Leçon de français

J’ai récemment télévisionné une émission sur les risques possibles d’une raréfaction du gaz naturel. Un animateur, cinq invités dont une prout-prout ma chère qui ne cessait de reprendre les fantaisies de langage d’un des interlocuteurs. Pour illustrer au mieux ses propos intelligents, ce dernier –un connaisseur en la matière, ingénieur de surcroît–s’appuyait sur un langage autant fleuri que populaire qui, manifestement, heurtait les tympans sensibles de la bonne dame.
Bien sûr, l’autre en rajoutait: «Si je dis ça, c’est qu’j’y sais. J’ai suffisamment bossé sur le sujet pour en connaître les ficetrouilles, et j’aime autant vous dire, quand c’est le merdier, qui c’est qu’on vient cueillir fissa, même si je suis au bistro? C’est bibi.»

L’émission sur le gaz (et non pas de gaz) terminée, je me suis imaginé une conversation entre deux amis, l’un tatillon sur les règles du bon usage du français et toujours prêt à reprendre les écarts de langage, l’autre truculent (mais plus rapide qu’il n’y paraît) un brin provocateur. En un lieu particulier.
.

..

«J’ai peuté!»
— On ne dit pas « peuter », mais « péter ».
— P’têt bien, mais ça pue quand même.
— On ne dit pas  « ça pue », mais « cela sent mauvais ».
— Oui, mais quand même, puis dans c’te drôle d’endroit où’c’que personne fait de bruit…
— Ce drôle d’endroit, c’est une église, la maison de Dieu, et si les fidèles sont silencieux, c’est parce qu’ils prient.
— Les fidèles ? Ah bon… Et Dieu, qu’est-ce que ça lui fait si on pète ? Il y sent ?
— Mais non, bien sûr. Dieu n’est pas à notre image, pas tout à fait, et il ne peut sentir.
— Alors c’est pas gênant si je peute encore ?
— Tu le fais exprès ou quoi ? Je viens de te dire qu’on disait « péter » et non pas « peuter ». Oh, tu m’énerves, et si tu continues Dieu va te punir.
— Ben… j’crois que c’est fait…

.

(Morale : Parce qu’il focalise sur la maladresse langagière (quelque peu volontaire) de son ami, l’incongruité de la scène échappe totalement au donneur de leçons.)

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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5 commentaires pour Leçon de français

  1. Martine Alix Coppier dit :

    L’ART D’APPELER UN CHAT UN CHAT…
    Ce matin, je voulais acheter des biscuits au supermarché. Voilà que je découvre des « sachets nomades », autrement dit trois petits sachets plastiques contenant trois fois rien de biscuits dans une grosse boîte en carton, mais à l’avantage certain d’être trimbalables partout !
    Autres découvertes : depuis quelques années, on nous refile du mot « espace » à tout bout de champ : « espace loisirs », « espace détente », « espace restauration » ; à quand « espace mofile » ?
    Arrêtez-vous devant une école et obervez les parents d’élèves regardant jouer leurs enfants au ballon dans la cour de récréation. C’est ce qu’on disait avant. Maintenant, dans le langage de l’Education Nationale, c’est : des « géniteurs d’apprenants » regardent jouer leurs enfants avec un « référentiel bondissant » dans un « espace intersticiel de récréation ».
    Plus de concierge, c’est une « gardienne d’immeuble ». Le balayeur est devenu « agent de surface », les aveugles et sourds des « mal voyants » et « mal entendants », et les obèses sont « en surpoids ».
    Et moi qui écris parfois pour les autres et était nègre avant, je suis devenue un « crayon de couleur ». C’est plus politiquement correct, pas vrai ?

  2. Phare & Night dit :

    La leçon de morale, je m’en serai passé.

  3. mauviris dit :

    C’est d’une classe folle ! Je plaisante. Failli pisser dans ma culotte, d’autant que j’y ai reconnu quelqu’un (la prout-prout) dont c’est bien le genre à relever des fautes de langage, à trouver les gens vulgaires en toute inconscience de ce qui se passe. Un certain rapport avec la langue de bois qu’usent nos chers politiques qui d’une certaine façon noient le poisson.

  4. dithyrambique dit :

    « Evacuer quelque flatulence » serait tout de même plus élégant. Selon les caractéristiques et le nombre de gaz évacués, on pourrait aussi évoquer le Mistral (3, 6, 9), le vent d’Autan, le dieu Eole et, s’il s’agit d’une déflagration, pourquoi pas « larguer une caisse », s’agissant bien sûr d’une caisse en bois, et à condition qu’elle soit larguée du 10e étage. Vu le lieu concerné, vous auriez pu dire « tonitruer à la diable » ou « ensoufrer le tabernacle », expressions tout à fait charmantes.

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