Les derniers écrits parus sur les blogs de Pierre C.J. Vaissiere

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03/12 – Une forêt plus riche en essences que l’OPEP
01/12 – Du peu d’intérêt qu’il y a à être pauvre
1-ce_que_pierre_vaissiere_aurait_pu04/12 – Un naufrage annoncé
01/12 – L’esquisse du rêve
03/12 – Santé : des recommandations alimentaires à la con
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Du peu d’intérêt qu’il y a à être pauvre

Ce n’est pas rentable d’être pauvre, malgré la commisération et la pitié dont on peut faire l’objet, ce qui, question intérêts, ne pisse pas loin.
S’ils savaient ça, les pauvres économiseraient pour s’acheter des préservatifs afin d’éviter d’engendrer de futurs pauvres. Naître pauvre permet au moins d’avoir une certitude dans la vie : le rester. Et tant mieux pour les riches. Plus une autre, celle d’avoir moins longtemps à supporter leur condition, puisqu’ils vivent moins longtemps. À part quelques heureux élus qui, non contents de passer leur temps à tirer le diable par la queue, vivront si longtemps qu’ils feront mentir les statistiques. Longtemps et en mauvais état, car la santé est un privilège qu’ils ne peuvent s’offrir.
Les bébés pauvres sont mal nippés et grandissent dans des vêtements trop grands, ceux qu’ont porté avant eux leurs nombreux frères et soeurs. Les loisirs coûtant bonbon, il ne reste aux pauvres parents que la pratique d’activités sexuelles simples dont le résultat est la naissance d’une nombreuse progéniture. Ce qui a pour résultat d’en rajouter à leur dénuement.
Les parents pauvres nourrissent mal leurs mioches et, sans obligatoirement les maltraiter, ils n’accordent que peu d’importance à leur santé et à leur bien-être. Les couches qu’ils achètent, conditionnées par paquets de 6, leur reviennent plus cher, bien qu’elles soient d’une qualité médiocre. Mal absorbantes, elles se délitent et font des boulettes, puis provoquent de l’érythème fessier à répétition. Les pleurnicheries qui s’ensuivent excèdent à ce point les parents que le père va faire un tour (le bistrot n’est pas loin) et que la mère pousse au maximum le volume de la télé. Les pauvres ont la télé, qu’ils paient à crédit deux fois plus cher que le prix normal, celui des plus riches.

Les pauvres ont très vite de vilaines dents, de vilaines lunettes en ferraille et sont soit obèses, soit maigrichons. Ils mangent mal, et jamais bio et pensent plus à bouffer qu’à s’alimenter.
Si certains enfants pauvres sont beaux, c’est rare et ça ne se voit pas, à priori.

Pour passer leurs nerfs, car les pauvres sont envieux, tendus et aigris, les parents pauvres ont tendance à picoler, se chamaillent, battent leurs enfants s’ils n’ont pas de chien, noient le cochon d’Inde de la petite dernière dans l’aquarium où flotte mollement un vilain poisson rouge en plastique. Les enfants, eux, en guise d’activités culturelles, arrachent les pattes des mouches, font faire la course aux cloportes, font fumer les crapauds, attachent un fil à la patte des hannetons pour les faire tourner en rond ou, à l’occasion, crèvent les yeux du chat de la villa du bout de la rue. Ils se bagarrent, poussent des cris de gorets, tirent les cheveux des filles et donnent des coup de pied dans les tibias des assistantes sociales. Plus tard, ils traîneront, dealeront pour les plus costauds et débrouillards ; tabasseront des pompiers, caillasseront les keufs et mettront le feu à des bagnoles au nouvel an, pour les autres.
L’école primaire des pauvres, c’est la communale. La seule matière où les gamins pauvres excellent, c’est le touche-pipi. Les connaissances qu’ils acquièrent dans ce domaine leur serviront plus tard lorsqu’ils organiseront des tournantes. À la maison, règne la braillante, ce qui n’empêche pas les enfants pauvres de sortir leurs affaires de classe sur la table de la cuisine autour de laquelle ils se chamaillent pour avoir la meilleure place : celle en face de la télé. Un enfant pauvre à beau s’appliquer et apprendre ses leçons, il ne récoltera qu’exceptionnellement le juste fruit de son travail.
Lui apprendre que c’est ainsi pourrait lui éviter de cruelles déceptions lorsqu’il sera confronté au monde du travail, mais ses parents, ayant appris à faire avec, ne voient pas pourquoi ils le mettraient en garde. Par ailleurs, encore faudrait-il qu’ils soient conscients de ce phénomène.
Le gosse de pauvre obtient son premier vélo en échangeant une montre ancienne dont il n’a aucune notion de la valeur contre le vieux clou d’un gosse de riche (celui de la villa du bout de la rue). Montre qu’il aura chapardé à sa mère, qui la tenait de sa mère, qui elle-même… S’il reste sa vie durant avec le poids de ce larcin sur la conscience, c’est parce que très tôt le sentiment de culpabilité lui aura été inculqué. Les pauvres ont tort, ne serait-ce que d’être pauvres.

Parce que se marier et faire des enfants est à la portée de toutes les bourses, les pauvres se passent tout autant la bague au doigt que les riches, mais presque exclusivement entre eux, car ils n’ont pas le choix. Ils font de grandes fêtes, invitent leurs nombreuses familles, ce qui leur coûte fort cher, mais rien n’est trop beau pour qui veut péter plus haut que son cul. Les pauvres aiment montrer aux autres pauvres que –eux–, ils ont les moyens. Mariage payé à crédit, qui grèvera lourdement leur budget.

Les pauvres, se refusant de passer pour ce qu’ils sont à cause de la honte qu’ils en éprouveraient, achètent neufs les biens de consommation (de mauvaise qualité) qu’ils convoitent (les pauvres convoitent, tandis que les riches désirent). Ils paient très cher à crédit ce qu’ils n’auront ni les moyens d’entretenir, ni de faire réparer, ni de changer. Rapidement obligés de se serrer la ceinture pour joindre les deux bouts, ils ne sortent plus, mangent de moins en moins bien et finissent par passer leur week-end au lit où ils font de nouveaux enfants. Si leur télé tombe en panne, que les chaussures des gamins ont vraiment besoin d’être changées ou que, Noël approchant, il va bien falloir faire des cadeaux, ils finiront par acheter discrètement d’occasion.
C’est aussi d’occasion qu’il leur faudra bien, un jour ou l’autre, changer de véhicule. Ils paieront 1000€ un tacot qui n’en vaut pas 500 et pour lequel ils devront dépenser 3 ou 4 fois plus pour pouvoir s’en servir raisonnablement. Rien ne les empêche, cependant, de se déplacer en train en profitant de tarifs réduits grâce à la carte de famille nombreuse à laquelle a droit toute famille d’au moins 3 enfants. Ce dont bénéficient également les riches,  entre parenthèses.
Quoiqu’ils achètent, service ou bien de consommation, les pauvres paient le prix fort, et jamais la moindre remise ne leur est proposée, ni le moindre avantage. Ils paient deux fois plus cher le moindre découvert bancaire que ne paie le riche pour un découvert au centuple.
La maison de leur rêve qu’ils arriveront à s’acheter au prix de gros efforts –les pauvres sont courageux, obéissants et travailleurs (au point qu’ils ne rechignent pas à la tâche, surtout si celle-ci exige qu’ils courbent le dos)–, se révélera être un cauchemar. Mal finie et mal isolée, les notes de chauffage seront salées et ils n’auront ni de quoi y faire face, ni de quoi poser une isolation digne de ce nom.
Ne sachant négocier les prix, obligés au crédit et au matériel d’occasion, les pauvres paient le tarif fort. En cas de sinistre, et étant mal couverts, ils sont de magnifiques proies aussi bien pour les assureurs que pour les professionnels de santé (notamment chirurgiens) et les vendeurs d’encyclopédie, d’aspirateurs, de double vitrage, de produits anti-tout, et de rêves.
Les pauvres n’ont droit à aucun égard, à aucune considération, mais ils s’y habituent très tôt. Ceux qui y rechignent peuvent finir par s’en sortir, mais leur mauvais goût (le bon goût c’est le goût des riches) les désignera comme étant de basse extraction. Accusés de trahison par les pauvres restés sagement à leur place, ceux-ci changeront de trottoir lorsqu’ils les croiseront et ne leur adresseront la parole ni pendant les parties de pétanque, ni au bar-tabac-PMU que les pauvres fréquentent assidument. Rejetés par les riches dont le destin était d’être riches, ils n’auront jamais leur carte du Cresus’s Club, ni celle bancaire Private Gold. Les portes qu’ouvre celle-ci leur resteront fermées.

