Le droit de ne pas aimer…

Je n’aime pas mes parents, je n’aime pas mes enfants et j’estime en avoir le droit. Ni mes parents, ni mes enfants ne sont aimables, alors, pourquoi devrais-je les aimer ?
D’ailleurs, si vous les pratiquiez un minimum, vous penseriez comme moi.
Vous, bien sûr, vous aimez les vôtres. Ce sont quand même vos parents, ce sont quand même vos enfants. Et pourtant, allez savoir s’ils ne sont pas encore moins aimables que les miens.
Aimer quand bien même, aimer quand mal même… Si c’est pas malheureux, que j’ai dit à mon psy. Qui m’a rétorqué –il y a vraiment des gens bizarres– que c’était moi qui étais malheureux, qui le suis encore et que ça ne risquait pas de s’arranger si je continuais ainsi, surtout avec l’âge.

Continuer quoi, que je lui ai demandé sans attendre sa réponse. Et ça veut dire quoi, pas s’arranger ? Arranger quoi ? En colonne par deux ? Les parents d’un côté, les gamins de l’autre ? Moi au milieu à me répéter quand même, quand même quand même et à battre ma coulpe, mea culpa trois fois ?
Ne pas les aimer, je m’en arrange, je m’en accomode, ça m’arrange. Et pour tout dire, que j’ai précisé à  mon psy, ça les arrange aussi.

Ça les arrange… c’est vous que ça arrange, qu’il m’a renvoyé dans les gencives en croyant me clouer le bec. C’est un malade. Je m’en méfie, avec son marteau et sa boîte de clous, ses agrafes, son scotch couleur argent qu’il a sorti d’un mauvais film policier, celui où on voit un type baîllonner et ligoter ses parents avec ce putain de scotch super extra solide, que tu peux ni le déchirer, ni le couper.
Me clouer le bec, et puis quoi ? Encore faudrait-il qu’il m’attrape. Méfiance quand même. La séance d’avant, celle d’avant-hier, parce que j’y vais pas tous les jours, mais tous les après-demain, en me regardant en coin par dessus son gros calepin où je sais qu’il dessine des conneries et qu’il sait pas que je le sais et qu’il croit que je crois qu’il prend des notes intelligentes, avant-hier il m’a dit, avec un drôle d’air, que j’étais un drôle d’oiseau.
Ça le dérange en quoi, que je n’aime pas mes parents. Et les siens, il les aime?
Et vos parents à vous, vous les aimez ? que je lui ai demandé.
Il n’a pas répondu. Il répond jamais à mes questions. Je m’en fiche. À voir sa tête, pas besoin d’une conférence, d’un discours ou d’un dessin, j’ai bien vu que oui, il les aimait. Quand même.

Je l’entendais se causer en lui à voix haute.
Petit flottement silencieux avant de prendre un air de commisération, de hocher mollement la tête, de regarder l’état de ses lacets de godasses et si elles étaient assez propre pour aller au restau, bientôt midi, et ce zigoto qu’est-ce que je vais pouvoir lui refiler comme anxiolytique ou autre saloperie, merde encore cinq minutes à me le farcir… Vacherie mes chaussettes sont dépareillées…

Ça m’arrange, c’est vrai, mais c’est vrai aussi que ça les arrange. Les gamins, le père et la mère. Du coup, docteur, du coup, au moins on se respecte.
Docteur que je lui ai dit en me levant pour lui éviter de regarder sa montre, on peut aimer si on respecte pas l’autre ? On peut aimer quand même ?

Je vous revois après demain. Soixante, qu’il a dit sans préciser euros, mais en me regardant sortir mon chéquier. Samedi matin, même heure.

Publicités

A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
Cet article, publié dans psy, relation aux autres, relations, société, est tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

3 commentaires pour Le droit de ne pas aimer…

  1. Malix dit :

    Le névropathe sait très bien où est la porte de sortie mais il se cogne toujours contre le mur. Le psychopathe ne sait pas où est la sortie mais il n’en a rien à faire.
    Moi, mon père, il dit que le sage, c’est un fou qui a réussi. Il dit aussi que tous les gens qui consultent un psychiatre devraient aller chez le psychiatre. Je crois que je dépends trop de ses opinions.
    Dépendre, c’est parfois profitable. D’autres fois ça ne l’est pas. Ça dépend.
    Oui, mais il me fait peur. Je n’arrive pas à lui dire les choses autrement qu’à demi mots.
    Dire les choses à demi mots est le meilleur moyen de n’être compris qu’à moitié. Il faut parler en confiance.

  2. Mauviris dit :

    Je ne m’aime pas, mais ça m’enchante car ça plombe tout le monde autour de moi. Et si on se faisait un club de ceux qui ne s’aiment pas ?

  3. Dithyrambique dit :

    Soyons justes : tous les psychiatres, psymachins et psytrucs ne sont pas comme celui-là. Il y en a qui sont pires, je vous le jure.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s