Calorifère canin et chauffage à l’oeil

Sachant qu’il allait faire froid j’ai récupéré un chien. En fait, je crois que c’est lui qui m’a récupéré. Sans doute lorsqu’il a vu mes yeux battus, ma mine triste et mes joues blêmes. Du coup je l’ai appelé Dalida. Un beau mâle de marque indéterminée. Comme ça, s’il tombe en rade, je n’aurais pas besoin de l’amener à réparer à un véto spécialisé.
Je l’accompagne partout, y compris lorsqu’il va courir la gueuse. Il en a levé une, pas particulièrement jolie, mais question séduction, elle n’a rien à envier à personne. Je dis personne, parce que pour moi, les chiens, c’est des personnes, raison pour laquelle ça me fait drôle de savoir que les chiens ont un prix, et pas seulement de beauté. Ça va de, je ne sais pas combien, à plus que ça, mais si ça fait des heureux, ma foi…
Mon chien ne m’a rien coûté, au contraire, il me rapporte. Des vieux os, des gamins que je n’oserais même pas ronger tellement ils ont la morve au nez avec le froid qu’il fait, et des gens qui, parce qu’ils s’ennuient, m’ennuient à me demander la marque de Dalida. Il me rapporte aussi quelques emmerdes, lorsqu’il sniffe d’un peu trop près des filles qui feraient mieux de se laver plutôt que de râler que Dalida est un gros dégueulasse et que moi je ne suis qu’un gros cochon qui ferait mieux de le castrer. M’est avis que les bonshommes qui partagent leur vie doivent pas avoir souvent droit à la bagatelle. 
La gueuse est restée avec nous. Et vu que le thermomètre s’est encore cassé la gueule, c’est pas plus mal. En dessous de zéro, un minimum de 500 watts ne fait pas de mal, et comme les deux copains sont en chaleur, ça m’arrange comme ça les arrange, vu que je les laisse faire. Ce qui attire encore plus de morveux, dont certains bien mignons comme tout qui nous amènent des sucres qu’ils chapardent sur les tables des bistrots et des biscuits qu’ils vont chiper à la boulangerie.
Le sucre, ça va un moment, ce qu’a compris Dalida qui s’est mis au pinard. Les sucres et les biscuits, ça le rend malade, que je dis aux mômes. Dalida ne supporte pas le gluten, et le sucre c’est pas bon pour ce qu’il a.
Alors les gamins, mais pas tous, ramènent quelques fiolons chipés à leur ivrogne de père qui n’y voit que du feu, Dieu merci, il y a encore des alcooliques en ce bas monde.
Ciney, la gueuse –c’est comme ça que l’a appelée Dalida à cause des poses qu’elle prend pour émouvoir le chaland– attend un heureux événement. C’est pour bientôt. Au poële poil, parce qu’on annonce un froid sibérien. On est tombés d’accord pour l’appeler Godin.

Publié dans actualités, animaux, humour, nouvelles, contes, quotidien, société | Tagué , , , , , , , , , , , , , , | 1 Commentaire

La magie de l’hiver

Les sans logis, SDF, on dit, avec la caillante qu’il fait, ça ne doit pas être facile. Sauf, peut-être, quand ils sentent que ça va s’arrêter, tout ça, la vie. Je ne les envie pas, mais de savoir que tout va s’arrêter, la faim, la soif, le froid, la solitude, la toux qui déchire les poumons, les méchancetés, l’ignorance des nantis, la pitié du dimanche matin, la morgue des dirigeants… de savoir que les tracas vont se dissiper dans l’oubli, sans être un vrai réconfort, ça doit ressembler à l’idée qu’on peut se faire de ce qu’est  une tranquillité paisible, sans plus aucun souci.

Les mères SDF, avec le froid qui les fait se recroqueviller sur leurs gamins pour se réchauffer et donner ainsi de leur chaleur aux gosses, ça ne doit pas être facile et ça doit leur briser le cœur de ne pouvoir leur offrir mieux. Mais quand ce froid devient si mordant qu’elles comprennent bien que ça ne durera plus longtemps, ça les rassure un peu. Alors elles peuvent se laisser aller à s’endormir.

Au petit matin plus lumineux que les jours d’avant, parce que la neige est tombée dans  la nuit, de très jolis manteaux couleur de linceul emmitouflent les dormeurs des rues. Quelques uns s’ébrouent comme de vieux patauds aux coudes usés, tandis que d’autres dorment encore d’un sommeil qui jamais ne fut aussi profond.
C’est la magie de l’hiver, qui fait place nette. Et propre.

Publié dans société, actualités, politique, économie, vivre et mourir | Tagué , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Ma journée du 22 avril 2012, élections présidentielles

D’abord je n’aurai pas mis le réveil et si j’avais oublié de ne pas le mettre à sonner, j’aurai pensé à disposer mes godasses éculées près du lit pour lui faire savoir de quel bois je me chauffe. Par prudence, et pour être sûr et certain de ne pas être réveillé par cette satanée machine, j’aurai versé la veille dans quelque libation en buvant plus que de coutume, voire pire. Puis va savoir si d’ici là je ne l’aurai pas bazardé, ce réveil de malheur.
Je ne me lèverai qu’après avoir ouvert non pas un œil, mais les deux. Me redressant mollement et lentement, je ne poserai mon premier pied au sol qu’après avoir posé le deuxième. Ce qui me changera de l’habitude où, obéissant aveuglement aux us et coutumes, je fais bêtement l’inverse, sans jamais m’interroger sur la raison d’agir ainsi, je veux dire “dans l’ordre”. Ce sera mon premier acte citoyen de la journée, sans doute le plus emblématique.
Sous mes pieds encore nus, je goûterai avec satisfaction le carton qui me sert de descente de lit, chose qui ne m’arrive que rarement à cause de la précipitation que je mets à me préparer pour me rendre aux poubelles. Je ne parle pas de les vider, ni de les remplir. En fait, si, je parle bien de les vider. D’en vider le contenu pour voir si quelque trésor s’y cache. La pièce où je vis et la façon dont je vis ne méritent ni ne nécessitent la moindre poubelle.
Le carton ondulé est peut-être moins confortable qu’une bonne moquette en pure laine, mais il faut reconnaître qu’il ne coûte que l’effort de son ramassage sur le trottoir. Les gens ne s’embêtent vraiment pas, à laisser leurs rebuts n’importe où.
Comme on sera dimanche, je ferai un brin de ménage. Ce qui prend le plus de temps, c’est d’enlever les journaux qui jonchent le sol dont le parquet disjoint laisse passer l’air froid. Encore quelques jours et je les rangerai pour l’hiver prochain.
 Je me ferai un Nescafé. Je dis Nescafé, mais ça n’en sera pas. Je le préfèrerais bien chaud, mais pas sûr qu’à cette date les tuyauteries de l’immeuble produisent encore suffisamment de chaleur. Une fois, on était en mai, ils avaient dû remettre le chauffage. Il pourrait très bien faire doux ce 22 avril. Après, quand les chaleurs reviennent, je fais chauffer l’eau sur le zinc du toit, pour le café et pour la toilette. Le gaz, il y a longtemps qu’on me l’a coupé, et quand j’ai quelque chose à cuire, c’est la petite voisine qui me le fait. Une chic fille.
Le dimanche j’essaie de me faire propre. Je me débarbouille, me rase avec mon vieux Gilette, remet en place les quelques cheveux qui me restent. Alors c’est ce que je ferai, et comme ça n’est pas un dimanche ordinaire, je mettrai le costume qu’ils m’ont donné, les gars d’une association. Les godasses pêchent bien un peu à cause des semelles, mais qui va aller y voir par en dessous, hein ?
Après je descendrai en douce, direction chez Dédé, le bistrot. Le patron c’est un brave gars ; sûr qu’il paiera son coup, comme tous les dimanches, s’il n’y a pas trop de clients, encore que… « Un p’tit noir m’sieur Gilles ? » me dit-il en même temps qu’il me l’amène. Avec le journal, s’il vous plaît ! Pas rare qu’il me refile un ou deux croissants de la veille, plus des sucres. 
Si le temps est au beau sec, je me ferai quelques poubelles, sans risques de me saloper ; sinon je ferai ça plus tard, en revenant.
Les bureaux de vote, je les connais par cœur, depuis le temps… Une école, un bureau de vote. C’est pas que le chiffre d’affaire y soit plus gros qu’à l’église, mais ça n’est pas tous les jours qu’il y a une élection présidentielle, alors…. 
J’ai peaufiné mon baratin. Avec les charlots qui se présentent et avec la crise économique, le chômage, la pauvreté, les injustices et tout, ça n’a pas été bien compliqué. Je me ferai peut-être moins qu’il y a cinq ans, mais au deuxième tour, ça devrait pouvoir faire. On verra bien. Puis après, rebelote les 10 et 17 juin, pour les élections législatives.
La casquette, j’ai laissé tombé. Le mieux, pour sébille, c’est un truc en ferraille. Une pièce en appelle une autre, et le moindre sou jeté dedans fait assez de bruit pour réveiller les consciences, surtout les mauvaises. Je me suis trouvé un casque de la guerre 39-45. Formidable !

Le premier bureau de vote que je me ferai, et avec un peu de chance le seul, c’est celui de l’école Jean-Jaurès, à côté de l’église de la Compassion. Autant mettre les chances de mon côté. Et si ça radine, j’y irai de ma verve citoyenne et paroissienne, que ça leur fera drôle et qu’ils en prendront pour leur grade.

Si les affaires ont bien marché, peut-être m’offrirai-je le luxe de retourner au bureau de vote d’où je m’étais fait virer à coups de pieds dans le cul, aux dernières élections municipales. Les cons ! Des copains du maire, mouillés comme lui jusqu’au trognon dans des magouilles et pots de vin.
J’avais pris les électeurs à partie. « Le maire, un candidat qui tient ses promesses ? Pour sûr ! Vous lui confiez 100€ aujourd’hui, il vous en rend 50 demain. Et il s’y engage sur l’honneur ! » j’avais gueulé et regueulé. Faut dire que si j’en étais là de ma vie de misère, il n’y était pas pour rien, ce salopard de maire.
Parce qu’il y en a qui ne voient rien et d’autres qui n’entendent rien, ma petite voisine m’avait bricolé un écriteau. Je l’avais brandi sous le nez d’un des adjoints, un fieffé salopard. Il était ressorti avec ses copains qui m’étaient tombés dessus à bras raccourcis. Le civisme, quoi…
Si des présidents, des députés et autres c’est pareil ? Je n’en sais trop rien, mais va savoir…

Après, qu’est-ce que je ferai ? Pas grand chose. Si ! Je passerai chez Momo, l’épicier. Ouvert sept jours sur sept, du matin jusqu’à tard le soir. Je lui acheterai une bonne bouteille de vrai vin ; il me fera un thé, il m’offrira des gâteaux de chez lui, bourrés de miel et d’amandes, et on discutera le bout de gras. Si la petite voisine rentre d’avoir vu ses parents en province, elle saura bien où me trouver, chez Momo ou dans ma piaule. On ira ensemble voir la vieille dame du 5ème, dans l’immeuble en face. Mais quand même, il faudrait que je me fasse quelques poubelles avant. Surtout pour ses chats.