Les riches meurent tout autant que les pauvres, et sont généralement mieux soignés et entourés que ces derniers. Ils vivent souvent plus longtemps qu’eux. Comme les pauvres durent moins longtemps que les riches, on pourrait s’attendre à ce qu’il y en ait moins, ce qui serait oublier leur rendement en terme de reproduction de leur espèce. En n’importe quel instant, il y a plus de pauvres sur Terre qu’il n’y a de riches. Et plus il y a de pauvres, moins il y a de riches, et plus les riches s’enrichissent. Car les pauvres, on l’a vu, sont les vaches à lait des riches, voire leurs poules aux oeufs d’or corvéables à merci.

cercueils

Une pénible et longue maladie aura mis fin à la vie misérable d’un pauvre, que personne ne pleurera ni ne regrettera lors de l’enterrement. Le crash, au-dessus d’une île paradisiaque, du jet privé d’un riche sera l’occasion de belles funérailles où il sera de bon ton de montrer l’affliction que l’on éprouve en même temps que les toilettes de haute couture d’un goût exquis que l’on aura dénichées pour l’occasion. Quelques proches, cependant, se réjouiront avec cette décence qui n’appartient qu’aux riches et qui n’est pas sans montrer cette grandeur d’âme qui leur est propre.

Les cendres des riches se retrouvent à graviter autour de la Terre ou dans de magnifiques urnes devant lesquelles viendront se recueillir d’heureux héritiers, tandis que celles des pauvres, serviront, au mieux, à absorber les déjections d’un chat de gouttière galeux. Le plus souvent, encore de nos jours, on inhumera les corps pomponnés des riches, tandis que les restes en état désastreux des pauvres iront pourrir sous quelques pelletées de terre caillouteuse. Toujours bien entretenues, les sépultures rutilantes des riches seront couvertes de fleurs fraîches ; les tombes des pauvres, faites d’un mauvais mortier qui se désagrégera rapidement, ne connaîtront, au mieux, que d’horribles fleurs artificielles en plastique plus les jets d’urine avisés des clebs de passage.

Vraiment, ce n’est ni rentable, ni bien agréable d’être pauvre. On peut alors se demander en quoi réside l’intérêt d’être pauvre.
Pourtant les pauvres restent pauvres et continuent à servir les riches, avec pour résultat de pérenniser la richesse des nantis, donc d’en rajouter à leur pauvreté.
Ce qui est très con, reconnaissons-le.

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Mais où sont les lièges d’antan ?

Ivrogne invétéré, mais pas que ça, et ouvert à toutes sortes de breuvages, pourvu qu’ils soient honorablement pourvus d’alcool, donc ne titrant jamais moins de 13,5°, me voilà atteint d’un tire-bouch’ elbow. Maladie professionnelle, ai-je dit à la sécu qui m’a envoyé sur les roses. On est bon citoyen, on fait marcher le commerce et on remplit les caisses de l’État, on ne rechigne pas sur la couleur, et quoi ? on nous refuse l’assistance qu’on est en droit d’attendre comme toute personne en danger. Une lettre au ministre de l’agriculture à qui je demandais d’intervenir m’est revenue. Les rats sont partout. Une autre adressée à la CVRN (Confédération des Vignerons Récoltants et Négociants), dans laquelle je demandais une indemnité, ne serait jamais arrivée. « On va où ? » j’avais demandé à l’entour.
«Prends un avocat», m’avait suggéré Dédé, le patron de « Chez Dédé », mon annexe. Le 2e bureau, on dit entre nous. «Parce que merde, va bien falloir qu’ils arrêtent leurs conneries avec leur saloperie de bouchons en plastoc. Que moi aussi, je m’en ai chopé un de tire-bouch’ elbow. Et la sécu, j’te jure qu’ils ont intérêt à le considérer comme maladie professionnelle, manquerait plus que ça qu’ils m’envoient chier. Ouais, on va ou? On y sait pas, mais on y va avec leurs conneries, que l’économie du pays, faut pas chercher loin pour comprendre le comment du pourquoi qu’elle est dans les choux. »

 

Et c’était parti.

— On était de loin le premier fabricant de bouchons en liège, et aujourd’hui, à part les bouchons de la circulation où faut reconnaître qu’on tient encore la route, on est loin derrière les Ritals, et va savoir si le Lichtenstein fait pas mieux. Pareil pour les ouvre-boîtes, ceux tout cons et pas compliqués qui se trouvent partout. Number one mondial, on était.

— T’oublies les pinces à linge, les limes à ongle, les trombones. 2e producteur mondial, qu’on était pour les trombones, c’est quand même pas rien, les trombones, et c’est autre chose que les agrafes des Allemands. C’est la même boîte qui faisait les épingles de nourrice. 2e aussi, à une coudée de l’Italie. Maintenant, on est en queue de peloton.

— J’oublie rien du tout. Les capsules de bière, vous savez combien on en fabriquait ? Je m’en rappelle plus, mais on était juste derrière la Belgique, alors qu’aujourd’hui on est au 25e rang. 25e rang, vous vous rendez compte ? Kif-kif pour les stylos bille (on avait la 1e place, on en a reculé de 20), les punaises (3e place, la 32e aujourd’hui), les muselets (la 1e, et de loin, qu’on vient de perdre), les petites cuillers (la 16e après un recul de 15 places), les couteaux, sauf les suisses (1e place il y a peu, la 30e aujourd’hui), les allumettes (la 2e derrière la Suède en 1969, la 19e à ce jour), le papier hygiénique (4e place derrière l’Ecosse, l’Allemagne, Israël alors qu’on avait la 1e). Ah ! elle est belle la France. Et c’est pas fini. Attendez que tout me revienne…

Faisant appel à notre savoir encyclopédiques des choses de l’économie, chacun était allé puiser dans sa boîte crânienne ce qu’il y avait déposé au fil des ans. Y étaient passés les boutons de culotte (1e producteur, devenu le 48e), les douilles en laiton à baïonnette (2e producteur derrière la Prusse l’Allemagne en 1936, 35e en 2013), les dés de 421 (41e, contre 4e en 1968), la colle blanche Cléopatre (seulement 12e alors qu’on était 2e juste derrière l’Egypte), le fil à couper le beurre (1e, puis 5e) et celui à couper le fromage (2e, puis 12e), les boutons de manchette (3e derrière le Royaume Uni et l’Italie, seulement 19e aujourd’hui), les serpillières (2e derrière le Portugal, 37e en 2009 ), les tonnelets pour chiens Saint Bernard (2e derrière l’Espagne, alors qu’on était encore les premiers en 2011), les lacets de chaussure (classement incertain), les plumes Sergent-major (1e producteur très loin devant les autres pays jusqu’en 1955, plus que 15e en 1972, non classé en 2010), et tout un tas d’autres fleurons de la production industrielle et artisanale qui firent de la France, durant de longues années, la puissance économique jalousée par de nombreux pays, mais gaussée aujourd’hui.
Petits suisses (génériques), choux de Bruxelles, champignons de Paris, bœuf charolais, et autres denrées avaient été évoqués, mais nous en avions assez avec les produits manufacturés pour nous dire, attristés, qu’aujourd’hui, le pays était bel et bien foutu. À moins que dans un sursaut patriotique qui le mette à l’ouvrage il ne recouvre sa place de leader pour ces glorieuses productions, et la garde, outils en main et arme au pied, comme il l’avait gardée sans interruption pendant plus de 125 années pour les aiguilles à tricoter, sur une durée de 45 ans pour les casquettes de facteurs, et durant plus de 150 ans pour le drapeau tricolore, aujourd’hui majoritairement fabriqué à l’étranger, quelle tristesse et quelle honte !

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Objectif : pognon

De n’être ni comptable, ni matheux ne m’empêche pas de rêver de chiffres qu’une litanie de nombres rend difficile à lire. Mes rêves sont d’autant plus beaux que les chiffres que j’y vois, suivis de ces très jolis symboles que sont les €, $, Ɏ, ¥£, sont inscrits au crédit de mes relevés bancaires. Chiffres abstraits que mes neurones loin d’être endormis transforment en liasses épaisses. Un souci esthétique m’y fait ajouter quelques piécettes et lingots d’or. Profitant de cette richesse et du sentiment de sécurité qu’elle apporte, je dors, détendu et sourire aux lèvres.
L’avenir appartenant à ceux qui se lèvent tôt, celui sans limite que je me promets en rêve se réduit hélas à néant dès les toutes premières notes rouillées de mon réveil-matin, un engin antédiluvien qui se prend pour un gallinacé, et que je me promets, chaque jour que dieu fait, de mettre au rencard.
Évanouis mes rêves d’aisance matérielle, je maugrée en déplorant de n’être pas né une cuiller en argent dans la bouche et un sceptre d’or dans le fondement, comme ces enfants bien nés engendrés par des affairistes dont la vertu première est de savoir faire profits sur profits pour le profit. Ce que permettent quelques rares activités commerciales ou industrielles d’un lucratif hors-pair, dont la pérennité ne risque pas d’être mise à mal, la collusion pouvoir-argent veillant au grain.
Pas de père dans l’industrie pharmaceutique, pas d’oncle cigarettier, pas de tante tenancière d’un bordel huppé pour VIP et chef d’un réseau de prostitution, pas de frangin à la tête d’un cartel de trafic de drogue, pas un seul ami dans l’industrie de l’armement ou le trafic d’armes (c’est la même chose), pas un copain dans les réseaux juteux de passeurs, pas la moindre relation avec un politicien véreux ou un lobbyiste de poids ; bref, pas une seule connaissance redevable œuvrant dans ces sphères qui brillent au soleil et posent, dédaigneux et pleins de morgue, dans ces tribunes où s’affiche le pouvoir.

