Améthyste épiscopale

Dimanche matin. Il pleut. Rendez-vous avec mon amoureux, le dernier en date.

Croisé ma concierge qui m’apprend (quelle nouvelle!) que l’évêque vient dire la messe à la cathédrale Saint-Machin.  Sans ma concierge je ne saurais rien des infos importantes. Les infos locales.

Ça tombe dru. Sauvée! Pas par le gong, par les cloches de la cathédrale. Paris vaut bien une messe, rester au sec aussi.

L’office a démarré depuis pas mal de temps. La pluie aidée du vent tambourine sur les vitraux de la rosace. Je prie, façon de parler, qu’elle ne dure pas la vie des rats.

L’évêque est là, avec ses sbires qui ont échangé leurs soutanes contre des nippes sacerdotales princières d’opérette. Les prêtres qui l’assistent tournicotent autour de lui comme des mouches avec cette déférence qui n’appartient qu’aux lèches-améthyste.

Flûtiste de talent, le grand chef s’est lancé dans un baratin lénifiant qui éviterait aux insomniaques la prise de médocs assommoirs. Peu acquise à ce genre de discours, je rêvasse en croisant les doigts pour que le déluge, dehors, parte se faire oublier ailleurs, lorsque une idée saugrenue me vient, en même temps qu’un rire à qui je prie de baisser le ton.
Une bigote me jauge en moins de temps qu’il ne lui en faut pour égrener un centième de son chapelet en plastique qui, malgré le prix exorbitant qu’elle y a mis, ressemble autant à de l’ambre que l’évêque à un saint homme.

Drôle d’idée. Je le fais? Je le fais pas? J’en ai sacrément envie, je pèse le pour et le contre, sans réussir à me décider.

Nantie à ma naissance d’une dextérité hors pair que, dès mon plus jeune âge, j’ai mis au service de la chourave, la nature m’a aussi affublée d’un joli minois joint à une apparence toute de discrétion frisant l’humilité. Je parle bien d’apparence. Ensemble de qualités qui m’ont toujours tenue éloignée de quelque soupçon que ce soit. Mettant à profit ce qui m’a été donné, mes larcins me permettent de vivre sur un bon pied, avec aisance et facilité. Mais que les choses soient claires: je suis une voleuse, pas une kleptomane. Une voleuse qui réussit.

À l’utile, je ne dédaigne pas joindre l’agréable, et ce qui me trotte là dans la tête m’excite terriblement, sans que je sois toutefois en mesure de prendre une décision..

Monseigneur –je t’en foutrais!– s’est lancé dans une diatribe où il dénonce en vrac le manque d’amour, le manque de fraternité, le manque de générosité et celui de grandeur d’âme. Il aurait évité de citer Pie XII que ça aurait pu passer, mais ça a eu l’avantage de réveiller quelques unes de ses ouailles. Pour quelle raison? Un doute m’assaille, comme on dit en Tanzanie…

Chiche ou pas chiche ? J’hésite, et j’en suis à me triturer violemment les méninges lorsqu’un tonitruant HOSANNA suivi de son sempiternel AU PLUS HAUT DES CIEUX déboule des haut-parleurs, mettant un terme à l’endormissement pourtant mérité qui a gagné la frange la plus cancre des ouailles, celle qui n’avait pas réussi à faire semblant d’être attentive plus longtemps que ça aux paroles désincarnées du grand chef.

Anna, c’est mon prénom.

Et qu’entends-je alors? Par crainte que vous ne trouviez pas, encore endormis que vous êtes par le sermon de notre évêque, autant vous le dire : OSE ANNA!

Un signe. Une révélation. Le ciel est avec moi. Merci mon Dieu.

L’hostie est toujours sans goût ni grâce. Sans goût pour tout le monde, mais avec une pointe de grâce pour les bons chrétiens, donc pour très peu de personnes.
Je me suis arrangée pour passer la dernière. Visage et attitude tout de piété, j’ai communié avec une rare ferveur, habitée d’une joie ineffable.

L’évêque n’y a vu que du feu.

Sans demander mon reste –l’Ite missa est et le Deo gratias–, j’ai gagné le parvis et retrouvé la pluie. Mais il faut bien savoir se mouiller de temps en temps.

Le déluge m’a vue sauter de joie et éclater de rire. De plus belle en repensant à l’évêque et son «Allez dans la joie mes frères». Et ta soeur?

L’améthyste, merveilleusement sertie dans une bague d’un or de la plus grande finesse est énorme et magnifique. Youpi!

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……………………..

 

La suite…
D’autres sottises, qui ont un petit quelque chose à voir avec cette histoire

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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