Publié dans allégorie, écrits libres, citoyenneté, littérature, politique, économie, relations, amis, société | Tagué , , , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Agences de notation : bonnet d’âne pour la France

agences de notation : un bonnet d'ane pour la France

Agences de notation : un bonnet d'âne pour la France

Quand je disais que la France c’était nul, hein ! Je suis p’têt pas bien futé, mais même si j’ai pas inventé le fil à couper le beurre en été, faut pas me la faire. En tout cas preuve est faite que la miss est un cancre. Alors, qu’on ne me fasse pas la morale sur mes incapacités à moi, sur ma flemme à moi, sur ma connerie à moi, sur tout ce qui foire chez moi, et encore je préfère ne pas dire que je suis un ivrogne, et pire. Faut dire que c’est dur de résister avec tous les pinards qu’on trouve de par chez nous, et qu’on sirote pour le goût et l’oubli.

Un truc quand même que je comprends pas, rapport à Dieu. La fille aînée de l’Église, il en a manifestement rien à foutre, le bon Dieu. Un petit miracle, c’était pas bien compliqué. Moi, par exemple, je dis moi, mais ça pourrait être quelqu’un d’autre, c’est une façon de parler, moi, je serais Dieu, les mecs des agences de notation qui se prennent pour je sais pas qui, des instits tout puissants ou un truc comme ça, je te leur aurais purement et simplement tordu le cou, ou je sais pas, pendu à une des patères de l’école, celles qui sont sont sous le préau, par exemple, à se les geler. Pis d’abord, c’est qui ces gonzes ? Ils ont un nom ? Ils viennent d’où ? Qui c’est qui les paie ? Et avec quel pognon ? Non, me dites pas que c’est avec le nôtre, j’y croirais pas. De toute façon, avec tout ce qu’on nous prend, le pognon, y’a longtemps que j’en ai point vu la couleur.
Dieu, on peut pas dire qu’il se les bouge. Va savoir s’il a pas été acheté par les agences de notation, d’autant qu’avec la cote qu’il a ces temps-ci, le gars Dieu, le moindre petit pot de vin, pas sûr qu’il y résiste.

Un autre truc que je comprends pas que, d’après moi, Dieu il y est pas obligatoirement pour quelque chose. C’est tous ces grands couillons et grandes courges qui se la ferment, tendent leurs doigts sagement pour se faire taper dessus à grands coups de règles qu’ils ont payées de leurs nos deniers, qui baissent la tête comme des sales gosses qu’on a surpris à avoir fait des bêtises, d’avoir pas appris leurs leçons. Je parle des présidents et des machins pareils, qu’ont du pouvoir, celui de nous emmerdouiller et de se mettre eux-mêmes dans la panade à cause qu’ils sont bêtes à manger du foin. Pace que faut être bête à manger du foin pour continuer à croire que ce qui a été le sera encore et encore mieux. Comme cette connerie de croissance qu’ils ont toujours aux lèvres. T’as déjà vu quoi que ce soit qui débarque, grandit, grandit, grandit encore et toujours. Rien que parce que y’aurait plus assez de place, c’est idiot de croire que tout peut croître sans cesse. À part la connerie, peut-être.
Bon, faut quand même être débile pour accepter de se faire moucher comme des morveux par des salopiots doublés de gros cons à cause qu’ils scient les branches sur lesquelles ils ont posé leurs gros culs de gros cons qui ont décidé de faire le pluie et le beau temps. Des salopards qu’on gave pour qu’ils nous en mettent plein la vue le fondement.
Les mauvais élèves, bref, ceux qui ne sont pas rentables pour ceux qui s’en mettent déjà plein les fouilles, on te leur fait péter le triple A, et basta ! Ce qui revient exactement au même que de débrancher un pauvre bougre en réanimation. 
Et quoi ? Nos chers gouvernants acceptent ça. Acceptent que des entreprises, dont le seul but est de servir leur propre intérêt, disposent du droit de vie et de mort sur les citoyens. Je déconne, je voulais dire cloportes.

Mais pour en venir au bonnet d’âne, j’aimerais que, juste un instant, les grands pontes des agences de notation réfléchissent sur ce que sont devenus nombre de “sales gosses” désobéissants et mauvais élèves qu’on a affublés de cette coiffure de honte. Et qu’ils n’oublient pas que les ânes sont intelligents, savent très bien où ils vont, ont le pas sûr, sont entêtés et savent avoir le dernier mot. S’ils ne sont pas abattus, dans un dernier stupide accès de folie, par ces censeurs dont les agissements en rajoutent quotidiennement à la misère et à la précarité des cloportes citoyens.

Publié dans actualités, allégorie, citoyenneté, folie, lois, justice, politique, économie, société | Tagué , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Une preuve que tout ne va pas si mal que “ça”

En ouvrant un oeil ce matin avant de me réveiller, j’ai pris conscience :

1. Que j’étais en vie, donc pas encore mort ;
2. Que si j’étais encore en vie c’est que la fin du monde n’avait pas encore eu lieu ;
3. Que si la fin du monde n’avait pas encore eu lieu, c’est que tout n’allait pas si mal que “ça” et que les énergies négatives n’avaient pas encore eu le dernier mot.

Du coup, je me suis rendormi. 
En cet instant, je dors encore, poings fermés. Un léger filet de bave, preuve d’un bon relâchement, s’est écoulé de mes lèvres entrouvertes. Qui me verrait ainsi pourrait penser que je suis mort, et peut-être n’aurait-il pas tort. Mais allez savoir…

 

Publié dans vivre et mourir, philosophie | Tagué , , , , , , | 2 Commentaires

Vœux et corruption

Si j’enlève les deux premières années de ma vie où je ne possédais pas encore à merveille cette langue maternelle que parlait aussi mon père et ses ascendants, ça fait très exactement 64 ans que chaque année à la même époque, j’adresse mes vœux de bonne santé, de bonheur, de réussite, d’amour, et j’en passe, à toute une flopée de gens dont je n’ai strictement rien à faire, mais dont je ne fournirai pas les noms, n’ayant nulle envie de me fatiguer à tapoter sur mon clavier, et tout ça pour rien, n’ayant jamais reçu le moindre cadeau en récompense de ce vain labeur, ni même de réponses si j’excepte quelques lettres gratinées d’injures tout autant gratinées, sous prétexte que j’aurais commis des fotes d’ortografe, ce qui m’étonnerait. Comportements qui m’amènent aujourd’hui à faire le mort, situation où les chances de recevoir critiques, remontrances et injures sont quasiment réduites à zéro.
Pour cette nouvelle année, j’ai décidé de ne souhaiter mes vœux qu’à ceux susceptibles de me renvoyer la balle ou l’ascenseur, voire les deux. Avec les élections de tous bords qui se préparent, dont les présidentielles, j’ai dressé une liste des candidats et leur ai adressé un courrier assorti d’un contrat de collaboration en pièce jointe où je leur demande un engagement sans équivoque : mon vote en leur faveur contre un poste peinard et surpayé en ma faveur. Poste, place ou fonction, peu m’importe, mais situation où je pourrai à loisir –donc en permanence– lécher des bottes ou cette partie anatomique que certains utilisent pour prendre leur pied, courber le dos, me faire acculer et profiter de quelques subsides fièrement gagnés à la sueur de ma vile bassesse.

Glissant avec volupté mes lettres dans la boîte prévue à cet usage, j’ai compris en cet instant que je quittais le monde stupide des poètes et autres imbéciles pour celui des adultes responsables.
Je suis corrompu ? Certes, mais pas plus que… Vous voulez des noms ? Que m’offrez-vous en échange ?

Publié dans actualités, humour, les autres, politique, économie, relation aux autres, relations, savoir-vivre | Tagué , , , , , , , , , , , , , , | 2 Commentaires

Un joyeux Noël de pauvres

La neige c’est blanc beau, tant que personne n’a marché dedans pour aller prendre sa voiture, y monter, la faire démarrer et la saloper avec les gaz d’échappement. La neige c’est pur, une fois qu’on lui a enlevé toutes les scories et particules  qu’elle a récupérées en tombant de là-haut. Une pince à épiler de précision, une bonne loupe, et le tour est joué. Sinon on peut aussi la laver, mais pas à l’eau chaude, sinon elle fond. La neige c’est froid  comme de l’eau qui, en gelant, est devenue de la glace. L’eau gelée est plus froide que la glace italienne, sans doute  parce qu’il fait plus froid ici qu’en Italie.

Ici, c’est la France, un petit morceau de  France, avec des montagnes et de la neige dessus parce qu’il a neigé. Du coup les enfants sont excités, encore plus que les rennes du père Noël. Excités et contents, plus que les bestiaux du blanc barbu qui vont en avoir plein les pattes comme chaque année à la même période, d’autant qu’ils s’entraînent sans relâche depuis l’Avant. D’ici qu’ils protestent, mais c’est rare, et rechignent à la tâche, ce qui arrive parfois… Comme quand il faut aller livrer des jouets de récupération, plus ou moins retapés et que des gosses de riches ont pris soin d’esquinter avant de les mettre à la poubelle où des sbires du père Noël les aura récupérés. Mais enfin, chacun fait bien comme il peut, d’autant si le chacun en question est menacé de ces méchants coups de fouets que distribue le père Fouettard qui en marre du second rôle. Il paraîtrait même qu’il pense à démissionner. Enfin, pas tant qu’il y a des pauvres.

Les enfants de pauvres sont moins gâtés que les autres, surtout à Noël, et encore plus s’il a neigé et qu’il n’y a plus de bois  à mettre dans la cheminée à cause d’une chanson idiote que chante dans le vieux poste TSF une chanteuse un peu grecque, plus d’autres qui prétendent être des Compagnons de la chanson.  