“Né sans un”, comme on dit, sans doute finirai-je sans plus. Ce ne sera pourtant pas faute d’avoir essayé, mais non content de naître pauvre, je suis né con, sans tablettes de chocolat et sans gueule d’ange ou de démon. Raison pour laquelle je n’ai jamais réussi à percer dans ce monde d’affaires où j’ai cru pouvoir faire affaire en essayant de bien faire mal faire faire mal faire du mal, à l’instar de quelques surdoués que j’ai essayé de prendre plus ou moins pour modèles.
Très tôt, et alors que mes petits camarades arrachaient les mouches des ailes ou attachaient un fil à la patte des hannetons, sans doute pour leur éviter de s’égarer, j’étais à peine capable de découper en rondelles les vers de terre et d’écraser gendarmes et cloportes à coups de talons rageurs. La seule fois où j’ai voulu dégommer un nid d’oiseau à l’aide d’un lance-pierre que j’avais malhabilement fabriqué, je m’étais cassé le pouce gauche en même temps que le piaf m’avait déféqué sur le crâne. Tandis que les filles montraient leur culotte pour pas un rond aux autres garçons, je devais quant à moi débourser une somme exorbitante en bonbons que je n’avais d’autre choix de chouraver à l’épicerie du quartier. Mon trafic de clopes, que je piquais à l’amant de ma mère, m’a rapporté en tout et pour tout une série d’yeux au beurre noir de la part de mes clients, plus une dérouillée gratuite offerte par mon fournisseur. Devenu raisonnable (venus mes sept ans) et aguerri par mes expériences, j’ai traficoté des bombes à eau maison ; des lance-fléchettes ; des bombinettes à base de désherbant, sucre, charbon de bois, nitrate et je ne sais quoi. Vouloir échanger ma sœur contre un tour de mobylette, celle d’un copain, m’a valu de recevoir une danse de tous les diables, ce qui mit un terme définitif à mes prétentions de proxénète. Plus tard j’ai tout essayé et tout essuyé, mais on ne s’invente pas, et mes tentatives de devenir un honnête trafiquant en quoi que ce soit se sont heurtées à la dure réalité : il y en a “qui ont de quoi”, d’autres non. Dont je fais partie.

Tandis que, pétant dans la soie, des salopiots que je jalouse vivent comme des nababs en emmerdant royalement le monde, ma vie ressemble à celle des cloportes que, fier de moi, j’écrasais. Finauds comme pas deux et sûrs de leur impunité ces salopiots s’arrogent le droit d’exploiter des ressources qu’ils déclarent être les leurs ; empuantissent l’atmosphère en vendant les poisons qu’ils y déversent ; pressurent les gens pour en extraire ce qui les enrichit, eux ; dictent leurs lois aux gouvernants qui baissent l’échine ou leur lèchent la main ; vendent à prix fort les merdes (aliments, médicaments, merveilleux objets qu’une obsolescence rapide désigne comme étant fondamentalement superflus) qu’ils produisent ; par l’entremise des médias auxquels s’agriffent leurs mains avides, ils abrutissent, manipulent, embrigadent, enrégimentent les gens qui s’acculturent au profit d’une culture où domine l’obéissance béate à leurs règles dictées par leur seul intérêt. Usant du pouvoir que confère la puissance de l’argent, mais jamais rassasiés, ils mettent en place les conditions nécessaires pour que se déversent les haines et se déchaîne le feu des conflits. Qu’ils sauront attiser en livrant toujours plus d’armes.

Nos enfants, pour survivre, devront-ils instaurer un tribunal pour y juger ces princes de la malfaisance ?
Non, car je compte bien, d’ici là, réussir à rejoindre leurs rangs. Comme tant d’autres. Et me faire un pognon fou. Une multinationale de pompes funèbres devrait faire l’affaire.

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Fugitif

Comme ceux qui n’ont pas d’adresse il est gauche, ne sachant où il demeure. Il est en errance.
Il n’a ni toit, ni gîte, ni âtre où réchauffer sa couenne et sa boîte de corned-beef, la dernière. Rouillée, car longtemps conservée, au cas où quelque chose serait à fêter. Une que des soldats lui ont donnée en échange d’un silence.
Supplique ou menace, « taisez jusqu’à nos ombres », avaient-ils insisté. « Et nos abandons. Nous sommes les déserteurs, de toutes races les chiens sont à nos trousses. Nos munitions sont épuisées, nos pieds sont gelés, déjà nos âmes sont transies ».
Il se taira, ici sur le chemin où cette assemblée d’arbres sait ce que trembler signifie lorsque paraît la cognée.
Il se retourne, il est seul, perdu en lisière des aboiements qui se rapprochent.
C’est l’ultime leçon, celle de la frontière, barrage, refoulement, épouvante. Puis l’amère douleur de la solitude.
Les sbires ont lâché les chiens et actionné ceux des fusils. Les balles sont parties, ont fait mouche, libératrices.
Les chiens se sont jetés sur la boîte de corned-beef réduite en bouillie.

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Le temps qui passe, la molle et autres emmouscaillements

Le temps,celui qui fonce tête la première et qui nous tire par les pieds pour les mettre devant, s’est dépassé ces derniers temps. Un champion, le temps !
On est en juin ou par là, un de ces mois pas plus crétin qu’un autre si on met décembre, janvier et quelques autres de côté. Un après-midi de juin ou mai, quelque chose comme ça, lorsqu’un méchant coup de moins bien me prend en traître. La molle, comme dit Jipé, Jipé, c’est comme un beau-frère, plus frère que beau, je galège, sauf dedans où c’est pas vilain. Un satané coup de molle  en forme de lame de fond qui fonce, comme pour rattraper le temps qui galope à toutes jambes, celle des minutes, la plus grande on se demande pourquoi, et l’autre, celle des heures, une faignasse. Le temps claudique, faut pas en douter. 

Une siestounette, me dis-je en m’affalant sur l’ersatz de sofa que j’ai habilement manufacturé à l’aide de cagettes de melon made in Cavaillon. Ce qui me fait dire que ça devait être en juin, quoiqu’on en trouve encore dans les rayons, en face du miel, en toute saison, d’autant en été. Ronflette. Du genre de celle moins longue qu’un jour sans pin, ça se passe dans le nord où il n’y en pas tant, à moins qu’ils ne se planquent derrière les fayards même pas bons pour faire des seilles où mettre la farine, ni pour y tailler des socques, que le plane, y’a pas mieux. 
Le bouzin du bûcheronnage, à côté des stridulations des cigales et des piafs qui gueulent à cause des réverbères qui réverbèrent la nuit, c’est déjà pas rien, faut me croire, mais la ronflette, c’est pas pire qu’elle ne dure que le temps qu’il faut pour s’en retrouver au pays des fraises.
Viens-en au faîte me lance un bucheron en circonflexant à mauvais escient. On n’est pas le 15 août, je ne suis ni vierge, ni je m’appelle Marie, mais me voilà étreignant le tronc, non pour le vider, mais pour le grimper. Dernières branches, en haut. Les mains résineuses, je me résigne à laisser tomber et à revenir sur terre. C’est sans compter sur un souffle divin aspirant qui me fait décoller, et je m’envole.
Pour me réveiller, c’est du moins ce que je crois, trois mois plus tard, ou aux environs.

Rien n’a changé. J’ai fourgué mon calendrier à un retraité des Pététés, offert ma montre à un montreur d’ours, mon sofa à un brocanteur et mes rêves de repos à l’éternité. Face à elle, le temps n’a aucune chance.

Après, Jipé a remisé sa tronçonneuse, troqué ses frusques d’homme des bois contre un bermuda et un t-shirt avec Pineau des Charentes scribouillé dans le dos et un magnifique Panetone gribouillé devant. Puis il a rempli les godets. Qu’il a bien fallu vider après avoir trinqué à notre santé à tous. Ce qui ne m’a vraiment pas fait de mal.

