What would you do ?


La chaîne américaine ABC News, dans son  émission WHAT WOULD YOU DO?, concept à la limite de l’enquête sociologique, a cherché à voir le comportement d’un public face à des situations jugées gênantes, la violence conjugale en l’occurrence.
Première situation: Une jeune femme, qui a manifestement été battue, est assise à sa table dans un restaurant. Le mari arrive, invective sa femme, la rabroue sans ménagement, la secoue.
Premier cas avec un couple de type caucasien, des blancs, quoi ! La jeune femme est habillée sobrement, pantalon et chemise. Spontanément, dès son arrivée dans le lieu, la femme reçoit de l’attention puis l’aide des autres clientes puis clients qui vont jusqu’à repousser le mari violent lorsque celui-ci tente de s’en prendre physiquement à elle. La même expérience avec un couple afro américain ne change rien aux réactions des clients qui viennent tout aussi naturellement à la rescousse de la femme apparemment battue.
L’équipe de production introduit un nouveau paramètre: la tenue vestimentaire de la femme battue devient sexy (robe noire ostensiblement décolletée et découvrant assez largement les jambes). Le résultat est sans appel: si quelques couples en référent à l’équipe du restaurant pour se plaindre de la gène occasionnée, la plupart des clients détournent le regard. Deux clientes –sans doute de « bonnes chrétiennes » ou de malheureuses jalouses– vont même jusqu’à, ouvertement, assimiler la victime à une prostituée.
Dans le blog « Je ne suis pas parisienne » l’auteure de l’article écrit (je la cite):

Le constat est sévère : l’émission d’ABC met en évidence que, dans la société actuelle, la femme désirable accepte* de se mettre sous le joug de la domination masculine. Dans “SexActu”, Maia Mazaurette conclut : «En devenant désirable, une femme accepte* de se mettre sous le pouvoir absolu et sans limites d’un homme. La minijupe se transforme en boîte de Pandore.»


.

L’habit fait le moine et l’équipe de production de WHAT WOULD YOU DO? joue quelque peu avec le feu, sans prendre la mesure de ce que de telles scènes peuvent provoquer sur un public, dans l’instant mais surtout après lorsque chacun est rentré chez soi. Quant au comportement des témoins et à leurs réactions, rien de bien surprenant

Que se passerait-il si onremplaçait la femme vêtue de manière sexy par une autre vêtue d’une robe de none? Et que se passerait-t-il si on remplaçait la femme standard par une Lolita sexy? Les témoins l’abandonneraient-ils à son (triste) sort, sort que cette “petite salope” aurait bien évidemment cherché ?
Non seulement on excuse la violence qu’exercent les hommes sur les femmes un tant soi peu affriolantes («Non mais, vous avez vu comme elle est attifée ? Si elle se fait tabasser ou violer, elle l’aura bien cherché!»), mais on les rend responsables des agressions qu’elles subissent, sous prétexte qu’elles éveillent le désir (et encore, c’est à voir) sans –sacrée nuance–  le provoquer.

On est vraiment bien parti pour que la populace finisse par rendre les femmes coupables des agissements “innocents” des mâles (pauvres et malheureuses victimes sans défense), pour peu qu’elles ne soient pas vêtues comme des ménagères en train d’oeuvrer.
Il est donc criminel d’être séductrice. L’est-il d’être séducteur?
Question à plus que cent sous: y avait-il d’autres femmes habillées de façon « sexy » dans l’assistance? Non. C’étaient des femmes « bien », pas des gourgandines.
Autre question: la Production a-t-elle mené une enquête statistique sur l’état d’épanouissement (notamment sexuel) des témoins? Car ce qui semble être en jeu ici c’est bien le rapport qu’ont les gens à la sexualité plus que celui qu’ils ont au courage et à leur capacité d’intervenir pour protéger « la veuve et l’orphelin ». Avoir « mauvais genre » ou paraître être une « fille de rien » est dangereux.

Que les Talibans et autres censeurs cessent de se faire du souci: ça veille au grain dans les chaumières et les restaurants.
Que les productions télé qui vont un tout petit peu vite en besogne fasse preuve d’un peu plus d’exigence et d’honnêteté intellectuelle afin que des conclusions hâtives soient évitées.
Pas facile de faire de la sociologie.

* L’auteure de l’article paru dans le blog en question pousse le bouchon un peu loin en affirmant que la femme (désirable) accepte… Il y a là interprétation. Il en va de même pour la conclusion de Maïa Mazurette (avec réserves, n’ayant pas lu directement ce qu’elle a écrit).
Ce n’est pas la femme désirable qui accepte de se mettre sous le joug de la domination masculine, mais les tenants d’une morale étriquée et empreinte de religion (parfois les mêmes qui prônent la libre vente des armes à feu) qui, estimant qu’ «elle l’a bien cherché» abandonnent cette femme entre les mains de son « tortionnaire », voire la lui livre.

ABC News : What would you do ?

Publicités

A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
Cet article, publié dans médias, télévision, société, est tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

4 commentaires pour What would you do ?

  1. Coquard Peggy dit :

    La jalousie et le malaise qui suscite la problématique du territoire est effrayante!!
    Nous avons encore un long chemin à parcourir mais ne lachons pas l’horizon que nous avons choisi

    • Debout à l’extrémité d’un cap, à la proue d’un esquif ou embourbés dans le champ de patates parce qu’il faut bien se nourrir, merci l’eau, merci la terre… cet horizon que nous choisissons ne cesse de se mouvoir, certes nous émouvant cependant qu’il émousse nos coeurs, nous tourmente. Des mauves pâles à peine zébrés de feu aux gris tourments qui annoncent le grain ; des sables de plomb où se confondent ombres et lumières aux sombres nues qui s’effilochent, se déchirent puis s’étirent aux aurores, nous ne pouvons l’étreindre. Seul notre regard le peut embrasser. Il est notre Graal, inatteignable, incarnation de « ce qui est », n’ayant pourtant ni corps, ni texture. Il est luxe. Il est précieux.
      En lui se fondent sans s’y confondre les âmes des voyageurs que nous sommes. Voyageurs sans errance car nous nous devons de garder le cap, de veiller au grain, de le faire lever.
      Mais par tous les dieux, que la barre est dure à tenir !
      Merci Peggy

  2. povfill dit :

    Il m’arrive de sortir avec des copines, prendre un verre dans un café, au restau, plus rarement en boîte. L’une de nous est toujours sapée grave sexy et ses autres copines sont, sans être méchante, aussi niaises qu’elle, et les mecs qu’elles se sortent, c’est pareil, et je ne sais pas si c’est parce qu’ils sortent avec une bombe, mais ils s’en croient et jouent les matchos. Et là j’aime autant vous dire, personne n’intervient, même une fois où il y en a un qui l’a secouée et lui a filé une gifle. Mes petits copains à moi, ils n’ont jamais levé la main sur moi. Ils sont plutôt gentils, mais c’est vrai que je ne suis pas un canon, mais quand je vois ce qu’il se passe j’aime autant, des fois. Les mecs m’agressent pas, comme ça, personne n’a à me défendre.

  3. tommylobo dit :

    Porter un t-shirt sur lequel est écrit au choix :
    « l’habit ne fait pas le moine »
    « Je suis vierge et compte le rester »
    « Vous êtes qui pour me toiser ainsi? »
    « Vous êtes qui pour me juger? »
    « Je suis belle, sexy, attire les hommes malgré moi et contrairement à vous, et suis championne de karaté. Si vous en voulez la preuve, je suis prête »
    mais mieux encore, où vous avez tout écrit.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s