« Fais du feu dans la cheminée
Je reviens chez nous
S’il fait du soleil à Paris
Il en fait partout
Fais du feu dans la cheminée
Je rentre chez moi
Et si l’hiver est trop rusé
On hibernera » 

Bref, il n’y a plus une seule bûche à donner à manger au feu, et si ça se trouve, il n’y a pas de cheminée, rien qu’un vieux poële dont le tuyau est bien trop petit pour que le gros bonhomme à robe rouge y passe avec sa hotte. Quand il est en forme, comme aujourd’hui, il tente le coup, mais en prenant garde à laisser sa hotte sur le toit.
Du coup les enfants n’auront pas de jouets, mais comme ils sont moches comme tout, ça n’est pas plus mal. Ce qui ne les empêche pas de pleurer et d’en vouloir à leur père qui n’a rien à voir avec le père Noël. Il boit, raison pour laquelle la mère des gamins est partie avec le père Noël de l’an dernier. Par la porte, elle était partie, pas par le tuyau de poële.

Les enfants de pauvres ne sont vraiment pas gâtés, mais encore heureux quil y ait de la neige. La neige c’est blanc comme un linceul, froid comme une tombe, et gratuit. Autant dire que tout le monde peut se l’offrir, même les plus pauvres des pauvres.
Alors les mioches qui râlent, ça va un moment, se dit le père qui n’en peut plus, en regardant ses gamins qui n’en peuvent plus. Cette année, on va enfin se faire un beau Noël.

Publié dans Noël, actualités, littérature, nouvelles, contes, vivre et mourir | Tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Commentaire

Des vétérinaires pour combler la pénurie de médecins ? Oui !

Des vétérinaires pour combler la pénurie de médecins ?

De nombreuses personnes étant des veaux (dixit le Grand Charles, dont on ne peut dire qu’il était le dernier des imbéciles, je ne vois pas où est le problème.
« Les gens sont loin d’être tous des veaux », vous entends-je objecter. Certes, mais nombreux sont les gros porcs, les truies, les vaches, toutes n’ayant pas été exécutées malgré cette vindicte populacière d’incitation au meurtre (« Mort aux vaches ! »), les canassons sur le retour, les juments…
Est-ce là tout ? Que nenni, car ce serait sans compter sur les faisans, les bécasses, les oies (dont les blanches grandement représentées), les dindes, les poules, les coqs… et j’en passe.
Croyez-moi, les vétérinaires peuvent tout à fait se substituer aux médecins et prodiguer d’excellents soins, voire meilleurs, que ces derniers. En supposant que le rôle d’un médecin soit de soigner. Mais cela est une autre histoire…

La clientèle citée ne représente qu’une part de la population ? Oui, et je l’admets volontiers, mais je n’en ai pas fini, car ce serait oublier les loups, les moutons, les chameaux, les chèvres (notamment les vieilles biques dont la parenté avec les chameaux n’est plus à démontrer), les rats, les souris. Puis les ânes, les mules et autres bourriques, les drôles de zèbres, les cougars, les ours plus ou moins mal léchés, les éléphants (en nombre dans les partis politiques) entourés de leurs gorilles, les dinosaures… Et encore les nuées de blaireaux, les requins et rapaces de tous bords, les pingouins (qu’on trouve en quantité dans les instances du pouvoir), les autruches (nombreuses à tous les niveaux de l’Etat).
Ce n’est pas tout, car il y a encore les caméléons (ces transfuges spécialistes du retournement de veste qui font leur cinéma en technicolor sur la scène politique), les perroquets, les chiennes, les thons, les morues et leurs maquereaux, quelques punaises de bénitier (en voie d’extinction), les merlans…

Plus une quantité innombrable de perroquets, mollusques, pigeons, cloportes, vers de terre et fourmis qui constituent le gros de la clientèle.

N’en doutons pas : non seulement les vétérinaires peuvent tenir lieu de médecins là où il en manque, mais la population étant ce qu’elle est, ils peuvent parfaitement les remplacer.
« Mais ne risque-t-on pas alors de manquer de personnel soignant ? » vous ouïs-je vous inquiéter.
Oui, un temps. Celui que les médecins devront passer sur les bancs d’une École Nationale vétérinaire, s’ils veulent poursuivre leur sacerdoce job.
« Les frais de leur recyclage seraient-ils à leur charge ? »
Selon certains critères qui seraient à définir, ils seraient couverts par les grands laboratoires pharmaceutiques, ces derniers n’exerçant, bien évidemment, aucune pression de quelque sorte que ce soit sur les nouveaux vétérinaires qui garderaient ainsi toute leur indépendance.

Alors à cette question cruciale de savoir si les vétérinaires peuvent remplacer les médecins, c’est sans ambages et d’une seule voix –du moins la mienne– que nous répondons : Voui.

Publié dans actualités, humour, santé médecine, société | Tagué , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Révolte des Indignés : un virus venu du Maghreb ?

À Housna B.

— Moi, ça m’étonnerait pas que ce soit encore un coup des Russes.
— Quoi ?
— Comme avant, avec leurs fusées, leurs bombes atomiques et toutes leurs saloperies de rouges. Je parle de ce qui se passe dans le monde, tous ces culs terreux qui sèment la zizanie. Les Russes, je te dis. Ou alors les Ricains, avec leurs fusées, leurs bombes et toutes leurs saloperies de capitalistes.
— Et les banquiers. Un coup des banquiers. Ou alors c’est un complot. Avec le pognon des banquiers.
— Tu veux dire notre pognon, oui !
— Les banquiers juifs.
— Banquier et juif, c’est pareil. À mettre dans le même sac avec les communistes et les capitalistes. Indignés ! Non mais c’est quoi cette connerie ?
— Tu me diras, je serais juif, mais ça risque pas, moi aussi je serais indigné, avec ce qu’on leur a fait… C’est des juifs les indignés ?
— C’est pareil. Et ce qu’on leur a fait aux juifs, dis-moi, c’est pourquoi ? L’orgueil, moi je te dis. À se prendre pour le nombril du monde, voilà ce que ça donne. Ils faisaient moins les fiers en 40. On aurait un Pétain, aujourd’hui, crois-moi, ça moufterait pas et ça bosserait au lieu de manifester.
— Un Pétain ou un Kadhafi, tant qu’on y est.
— Ou un Moubarak, même un al-Assad, tiens. Avec eux, c’est pas de la rigolade, et les culs-terreux, ils se la ferment et se tiennent à carreau. Et c’est pas demain la veille que ça risque de changer.
— Heu… Le Jt, les infos et le journal, tu regardes jamais ?
— Ça risque pas. Tous des vendus. Ils racontent que des conneries. Mais j’en sais bien assez avec ce que j’apprends au bistrot. Et je vais te dire, c’est pas parce que Kadhafi ou qui tu veux est mort ou s’est fait virer que ça va changer. Ils sont trop cons les arabes, trop cons. Les peuples, je veux dire. Parce que les dirigeants, cons ou pas, on s’en arrange comme il faut, tu peux me croire. Et comme y a pas de petits profits, on en fait des gros grâce à eux.
— Ben… les peuples ils se sont quand même révoltés. On peut même dire qu’ils ont fait la révolution.
— Mouais… Laisse faire, laisse passer, et ça va vite remarcher au pas, crois-moi. Trop cons, je te dis. Ein zwei, en avant la musique, et au boulot !
— Ils ont pas de boulot.
— C’est bien la preuve que c’est des fainéants et des bons à rien. Mais on va les y mettre, au boulot. si tu vois ce que je veux dire… Faudrait pas qu’ils oublient Poitiers. La râclée qu’on leur a mise.
— T’oublies un peu les croisades. Et puis, bons à rien, quand même… Ils ont bel et bien renversé leurs dictateurs. Et question culture, tu m’arrêtes si je dis des bêtises, ils ont rien à nous envier.
— On s’en fout de la culture. Ils ont renversé leurs dictateurs, oui, et avec l’aide de qui, d’Allah ? Tu parles. Et si on les a aidés, c’est pas pour des clopinettes. Donnant donnant, sauf que s’il y en a qui vont tirer les marrons du feu, c’est pas eux, tu peux me faire confiance.
— N’empêche qu’ils se sont bougé le cul, qu’ils ont pris des risques et on peut pas dire qu’ils aient manqué de courage. Et depuis, ça fait tache d’huile, et pas que chez eux. Un vrai virus, que la grippe, à côté, c’est de la rigolade. Jusqu’aux États-unis, et même en Russie, partout.
— T’as raison, ça fait tache. Mais on va remettre tout ça au pas. La Grèce, l’Espagne et les autres. Les virus, une tapette à mouche, et zou ! plus de virus.
— Ben… jusqu’à preuve du contraire, la tapette à mouche n’est pas des masses efficace. Je sais pas, mais j’ai comme l’impression que les arabes nous ont donné une sacrée leçon. Les peuples, en tout cas. Et ils pourraient bien devenir un modèle.
— Un modèle de quoi ?
— Je sais pas… de société. Un modèle à eux parce que, sincèrement, le nôtre, il est pas si génial que ça. On le saurait, sinon. Et on ne râlerait pas comme on le fait, on ne critiquerait pas comme on le fait, on accuserait pas les uns et les autres comme on le fait et on dirait pas toutes ces conneries.
— Un modèle de société ! Manquerait plus que ça. Je vais te dire, non seulement, on a bien eu raison de soutenir leurs dictateurs, mais le mieux qu’on ait à faire maintenant, c’est de reprendre le contrôle. C’est quand même pas eux qui vont faire la loi. Ni ces emmerdeurs d’indignés.
— Reprendre le contrôle… Tu veux dire comme les Nazis avec les Juifs ?
— Non, bien sûr que non. En finesse.

Publié dans humour, international, nouvelles du monde, logorrhée, société | Tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Commentaire

Anniversaire, tabac, alcool et espérance de vie

La façade appartient à celui qui la regarde (LAO TSEU)

Et c’est bien là le problème !

Et voilà, ça devait arriver un jour ou l’autre. Surtout un 7 décembre, date anniversaire d’une naissance, la mienne. J’ai 66 ans aujourd’hui. Je l’avais oublié, mais le téléphone me l’a rappelé. Pas tout seul, car il y avait quelqu’un au bout du fil, quand bien même le quelqu’un en question n’aurait eu en main qu’un téléphone portable, mobile ou greffé en quelque endroit de son anatomie. Sur l’Internet aussi, on m’a souhaité l’anniversaire, même un certain Google. Bon anniversaire, Pierre, c’était écrit avec un joli dessin.