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Ukraine, Russie, Crimée et perte d’un bras à Sébastopol

Moi, je serais un Russe, faudrait pas compter que j’aille en Crimée pour défendre ces zigotos que le seul truc qu’ils veulent, c’est des roubles, et à l’oeil, s’il vous plaît. Je me suis déjà fait baiser par Poutine en Ossétie, me demandez pas où c’est-i précisément, à cause que les frontières, par là-bas sont à géométrie variable, une légère dérive du régime. Et quand je dis baiser, c’est pas du flan, pas plus du Franco-Russe qu’un autre. Te plains pas, qu’on m’a dit, tu devrais être content d’avoir plusieurs trous de balle, une rafale de Kalachnikov. Quel con le Miklhaïl, qu’a pas reçu le moindre poil de cul de rouble pour son invention, comme quoi le génie, c’est aux autres que ça sert. Bref, en Crimée, les Russes se passeront de moi.

Je serais Ukrainien, chacun sa vie et les problèmes qui vont avec, je vois pas pourquoi j’irais aller me trucider du popov, sous un prétexte que je ne connais pas, si j’oublie les razzias, les quelques menus massacres qu’ils ont commis par le passé, que je pourrais même regretter que les Allemands du IIIe Reich leur aient pas foutu la raclée.

Je serais Tchétchène, ça ne me gênerait pas plus que ça d’envoyer quelques volées de plomb sur des Russes, en Crimée, dans le Caucase ou n’importe où, mais désolé, et même si je n’y suis pour rien, je suis français. Un vrai de vrai Français, avec carte d’identité où c’est marqué que je suis français et des tas de papiers qui le confirment, comme ils confirment que mes ascendants sont aussi de vrais de vrais français SGDG. Français, avec une nationalité largement méritée depuis 1854, année où un mien aïeul, ô insondable tristesse et fâcheuse étourderie, a perdu un bras à Sebastopol, lors de la guerre de Crimée. Alors, que Russes et Ukrainiens se dépatouillent eux-mêmes et que Poutine fasse l’effort de se rappeler le contenu du Mémorandum de Budapest ! 

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Pollution

La pollution est le résultat des incompétences et aveuglements successifs des décisionnaires, ces êtres d’exception (selon eux-mêmes, leurs pairs et ceux qui, par leur soutien intéressé les propulsent aux manettes de la gouvernance),  censés réfléchir sur l’avenir qu’induisent leurs décisions (car ce sont bien ces dernières qui dessinent ce à quoi demain ressemblera.) et qui, pour nombre d’entre eux, ne pensent qu’à tirer profit de leur position et statut.

pollution

Le chauffage domestique pollue, l’élevage pollue, l’agriculture pollue, les automobiles polluent, l’industrie tout entière pollue, le pouvoir et l’argent polluent. Rien n’échappe à la pollution qui corrompt jusqu’aux comportements ou qui en émane, et tandis que fleurissent discours mensongers, diatribes, harangues haineuses entre les partis clans politiques plus âpres à tirer à eux la couverture (et le parapluie) qu’à œuvrer pour le bien-être de leurs obligés ou inféodés, sont jetées aux oubliettes les fleurs fanées que la chienlit a contaminées.

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Les meilleurs mets du monde

bourlingue_culinaireAvec mon pote Marius, j’ai mangé des grives aux olives dans un restau à Brive. À Ostie j’ai dégusté un travers de porc avec Hector. À Pont-l’Abbé j’ai pris un sorbet avec Barnabé, un abbé burkinabé ; À Tahiti j’ai avalé un poulet rôti arrosé de Côte-rôtie. J’ai goûté à du gigot à l’aïl dans un restaurant halal tenu par un bigot, qui valait bien l’aligot de gigot qu’on m’a servi à tire-larigot à Saint-Malo ; Chez Bethsabée, on m’a servi un rouget barbet ébarbé ; j’ai ramené de Rome la recette de la tarte aux pommes au rhum ; À Houilles, j’ai avalé une andouille sur son lit de ratatouille au fenouil ; À Gif-sur-Yvette j’ai aimé les caillettes à la Clairette d’Arlette. Je me suis radiné à Die pour y dîner d’une dinde aux radis du dîner du jeudi… et j’en passe.
Mais rien ne vaut la bombe glacée de Pyongyang, le clafoutis aux pruneaux de Kiev, les grenades de Damas, les patates d’Astana, les machettes de Bangui, les marrons de Minsk, la chicore du Zimbabwe, les couleuvres d’Iran, les scorpions de Chine, et les beignes de quelques jolis coins du monde où il doit faire si bon vivre.
Les champignons ? Ils mijotent de ci, de là.

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Pères Noël, terrorisme et services secrets

Les fêtes de Noël sont passées, bien passées et trépassées. C’est le moment de se demander si on ne s’est pas fait bêtement avoir par un faux père Noël, le moment de ne plus y croire du tout, ou, si on persiste vraiment à croire qu’il existe, d’apprendre à ne plus croire en ses promesses. Et le moment aussi de se demander si certains jolis joujoux ne présenteraient pas un quelconque danger pour nos charmants bambins.

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2. Un père Noël dont les mains sont rouges de sang n’est pas un vrai père Noël, mais un méchant terroriste.

Mais en dehors des pères Noël qui résultent d’élections de plus en plus idiotes, de ceux que l’on reconnaît à ces colifichets bleu blanc rouge qu’ils affichent au revers de leur veston, mais aussi à leurs grosses automobiles de fonction, à quoi reconnaît-on un (vrai) père Noël ?

Un vrai père Noël a toujours les mains blanches comme neige (cliché n°1), contrairement à un faux qui les a rouges, généralement de sang. Il suffit d’ailleurs de bien observer un père Noël aux mains rouges (de sang) pour se rendre compte de ce qu’il est en réalité : un terroriste (cliché  n°2). Et les terroristes, c’est pas joli joli, raison pour laquelle ils se cachent derrière de longues barbes blanches, mais on ne nous la fait pas. Un coup de ventilateur bien ajusté ou une ligne et son hameçon bien lancés, et hop ! les voilà démasqués, non mais ! (cliché n°2, phase 2). Hélas, plus rusés que des fennecs, sournois que des crotales et perfides que des hippopotames, prenant la poudre d’escampette, ils parviennent, la queue entre les jambes (cliché n°3), à lâchement échapper à la justice. La justice de qui ? on n’en sait trop rien

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3. Ce faux père Noël est un terroriste prenant la poudre d’escampette après avoir commis son forfait.

Cependant, ne nous y trompons pas : tous les faux pères Noël ne sont ni des terroristes, ni des rastas, car en effet, il faut savoir, comme le savent les imbéciles qui prêtent foi aux élucubrations du Proctologue de Fion Protocole de Sion, à savoir que certains pères Noël sont tout bonnement des agents du Mossad, ce dont on se rend compte malgré l’habileté qu’ils mettent à tenter de nous tromper (cliché 4, 4bis et 4ter). Agents dont nombre d’entre eux jouent un double, voire un triple jeu de cache-cache avec les agents de la CIA et autres rigolos prétentieux qui passent leur temps à se prendre au sérieux, sous prétexte qu’ils tiendraient le monde par les couilles qu’ils tiennent les rênes du monde.

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4. Un agent du Mossad se cache derrière cet humble père Noël apparemment inoffensif.

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Non seulement ce n’est pas la fille du père Noël, ni même son fils, mais un agent du Mossad qui nous prend pour des pommes s’il s’imagine qu’on va croire qu’il s’agit de Marie-José Neuville ou d’une autre sale gamine qui, pour la peine, n’aura rien à Noël.

