait peur. Je m’étais mis à pleurer, pas trop fort, mais quand même. « Qu’est-ce qu’il a à chialer celui-là ? » a hurlé mon père en sortant de leur chambre et en claquant la porte derrière lui.
Il est venu sur moi. Je me rappelle comme il avait l’air idiot avec son pantalon en tire-bouchon parce qu’il avait défait sa ceinture. Puis il m’a fouetté de toutes ses forces, et comme je criais et que ça devait lui faire mal aux oreilles, il a frappé de plus en plus fort pour que je me taise, mais je ne me suis jamais tu parce que je m’étais promis de ne plus jamais me taire, que je trouvais que ça n’était plus drôle l’hôpital et que je ne voulais plus voir les docteurs que je rendais fous.

Mon père et ma mère, eux, je crois bien qu’ils existent toujours. Moi, non. Alors la fête des mères, je m’en fiche, mais ma mère je l’aimais bien avec sa petite larme à l’oeil, quand elle était gentille parce que c’était la fête des mères et que je lui faisais son cadeau.   

 

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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3 commentaires pour Maman

  1. Mon reup il dit que je suis un flemmard de première. Il voudrait que je devienne un o’cédar, un keum tout propre avec les cheveux en brosse, quoi. Un peu comme uil qui fait le paic citron dans une entreprise informatique. Moi j’aime mieux calculer le périmètre de mon lit avec mon doudou, en écoutant des compacts. Je trouve que c’est kiffant. Mais ça lui va bien de dire ça. Mon reup, il se met souvent le nez rouge le samedi soir au café d’en bas. Un jour il va lâcher les élastiques et on devra le mettre à l’hosto. C’est une vraie tête de steak, on peut rien parler avec uil. Quant à ma reum, à force d’être vénèr, elle va aussi lâcher les élastiques.
    Samedi soir je suis allé faire le frelon vert. Ma reum elle aime pas trop quand je vais draguer. Je me suis tapé un délire grave à une rave. MDR.Y’avait du X à volonté, de l’ecstasy quoi. C’était mortel. Je me suis trouvé une meuf. Quand je l’ai vue je suis resté scotché. Elle est mortelle. Lol. Ce qui est dommage, c’est qu’elle a pas d’air-bags. Elle est toute plate, quoi. On s’est débarrassés de son keum qui était avec elle. Ça n’a pas été trop dur ; ils se faisaient péter la gaufrette avec une bande qu’est pas du quartier. Nous, avec ma meuf, on a fait une salade de museaux avant d’aller au lit et on a pas oublié l’imperméable.
    Ma reusse elle me dit que ma meuf elle me fait zinguer, que je suis à plat ventre devant elle, quoi. « J’hynose ! Qu’est ce que t’as dans le disque dur ? » qu’elle me gueule.
    Ça lui va bien de dire ça. Elle, c’est l’Hiroshima 2, elle est pleine d’acné. Elle arrête pas de lancer des skuds quand elle parle. C’est clair qu’il y a pas un keum qui la veut. En plus, son style de jeans, ça fait jurassic. Elle, elle croit qu’elle est canon, elle a vu la vierge. Elle est grave, ma reusse. Faut pas qu’elle me gave trop avec ses conneries.

  2. Tommy Lobo dit :

    Si je comprends bien (dernier paragraphe), vous êtes apparemment mort. Si c’est bien le cas, comment vous y prenez-vous pour continuer à écrire. Merci de me renseigner, car je ne me sens pas très bien et j’aimerais pouvoir correspondre avec le monde des vivants lorsque je serai de l’autre côté.

    • Je n’en sais rien, mon bon monsieur, si je suis ou non mort. Je n’en sais d’autant rien que j’ai toujours douté de la réalité des choses. Ainsi, je peux croire être mort, mais comme je doute de tout… De même le contraire. Comment voulez-vous ne pas douter en écrivant un truc aussi bizarre que « de même le contraire » ? Mort, puis-je m’imaginer être vivant ? J’en doute… Mais aucune de ces interrogations fallacieuses ne m’empêchent d’écrire. Faites donc de même et tout ira bien. Ou mal, mais vous continuerez à communiquer avec le monde des vivants (si vous êtes mort) ou celui des morts (si vous êtes vivant) ou celui des vivants si vous l’êtes, etc.

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