Soixante six ans, que j’ai. C’est dingue. Et qu’on ne me dise pas qu’on ne voit pas passer le temps qui passe. Un peu, que je l’ai vu passer, et pas toujours à l’allure où j’aurais eu envie qu’il le fasse. Ou le fît. (Ça me commence à m’escagacer méchant cette satanée langue, que tu sais pas par quel bout la prendre, ni comment l’apprendre, puis la retenir).
66, c’est la moitié de 132, qu’il s’agisse d’années de vie, des mensurations de je ne sais quelles parties du corps, ou d’un morceau du numéro matricule de la bébête qui monte, celle immonde de l’Apocalypse, comme disait mon curé quand il parlait des communistes. C’était dans les années 50.
Il me reste encore 66 ans à vivre si j’arrive jusqu’à 132. Dit autrement, j’aurais vécu encore 66 ans lorsque je m’éteindrai, si je m’éteins en 2077, à 132 ans. Ce qui revient à dire que je n’en suis qu’à la moitié de ma vie. C’est dingue !
Ceci dit, rien ne prouve que j’y arriverais, mais rien ne prouve le contraire, et surtout pas mon mode de vie, à cause que pour trouver plus conservateur que moi, faut pousser jusqu’au Sénat. Je fume comme un pompier, je bois comme un trou et ne fais jamais plus d’effort qu’il n’en faut. Comme pas mal de ces hôtes de l’institution sus-nommée.

Le tabac*. Oui, ça produit du goudron, justement. Qu’on m’arrête si je dis une bêtise, c’est bien ce machin noir gluant collant qu’on met sur les barcasses pour les protéger ? C’est bien ça ? Et c’est bien à cause que les barcasses elle en sont peinturlurées de tous bords qui font qu’elles tiennent, oui ou non ? Le goudron, je veux rien trop affirmer, mais c’est pas aussi ce machin qu’on met pour faire l’enrobé à chaud des routes ? C’est pas ça aussi qu’on met sur les murs humides pour que la flotte elle passe pas ? On est bien d’accord : le goudron protège de l’eau. De ce côté, c’est vrai que je crains pas tant rien, à cause que l’eau j’y tiens pas plus que ça. Mais va savoir si c’est pas justement le goudron des clopes qui me protège de l’eau. J’en sais trop rien, mais toujours éthyle que l’eau et moi on fait pas bon ménage.
Bon, pour le goudron, c’est vu. Passons à l’alcool, maintenant.
Je peux pas dire que je sois un alcoolique, mais je peux pas dire non plus que je sois pas un pionard. Pas les trucs modernes genre Whisky, Tequila ou le machin russe, la Volga, non, la Vodka. Ça, j’y laisse aux gamins qui têtent encore leur crayon sur les bancs d’école. Non, non, non, et non. On est Français oui ou merde ? Alors moi c’est le pif, le pinard, quoi. Et là, tu me crois ou pas, je suis pas du genre à faire la fine bouche, et faut pas qu’on m’accuse de racisme. Ils y passent tous : les rouquins, les blancs, les rosés, tous je te dis. Mais le pinard, c’est rien que pour la mise en bouche, parce qu’après, j’attaque direct à la mirabelle, à moins qu’il me reste encore de la poire. La William. Je m’en vas descendre en cave en quérir et y remonter, des fois que… C’est pas la question que j’en ai envie, là, tout de suite, mais c’est une question d’honneur. Des fois que ça sonne, parce que le Léo ou le Jojo ça serait pas surprenant qu’ils se pointent. 
L’alcool, s’il y a un truc qui conserve, c’est bien ça. Le sel aussi, je suis d’accord. Pour les légumes.

Je m’ai remonté quèques bouteilles de la cave. Une de chaque. Plus des griottes à l’eau de vie, des prunes pareil et des pruneaux encore pareil. Au cas où les vieux gars ils viennent avec leurs dames.
Et je vous demande : d’après vous, pourquoi c’est faire qu’on met les fruits dans l’alcool ? Pour les conserver, c’te blague, c’est aussi simple que ça.
Et tu vois, je dis pas que j’y aime pas la William et les griottes à l’eau de vie, je dis pas, mais si l’alcool ça ne conservait pas, c’est pas sûr que j’en prendrais. Pas sûr.
Bref, tout ça pour dire que finalement, c’est bien possible que je sois qu’à la moitié de ma vie. Ce matin, je l’invente pas, j’ai entendu la concierge dire que j’étais drôlement bien conservé pour mon âge.

Tiens, goûte-moi donc ça, que je m’ai dit. Laquelle ? je me suis répondu. Ce que j’ai monté, c’est pour y descendre, pas pour y redescendre. Pis ça se fait pas une bouteille d’alcool qu’a pas encore servi. Les gens, ils osent pas, et faut insister et tout. J’en prends juste une lichette, c’est juste pour vous accompagner, il faut leur dire, en même temps qu’on ouvre la bouteille ou le bocal. Sinon ils osent pas.

Le tabac, il y en a qui prétendent que ça accélère le vieillissement, que ça le précipite des fois, même que ça double les rides. Des conneries. L’alcool, je veux bien, à la limite, mais pas si tu t’arrêtes juste avant de commencer à voir double. Bon, c’est vrai que le pif il prend un coup, à force, et que le gris des moustaches c’est plutôt du jaune pisseux, mais faut quand même tenir compte de l’âge qu’on a, non ? Et à 66 ans, c’est quand même pas extraordinaire de pas tant aimer ce qu’on voit dans le miroir. Bon je veux bien : si je vis jusqu’à 132 ans, faudra p’têt que je pense à me faire retaper la façade. Mais d’ici là…

* Surprenant qu’on ne trouve sur le marché que du tabac daubé qui rend accroc, qui empoisonne, qui tue et pas un seul tabac bio. Plus surprenant encore, que l’État ne soit pas attaqué pour complicité de meurtre ou incitation au suicide et au meurtre.
Quant au discours, comme quoi le tabagique et l’alcoolique coûtent à la collectivité, combien rapportent-ils à cette même collectivité, notamment les fumeurs ?

Publié dans humour, les autres, moeurs, nouvelles, contes, savoir-vivre | Tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Commentaires

Une tragédie contemporaine : un disque dur HS

Dans le temps –donc il y a longtemps si on met de côté la grande échelle du temps où tout ce que nous connaissons s’est formé tout seul comme un grand, sauf les inventions plus ou moins délirantes des hommes–, lorsqu’une fois l’an on se rendait visite les uns les autres, les premiers, ne demeurant  pas obligatoirement outre Rhin, on contait nos rares joies : récolte exceptionnelle, naissances, premières communions, fiançailles, mariages, plus autres balivernes comme la disparition si longtemps attendue d’un proche dont nous étions légataires, et on racontait nos misères, évoquait les drames : été pourri et récoltes à l’avenant, naissances de trop ou vies vite avortées, premières communions et premières peines de cœur, fiançailles alcoolisées (mais si, rappelez-vous…), mariages au son du tocsin et perte d’autant cruelle que le disparu ne nous laissait pour tout héritage que les yeux pour pleurer. Le bon temps, pour faire bref.
Aujourd’hui, et si par chance on se rencontre autrement qu’à travers les réseaux sociaux et autres stupidités auxquelles on adhère en masse –votre serviteur y compris (mais lui, ça n’est pas pareil)–  les sujets que nous abordons sont d’une toute autre portée, d’un  tout autre intérêt et d’une profondeur qui nous laissent sans voie voix, cois et pantois. Si : sans voie aussi. On parle, je veux dire ça parle, dans l’ordre d’importance : de look et de tout ce qu’il faut faire pour être beau, en forme, et bien dans sa peau ; d’épanouissement personnel (il suffit de voir la tête des gens dans la rue…) ; de loisirs ; de sport (« T’as vu le dernier match ? Non mais, t’as bien regardé ? Des in-ca-pables, je te dis. Et l’arbitre, t’as vu l’arbitre ? Vendu, l’arbitre ») ; du dernier bouquin, CD in live, film INCONTOURNABLES  et trop géniaux qu’il FAUT avoir lu, entendu, vu pour ne pas être un demeuré ; des émissions nocturnes de télé reality, des politiciens qui jouent les people et des people qui mettent leur grain de sel dans les questions politiques ; plus des tas d’autres choses qui font qu’on ne regrette pas d’avoir débarqué sur terre, dont notamment le dernier matériel high-tech qu’il faut posséder pour ne pas avoir l’air d’un attardé. Matériel d’une telle sophistication que celle de certaines pétasses ou autres péteux nous fait doucement  marrer, et matériel dont les notices explicatives, censées être des modes d’emploi, nous font regretter : 1. de ne pas être foutus de lire dans le texte les originaux en coréen, chinois ou ouzbek, histoire de voir s’ils sont d’emblée aussi mal torchés incompréhensibles et mal foutus que les versions traduites. 2. De n’avoir pas suivi les cours de divination ou de médiumnité dispensés, au même titre que ceux d’économie –c’est pour dire…–, dans les meilleures universités (celles qui forment l’élite de la Nation), enseignement qui nous permettrait de comprendre ce que racontent les dites notices de ces merveilleux outils : téléviseurs, téléphones mobiles, appareils photo numériques, ordinateurs et autres babioles aïl-teck. Je parle aussi bien du hard (le bien nommé), que du soft (tu parles !), comme il est d’usage de dire pour montrer que le bouquin “La hight-tech pour les nuls” n’a plus de secrets pour nous. J’allais oublier le simple réveil, oubli sans grande importance si on considère l’ensemble des autres.
Les thèmes de nos drames quotidiens se sont enrichis, reléguant  à l’état d’incidents banals et insignifiants la récolte dévastée ; la noyade du petit voisin, mort sans avoir reçu le baptême et dont on retiendra seulement qu’il était le numéro 7 des enfants Machaut (ça fera une bouche de moins à nourrir, mais des bras en moins pour aider à la ferme) ; la descente d’organes de la postière ; la chute à vélo du papy qui coursait une jeunette et qui s’est bêtement cassé le col du fémur –ça lui apprendra à ce vieux cochon–; la mort subite du père Daucut (menuisier de son état et marchand de bières d’occasion à l’occasion, dont la femme, née Picon, porte avec grasse grâce le patronyme de son homme.
Est-ce là tout ? vous entends-je vous racler la gorge à cause d’un méchant rhume qui, peut-être vous emportera. Que nenni, car ce serait sans compter avec la mort de la vache et du cochon lâchement assassinés par un voisin jaloux, animaux de ferme, comme on le sait, dont le premier (la vache, pas le voisin) permet de mettre du beurre dans les épinards, et le second tout, il permet tout, tout étant bon dans le cochon. Bref, comme dit ma femme de ménage qui se demande où est passé son Ajax qui avait succédé à Bref depuis un bail (Je compte jusqu’à Troie, dit-elle pour étaler sa culture, et si je ne l’ai pas retrouvé, je le trompe avec Monsieur Propre)… bref, disais-je, des drames sans comparaison pour l’homme moderne dont –emblème  de sa vie trépidante– ces engins d’une fiabilité douteuse qui rechignent à fonctionner comme on aimerait qu’ils le fasse et, plus ingrats qu’un obèse, nous lâchent au moment où on en a le plus besoin.