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Un gentil père Noël à qui des salopiots de mécréants ont volé la hotte, ce qui ne l’empêche pas d’oeuvrer pour la joie des enfants nécessiteux.
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Echecs et réussite

— De toute ma vie je n’ai jamais rien réussi.
— Quoi que ce soit ? Pas même le moindre plat de nouilles ? Des oeufs au plat ? Te beurrer une tartine ? Une bonne tasse de café, même soluble ?
— Des nouilles collantes et au goût de flotte, si. Des œufs réduits en charbon et qui accrochent à la poêle, oui. Du jus de chaussette en guise de café, aussi. Mais rien qui soit consommable, rien qui ne soit pas infecte, brûlé, pas cuit, amer, trop salé. Tout ce que j’ai entrepris a été foiré, loupé, manqué, mal foutu, moche, imbuvable, nul, pourri. Et je ne parle pas que de la bouffe, mais de tout le reste, tout, quoi.
— Tes enfants, ils ne sont quand même pas si mal.
— Parlons-en, de mes gosses. Des tordus mal fichus, des imbéciles ignares, pires que leur mère. Le mariage et les gosses, c’est peut-être ce que j’ai le plus foiré, avec le reste.
— Ton suicide, ça a pas été loin de faire, pourtant.
— Pas loin, mais raté. Du boulot bâclé. Une corde de mauvaise qualité, un fusil qui s’enraye, la grève dans le métro qui se déclenche alors que j’attends la rame qui m’écrabouillera, des médocs à la con qui ne m’ont filé qu’une diarrhée de tous les diables… Un suicide, ça ? Une tentative de suicide de merde, c’est tout. Des échecs, rien que des échecs. Ma vie est une succession d’échecs.
— Des échecs aussi bien réussis, c’est de la réussite.
— Fais pas chier…

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Les petits Syriens privés de sapin de Noël

Minable, triste à en chialer, lamentable, affligeant. Encore une fois, les petits Syriens n’ont pas eu droit à un joli arbre de Noël pour y aligner soigneusement leurs jolies babouches, ne serait-ce qu’une seule, pour ceux qui auraient malencontreusement perdu une jambe, malheureuses victimes de dommages collatéraux, mais qu’y peut-on, faut ski c’qui faut, encore que, question de glisse, le monoski conviendrait à merveille, sauf que, pour se descendre une piste sur la poudreuse, mieux vaudrait être Israélien.
En Syrie, c’est la crise dans la filière bois, à cause des fabricants de boîtes à six pans plus fond et couvercle, qui raflent tout, même les oliviers, avec les conséquences qu’on imagine sur la production du savon d’Alep, dont la qualité a tellement baissé qu’on se demande jusqu’où ça va aller. Du souci aussi pour la quantité ? Vu la matière première dont disposent les équarrisseurs, et bien que, depuis quelques temps, les Syriens aient perdu leur tendance à l’obésité que leur conféraient loukoums, chamiyas et autres gâteries qui ne manquent pas de calories… aucun risque, ouf ! Merci donc aux belligérants.

Une consolation, cependant : les très jolis feux d’artifice qui ont fusé de tous bords, sans parvenir, toutefois, à faire oublier les sapins enguirlandés et les magnifiques cadeaux que les pères Noël locaux en tenue de camouflage tachetée de rouge ont apportés aux gentils petits enfants pour qu’ils puissent continuer de jouer. À la guerre.

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OGM, Montesanto, pollution et mal-bouffe

À l’adresse de Montesanto, de Hugh Grant et de ses alter ego ;
en hommage à Sofia Gatica, ses compagnes et compagnons de lutte ;
un clin-d’œil à Avaaz.org.

Une fiction. Le profit à n’importe quel prix, quitte à ce que nos propres petits enfants en soient les victimes, est-il envisageable ? Oui. Et cette quête du profit ne touche pas que les seuls Hugh Grant et ses alter ego, mais aussi chacun de nous, à sa façon.

Les mesures qu’avait prises le Président n’étaient pas très populaires, sauf auprès des grands trusts qui ne voyaient dans la chose populaire qu’une source de profits faciles, pérennes et sans risques.
Avec l’approche des élections, il allait lui falloir restaurer son image devenue bien terne au fil des ans et de l’exercice d’un pouvoir fort peu désintéressé. Les maladies cardio-vasculaires, les cancers, les allergies et toute une kyrielle de nouvelles maladies dues à la pollution, aux OGM et à la mal-bouffe avaient connu un développement égal à celui des bénéfices enregistrés par les trusts de l’agro-alimentaire, dont les largesses à son endroit l’avaient définitivement acquis à leur cause mercantile.

On ne savait pas qui, des seniors –comme il était de bon ton de dire– ou des enfants (qu’on appelait encore enfants, n’ayant trouvé d’autre mot pour les désigner) étaient les plus touchés, mais une grande opération, à la croisée du jeu et de l’enquête, initiée par les médias officiels, l’apprendrait ce soir même au grand public depuis longtemps tombé dans l’infantilisme et l’immobilisme, malgré les cris d’alarmes lancés par quelques personnes taxées d’ignorance par nombre de soi-disant responsables politiques, qu’ils fussent idiots, corrompus, ou les deux à la fois.
À n’en pas douter, la moitié du pays serait scotchée sur les écrans de télévision pour l’annonce des résultats. Les gagnants recevraient leur poids en plats cuisinés industriels, généreusement offerts par le CFA, le Consortium français de l’agro-alimentaire, dont le Président était le président directeur général. 

Populiste jusqu’au bout de sa langue, le Président déposerait son bulletin de participation en direct. Quel événement ! dans ce vieux pays rendu exsangue par l’exploitation sans frein de ses ressources et où, à force de courbettes des uns et des autres, la courbe de la taille moyenne des habitants avait terriblement chuté, tandis que celle du moral jouxtait le zéro.
Son bulletin de jeu glissé dans l’urne, le Président eut tout juste à claquer des doigts pour que son hélicoptère l’enlève.

Direction un hôpital pour enfants –l’avenir du pays, comme il aimait à le répéter dans un style si parfait que s’y devinaient les conseils éclairés d’un de ces ténors de la communication habiles à faire prendre les vessies pour des lanternes et les mensonges pour des vérités vraies, avérées et certifiées. Par leurs auteurs.
Ses attachés de presse, issus du même creuset, avaient fait du bon boulot. Comment avaient-ils réussi à trouver le dispensaire le plus désolé du pays ? Quels informateurs avaient-ils dû (mal) payer ? Comment s’y étaient-ils pris pour qu’aucun opposant ne vînt perturber son arrivée en grande pompe ? Nul ne le savait, et encore moins le Président qui ne savait rien ni n’avait jamais rien su, n’ayant jamais eu le moindre savoir de quelque chose que ce fût, si ce ne sont celles en rapport aux affaires de bon rapport. Car passer sa vie à courir le pouvoir conduit souvent à l’ignorance.
Il n’avait plus eu qu’à faire son cinéma, ce qu’il avait fait après qu’on l’eut maquillé, coiffé, brossé dans le sens du poil et atomisé d’une mixture destinée à repousser les poux, gales, virus, bactéries et autres engeances qui ne devaient pas manquer de traîner en un tel lieu.

Courageux jusqu’au bout des doigts (on les lui avait glissés d’autorité dans des gants stérilisés) il était entré dans une des chambres communes, précédé d’un nuage antiseptique au large spectre, et suivi de sa cohorte de loufiats acquis à sa cause.
Plusieurs gamins étaient là, amenés d’urgence quelques heures auparavant, silhouettes énigmatiques que des bandages avaient transformées en momies tout droit sorties d’une antique tragédie. Dans une cellule de verre où un des enfants avait été mis en isolation, on s’activait, on soignait, on surveillait d’un œil attentif et inquiet les écrans aux lumières sinusoïdales vertes. On faisait là du mieux qu’il était possible. 

Côté spectateurs visiteurs, les caméras étaient en place ; les perchistes faisaient une dernière mise au point ; on réglait méticuleusement les projecteurs pour éviter tout reflet inopportun ; les maquilleuses rajoutaient une couche de fard sur le visage du Président qui parcourait d’un regard ennuyé le baratin qu’un de ses fidèles venait de lui concocter.

Au Président et à son équipe, l’équipe médicale avait expliqué :
« Cinq gamins dans les huit-dix ans. Comme brûlés… Virus, empoisonnement… on ne sait pas encore. Le labo est dessus. La pollution, comme l’autre fois ? peut-être. Les poumons dans un sale état. »
— Celui en milieu stérile, ça lui aurait pris comme ça, en quelques minutes… D’abord les yeux. Après il s’est mis à se gratter, puis à tousser de plus en plus violemment, jusqu’à cracher du sang.
— Si on a joint les parents ? Dans un tel état de choc, comment voulez-vous qu’il puisse dire son nom, où il habite ?  

Dans la cabine de verre devenue vitrine quand les projecteurs s’étaient braqués sur elle, le gosse avait entrouvert ses paupières, dévoilant deux yeux rougis, affolés.
« C’est le moment » s’était dit le Président, en réajustant sa cravate.
Frappant à la vitre, il avait attiré sur lui l’attention du gamin, lui adressant maintenant de grands gestes se voulant amicaux. Les yeux du gosse s’étaient arrondis. Il s’agitait, gémissait, le regard empli d’une tristesse insondable où se lisait douleur et incompréhension. Geste rassurant, une infirmière lui avait posé la main sur le front.
De derrière la vitre, le Président l’avait vue dérouler les bandelettes du visage et approcher son oreille des lèvres tuméfiées du gamin qui semblait vouloir parler. Elle s’était tournée de trois quarts, jetant un drôle de regard en direction de cet homme, sans doute le plus important du pays, si on juge l’importance d’un homme à celle de son pouvoir et de son compte en banque. S’écartant un instant du lit du petit malade, elle y était revenue, micro en main, qu’elle avait approché de ses lèvres tremblantes.
Pressentant qu’un sourire du gamin, et pourquoi pas un regard de gratitude de sa part redoreraient fichtrement son blason qu’une politique antisociale et désastreuse pour la planète avait terni, le Président avait fait un signe discret à l’équipe télé. « Pas question de louper ça » s’était-il dit, se félicitant de son à propos.