Ô tragédie, ô désastre, ô fléau, ô néant, ô ruine, ô catastrophe. Et encore, je n’ai jeté aucun œil sur mon dictionnaire de synonymes.
Où voulais-je en venir ?
Laissez-moi me ressaisir, si vous n’y voyez pas d’inconvénient. Voui…

Voui, l’autre jour… Je me rends avec des amis chez un de nos potes. Pour lui apporter notre soutien dans cette douloureuse épreuve qu’il traverse, venant de perdre sa mère. Atteinte d’un Alzheimer, un égarement l’a conduit à la gare où, mal conseillée par un employé SNCF, elle a embarqué à bord du seul train voué à un déraillement par les statisticiens de l’entreprise. Car il faut le savoir, tout aujourd’hui est programmé, et nul programme ne saurait échapper aux accidents décrétés par les statisticiens prévisionnistes, d’autant  si, devant respecter les quotas, ils ont prévu un accident. C’est dur à suivre ? Je vous l’accorde et le concède, mais c’est ainsi.
Les amis, c’est les amis, et ne pas apporter son soutien à un ami qui traverse une épreuve serait au-dessus de nos forces en général, et des miennes en particulier.

« Salut, ça boum ? » lui avons-nous dit en entrant pour ne pas remuer le couteau dans la plaie.
— Non, c’est la cata : j’ai tout perdu.
— Bah, il te reste ton chien et ta souris…
— Qu’est-ce qu’il vient foutre dans cette histoire, mon chien ?
— Ben, quand on est malheureux, c’est bien d’être entouré. Un chien, une copine, des amis…
— C’est mon disque dur. J’ai tout perdu. Plus rien. Nib, naze, foutu.
— Ben merde alors. T’avais fait une sauvegarde au moins ? Clé USB. Tu sais qu’il y en a qui font 32 GO ?
— Non. C’est la totale merde. Je suis foutu.
— Ben mon pov’ vieux. Vrai que ça doit pas être facile.
— Et ta mère, t’avais fait une sauvegarde ?
— Qu’est-ce qu’elle vient foutre dans cette histoire, ma mère ?

Publié dans allégorie, humour, quotidien, savoir-vivre, vivre et mourir, les autres, écrits libres | Tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Des morts étranges et douteuses

Installé depuis novembre 14 dans ma boîte en sapin que champignons et bestiaux nécrophages ont fini par bouloter lorsqu’ils en ont eu fini avec moi –je veux dire mes restes–, je passais tranquillement mon temps à regarder passer le train du temps, lorsque j’ai appris la nouvelle. Ni par la TSF, ni par les journaux, comme vous pouvez l’imaginer, mais par voie spirituelle directe. L’esprit, à condition d’en avoir été pourvu, ce qui est donné à la plupart des êtres humains, jamais ne disparaît, comme le savent fort bien les nécromanciens et autres occultistes qui se targuent et se vantent, un peu trop à mon sens (façon de parler) d’avoir quelque relation avec les défunts, amen.  On a beau avoir été débranchés, on reste connectés et, qu’on le veuille ou non, rien ne nous échappe de ce qui se passe ici-bas. Pour une nouvelle, c’en était une ! Pensez : je venais d’apprendre que la commune de Saint-Amans-Soult  –patelin niché au pied de la languedocienne Montagne noire, et que personne n’ignore être le berceau du Maréchal d’Empire Jean de Dieu Soult– avait fait graver dans le granit du monument aux morts, mon nom –Pierre Vaissière, donc moi–, suivi de la mention “tombé au champ d’horreur d’honneur en 1915”.

J’en étais tombé sur le cul, mettant en vrac les os de mon arrière train plus les vertèbres L4 et L5 déjà fragilisées par le choc tectonique des coups de pieds au cul reçus de mon vivant tout au long de ma prime jeunesse, et généreusement distribués par ma mère, connue pour sa souplesse, sous prétexte qu’on n’a pas à courir la gueuse avant d’avoir atteint ses douze ans. Officiellement, et depuis longtemps, j’étais mort le 13 novembre 1914, après avoir mal réceptionné un obus de mortier, ce qui est un comble pour quelqu’un originaire du Languedoc, féru de rugby et, qui plus est, honnête trois quart centre. Mort ou déclaré tel. Car comment peut-on être mort une première fois en 1914, puis une seconde en 1915 ? Laquelle de ces deux morts était la bonne ? En supposant que je sois bel et bien mort en 1914, de longs jours se seront écoulés sans moi, et tant mieux, car j’aurais ainsi échappé aux horreurs de la guerre et aux fayots plus mortels que les gaz de combat. Mort en 1915, peut-être aurais-je eu l’aubaine d’être blessé auparavant et ramené à l’arrière où, avec beaucoup de chances, j’aurais pu séduire l’épouse d’un de ces officiers supérieurs grands consommateurs de chair à canon.

Puis tout m’était revenu de ce jour funeste du 13 novembre 1914 : les tranchées que nous nous disputions avec les rats ; les cadavres qui nous servaient de dessertes pour poser armes et bardas et aussi de rampes d’accès vers la mitraille du terrain découvert, lorsque injonction nous était donnée de nous aller faire écharper ; les ordres aboyés  qu’une arme pointée sur nous nous encourageait à exécuter ; puis celui, le tout dernier qu’il me fut donné d’ouïr, me menaçant d’une prompte balle dans le dos au cas où j’aurais la mauvaise idée de me précipiter dans un trou d’obus afin de me protéger du tir nourri, de mortier, qui s’était déchaîné. Mon corps, inerte, quelque peu dispersé et englouti sous des monceaux de terre, n’avait jamais pu être reconstitué. Le tas d’os gisant dans la tombe du soldat mort le 13 novembre 1914 et qui constituait un squelette entier ne pouvait donc m’appartenir. Je n’étais pas ce Pierre Vaissière, mais plus probablement l’autre, celui mort comme un con au champ d’honneur, en 1915.

Mais qui pouvait bien être ce soldat mort en novembre 14 puisque ce n’était pas moi ? Comment retrouver les siens pour qu’ils puissent se recueillir sur sa tombe, en éradiquer les mauvaises herbes, la fleurir d’un bouquet de fleurs et y verser des larmes de compassion sur eux-mêmes, n’ayant pu, et pour cause, hériter de ce parent, père, grand-père, ou pire ?

J’en étais là de mes interrogations lorsqu’une autre nouvelle me parvint à l’esprit, comme une feuille de chou glissée dans une boîte aux lettres rouillée, ou comme un de ces e-mails intrusifs qui inondent les boîtes de messagerie, qu’on n’a jamais demandé à recevoir, mais qu’on continuera à recevoir si on ne se désabonne pas. Comme si on s’y était abonné ! Je digresse, certes, mais ça m’occupe et ça me change de regarder passer le temps. J’aimerais vous y voir, si vous étiez à ma place…

Voilà que j’apprends que je viens de prendre ma retraite après avoir exercé mon sacerdoce dans plusieurs paroisses de l’Aude, durant 46 ans. C’est écrit en toutes lettres dans le Midi Libre. Que j’ai exercé à Marcorignan, que je venais de Pradelles-Cabardès, que suite à des problèmes de santé je me suis retrouvé à la maison de retraite Béthanie, à Carcassonne, etc. Et qu’une messe d’action de Grâce a été célébrée en l’église de Marcorignan en mon honneur. Photo à l’appui, s’il vous plaît, comme quoi je n’invente rien.

Mais alors, ce valeureux mort au champ d’honneur en 1915, qui est-il si ce n’est moi ? Ses proches savent-ils où le trouver ? Et s’il s’agit bel et bien de moi, ne viennent-ils pas se recueillir en un lieu où ils n’ont rien à faire, et n’auraient-ils pas mieux fait d’assister à la messe d’action de Grâce de cet abbé Pierre Vaissière que rien n’empêche qu’il soit leur parent, et que rien ne dit qu’il ne soit pas moi, donc que je sois bien lui ?

Et si un jour une nouvelle m’apprenait que je ne suis ni l’un, ni l’autre, parce qu’on aura découvert le nom du Soldat inconnu : Pierre Vaissière.

Publié dans humour, les autres, littérature, nouvelles, contes, vivre et mourir | Tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Commentaire

Je suis mort le vendredi 13 novembre 1914

Un obus similaire à celui qui m'ôta la vie

Le 13 novembre. S’il y a un jour que je déteste, c’est bien celui-là. Surtout celui de 1914, tombé un vendredi, en même temps que l’obus de mortier qui m’ôta la vie, c’est comme ça.
« Ça t’apprendra à jouer au soldat » m’avait sermonné Dieu, dont j’avais reconnu la voix grave au mâle timbre semblable à celui des grosses cloches de bronze. « Jouer au soldat un vendredi 13, qui plus est en 1914. Tu t’attendais à quoi, ? » m’avait-il tancé.
Pas tort, le vieux. « Sauf que… » lui avais-je répondu.

— Sauf que quoi ? Que tu n’y étais pour rien ? Que tu n’avais pas demandé à te retrouver sur le champ de bataille ? Et la désertion, tu n’y as pas pensé à la désertion ? C’est pour les chiens la désertion ?
— Je vous y verrai, vous. Vous croyez que c’est sans risque ? Vous croyez qu’on déserte comme ça ? La punition, vous savez en quoi elle consiste, la punition ? Peloton d’exécution, douze balles dans la peau et zou, plus de bonhomme. Bien sûr, pour vous, les risques sont limités, sacrément limités.
— Peut-être bien, mon p’tit gars, mais question risques, j’ai eu ma part et je l’ai encore. Alors moins de gaz, je te prie. En désertant, tu avais une chance de t’en sortir. Que dis-je, plusieurs chances, plein de chances, un tas de chances, une myriade, une nuée, une immensité, une infinité de chances.
— Ben voyons. Vous en connaissez sans doute un rayon question chance, dessein, destin et tout, mais question affaires militaires, que dalle. Les tranchées pourries, la bouffe pourrie, les généraux pourris, les politiciens pourris…
— Véreux. C’est véreux qu’on dit quand il s’agit des politiciens. Je le sais, c’est moi qui les ai créés ainsi.
— Mouais, c’est pas la meilleure trouvaille. Déserter, je veux bien, même si ça n’était pas gagné, sauf que…
— Ça y est… Je te vois venir. Encore un qui va me parler de moralité, d’honneur, de fierté, de don de soi, d’abnégation, de renoncement, de sacrifice… Misère ! Tant pis, tu l’auras voulu.
— Voulu quoi ?
— Mourir comme un âne, trépasser comme un idiot, avaler ta chique, boire le bouillon d’onze heures, passer l’arme à gauche, y laisser tes guêtres et te prendre un obus sur ta tête de mule.

Le vieux filou avait alors écarté les bras qui me protégeaient de la pluie d’obus. Et c’est ainsi que je m’étais retrouvé ad patres ce vendredi 13 novembre 1914.
Je déteste les vendredis 13.

Publié dans allégorie, humour, littérature, nouvelles, contes, éthique, vivre et mourir | Tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Commentaire

Commémoration du 11 novembre 2011

Le 11 novembre, je sais pas pourquoi, mais j’y aime bien. Tous les 11 novembre j’y aime bien, enfin j’y ai bien aimé, tous ceux d’avant. Surtout çui de 18, c’était drôlement bat, comme on disait. Pis le 11 novembre de 18, ça fait 29 si on y additionne, et 29 j’aime bien, parce que ça fait 11. Voui monsieur, ça fait 11 si tu ajoutes 2 à 9 ou même le contraire. 
Les 11 novembre, j’y aime bien aussi parce que le jour du 11, ça fait 11 tout comme novembre qui fait 11 aussi. Et 11 et 11, ça fait 22, si je ne m’abuse.
22, v’là les flics ! qu’on gueule chaque 11 novembre, à cause qu’on fait les cons avec le Gégé et le Bébert. On se met la tenue qu’on a toujours gardée, les bandes molletières, les godillots avec des chaussettes pure laine à cause qu’il fait pas tant chaud, le béret et les médailles qu’on a chouravées au Gus, le jour de ses obsèques. Le con ! 22 médailles qu’il avait. J’ai jamais su vraiment où c’qu’il les avait dégotées, mais sûr, plutôt au plumard qu’au feu. M’enfin, c’est pas vraiment à lui en chair et en os qu’on les avait tirées, tu comprends… Comme Gégé il a plus de pétoire, à cause qu’il l’avait vendue au bistrot, c’est lui qui fait le porte drapeau. Un drapeau hollandais qu’on y voit que du feu en le portant de travers. Bébert et moi, c’est le Lebel, baïonnette au canon. 
Le bistrot fermé le 11 novembre ? Tu plaisantes ! Pour preuve, la halte qu’on y fait sur le chemin qui mène au monument aux morts. Tiens, v’là les vieux cons qui rappliquent, qu’ils disent, Vont encore faire du bouzin. Rosalie, si tu m’aimais, qu’on chante en se pointant au monument aux morts.
Taratata fait Gégé dans le clairon. La gueule du maire… Mais c’est rien comparé à celle qu’il fait quand on fait péter les Lebel. D’où les flics qu’il fait appeler.
Le 11 novembre, on y raterait pour rien. Et çui de cette année, c’est pire. J’t'explique : 11 = 11, plus novembre qui fait 11 et 2011 qui finit par 11, si je ne m’abuse. 33 que ça fait. C’est comme j’le dis et comme le toubib i nous demande qu’on le dise. Alors ce 11 novembre, on y a dit. En joignant le geste à la parole. C’est pas que la bière 33 on y tienne, c’est le Kiravi du rouquin, mais ça fait bigrement l’affaire, à condition de pas mégoter.
Alors on a pas mégoté et on a sifflé ce qu’il fallait, parce que faut c’qu’i faut, hein ! C’qu’ils ont pas aimé, c’est quand le Bébert il est allé au refil au moment que la clique jouait la Marseillaise. C’est scandaleux y’en a qui ont dit, à cause que c’était sur le drapeau qu’il est allé au refil. Un vrai crime de lèse majesté ! Tu parles, un drapeau hollandais. On est pas cons à ce point, surtout Bébert.
Bref, les flics nous ont embarqués. Question de jambes. 
Comptez pas qu’on dépose des chrysanthèmes sur vos tombes, vieux saligauds, il y en a qui ont gueulé. Les p’tits cons ! Ils étaient où, eux, en 14 ?

Publié dans actualités, citoyenneté, société | Tagué , , , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Toussaint

Je ne sais pas combien il y a de saints, mais ça en fait une tripotée. Il n’y a qu’à voir le nombre de jours dans une année pour s’en faire une petite idée. Et je ne parle pas des années bisextiles.  Un par jour, minimum, sur le calendrier ; des fois jusqu’à quatre, cinq, ou plus. Bon, certains ont de tels noms à coucher dehors que ça doit être pour ça qu’ils ont été canonisés. C’est avec une immense tristesse que nous apprenons la disparition d’Alfred –c’est un exemple, mais ça aurait pu être Robert, Georges ou pire– des suites d’un coup de froid malencontreux, quoique prévisible en cette saison. La prière extatique en plein courant d’air sur le carrelage gelé, ça ne pardonne pas, mais c’est bien vrai que ça donne un sacré coup de pouce pour grimper au ciel.
Fête Nat. n’est pas un saint, vous entends-je dire. Je sais ; le 1e mai non plus, pas plus que la fête de la Victoire qui n’a rien à voir avec une quelconque sainte, serait-elle d’Arc. Mercredi des Cendres n’est pas plus un saint que le Vendredi de Defoe ou que Mardi gras et consorts. Il n’empêche : pas un jour qui ne corresponde à la fête d’un ou de plusieurs saints. Si on rajoute les saints de l’Islam, on ne sait plus où donner de la tête.

Pas un jour sans son saint à fêter avec levée de coude, expédition d’une carte idiote de bonne fête, via les Pététés ou l’Internet –d’une créativité redoutable–, plus cette amabilité de bon aloi, feinte une fois sur deux. L’enfer du devoir.
Jusqu’à ce que je comprenne, enfin, l’utilité de cette fête de la Toussaint dont je ne m’explique toujours pas l’orthographe bien singulière.
Bonne fête, donc, à tous les saints, et que ceux-ci prient pour nous, pauvres pêcheurs, amen, etc.
Santé !

Publié dans humour, impiété, religions, idéologies | Tagué , , , , , , , , , , , | 1 Commentaire

Nous sommes des jouets

Perdu aux fins fonds d’un désert numérique, dans ces territoires hostiles où on entend vivre la vie, mais pas la sonnerie des téléphones, c’est d’une seule traite que je suis revenu gai, sans un sou, vaguement gris, avec des fleurs plein les charrettes, mon destin dans la paume écrit : Tu seras un jouet, mon Fils.
Tiens, me suis-je dit en aparté  pour que les volatiles qui survolaient mon équipage ne me prennent pas pour un aliéné… tiens, mon vieux père qui me donne signe de vie. Depuis le temps… Un bail que je n’avais plus de nouvelles. Faut dire qu’entre les grèves des éboueurs stellaires et les années lumière qui font obstacle entre lui et moi, la communication n’est pas facile. Lui dire quoi ? en supposant que mon message lui parvienne. Qu’il ne me manque plus depuis que j’ai appris à ne manquer de rien, la vie m’ayant appris à manquer de tout ?

Tu seras un jouet, mon Fils. Je n’ai pas attendu ses griffonnages dans le creux de ma main pour savoir que je serais un jouet, que j’en étais un et que –vous voulez parier ?– je le serai jusqu’à ce que je rende mon dernier souffle en même temps que mon tablier que larmes, sang et autres saletés ont transformé en une œuvre d’art qui ne manque pas d’intérêt. Un collectionneur en a offert une mauvaise fortune, contre bon coeur, preuve de sa valeur, s’il en fallait, comme disait mon pote René.
Je m’en sors bien cependant, étant de bois plus quelques morceaux de ferraille emboutie, et non de plastique, loin d’être grecque, ni particulièrement belle, si je mets de côté mes pieds que je trouve de cette beauté intelligente qu’on ne prête généralement qu’à ceux qui n’ont pour tout bien que celui que je pense d’eux, je veux parler des poètes. Pas tous, faut pas exagérer, et surtout pas ceux dont la plume trempée dans le sang chante en rouge sur fond noir les aigles impériaux sans foi ni loi qui marchent au pas de l’oie et larguent leur fiente pour le plaisir de souiller, ni d’ailleurs ces grands capitaines d’empire qui font la pluie, le beau temps et fabriquent de la pauvreté à la chaîne. 
Une deuxième lecture s’est imposée. Un baptème, en quelque sorte. L’esprit saint, celui qui dévoile, met à nu pour laver les sanies. Un Fils majusculé de la sorte, si ça court les rues, ça ne les court pas en solitaire. Fils d’homme, voilà tout, parmi d’autres. Jouets.

J’ai regagné la civilisation la cohue le magasin de jouets. On y vend aussi des farces et attrapes, dont de drôles de machines qui causent et font de la musique. Parfois. Des radios, je crois, ce que les vieux appelaient des téesséfes. Des téléviseurs aussi. Ces engins là, on a beau savoir ce qu’ils visent, on se fait avoir. Puis les zordis, ces surprenantes bécanes qui font croire qu’elles font gagner du temps mais font ce qu’il faut pour que tu ne (te) poses aucune question sur le genre de temps que tu gagnes et ni pourquoi tu devrais gagner du temps, plutôt que du pain.
On est une ribambelle à attendre que les étagères s’écroulent sous le poids de notre bêtise et que, précipités dans l’abîme, nos pièces de pacotille faites de mauvais matériaux se brisent en mille morceaux. Les jouets, question qualité, c’est plus ce que c’était. Même en Chine.
Il y a bien des travées où ça bouge, on se demande pourquoi. Doivent ignorer, comme nous l’ignorons, que le jouet, ça se recycle.

20 heures. Les infos. En Libye et ailleurs, blablabla… 
Dire que j’ai loupé ça pendant quinze jours ! 