Feuillets en main, blouse mal fermée dans le dos, car vite enfilée, un interne, sans doute, avait rejoint le groupe.
« Résultats du labo. Ils affinent, mais on a déjà des toxines alimentaires jointes à des micro particules plus des problèmes génétiques, côté OGM. Je vous laisse voir »
« Un cocktail mortel » avait dit un des médecins en parcourant les résultats. « Les autres ont peut-être une chance de s’en sortir, mais lui, inutile de dire que le pronostic vital est engagé » avait-il ajouté en hochant la tête en direction de la cabine de verre. Qui, tout à coup, avait perdu de son éclat, tandis que les visages s’étaient tendus. 

Dans un bruit bizarre de soufflet usé, le gamin avait inspiré une goulée d’air. Soulevant difficilement ses paupières il avait douloureusement regardé le Président. Les lèvres collées au micro que lui tenait l’infirmière, dans un ultime effort, il avait balbutié « grand-père ». Avant de clore lèvres et paupières.

 

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Noël de sable, de larmes, de vent, de l’eau du fleuve

Nwel, on dit dans mon patelin. À la ville, ils disent Noël, des fois même Nohel. Mais c’est le même dont on cause tous, pour peu qu’on en cause, de Noël. Avec ma copine, du même nom parce qu’elle est née un 25 du mois de Noël, donc décembre, on se raconte des fables, je veux dire des histoires à dormir debout, que Noël c’est drôlement chouette, la famille, les enfants aux yeux écarquillés. Il n’y a qu’à Noël que les gamins ont les yeux écarquillés. À Pâques, c’est les œufs qu’on écarquille, à moins qu’on les écoquille ou quelque chose comme ça, je ne sais plus.
Tu aimes bien Noël ? je demande à ma copine. Je dis copine, mais c’est ma petite amie. 1m55, aujourd’hui, ça ne va pas chercher loin. Et toi ? elle me rétorque, sans répondre. Les gens qui reposent la question qu’on vient de leur poser, ce n’est pas qu’ils ne veulent pas répondre, c’est que ça les touche.

Touchée, je lui dis en me marrant. Touché coulé, quand je vois son Rimmel, nom qui me ramène à Rommel, facile. Avec le sable du désert, ses yeux, ils devaient sacrément être rouges, en fin de journée. Non, ce n’est pas le sable, disait-il en allemand –parce qu’il l’était et pas rien qu’un peu–, c’est à force d’essayer de voir de quoi l’avenir sera fait, mein Gott !
L’avenir de ma petite copine Noëlle, il est tout tracé, avec du sable partout dans les yeux, comme au bord de la mer où elle n’est jamais allée et où elle n’ira jamais. Les aveugles comme elle, ils ont peur de ne pas pouvoir s’enlever le sable que le vent sur la plage leur jette aux yeux. Déjà que toi, ça n’est pas si facile à faire, même si ton miroir est propret, que tu y vois et tu t’y vois comme en plein jour, même s’il fait nuit, parce que tu as eu ce geste d’allumer la lumière de ta salle de bains, alors que, elle… mais quand je dis toi, c’est à moi que je pense. Tu penses toujours à toi, me dit souvent ma petite amie. Oui, mais pas qu’à moi. J’ai vu que tu étais touchée, là, et je te l’ai dit, preuve que…
Si j’aime Noël, moi ? ça m’arrive. S’il neige, qu’elle tient même sur les voitures qu’on vient tout juste de garer après être allé chercher les parents pour le réveillon, et qu’on sait bien que, le lendemain, on devra enfiler moufles, bottes, plus un bon gros bonnet de laine. Le décompte fait des absents, ceux partis depuis longtemps et qu’on finit par presque oublier, les deux qui sont coincés sur la route à cause des congères (mais ils finiront bien par arriver)… délaissant les fenêtres où on s’est scotchés pour mieux voir virevolter les gros flocons, on s’installe autour de la table. Il fait chaud, il fait bon chaud. Noël comme ça, oui, j’aime bien. Malgré même tous les tant pis, dommage, quoi que et les quelques inévitables couacs, infimes ou énormes, qu’engendrent ce qui ressemble à s’y méprendre à des retrouvailles.
À toi, maintenant. Noël, tu aimes ? La question que Noëlle m’a retournée lui revient, de droit. Après tout, j’ai ouvert le chemin, à son tour de laisser s’entrebâiller ses lèvres. Ce qu’elle fait, libérant deux petits rus de cristal. Ce n’est pas qu’elle n’aime pas Noël, c’est que Noël lui fait mal, comme à d’autres, à tant d’autres. Pourtant, et comme tant d’autres, elle y sacrifie, sourires de circonstance, faux semblants, aimant ou faisant (grise) mine d’aimer, avec étrangeté, ces moments où on s’échange cadeaux et baisers, trop souvent bien convenus, sous de rutilants emballages desquels surgissent, venant du passé ou se profilant dans le futur, tourments, griffures, pincements, serrements de gorge et de cœur. On sait pourquoi, on sait comment, on sait aussi que cela s’estompera au fil du temps, après que de nombreux autres départs auront eu lieu. On le sait, mais on ne sait y croire. On y croira vraiment lorsque, ouvrant notre courrier, on en sortira la réservation du très grand et sans doute très long voyage que nous offre la vie.
J’ai parlé, parlé encore, trop parlé, nous saoulant de mes paroles sans atteindre l’ivresse libératrice. Parlé pour rien, obscure tentative imbécile pour que sèchent ses larmes, tandis qu’il les faudrait accompagner. 

 

Les rus sont devenus ruisseau, rivières, puis fleuve lorsque, mettant fin au flux tumultueux de mes mots maladroits, j’ai serré Noëlle dans mes bras. Longuement nous nous sommes laissés porter par les eaux. À l’approche du delta nous avons gagné une grève et nous y sommes séchés.
C’est une plage ! s’est affolée un instant ma grande amie Noëlle. Si jamais il y avait du vent…
Tu rigoles, je lui ai dit, mouillé comme est le sable, même Éole ne pourrait le soulever.

 

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Joies de Noël

— Noël, toute la période, j’adore. Les illuminations idiotes qu’on caillasse la nuit, les pères Noël pervers qui pelotent les gamins ou leur pincent la couenne en douce, leurs yeux de dingues quand ils saccagent leurs cadeaux.
— Moi j’aime bien quand ils défoncent les emballages avec leurs petites mains poisseuses bourrées de chocolat, garanti que c’est pas du belge, cette daube, ni du suisse, tu peux me croire.
— Et quand ils pleurnichent parce que le père Noël leur a fourgué que des saloperies de bouquins à la con, qu’ils en en ont rien à foutre, des bouquins. C’est une console qu’ils veulent, point barre.
— Les hypermarchés, j’aime bien aussi, avec les grouillants qui chouinent, qui veulent ci, qui veulent ça, et des baffes, ils en veulent ?
— C’est qu’il faut les voir les sales mioches qui foutent les gondoles de caisse en l’air. Le rangement qu’ils te font, un bombardement, à côté, c’est de la rigolade.
— Avec les enfoirés de parents qui font semblant de rien voir.
— Les caddies bourrés de saloperies, avec un salaire qui y passe plus vite que le temps de le dire, qu’après ça, ça s’étonne de pas réussir à joindre les deux bouts.
— Surtout ceux qu’ont plus de moutards que de billets dans le porte-monnaie. Tu me diras, y’a la carte bancaire. Et j’aime autant te dire qu’elle turbine, la carte bancaire.
— Ce qui me débecte, c’est la bouffe, tu as vu ce qu’ils bouffent ? Non, t’as pas vu, mais avec le pétard qu’ils se paient, tu as tout de suite compris.

— Tu te poses où, pour Noël ?
— Je me fais les Galeries, mais ça fait deux fois que je me fais virer. Prisu, c’est même pas la peine d’y compter.
— Moi je me fais Carouf. ça roule pas mal, mais faut se coltiner les conards de vigiles et leurs putains de clebs.
— Les clebs, je crains pas. ça me dirait bien Carouf.
— Sauf que faut pas y compter. Y’en a pour un mais y’en a pas pour deux. C’est qu’il y a la concurrence, le Secours Populaire. Oui, mon pote, le Secours Populaire, ah les cons ! Et les clampins, tu crois qu’ils font quoi une fois qu’ils leur ont refilé deux trois conserves de merde et leurs nouilles premier prix ? Ils se barrent, sans te voir. Tout juste s’ils te marchent pas dessus. Je serais toi, j’essaierais la supérette à côté de Saint-Martin, la petite église qu’ils ont refait le clocher. Les deux dimanches qui viennent, ça devrait faire.
— La messe de Noël aussi ?
— Laisse tomber, ce soir-là, ils ont tous un truc au four, un truc qu’attend pas, alors faut pas traîner.
— Saint Martin, c’est pas çui qu’avait coupé son manteau en deux ?
— Peut-être, mais ça devait être y’a un sacré bout de temps.
— Ils vendent de la corde, à Carouf ?
— Oui. Même qu’elle est en promo, c’est quand même pas Noël pour rien.

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Grains de sable et assurances

Des tas de choses à dire, expliquer, rabâcher, démontrer. Bref, faire l’article. Pour la énième fois. Détestable et vain : je n’ai jamais encore réussi à placer le moindre contrat.
En me rendant d’une pièce à l’autre, celle où je dois prendre la parole à un de ces discoureurs –un concurrent des AFG, les Assurances Françaises Garanties– dont les longues péroraisons sont on ne peut mieux pour endormir un auditoire, j’ai senti un méchant courant d’air,

Je prends place face à une vingtaine d’endormis que la prestance de mon exposé ne devrait pas tarder à réveiller.
Présentation faite, je vais pour entrer dans le vif du sujet lorsque je me rends compte que j’en ai perdu le moindre début de bout de fil. Toussotements. Pas grave, me dis-je, malgré les deux ou trois personnes qui ont opéré un mouvement ressemblant à des prémices de fin de sieste. Ça roupille encore dans les rangs, reprenons-nous avant que ça ne s’ébroue.
Mais j’ai beau chercher, le fil se défile, et le seul mot que j’avais accroché s’est évanoui dans la nature, sûrement emporté par le vent que le courant d’air a engendré.
Mais qu’ont les gens a toujours laisser portes et fenêtre ouvertes ?
Au cas où ce mot de malheur ne soit pas allé loin, je le cherche, lampe frontale sur le crâne pour qu’il ne puisse m’échapper s’il se dissimule sous un meuble : rien.
Tant pis pour ma mémoire défaillante : des conditions générales aux tarifs en vigueur, j’ai copié-collé, imprimé mon baratin. Du cerveau à la main et de la main au papier, il n’y a qu’une coudée. Tout est là, couché sur mes feuillets. J’ouvre le dossier. Les pages sont vierges, ou quasi. Des traces grisâtres me montrent qu’elles ont été déflorées. Même sous la loupe que je ne manque jamais de glisser dans ma poche revolver pour la dégainer lorsque j’en suis aux conditions particulières de tout contrat (on aura bien compris que je fais dans les assurances), c’est illisible.
Entendu, me dis-je, ce devait être un zéphyr abrasif, de ceux chargés de particules sahariennes à faible granulométrie, à coup sûr de la silice. La fine poussière sableuse qui a salopé mes chaussures noires valident mon sentiment.
Dans la salle, premiers signes d’impatience, des sièges grincent.
Qu’est-ce que je vais bien pouvoir leur servir ? Leur fourguer un contrat, vu ma connaissance du sujet, avec les conditions particulières qui changent au rythme des changements de temps, je n’y compte pas, je n’y compte plus. Leur raconter deux ou trois histoires bidons où la Compagnie aurait remboursé un sinistre plus de deux fois le prix estimé par les clients eux-mêmes ? Pour qu’un olibrius m’en demande les preuves, noir sur blanc, police sans fioriture qui les rendrait illisibles, caractères d’un corps 14 ?
Je m’enlise par avance, me sens comme dégringoler sur un terrain glissant avec, en bas de pente, des sables mouvants.
Le sable ! Voilà la solution. Le sable. Le vent de sable.
En deux temps trois mouvements je rouvre les portes et fenêtres que j’avais fait clore. Les courants d’air débarquent, chargés d’une poussière jaunâtre. J’y devine un marchand de sable.
Écharpe sur le nez je quitte la salle de conférence où ça ronfle déjà. L’honneur est sauf.

D’un geste assuré, je balance mon dossier désormais inutile dans la première poubelle venue. Je dénoue ma cravate, dépoussière mes chaussures. Elles brillent.

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Un suicide raté

Dans ma main droite, une paire de ciseaux. Dans la gauche, un fil, celui de la vie. La vie de qui ? J’ai bien une idée sur la question, sans plus. Cependant, je ne devrais pas tarder à en savoir davantage une fois que j’aurai coupé le fil.
M’imaginant ce fil aussi solide qu’une aussière, j’ai pensé un temps faire ça la hache, mais impossible de trouver le moindre billot dans ce désert où les seuls arbres qui poussent sont des arbres à cames. Le seul vert qu’on trouve dans ce coin paumé classé zone sensible –et quelle sensibilité !– est celui de la peur et de la chiasse qu’elle provoque. Tant pis, un bon sécateur fera aussi bien l’affaire. Trouver une jardinerie ici ? Tu dérailles, mon gars, je me suis dit en scannant le paysage à 360°. En chouraver un dans la première villa “Mon rêve” ? Les seules mains vertes, dans le coin, c’est celles qu’on trouve aux vécés, pas ailleurs. Alors malgré les risques de septicémie encourus, je me suis rabattu sur une paire de ciseaux. Ceux que je tiens dans ma main droite.

Je les dirige droit sur sur le fil de vie, une vie qui ne tient qu’à un cheveu, mais une vie qui me pèse tant que je me demande comment un fil si ténu suffit à la retenir. Observant pas à pas les indications des ingénieux concepteurs de l’outil, et malgré l’inconfort que subissent mes doigts, je réussis à positionner pouce et index dans leur logement respectif. Je suis maintenant censé armer l’engin en écartant les lames jusqu’à ce qu’elles forment un angle d’au moins 30°. Je souffle, je souffre, mais malgré mes doigts boudinés et comme pris au piège dans les anneaux de métal, je parviens à les ouvrir et à leur imprimer un angle proche de ce qui est stipulé dans la notice. 
Les ciseaux cernent le fil de vie, l’enserrent, le ceinturent, s’apprêtent à donner le coup de grâce. C’est à l’instant où j’ordonne à mes doigts d’effectuer la tâche que je leur ai confiée –trancher le fil de vie– qu’une terrible douleur, en même temps sourde et aiguë, me fait lâcher la paire de ciseaux. Qui atterrissent dans la corbeille à papier où ils rejoignent leur emballage, le blister d’où je les avais malaisément extraits et la notice que je viens de mettre au panier. Sur laquelle s’affichent, en trop gros caractères pour qu’ils m’aient semblé présenter un quelconque intérêt, trois mots tout bêtes :

CISEAUX POUR GAUCHERS.

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Serf, cerf, lapin, chasseur et leçon de grammaire

Dans sa maison un grand serf, naïf et couillon comme pas un, portait de si belles cornes que tout le monde le prenait pour un cerf, ce qu’il avait fini par reconnaître comme étant la réalité : Je suis un cerf, bramait-il à longueur de jour, réait-il à longueur de nuit et rallait-il, hélas sans succès, en long, en large et en travers.

Un jour où il regardait par la fenêtre, il vit un lapin venir à lui. C’était Jacquou, un lapin de la Garenne-Colombes, mignon comme tout avec sa petite queue de lapin, ses petites pattes de lapin et son petit trou du cul de lapin. À croquer. Dans le coin, on le connaissait sous son sobriquet « le Croquant » à cause de la carotte qu’il avait toujours là où on les met d’ordinaire, et qu’il croquait à loisir. Certains prétendaient que son sobriquet venait du fait qu’il était craquant à souhait, et que de craquant, on était passé à croquant, ce qui n’est pas stupide, mais peu importe. Les mêmes, sans doute de très mauvaises langues, prétextant que Jacquou était inverti, affirmaient l’avoir vu se mettre ses carottes non pas là où on les met d’ordinaire, mais ailleurs, et en aucune façon là où les mettent les marchands de tabac. Mais peu importe, laissons dire les mauvaises langues, car ne faut-il pas de tout pour faire un monde ?