Comme tous les soirs à 21 heures, le marchand d’huile est passé. Un coup de burette, un coup de chiffon sur les empreintes laissées par de sales morveux, un coup de plumeau, et hop, extinction des feux. La charrette rutile, les fleurs ont repris des couleurs, je peux m’assoupir. Et rêver, en en sachant l’éphémère.

Publié dans allégorie, fantaisie, fantastique, Libye, littérature, politique, économie, société | Tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

De la difficulté à poster des posts par temps de chasse

J’ai essayé  la télépathie : nib. La prière : renib, que je fasse appel au diable ou au bon dieu de bon dieu. Les pigeons voyageurs, que je me suis dit. J’aime bien me parler, ça me fait de la compagnie. 
Parce qu’il faut que je vous dise que là où je suis, présentement, c’est pas le Pérou question envoyer quelque chose sur Inter plus ou moins Net. Certes je suis loin de toute vraie civilisation, je veux dire la nôtre, car à plus de 25 km à vol d’oiseau de toute ville digne de ce nom. J’entends par là un patelin où se connecter sur le Oueb est plus facile que de trouver une pissotière déguisée en colonne Morris. Vive le modernisme et vive la confusion entre lanternes et vessies.
Les pigeons voyageurs, j’t'en foutrais ! Des fainéasses ou faignasses, c’est tout comme, habitués au confort depuis qu’ils ont perdu la mémoire des guerres passées.
Bref : j’écris un billet, y’en a qui appellent ça un post, d’autres un article, mais en gros c’est du pareil au même et ni l’un ni l’autre ne présente (ni l’un, ni l’autre, donc il n’y en a qu’un, d’où le singulier) un quelconque intérêt, hormis celui de se demander pourquoi on a tant de noms pour un truc dont l’intérêt est inférieur à celui de la Caisse d’Epargne, de Prévoyance et des Fins de mois difficiles. J’écris mon machin, je chope un pigeon précédemment repéré comme étant le plus performant des messagers ailés, lui prend la patte, celle baguée, et hop, dans le sac mon post ou article, c’est comme vous voulez. Une tape sur le cul, et zou, direction l’aérovolatile le plus proche où une correspondance acheminera mes deux minutes d’effort scribouillard en juste, bonne et  digne place, donc sur l’écran de vos ordinateurs que vous avez payé bien trop cher pour l’usage que vous en faites, chacun son vice.
Et j’attends. Quoi ? vous entends-je glapir. Que vous m’adressassiez  en même temps qu’un accusé de réception vos félicitations pour cet exercice de haute voltige que mes dix doigts exécutent sur un clavier dont l’ergonomie a été pensée par le clone d’un clown bien trop payé pour ses prestations et qui n’a jamais usé de l’extrémité de ses dix doigts pour autre chose que la branlette techno intellectuelle. Viens-y donc mon gars à arracher les patates ou à construire une charpente avec tes vieux os  qu’une vie ô combien douloureuse de manar a usés bien avant l’âge légal de la retraite.
J’ai attendu, par définition plus qu’il ne faut, jusqu’à ce que j’apprenne par le téléphone arabe, le seul qui fonctionne malgré les taches solaires qui foutent le cancer, font dérailler les horloges et retarder les trains d’enfer, que mon pigeon s’était fait occire par un chasseur en mal d’argile. Mais où va-t-on ?
Du coup, je me suis collé deux ailes, un gilet pare-balles, et après m’être servi une légère collation, je me suis envolé pour remettre en mains propres au premier lecteur venu, qui fera suivre, cet article pas loin de surpasser les plus hauts sommets de la littérature.

La suite au prochain numéro, dès que les chasseurs se seront entre-tués, Dieu leur vienne en aide dans cette tâche.

Publié dans humour, littérature, médias, télévision, quotidien | Tagué , , , , , , , , , | 4 Commentaires

Le Rayon violet : ça fume !

« Les Énergies du Maître Saint-Germain sont celles de l’Être réalisé, ayant transcendé sa manifestation physique pour se diluer dans le Tout. Le Maître ascensionné Saint-Germain s’unit au 7e rayon, le Rayon Violet, pour guider actuellement l’humanité dans sa transformation vers un Âge d’or et les individus dans la retrouvaille de leur capacité de transmutation. »
(Rien que ça ! NDLR ) 
Introduction à l’Oeuvre du Rayon Violet

.

J’a l’a jati an oeil sir la Oueb, j’a l’a trové tot plin li gen qui croa en qiq chouze, la qatouliq, la prouteste, la jvive, la mouslim, la bodist, la bramaniste, la payen, la chaman, la niou èdge1, avec tot plin dotre, tos aviq guru, li pape, li pope, li qouri, li pastor, li soursié, li lama assi aviq la boda, iqsatira. J’a l’a assi trové a rilajion, sa i fait la pirestualiti spiritualiti aviq li set réyons, si lé plu for, si sur, aviq tot amour, i la pé, i la loumière i tot. Yana 7 réyon saqri, la plo saqri c’i la violé, c’i triste qi fo itre violé por itre saqri plos qi lotre. A dize assi qi li réyon i pinitre partot, sa doa fèr mal. J’a an ami, ma dit li réyon a bruli tot la cervel, ci come sa qon i voa li réyon, a couze li neurone tot cassi. C’i tot fumeu, qi di mon ami, qasseqisqroa, qi di assi, même qi fon tot plin li fote artograf. I ma montré sir la Net. Moa j’a si pa la françouze, mé mon ami il la parle i al lacri.

C’i leuvre di Réyon Violé2, qi dize, avi linérji du mètre Saingermin3, qome in sain, mé al i pa in sain. Yana li dissiple qi coz aviq li silule, j’a si pa si coz aviq li prizounié. A diz qi fot pa si fié les éta intérieur et qi fo atensifié la ritm vibratoare, qe sa qomense par trové la forse de se renqontré, mé fo avan fère un ouiquénd de 7 jour qi favorize l’écoute de soi qui permé entendre cauzé les dézéqilibré qui coze, sé seula qi organize le séjour.
Li 7 jors, ci qome an ritrète. Qoa on i fé ? Ti pren li coze que ti soufre, ti dissous j’a si pa dans lo ou qoa, qom l’asétone. Ti mé la riveil tris for qi riveil la pulsion de vi i la forse qi fé tu ti ricré, ci toa papa i mama. Apri, ti fé mariaje aviq soi i ti pren la vi qom dazième apouze, pis ti prend une espression de soa, ti la sicou, ti la stimoule en rian.

Mon ami a la tot aprimi la site Réyon Violé. Al a droulemen rigoli. Du bidon, qal a di, fumeu de A a Z. Ci tot juste bon a jiti feu. J’a rigoli assi qe jamé j’a entendu li aneri come sa.
J’a mi papié dan qasserol. J’a mi l’o a dissu, j’a mi li feu a dissou, j’a fi boyir, j’a rimué, ça yana ramouli, dachiré tot pti marso. J’a acore fi cuir jisqua sa brule tot fumeu. Apri j’a tot jité dan cabiné pi j’a tiré chasse.
Mon ami al di qe fer la merde aviq la merde sa march mieu qe voloar fer di l’or aveq li plon, qe sé rien qe déz aneri.

———————————
1. Il s’agit bien sûr du catholicisme, du protestantisme, des religions ou philosophies juive, musulmane, bouddhiste, brahmaniste, chamanique et du New-Age.
2. L’Oeuvre du Rayon Violet.
3. Maître (!) Saint-Germain.

Publié dans grosse déconnante, humour, obscurantisme, intolérance, occultisme, société | Tagué , , , , , , | 1 Commentaire

Transsexualité, transidentité, transespèce et normalité

J’en suis encore tout remué et retourné, dans le mauvais sens, que ça fait gerber. Tout sens dessus-dessous, avec le tournis, ce qui m’étonne, n’ayant rien d’un ruminant dont l’encéphale subit l’assaut de larves de ténias, sales teignes !
Qu’est-ce que je viens d’apprendre en regardant une émission à la télé ? Qu’il y a des malades, moi je crois plutôt des monstres pervers qui, sous prétexte qu’ils se sentent bien plus appartenir au sexe qu’ils n’ont pas qu’à celui qu’ils ont, pourtant bien en chair en os et tout, voilà-t’i pas qu’ils se font opérer pour changer de sexe. Moi, je trouve ça dégoûtant, parce que quand même, hein, tout à fait entre nous… Puis quelle idée, de se faire greffer ce genre de choses, que des fois on ne sait même pas d’où ça provient.
On va où  ? je vous le demande. Que le papa il devienne maman et qu’elle, je veux dire l’ex, pas l’ex parce qu’ils ont divorcé, non, l’ex mère, et qu’elle, elle devienne papa, passe encore, à la limite, parce que le gamin, hein, il a encore père et mère. Mais les couples monoparentaux, je veux dire ceux qui sont plus ensemble à cause qu’un des deux a voulu changer de sexe, par exemple, et ben il fait quoi le gamin ?
J’ai du mal à comprendre, et même à imaginer que ça puisse exister et que les pouvoirs publics ferment les yeux. À moins que ce soit parce qu’eux aussi ils aimeraient bien devenir autre chose que ce qu’ils sont, et que si ça se trouve, c’est déjà fait. Je sais pas si vous avez remarqué, mais on a en bien un ou deux, dans les ministères, je veux pas dire, mais c’est pas très net. Je dis un ou deux pour pas vous affoler. Et le pire, y’en a un, par exemple, mais je vais pas dire son nom, on peut pas dire qu’il soit vraiment jojo –90kg, 1,58, vilain comme un pou–, eh ben c’en est une, en fait. Avant, non, mais aujourd’hui, c’est sûr. D’ailleurs ils y ont plus ou moins évoqué dans le poste. Pis à côté, t’en as un qu’est girond comme tout, qui causerait bien une petite érection à n’importe quel vrai gars, et plouf, c’est un gars, un vrai, ou presque. Enfin, c’est ce qu’il croit, même s’il le chante pas sur les toits, à cause qu’il a pas la voix qui va avec le physique.
Les transsexuels, on y appelle, ces détraqués. Et vous savez quoi ? Il y en aurait même qui sont des instituteurs ou des professeurs, même des fois des juges ou pire. Si ça se trouve, on a des généraux ou des présidents, tout pareil. Et c’est ça qui éduque nos enfants, et c’est ça qui commande l’armée. Va pas t’étonner qu’on perde les guerres, que les gamins ils savent pas lire et que le pays va à vau-l’eau.