Cerf, cerf, ouvre-moi ou le chasseur me tuera, cria Jacquou de sa petite voix de lapin apeuré. Un peu bécassou, le serf, croyant avoir entendu un avec accent, donc adverbe de lieu, et refusant d’être complice d’un crime de sang, préféra garder porte close.
Le lapin se prit la porte en pleine poire carotte, le chasseur le tua d’un seul coup, d’un seul, avant de tourner les talons, non sans avoir glissé le petit lapin un peu moins joli que l’instant d’avant dans sa gibecière. Il n’aimait pas le lapin de la Garenne-Colombes, qu’il ne trouvait pas assez fort en goût, mais tant pis. Non, ce qu’il aimait par dessus tout, c’était un bon gros rôt ou cuissot de chevreuil, ou mieux, un cuisseau de cerf.
Dépité, ayant compris, hélas trop tard, sa bévue (car le ou de feu Jacquou était une conjonction de coordination, aucunement un adverbe ou un pronom relatif) le serf regretta d’avoir été un très mauvais élève à l’école, qui n’apprenait pas ses leçons. Ce soir, il se passerait du joli petit lapin avec lequel il s’était promis de passer une bonne soirée.
Marri comme on peut l’être lorsqu’on porte de belles et grandes cornes, il se mit à réer, bramer, raller en râlant tant et plus. Ce que ne manqua pas d’ouïr le chasseur.

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Qu’est-ce que ça fait d’être mort ?

— Qu’est-ce que ça fait, d’être mort ?
— J’en sais rien, je le suis pas.
— Oui, ben… je m’en doute. Sinon… Ce que je veux dire, c’est qu’est-ce que ça nous fait quand on est mort ? Ça nous fait quoi ? Parce que c’est pas impossible que ça nous arrive, et j’aimerais autant savoir.
— Pas impossible, mais on n’en a pas de preuve. Je veux dire la preuve qu’on est mort. Maintenant, je dis pas qu’on meurt pas, pour preuve ceux qu’on ne voit plus, à moins qu’ils soient partis en voyage à l’étranger, on sait jamais.
— Comme les exilés fiscaux ?
— Si tu veux. Des pleins aux as, il y en a un paquet qui font le mort, avis de décés et tout le saint frusquin qu’ils envoient au fisc. Comme ça, pépères les gus ! Ou plutôt qu’ils font envoyer par des potes à eux, que ça urge pas encore de disparaître.
— Toi, ça te ferait quoi d’être mort ?
— J’en sais rien. Faudrait déjà l’avoir expérimenté au moins une fois. Et après, faudrait encore pouvoir se rappeler. Avec le temps, pas sûr que les souvenirs soient bien clairs. La mémoire, c’est comme les politicards, tu peux pas faire confiance. Et c’est plus faillible que la virginité de ma petite soeur. C’est vrai qu’à son âge, y’a pas encore de vrai risque, même si ça viendra.
— Si ça se trouve on a déjà été mort une fois, mais on s’en rappelle pas. C’est peut-être rien d’autre qu’un problème de mémoire.
— D’où les monuments aux morts, alors. Qui rappellent aux mort qu’ils sont bel et bien morts.
— Vouais. Maintenant, je sais pas si lire on peut encore quand on est mort.
— Et si on peut, encore faut-il qu’on se rappelle qu’on peut.
— Et de naître, qu’est-ce que ça fait de naître ?

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Les débuts de l’humanité

Pris la coursive de la mémoire, travée souvenirs. Tourné à droite, à gauche, une autre fois à droite, etc. Cru m’être perdu, de quoi rire.
La porte, j’ai quand même mis un petit moment pour la retrouver, et plus encore pour l’ouvrir. La rouille. Si j’avais la bonne clé ? Vous vous fichez de moi ou quoi ? De toute façon, mon second était là, avec son passe-partout.
Ils étaient derrière, à poireauter, tous-deux.
« Doux Jésus » j’ai entendu dire la femme, comprenant qu’elle était à deux doigts de craquer. « Tu étais là le premier, c’est à toi de lui demander », je l’ai entendue dire à son cul-terreux de bonhomme.
Lequel m’a demandé l’autorisation de sauter sur sa bonne femme. Histoire de l’honorer, a rajouté ce grand benêt. Tu parles ! Ok, je lui ai dit, sachant que, si je refusais qu’ils copulent, l’humanité ne pourrait jamais exister, quelle affaire !
Vint Caïn (ils ne surent pas bien comment), puis Abel (ils commencèrent à avoir une vague idée du comment de la chose), puis Seth (le mal nommé, n’étant que le troisième), suivi d’une ribambelle d’autres rejetons et rejetonnes, jusqu’à la venue de Troye, le septième gosse, une fille.
C’est pas le tout, je leur ai dit, estimant que je ne pouvais me satisfaire d’une humanité balbutiante. Au boulot ! je leur ai intimé en menant Seth à la couche de sa mère et Troye au hamac de son géniteur, comme on mène la vache au taureau, ce qu’on a trouvé de mieux pour faire des veaux.
« Seigneur Dieu, et le pêché d’inceste ? » m’ont dit, rougissant et la coulpe pleine, les deux nigauds. M’a fallu les rassurer, leur dire, faux derche, qu’il leur serait pardonné, et qu’en attendant, leur contribution à l’humanité leur vaudrait sûrement une décoration, une statue, et pourquoi pas leur portrait gravé sur les monnaies qu’il faudrait frapper un jour pour que les bons comptes fassent les bons amis, autrement dit pour payer et faire payer. L’inceste, même mes archanges les plus coincés s’en battent l’aile…

Quitté leur deux pièces cuisine, j’ai remonté la travée XIII, direction le taudis où s’est installé Caïn, quel couillon ! que je me suis toujours demandé ce qu’il avait tant à expier, comme si une colère, après tout justifiée, était un crime.
« Seigneur Dieu, Vous ? » Et qui voulait-il que ce soit ? « Tu en es où ? » je lui ai demandé de façon concise.
— C’est pas le pied. Solitude, ennui ou je ne sais, j’hallucine. Un satané putain d’œil, immense, qui me fixe en permanence, je vous dis pas l’intimité…
— Mouais… Tu devrais peut-être voir un psy. Et sinon ?

Je l’ai écouté deux minutes avant de le planter là pour le laisser tranquillement à ses jérémiades.
Repris la travée XIII en sens inverse. Y ai croisé un drôle de zigoto, pieds fourchus, torche à la main, qui semblait chercher son chemin. Tourné à gauche, à droite, encore une fois à gauche. Me suis retrouvé travée souvenirs que j’ai remontée jusqu’à la coursive de la mémoire. Laissé le cloaque derrière moi, j’ai avalé goulument une grande bouffée d’air.

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Un choix difficile, très difficile

Par les temps qui courent, j’aimerais pas être sunnite. J’aimerais pas non plus être chiite et ça me plairait pas des masses d’être alaouite. Musulman, je n’y tiens pas plus que ça, ou alors imam, pas n’importe lequel, attention. Ou tant qu’à faire, qadi. Être catho, merci bien. Pareil pour protestant, orthodoxe, copte. Ou alors évêque, si je dois vraiment être catho. Soufi ne me botterait pas plus que ça. Juif ? Pas mieux, même rabbin sauf, peut-être Jacob, histoire de me marrer.
Ça me ferait vraiment chier d’être Européen. Peut-être pas autant que Russe, Américain ou Chinois, quoi que. Français, surtout d’origine maghrébine, ça ne doit pas être de la tarte. Français, de Montluçon ou Clermont-Ferrand, ça me gonflerait carrément. Quant à être Syrien, j’attends pour voir, mais par les temps qui courent, c’est pas pour dire, mais ça craint, comme dit mon cheval.
Être nègre ne m’enchanterait pas vraiment, ni au Congo, ni aux Zétazunis et ni même dans d’autres pays où ça en est bourré. Noir ? À peine mieux, n’ayant nulle envie de me faire traiter de black par des illettrés. Dans l’ensemble, je me passerais bien d’être africain ou d’origine africaine. Martien ? Je n’en sais pas assez sur leur compte, alors autant éviter..
Être une femme, je n’y tiendrais pas vraiment, et si je pouvais choisir, je préférerais quelque chose d’un peu moins niais et de moins bruyant. Mais pas un bestiau, surtout pas ceux qui passent par la case abattoir avant de finir à la casserole, à la poële ou au barbecue, au bûcher, si vous préférez, comme les dindes, les cochons du même coin ou les Cathares. Cathare, déjà que je ne supporte pas le soleil, ça ne me dirait rien, mais c’est vrai qu’il y a peu de risques que ça m’arrive.
Non, vraiment, le seul truc qui m’irait, ce serait d’être con, très con. ça m’éviterait de me poser des questions idiotes du genre « si je me faisais athée, agnostique, apatride, d’une espèce et d’un genre indéterminés ? » Objet ? Faut voir, mais prudence oblige, pas n’importe lequel. Ni sabre, ni goupillon, pas plus que selle de vélo, balai de chiotte ou missile. Être une blague minable et lourdingue à cent balles ? Tiens donc, et pourquoi pas ? Ou rien, rien du tout, rien de rien, le rien du rien, peau de balle. Mouais, peau de balle. Si la balle en question n’est pas n’importe quoi.
Mais con, très con, voire même méchamment con, ça m’irait très bien et ça me suffirait amplement.

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