L’autre jour, je m’ai fait arrêter par un gendarme. Je suis sûr de rien, mais maintenant que j’y repense, je veux rien dire, mais… Bon je préfère me taire. M’étonnerait pas qu’il en était, comme on dit. Une voix toute douce derrière ses grosses moustaches. Si ça c’est pas une couverture, je me les coupe. Pas moins bête ni plus qu’un autre, je sais que les moustachus et les barbus, c’est qu’ils ont quelque chose à cacher, que c’est du pareil au même qu’un masque, comme ceux qu’ils mettent dans les gay pride, les cons, ah il est beau le modèle qu’on donne aux enfants !
Bref, il me fait signe de m’arrêter. Je roulais à bonne allure, et freiner avec les sabots, c’est pas si simple, sauf si on a eu le temps de s’y habituer. Mais moi ils sont comme neufs. Je finis par m’arrêter, il s’approche, passe la tête par la portière, je veux dire par la vitre de la portière que j’ai pas eu à descendre parce que je la laisse toujours ouverte, à cause des oreilles. « Vos papiers », qu’il dit un peu fort avec sa voix haute perchée de bonne femme, mais c’est quand même pas sûr que c’en est une, faut jurer de rien. Les oreilles que je m’ai fait mettre, ça fait porte voix, c’est à cause que je suis un peu dur de la feuille, mais pas trop, et du coup quand on me corne dedans, ça fait un tas de décibels. Le donneur je l’avais trouvé à l’île de Ré : un vieux qu’avait rendu l’âme à force de trimbaler des sales mioches qui lui lançaient des pierres quand la balade était finie et à cause aussi des coups de bâtons qu’il recevait parce qu’il en faisait qu’à sa tête. Presque 30 cm de long, les oreilles. D’où la Kangoo que je m’ai achetée à cause du toit qui fait que mes oreilles tiennent droit sans se friper.
Je grogne, pas que je sois mal viré, mais pas complètement habitué à mes pattes, je n’ai pas encore le réflexe de rétracter l’ongle de mes doigts arrières, comme au bistro, l’autre jour, où j’ai filé méchant mon pull de cachemire en sortant mon portefeuille. Une maille tirée dans le cachemire, c’est pas rien, que ça fait négligé.
Les serres, y’a pas mieux pour saisir la louche d’un pote quand je le salue, c’est parfait pour ramasser tout ce que tu veux, et nickel pour récupérer la monnaie si t’es caissier ou croupier. Non, je suis ni croupier ni hôtesse de caisse, ça risque pas. Je me suis spécialisé dans le vidage des troncs, parcmètres et similaires : un coup de langue vif comme un coup de fouet, une rafle en règle grâce à mes serres, et le tour est joué. C’est quoi ma langue ? Une de myrmecophaga, un tamanoir, si vous préférez, mais ça change rien, c’est pareil. Quant à la greffe, ça n’a pas été plus difficile que pour mes pattes de rapace. Le plus dur ça a été de trouver un bestiau qui accepte, pas une mince affaire. Sans les centaines de litres de jus de fourmis pressées dénichés au Brésil, j’aurais pu m’asseoir dessus et me rabattre sur une langue de vipère ou je sais pas quoi d’autre. Paraît que c’est drôlement dur à attraper, les fourmis, Là-bas, ils se servent de tamanoirs dressés. Une fois gavés de fourmis, ils leur font avaler du jus d’endive, que l’amertume ça leur fait tout rendre.

Bon, je tends mes papiers au gendarme. À voir ses mains, c’est pas le genre de boulot qui tue. Doivent pas trop se fatiguer, dans le métier. C’est pas des pognes de prolo, sûr. Puis les manars, rare qu’ils aient les ongles vernis. Bref. Il compare ma tronche à celle de la photo sur le permis, prend un air suspicieux pour faire bien, fait le tour de la Kangoo, repointe le nez à la portière. « Anus Asalain, c’est pas un nom d’ici… », qu’il dit en hochant la tête, sans se rendre compte que sa langue a fourché. « Brigadier, » que je lui réponds avec ce qu’il faut de déférence pour pas le vexer, « c’est Alain Asanus, que je m’appelle. Alanus Asanus, il avait dit à mon baptème, le curé, mais c’est Alain Asanus, sauf pour les dixclecsiques qui y arrivent pas, paraît qu’ils y peuvent rien. Sinon, je suis d’ici et bien d’ici, comme mon père, ma mère, mes frères et puis mes sœurs, » je lui martèle, comme Charles, pour qu’il entende bien. Pas bête, j’ai compris qu’ils n’aime pas les étrangers, surtout s’ils viennent d’un pays de sauvages.
Il confirme ce que je pense : « C’est qu’on n’aime pas bien les étrangers, par ici, ni les cheveux longs ni les frisés, ni les skinhead –encore que ça peut passer à cause qu’ils ont moins de poux que les autres, même qu’ils en cherchent, c’est quand même bizarre, on se demande pourquoi. Ni les pédés, ni les drogués et les chômeurs, tous à mettre dans le même sac avec les petits que la chatte des gosses nous a faits, heureusement que la rivière est pas loin. »

« Dixclecsiques, c’est quoi cette ânerie ? Dyslexique, pas dixclecsique », il me reprend. Après il rajoute qu’il faut pas tout mélanger, que dans la gendarmerie l’ordre c’est l’ordre, et que chaque chose ayant une place, elle doit être à sa place, comme l’épée dans le fourreau, le pistolet dans son étui, les yeux en face des trous, les œufs pas tous dans le même panier, la main au panier, l’affaire dans le sac, la gendarme sur la voie publique à dresser procès verbaux, et son mari à la maison à faire la soupe et à s’occuper de la marmaille.
Là, y’a comme un petit truc qui fait tilt, mais j’ai point le temps d’en faire cas.

— Votre permis de conduire…
— Quoi, mon permis ?
— L
a photo elle date de quand ? De demain ? Parce que sur le permis vous êtes chauve comme la nuit sur le mont, et là, c’est une vraie crinière que vous arborez. J’adore… Très léonien, très joli, même si aux félidés que j’abhorre, je préfère les canidés. Vous connaissez Mousorgski ? J’adore.
— Ça tombe bien, moi aussi, » lui dis-je en confiance, hypocrite comme un dentiste et un tantinet surpris de voir rosir ses pommettes et frémir ses bacchantes grisonnantes.

Mouçorsky, je vois pas le rapport –de toute façon je connais pas–, et les lions, j’ai rien contre. Se rendant compte que je le dévisage, ses yeux céruléum deviennent fiévreux ; leur couleur vire au violet clair, comme si on y avait rajouté une pincée de bleu de manganèse. Je lui explique mes implants provenant d’une culture de poils d’un Setter irlandais, un Gordon que j’avais dû saouler au Gin pour pouvoir lui arracher une touffe.

« Bon, ça va, » me dit-il bon prince et pour toute forme de procès verbal « Allez-y », m’injoncte-t-il en me rendant mes papiers, d’une main quelque peu moite et un rien fébrile.
Contact . Vroum, vroum. Je me mets la queue bien à plat sous les fesses pour me caler pile-poil dans le siège –une magnifique queue de castor que je dois à un généticien. Pas mieux comme coussin. Groin dans l’axe de la route, j’aboie un merci stupide, jette un œil dans le rétroviseur avant d’embrayer –on est jamais assez prudent. Avant qu’il disparaisse dans le rétroviseur où il rapetisse à vitesse grand V, j’ai juste le temps de voir que mon gendarme porte une jupe. Je sentais bien que quelque chose était pas normal. J’en suis tout retourné.
Je sais pas où on va, mais on y va…

Publié dans humour, identité, moeurs, obscurantisme, intolérance, santé médecine, société | Tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 7 Commentaires

Mais pour qui PIERRE C.J. VAISSIERE se prend-il ?

Mais pour qui PIERRE C.J. VAISSIERE se prend-il ? Pour Dieu le Père ? Pour Dieu le Fils, cet empoté de la Drôme, empoté et mal embouché (car il faut voir les colères qu’il pique contre ses concurrents, sous prétexte qu’ils vendent des cochonneries pour touristes, sur la place de l’église) et qui, contrairement à son père qui a créé deux petits personnages rigolos rien qu’avec ses petites mains et de la terre glaise (laquelle n’existait même pas avant qu’il l’invente), contrairement à son père, disais-je, ne sait rien faire d’autre que tourner la terre en bourrique avec des tours de passe-passe lamentables et même pas drôles si on les compare à ceux du regretté Jojo, je veux dire Garcimore, c’est pour ça qu’il est regretté, seuls les morts ayant droit au regret, mais pas tous, moi dieu merci. Le coup des poissons sans arêtes, celui du pinard changé en eau, le paralytique et sa chaise roulante qui se retrouve avec des pneus tout neufs, et j’en passe… tours grossiers dont Gérard Majax, un grand sorcier, a démonté les subterfuges de gamin naïf et attardé.

Non, : ce personnage dont toute personne saine d’esprit –s’il en existait– s’attacherait à se détacher pour éviter d’être polluée et entachée de scories d’immoralité et d’impiété, ce personnage ne se prend ni pour Dieu le Père, ni pour le fils de ce dernier (qui à en croire les croyants serait en fait le Premier), individu que la ville de Lyon, capitale des Gones et des Gaules a choisi comme icône majeure pour illustrer ses armoiries  (Un Jésus en croix coiffé d’une tiare papale, 2 bouteilles qui symbolisent le Rhône et la Saône), et ni pour un quelconque descendant du couple d’argile qui n’a jamais réussi à pondre le moindre gamin, n’ayant ni le mode d’emploi, ni les couilles pour le faire à cause de ce stupide interdit lié à l’inceste. Et c’est tant mieux.
Mais alors, qui peut donc bien être Pierre Vaissière, s’il n’est ni Dieu, ni son fils, donc ni l’être ni le non-être, car que peut-il bien exister d’autre ? D’où la question initiale : Pour qui P.C.J.V. se prend-il ?

Nous y voilà : l’orgueil étant sans limite, c’est pour Lui-même que se prend ce triste sire, souverain suzerain d’un vassal qui n’est autre que Lui-même. Et c’est coiffé de son entonnoir royal qu’il ordonne le monde, son monde, un monde où il se rendrait grâce d’être le Seul et l’Unique à y vivre si cet Iznogoud de Vassal était parti voir ailleurs s’il y était.

Publié dans allégorie, fantaisie, fantastique, grosse déconnante, humour, impiété | Tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire