Les derniers écrits parus sur les blogs de Pierre C.J. Vaissiere

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20/04 – De l’importance de faire des choses
01/05 - Ukraine, Russie, Crimée, perte d’un bras à Sébastopol
01/05 – Résurrection
09/12 – Promenade en ville
01/05 – Une armée islamiste à nos portes ?
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Ukraine, Russie, Crimée et perte d’un bras à Sébastopol

Moi, je serais un Russe, faudrait pas compter que j’aille en Crimée pour défendre ces zigotos que le seul truc qu’ils veulent, c’est des roubles, et à l’oeil, s’il vous plaît. Je me suis déjà fait baiser par Poutine en Ossétie, me demandez pas où c’est-i précisément, à cause que les frontières, par là-bas sont à géométrie variable, une légère dérive du régime. Et quand je dis baiser, c’est pas du flan, pas plus du Franco-Russe qu’un autre. Te plains pas, qu’on m’a dit, tu devrais être content d’avoir plusieurs trous de balle, une rafale de Kalachnikov. Quel con le Miklhaïl, qu’a pas reçu le moindre poil de cul de rouble pour son invention, comme quoi le génie, c’est aux autres que ça sert. Bref, en Crimée, les Russes se passeront de moi.

Je serais Ukrainien, chacun sa vie et les problèmes qui vont avec, je vois pas pourquoi j’irais aller me trucider du popov, sous un prétexte que je ne connais pas, si j’oublie les razzias, les quelques menus massacres qu’ils ont commis par le passé, que je pourrais même regretter que les Allemands du IIIe Reich leur aient pas foutu la raclée.

Je serais Tchétchène, ça ne me gênerait pas plus que ça d’envoyer quelques volées de plomb sur des Russes, en Crimée, dans le Caucase ou n’importe où, mais désolé, et même si je n’y suis pour rien, je suis français. Un vrai de vrai Français, avec carte d’identité où c’est marqué que je suis français et des tas de papiers qui le confirment, comme ils confirment que mes ascendants sont aussi de vrais de vrais français SGDG. Français, avec une nationalité largement méritée depuis 1854, année où un mien aïeul, ô insondable tristesse et fâcheuse étourderie, a perdu un bras à Sebastopol, lors de la guerre de Crimée. Alors, que Russes et Ukrainiens se dépatouillent eux-mêmes et que Poutine fasse l’effort de se rappeler le contenu du Mémorandum de Budapest ! 

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Pollution

La pollution est le résultat des incompétences et aveuglements successifs des décisionnaires, ces êtres d’exception (selon eux-mêmes, leurs pairs et ceux qui, par leur soutien intéressé les propulsent aux manettes de la gouvernance),  censés réfléchir sur l’avenir qu’induisent leurs décisions (car ce sont bien ces dernières qui dessinent ce à quoi demain ressemblera.) et qui, pour nombre d’entre eux, ne pensent qu’à tirer profit de leur position et statut.

pollution

Le chauffage domestique pollue, l’élevage pollue, l’agriculture pollue, les automobiles polluent, l’industrie tout entière pollue, le pouvoir et l’argent polluent. Rien n’échappe à la pollution qui corrompt jusqu’aux comportements ou qui en émane, et tandis que fleurissent discours mensongers, diatribes, harangues haineuses entre les partis clans politiques plus âpres à tirer à eux la couverture (et le parapluie) qu’à œuvrer pour le bien-être de leurs obligés ou inféodés, sont jetées aux oubliettes les fleurs fanées que la chienlit a contaminées.

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Les meilleurs mets du monde

bourlingue_culinaireAvec mon pote Marius, j’ai mangé des grives aux olives dans un restau à Brive. À Ostie j’ai dégusté un travers de porc avec Hector. À Pont-l’Abbé j’ai pris un sorbet avec Barnabé, un abbé burkinabé ; À Tahiti j’ai avalé un poulet rôti arrosé de Côte-rôtie. J’ai goûté à du gigot à l’aïl dans un restaurant halal tenu par un bigot, qui valait bien l’aligot de gigot qu’on m’a servi à tire-larigot à Saint-Malo ; Chez Bethsabée, on m’a servi un rouget barbet ébarbé ; j’ai ramené de Rome la recette de la tarte aux pommes au rhum ; À Houilles, j’ai avalé une andouille sur son lit de ratatouille au fenouil ; À Gif-sur-Yvette j’ai aimé les caillettes à la Clairette d’Arlette. Je me suis radiné à Die pour y dîner d’une dinde aux radis du dîner du jeudi… et j’en passe.
Mais rien ne vaut la bombe glacée de Pyongyang, le clafoutis aux pruneaux de Kiev, les grenades de Damas, les patates d’Astana, les machettes de Bangui, les marrons de Minsk, la chicore du Zimbabwe, les couleuvres d’Iran, les scorpions de Chine, et les beignes de quelques jolis coins du monde où il doit faire si bon vivre.
Les champignons ? Ils mijotent de ci, de là.

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Pères Noël, terrorisme et services secrets

Les fêtes de Noël sont passées, bien passées et trépassées. C’est le moment de se demander si on ne s’est pas fait bêtement avoir par un faux père Noël, le moment de ne plus y croire du tout, ou, si on persiste vraiment à croire qu’il existe, d’apprendre à ne plus croire en ses promesses. Et le moment aussi de se demander si certains jolis joujoux ne présenteraient pas un quelconque danger pour nos charmants bambins.

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2. Un père Noël dont les mains sont rouges de sang n’est pas un vrai père Noël, mais un méchant terroriste.

Mais en dehors des pères Noël qui résultent d’élections de plus en plus idiotes, de ceux que l’on reconnaît à ces colifichets bleu blanc rouge qu’ils affichent au revers de leur veston, mais aussi à leurs grosses automobiles de fonction, à quoi reconnaît-on un (vrai) père Noël ?

Un vrai père Noël a toujours les mains blanches comme neige (cliché n°1), contrairement à un faux qui les a rouges, généralement de sang. Il suffit d’ailleurs de bien observer un père Noël aux mains rouges (de sang) pour se rendre compte de ce qu’il est en réalité : un terroriste (cliché  n°2). Et les terroristes, c’est pas joli joli, raison pour laquelle ils se cachent derrière de longues barbes blanches, mais on ne nous la fait pas. Un coup de ventilateur bien ajusté ou une ligne et son hameçon bien lancés, et hop ! les voilà démasqués, non mais ! (cliché n°2, phase 2). Hélas, plus rusés que des fennecs, sournois que des crotales et perfides que des hippopotames, prenant la poudre d’escampette, ils parviennent, la queue entre les jambes (cliché n°3), à lâchement échapper à la justice. La justice de qui ? on n’en sait trop rien

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3. Ce faux père Noël est un terroriste prenant la poudre d’escampette après avoir commis son forfait.

Cependant, ne nous y trompons pas : tous les faux pères Noël ne sont ni des terroristes, ni des rastas, car en effet, il faut savoir, comme le savent les imbéciles qui prêtent foi aux élucubrations du Proctologue de Fion Protocole de Sion, à savoir que certains pères Noël sont tout bonnement des agents du Mossad, ce dont on se rend compte malgré l’habileté qu’ils mettent à tenter de nous tromper (cliché 4, 4bis et 4ter). Agents dont nombre d’entre eux jouent un double, voire un triple jeu de cache-cache avec les agents de la CIA et autres rigolos prétentieux qui passent leur temps à se prendre au sérieux, sous prétexte qu’ils tiendraient le monde par les couilles qu’ils tiennent les rênes du monde.

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4. Un agent du Mossad se cache derrière cet humble père Noël apparemment inoffensif.

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Non seulement ce n’est pas la fille du père Noël, ni même son fils, mais un agent du Mossad qui nous prend pour des pommes s’il s’imagine qu’on va croire qu’il s’agit de Marie-José Neuville ou d’une autre sale gamine qui, pour la peine, n’aura rien à Noël.

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Un gentil père Noël à qui des salopiots de mécréants ont volé la hotte, ce qui ne l’empêche pas d’oeuvrer pour la joie des enfants nécessiteux.
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Echecs et réussite

— De toute ma vie je n’ai jamais rien réussi.
— Quoi que ce soit ? Pas même le moindre plat de nouilles ? Des oeufs au plat ? Te beurrer une tartine ? Une bonne tasse de café, même soluble ?
— Des nouilles collantes et au goût de flotte, si. Des œufs réduits en charbon et qui accrochent à la poêle, oui. Du jus de chaussette en guise de café, aussi. Mais rien qui soit consommable, rien qui ne soit pas infecte, brûlé, pas cuit, amer, trop salé. Tout ce que j’ai entrepris a été foiré, loupé, manqué, mal foutu, moche, imbuvable, nul, pourri. Et je ne parle pas que de la bouffe, mais de tout le reste, tout, quoi.
— Tes enfants, ils ne sont quand même pas si mal.
— Parlons-en, de mes gosses. Des tordus mal fichus, des imbéciles ignares, pires que leur mère. Le mariage et les gosses, c’est peut-être ce que j’ai le plus foiré, avec le reste.
— Ton suicide, ça a pas été loin de faire, pourtant.
— Pas loin, mais raté. Du boulot bâclé. Une corde de mauvaise qualité, un fusil qui s’enraye, la grève dans le métro qui se déclenche alors que j’attends la rame qui m’écrabouillera, des médocs à la con qui ne m’ont filé qu’une diarrhée de tous les diables… Un suicide, ça ? Une tentative de suicide de merde, c’est tout. Des échecs, rien que des échecs. Ma vie est une succession d’échecs.
— Des échecs aussi bien réussis, c’est de la réussite.
— Fais pas chier…

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Les petits Syriens privés de sapin de Noël

Minable, triste à en chialer, lamentable, affligeant. Encore une fois, les petits Syriens n’ont pas eu droit à un joli arbre de Noël pour y aligner soigneusement leurs jolies babouches, ne serait-ce qu’une seule, pour ceux qui auraient malencontreusement perdu une jambe, malheureuses victimes de dommages collatéraux, mais qu’y peut-on, faut ski c’qui faut, encore que, question de glisse, le monoski conviendrait à merveille, sauf que, pour se descendre une piste sur la poudreuse, mieux vaudrait être Israélien.
En Syrie, c’est la crise dans la filière bois, à cause des fabricants de boîtes à six pans plus fond et couvercle, qui raflent tout, même les oliviers, avec les conséquences qu’on imagine sur la production du savon d’Alep, dont la qualité a tellement baissé qu’on se demande jusqu’où ça va aller. Du souci aussi pour la quantité ? Vu la matière première dont disposent les équarrisseurs, et bien que, depuis quelques temps, les Syriens aient perdu leur tendance à l’obésité que leur conféraient loukoums, chamiyas et autres gâteries qui ne manquent pas de calories… aucun risque, ouf ! Merci donc aux belligérants.

Une consolation, cependant : les très jolis feux d’artifice qui ont fusé de tous bords, sans parvenir, toutefois, à faire oublier les sapins enguirlandés et les magnifiques cadeaux que les pères Noël locaux en tenue de camouflage tachetée de rouge ont apportés aux gentils petits enfants pour qu’ils puissent continuer de jouer. À la guerre.

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OGM, Montesanto, pollution et mal-bouffe

À l’adresse de Montesanto, de Hugh Grant et de ses alter ego ;
en hommage à Sofia Gatica, ses compagnes et compagnons de lutte ;
un clin-d’œil à Avaaz.org.

Une fiction. Le profit à n’importe quel prix, quitte à ce que nos propres petits enfants en soient les victimes, est-il envisageable ? Oui. Et cette quête du profit ne touche pas que les seuls Hugh Grant et ses alter ego, mais aussi chacun de nous, à sa façon.

Les mesures qu’avait prises le Président n’étaient pas très populaires, sauf auprès des grands trusts qui ne voyaient dans la chose populaire qu’une source de profits faciles, pérennes et sans risques.
Avec l’approche des élections, il allait lui falloir restaurer son image devenue bien terne au fil des ans et de l’exercice d’un pouvoir fort peu désintéressé. Les maladies cardio-vasculaires, les cancers, les allergies et toute une kyrielle de nouvelles maladies dues à la pollution, aux OGM et à la mal-bouffe avaient connu un développement égal à celui des bénéfices enregistrés par les trusts de l’agro-alimentaire, dont les largesses à son endroit l’avaient définitivement acquis à leur cause mercantile.

On ne savait pas qui, des seniors –comme il était de bon ton de dire– ou des enfants (qu’on appelait encore enfants, n’ayant trouvé d’autre mot pour les désigner) étaient les plus touchés, mais une grande opération, à la croisée du jeu et de l’enquête, initiée par les médias officiels, l’apprendrait ce soir même au grand public depuis longtemps tombé dans l’infantilisme et l’immobilisme, malgré les cris d’alarmes lancés par quelques personnes taxées d’ignorance par nombre de soi-disant responsables politiques, qu’ils fussent idiots, corrompus, ou les deux à la fois.
À n’en pas douter, la moitié du pays serait scotchée sur les écrans de télévision pour l’annonce des résultats. Les gagnants recevraient leur poids en plats cuisinés industriels, généreusement offerts par le CFA, le Consortium français de l’agro-alimentaire, dont le Président était le président directeur général. 

Populiste jusqu’au bout de sa langue, le Président déposerait son bulletin de participation en direct. Quel événement ! dans ce vieux pays rendu exsangue par l’exploitation sans frein de ses ressources et où, à force de courbettes des uns et des autres, la courbe de la taille moyenne des habitants avait terriblement chuté, tandis que celle du moral jouxtait le zéro.
Son bulletin de jeu glissé dans l’urne, le Président eut tout juste à claquer des doigts pour que son hélicoptère l’enlève.

Direction un hôpital pour enfants –l’avenir du pays, comme il aimait à le répéter dans un style si parfait que s’y devinaient les conseils éclairés d’un de ces ténors de la communication habiles à faire prendre les vessies pour des lanternes et les mensonges pour des vérités vraies, avérées et certifiées. Par leurs auteurs.
Ses attachés de presse, issus du même creuset, avaient fait du bon boulot. Comment avaient-ils réussi à trouver le dispensaire le plus désolé du pays ? Quels informateurs avaient-ils dû (mal) payer ? Comment s’y étaient-ils pris pour qu’aucun opposant ne vînt perturber son arrivée en grande pompe ? Nul ne le savait, et encore moins le Président qui ne savait rien ni n’avait jamais rien su, n’ayant jamais eu le moindre savoir de quelque chose que ce fût, si ce ne sont celles en rapport aux affaires de bon rapport. Car passer sa vie à courir le pouvoir conduit souvent à l’ignorance.
Il n’avait plus eu qu’à faire son cinéma, ce qu’il avait fait après qu’on l’eut maquillé, coiffé, brossé dans le sens du poil et atomisé d’une mixture destinée à repousser les poux, gales, virus, bactéries et autres engeances qui ne devaient pas manquer de traîner en un tel lieu.

Courageux jusqu’au bout des doigts (on les lui avait glissés d’autorité dans des gants stérilisés) il était entré dans une des chambres communes, précédé d’un nuage antiseptique au large spectre, et suivi de sa cohorte de loufiats acquis à sa cause.
Plusieurs gamins étaient là, amenés d’urgence quelques heures auparavant, silhouettes énigmatiques que des bandages avaient transformées en momies tout droit sorties d’une antique tragédie. Dans une cellule de verre où un des enfants avait été mis en isolation, on s’activait, on soignait, on surveillait d’un œil attentif et inquiet les écrans aux lumières sinusoïdales vertes. On faisait là du mieux qu’il était possible. 

Côté spectateurs visiteurs, les caméras étaient en place ; les perchistes faisaient une dernière mise au point ; on réglait méticuleusement les projecteurs pour éviter tout reflet inopportun ; les maquilleuses rajoutaient une couche de fard sur le visage du Président qui parcourait d’un regard ennuyé le baratin qu’un de ses fidèles venait de lui concocter.

Au Président et à son équipe, l’équipe médicale avait expliqué :
« Cinq gamins dans les huit-dix ans. Comme brûlés… Virus, empoisonnement… on ne sait pas encore. Le labo est dessus. La pollution, comme l’autre fois ? peut-être. Les poumons dans un sale état. »
— Celui en milieu stérile, ça lui aurait pris comme ça, en quelques minutes… D’abord les yeux. Après il s’est mis à se gratter, puis à tousser de plus en plus violemment, jusqu’à cracher du sang.
— Si on a joint les parents ? Dans un tel état de choc, comment voulez-vous qu’il puisse dire son nom, où il habite ?  

Dans la cabine de verre devenue vitrine quand les projecteurs s’étaient braqués sur elle, le gosse avait entrouvert ses paupières, dévoilant deux yeux rougis, affolés.
« C’est le moment » s’était dit le Président, en réajustant sa cravate.
Frappant à la vitre, il avait attiré sur lui l’attention du gamin, lui adressant maintenant de grands gestes se voulant amicaux. Les yeux du gosse s’étaient arrondis. Il s’agitait, gémissait, le regard empli d’une tristesse insondable où se lisait douleur et incompréhension. Geste rassurant, une infirmière lui avait posé la main sur le front.
De derrière la vitre, le Président l’avait vue dérouler les bandelettes du visage et approcher son oreille des lèvres tuméfiées du gamin qui semblait vouloir parler. Elle s’était tournée de trois quarts, jetant un drôle de regard en direction de cet homme, sans doute le plus important du pays, si on juge l’importance d’un homme à celle de son pouvoir et de son compte en banque. S’écartant un instant du lit du petit malade, elle y était revenue, micro en main, qu’elle avait approché de ses lèvres tremblantes.
Pressentant qu’un sourire du gamin, et pourquoi pas un regard de gratitude de sa part redoreraient fichtrement son blason qu’une politique antisociale et désastreuse pour la planète avait terni, le Président avait fait un signe discret à l’équipe télé. « Pas question de louper ça » s’était-il dit, se félicitant de son à propos.

Feuillets en main, blouse mal fermée dans le dos, car vite enfilée, un interne, sans doute, avait rejoint le groupe.
« Résultats du labo. Ils affinent, mais on a déjà des toxines alimentaires jointes à des micro particules plus des problèmes génétiques, côté OGM. Je vous laisse voir »
« Un cocktail mortel » avait dit un des médecins en parcourant les résultats. « Les autres ont peut-être une chance de s’en sortir, mais lui, inutile de dire que le pronostic vital est engagé » avait-il ajouté en hochant la tête en direction de la cabine de verre. Qui, tout à coup, avait perdu de son éclat, tandis que les visages s’étaient tendus. 

Dans un bruit bizarre de soufflet usé, le gamin avait inspiré une goulée d’air. Soulevant difficilement ses paupières il avait douloureusement regardé le Président. Les lèvres collées au micro que lui tenait l’infirmière, dans un ultime effort, il avait balbutié « grand-père ». Avant de clore lèvres et paupières.

 

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Noël de sable, de larmes, de vent, de l’eau du fleuve

Nwel, on dit dans mon patelin. À la ville, ils disent Noël, des fois même Nohel. Mais c’est le même dont on cause tous, pour peu qu’on en cause, de Noël. Avec ma copine, du même nom parce qu’elle est née un 25 du mois de Noël, donc décembre, on se raconte des fables, je veux dire des histoires à dormir debout, que Noël c’est drôlement chouette, la famille, les enfants aux yeux écarquillés. Il n’y a qu’à Noël que les gamins ont les yeux écarquillés. À Pâques, c’est les œufs qu’on écarquille, à moins qu’on les écoquille ou quelque chose comme ça, je ne sais plus.
Tu aimes bien Noël ? je demande à ma copine. Je dis copine, mais c’est ma petite amie. 1m55, aujourd’hui, ça ne va pas chercher loin. Et toi ? elle me rétorque, sans répondre. Les gens qui reposent la question qu’on vient de leur poser, ce n’est pas qu’ils ne veulent pas répondre, c’est que ça les touche.

Touchée, je lui dis en me marrant. Touché coulé, quand je vois son Rimmel, nom qui me ramène à Rommel, facile. Avec le sable du désert, ses yeux, ils devaient sacrément être rouges, en fin de journée. Non, ce n’est pas le sable, disait-il en allemand –parce qu’il l’était et pas rien qu’un peu–, c’est à force d’essayer de voir de quoi l’avenir sera fait, mein Gott !
L’avenir de ma petite copine Noëlle, il est tout tracé, avec du sable partout dans les yeux, comme au bord de la mer où elle n’est jamais allée et où elle n’ira jamais. Les aveugles comme elle, ils ont peur de ne pas pouvoir s’enlever le sable que le vent sur la plage leur jette aux yeux. Déjà que toi, ça n’est pas si facile à faire, même si ton miroir est propret, que tu y vois et tu t’y vois comme en plein jour, même s’il fait nuit, parce que tu as eu ce geste d’allumer la lumière de ta salle de bains, alors que, elle… mais quand je dis toi, c’est à moi que je pense. Tu penses toujours à toi, me dit souvent ma petite amie. Oui, mais pas qu’à moi. J’ai vu que tu étais touchée, là, et je te l’ai dit, preuve que…
Si j’aime Noël, moi ? ça m’arrive. S’il neige, qu’elle tient même sur les voitures qu’on vient tout juste de garer après être allé chercher les parents pour le réveillon, et qu’on sait bien que, le lendemain, on devra enfiler moufles, bottes, plus un bon gros bonnet de laine. Le décompte fait des absents, ceux partis depuis longtemps et qu’on finit par presque oublier, les deux qui sont coincés sur la route à cause des congères (mais ils finiront bien par arriver)… délaissant les fenêtres où on s’est scotchés pour mieux voir virevolter les gros flocons, on s’installe autour de la table. Il fait chaud, il fait bon chaud. Noël comme ça, oui, j’aime bien. Malgré même tous les tant pis, dommage, quoi que et les quelques inévitables couacs, infimes ou énormes, qu’engendrent ce qui ressemble à s’y méprendre à des retrouvailles.
À toi, maintenant. Noël, tu aimes ? La question que Noëlle m’a retournée lui revient, de droit. Après tout, j’ai ouvert le chemin, à son tour de laisser s’entrebâiller ses lèvres. Ce qu’elle fait, libérant deux petits rus de cristal. Ce n’est pas qu’elle n’aime pas Noël, c’est que Noël lui fait mal, comme à d’autres, à tant d’autres. Pourtant, et comme tant d’autres, elle y sacrifie, sourires de circonstance, faux semblants, aimant ou faisant (grise) mine d’aimer, avec étrangeté, ces moments où on s’échange cadeaux et baisers, trop souvent bien convenus, sous de rutilants emballages desquels surgissent, venant du passé ou se profilant dans le futur, tourments, griffures, pincements, serrements de gorge et de cœur. On sait pourquoi, on sait comment, on sait aussi que cela s’estompera au fil du temps, après que de nombreux autres départs auront eu lieu. On le sait, mais on ne sait y croire. On y croira vraiment lorsque, ouvrant notre courrier, on en sortira la réservation du très grand et sans doute très long voyage que nous offre la vie.
J’ai parlé, parlé encore, trop parlé, nous saoulant de mes paroles sans atteindre l’ivresse libératrice. Parlé pour rien, obscure tentative imbécile pour que sèchent ses larmes, tandis qu’il les faudrait accompagner. 

 

Les rus sont devenus ruisseau, rivières, puis fleuve lorsque, mettant fin au flux tumultueux de mes mots maladroits, j’ai serré Noëlle dans mes bras. Longuement nous nous sommes laissés porter par les eaux. À l’approche du delta nous avons gagné une grève et nous y sommes séchés.
C’est une plage ! s’est affolée un instant ma grande amie Noëlle. Si jamais il y avait du vent…
Tu rigoles, je lui ai dit, mouillé comme est le sable, même Éole ne pourrait le soulever.

 

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Joies de Noël

— Noël, toute la période, j’adore. Les illuminations idiotes qu’on caillasse la nuit, les pères Noël pervers qui pelotent les gamins ou leur pincent la couenne en douce, leurs yeux de dingues quand ils saccagent leurs cadeaux.
— Moi j’aime bien quand ils défoncent les emballages avec leurs petites mains poisseuses bourrées de chocolat, garanti que c’est pas du belge, cette daube, ni du suisse, tu peux me croire.
— Et quand ils pleurnichent parce que le père Noël leur a fourgué que des saloperies de bouquins à la con, qu’ils en en ont rien à foutre, des bouquins. C’est une console qu’ils veulent, point barre.
— Les hypermarchés, j’aime bien aussi, avec les grouillants qui chouinent, qui veulent ci, qui veulent ça, et des baffes, ils en veulent ?
— C’est qu’il faut les voir les sales mioches qui foutent les gondoles de caisse en l’air. Le rangement qu’ils te font, un bombardement, à côté, c’est de la rigolade.
— Avec les enfoirés de parents qui font semblant de rien voir.
— Les caddies bourrés de saloperies, avec un salaire qui y passe plus vite que le temps de le dire, qu’après ça, ça s’étonne de pas réussir à joindre les deux bouts.
— Surtout ceux qu’ont plus de moutards que de billets dans le porte-monnaie. Tu me diras, y’a la carte bancaire. Et j’aime autant te dire qu’elle turbine, la carte bancaire.
— Ce qui me débecte, c’est la bouffe, tu as vu ce qu’ils bouffent ? Non, t’as pas vu, mais avec le pétard qu’ils se paient, tu as tout de suite compris.

— Tu te poses où, pour Noël ?
— Je me fais les Galeries, mais ça fait deux fois que je me fais virer. Prisu, c’est même pas la peine d’y compter.
— Moi je me fais Carouf. ça roule pas mal, mais faut se coltiner les conards de vigiles et leurs putains de clebs.
— Les clebs, je crains pas. ça me dirait bien Carouf.
— Sauf que faut pas y compter. Y’en a pour un mais y’en a pas pour deux. C’est qu’il y a la concurrence, le Secours Populaire. Oui, mon pote, le Secours Populaire, ah les cons ! Et les clampins, tu crois qu’ils font quoi une fois qu’ils leur ont refilé deux trois conserves de merde et leurs nouilles premier prix ? Ils se barrent, sans te voir. Tout juste s’ils te marchent pas dessus. Je serais toi, j’essaierais la supérette à côté de Saint-Martin, la petite église qu’ils ont refait le clocher. Les deux dimanches qui viennent, ça devrait faire.
— La messe de Noël aussi ?
— Laisse tomber, ce soir-là, ils ont tous un truc au four, un truc qu’attend pas, alors faut pas traîner.
— Saint Martin, c’est pas çui qu’avait coupé son manteau en deux ?
— Peut-être, mais ça devait être y’a un sacré bout de temps.
— Ils vendent de la corde, à Carouf ?
— Oui. Même qu’elle est en promo, c’est quand même pas Noël pour rien.

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Grains de sable et assurances

Des tas de choses à dire, expliquer, rabâcher, démontrer. Bref, faire l’article. Pour la énième fois. Détestable et vain : je n’ai jamais encore réussi à placer le moindre contrat.
En me rendant d’une pièce à l’autre, celle où je dois prendre la parole à un de ces discoureurs –un concurrent des AFG, les Assurances Françaises Garanties– dont les longues péroraisons sont on ne peut mieux pour endormir un auditoire, j’ai senti un méchant courant d’air,

Je prends place face à une vingtaine d’endormis que la prestance de mon exposé ne devrait pas tarder à réveiller.
Présentation faite, je vais pour entrer dans le vif du sujet lorsque je me rends compte que j’en ai perdu le moindre début de bout de fil. Toussotements. Pas grave, me dis-je, malgré les deux ou trois personnes qui ont opéré un mouvement ressemblant à des prémices de fin de sieste. Ça roupille encore dans les rangs, reprenons-nous avant que ça ne s’ébroue.
Mais j’ai beau chercher, le fil se défile, et le seul mot que j’avais accroché s’est évanoui dans la nature, sûrement emporté par le vent que le courant d’air a engendré.
Mais qu’ont les gens a toujours laisser portes et fenêtre ouvertes ?
Au cas où ce mot de malheur ne soit pas allé loin, je le cherche, lampe frontale sur le crâne pour qu’il ne puisse m’échapper s’il se dissimule sous un meuble : rien.
Tant pis pour ma mémoire défaillante : des conditions générales aux tarifs en vigueur, j’ai copié-collé, imprimé mon baratin. Du cerveau à la main et de la main au papier, il n’y a qu’une coudée. Tout est là, couché sur mes feuillets. J’ouvre le dossier. Les pages sont vierges, ou quasi. Des traces grisâtres me montrent qu’elles ont été déflorées. Même sous la loupe que je ne manque jamais de glisser dans ma poche revolver pour la dégainer lorsque j’en suis aux conditions particulières de tout contrat (on aura bien compris que je fais dans les assurances), c’est illisible.
Entendu, me dis-je, ce devait être un zéphyr abrasif, de ceux chargés de particules sahariennes à faible granulométrie, à coup sûr de la silice. La fine poussière sableuse qui a salopé mes chaussures noires valident mon sentiment.
Dans la salle, premiers signes d’impatience, des sièges grincent.
Qu’est-ce que je vais bien pouvoir leur servir ? Leur fourguer un contrat, vu ma connaissance du sujet, avec les conditions particulières qui changent au rythme des changements de temps, je n’y compte pas, je n’y compte plus. Leur raconter deux ou trois histoires bidons où la Compagnie aurait remboursé un sinistre plus de deux fois le prix estimé par les clients eux-mêmes ? Pour qu’un olibrius m’en demande les preuves, noir sur blanc, police sans fioriture qui les rendrait illisibles, caractères d’un corps 14 ?
Je m’enlise par avance, me sens comme dégringoler sur un terrain glissant avec, en bas de pente, des sables mouvants.
Le sable ! Voilà la solution. Le sable. Le vent de sable.
En deux temps trois mouvements je rouvre les portes et fenêtres que j’avais fait clore. Les courants d’air débarquent, chargés d’une poussière jaunâtre. J’y devine un marchand de sable.
Écharpe sur le nez je quitte la salle de conférence où ça ronfle déjà. L’honneur est sauf.

D’un geste assuré, je balance mon dossier désormais inutile dans la première poubelle venue. Je dénoue ma cravate, dépoussière mes chaussures. Elles brillent.

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Un suicide raté

Dans ma main droite, une paire de ciseaux. Dans la gauche, un fil, celui de la vie. La vie de qui ? J’ai bien une idée sur la question, sans plus. Cependant, je ne devrais pas tarder à en savoir davantage une fois que j’aurai coupé le fil.
M’imaginant ce fil aussi solide qu’une aussière, j’ai pensé un temps faire ça la hache, mais impossible de trouver le moindre billot dans ce désert où les seuls arbres qui poussent sont des arbres à cames. Le seul vert qu’on trouve dans ce coin paumé classé zone sensible –et quelle sensibilité !– est celui de la peur et de la chiasse qu’elle provoque. Tant pis, un bon sécateur fera aussi bien l’affaire. Trouver une jardinerie ici ? Tu dérailles, mon gars, je me suis dit en scannant le paysage à 360°. En chouraver un dans la première villa “Mon rêve” ? Les seules mains vertes, dans le coin, c’est celles qu’on trouve aux vécés, pas ailleurs. Alors malgré les risques de septicémie encourus, je me suis rabattu sur une paire de ciseaux. Ceux que je tiens dans ma main droite.

Je les dirige droit sur sur le fil de vie, une vie qui ne tient qu’à un cheveu, mais une vie qui me pèse tant que je me demande comment un fil si ténu suffit à la retenir. Observant pas à pas les indications des ingénieux concepteurs de l’outil, et malgré l’inconfort que subissent mes doigts, je réussis à positionner pouce et index dans leur logement respectif. Je suis maintenant censé armer l’engin en écartant les lames jusqu’à ce qu’elles forment un angle d’au moins 30°. Je souffle, je souffre, mais malgré mes doigts boudinés et comme pris au piège dans les anneaux de métal, je parviens à les ouvrir et à leur imprimer un angle proche de ce qui est stipulé dans la notice. 
Les ciseaux cernent le fil de vie, l’enserrent, le ceinturent, s’apprêtent à donner le coup de grâce. C’est à l’instant où j’ordonne à mes doigts d’effectuer la tâche que je leur ai confiée –trancher le fil de vie– qu’une terrible douleur, en même temps sourde et aiguë, me fait lâcher la paire de ciseaux. Qui atterrissent dans la corbeille à papier où ils rejoignent leur emballage, le blister d’où je les avais malaisément extraits et la notice que je viens de mettre au panier. Sur laquelle s’affichent, en trop gros caractères pour qu’ils m’aient semblé présenter un quelconque intérêt, trois mots tout bêtes :

CISEAUX POUR GAUCHERS.

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Serf, cerf, lapin, chasseur et leçon de grammaire

Dans sa maison un grand serf, naïf et couillon comme pas un, portait de si belles cornes que tout le monde le prenait pour un cerf, ce qu’il avait fini par reconnaître comme étant la réalité : Je suis un cerf, bramait-il à longueur de jour, réait-il à longueur de nuit et rallait-il, hélas sans succès, en long, en large et en travers.

Un jour où il regardait par la fenêtre, il vit un lapin venir à lui. C’était Jacquou, un lapin de la Garenne-Colombes, mignon comme tout avec sa petite queue de lapin, ses petites pattes de lapin et son petit trou du cul de lapin. À croquer. Dans le coin, on le connaissait sous son sobriquet « le Croquant » à cause de la carotte qu’il avait toujours là où on les met d’ordinaire, et qu’il croquait à loisir. Certains prétendaient que son sobriquet venait du fait qu’il était craquant à souhait, et que de craquant, on était passé à croquant, ce qui n’est pas stupide, mais peu importe. Les mêmes, sans doute de très mauvaises langues, prétextant que Jacquou était inverti, affirmaient l’avoir vu se mettre ses carottes non pas là où on les met d’ordinaire, mais ailleurs, et en aucune façon là où les mettent les marchands de tabac. Mais peu importe, laissons dire les mauvaises langues, car ne faut-il pas de tout pour faire un monde ?


Cerf, cerf, ouvre-moi ou le chasseur me tuera, cria Jacquou de sa petite voix de lapin apeuré. Un peu bécassou, le serf, croyant avoir entendu un avec accent, donc adverbe de lieu, et refusant d’être complice d’un crime de sang, préféra garder porte close.
Le lapin se prit la porte en pleine poire carotte, le chasseur le tua d’un seul coup, d’un seul, avant de tourner les talons, non sans avoir glissé le petit lapin un peu moins joli que l’instant d’avant dans sa gibecière. Il n’aimait pas le lapin de la Garenne-Colombes, qu’il ne trouvait pas assez fort en goût, mais tant pis. Non, ce qu’il aimait par dessus tout, c’était un bon gros rôt ou cuissot de chevreuil, ou mieux, un cuisseau de cerf.
Dépité, ayant compris, hélas trop tard, sa bévue (car le ou de feu Jacquou était une conjonction de coordination, aucunement un adverbe ou un pronom relatif) le serf regretta d’avoir été un très mauvais élève à l’école, qui n’apprenait pas ses leçons. Ce soir, il se passerait du joli petit lapin avec lequel il s’était promis de passer une bonne soirée.
Marri comme on peut l’être lorsqu’on porte de belles et grandes cornes, il se mit à réer, bramer, raller en râlant tant et plus. Ce que ne manqua pas d’ouïr le chasseur.

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Qu’est-ce que ça fait d’être mort ?

— Qu’est-ce que ça fait, d’être mort ?
— J’en sais rien, je le suis pas.
— Oui, ben… je m’en doute. Sinon… Ce que je veux dire, c’est qu’est-ce que ça nous fait quand on est mort ? Ça nous fait quoi ? Parce que c’est pas impossible que ça nous arrive, et j’aimerais autant savoir.
— Pas impossible, mais on n’en a pas de preuve. Je veux dire la preuve qu’on est mort. Maintenant, je dis pas qu’on meurt pas, pour preuve ceux qu’on ne voit plus, à moins qu’ils soient partis en voyage à l’étranger, on sait jamais.
— Comme les exilés fiscaux ?
— Si tu veux. Des pleins aux as, il y en a un paquet qui font le mort, avis de décés et tout le saint frusquin qu’ils envoient au fisc. Comme ça, pépères les gus ! Ou plutôt qu’ils font envoyer par des potes à eux, que ça urge pas encore de disparaître.
— Toi, ça te ferait quoi d’être mort ?
— J’en sais rien. Faudrait déjà l’avoir expérimenté au moins une fois. Et après, faudrait encore pouvoir se rappeler. Avec le temps, pas sûr que les souvenirs soient bien clairs. La mémoire, c’est comme les politicards, tu peux pas faire confiance. Et c’est plus faillible que la virginité de ma petite soeur. C’est vrai qu’à son âge, y’a pas encore de vrai risque, même si ça viendra.
— Si ça se trouve on a déjà été mort une fois, mais on s’en rappelle pas. C’est peut-être rien d’autre qu’un problème de mémoire.
— D’où les monuments aux morts, alors. Qui rappellent aux mort qu’ils sont bel et bien morts.
— Vouais. Maintenant, je sais pas si lire on peut encore quand on est mort.
— Et si on peut, encore faut-il qu’on se rappelle qu’on peut.
— Et de naître, qu’est-ce que ça fait de naître ?

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Les débuts de l’humanité

Pris la coursive de la mémoire, travée souvenirs. Tourné à droite, à gauche, une autre fois à droite, etc. Cru m’être perdu, de quoi rire.
La porte, j’ai quand même mis un petit moment pour la retrouver, et plus encore pour l’ouvrir. La rouille. Si j’avais la bonne clé ? Vous vous fichez de moi ou quoi ? De toute façon, mon second était là, avec son passe-partout.
Ils étaient derrière, à poireauter, tous-deux.
« Doux Jésus » j’ai entendu dire la femme, comprenant qu’elle était à deux doigts de craquer. « Tu étais là le premier, c’est à toi de lui demander », je l’ai entendue dire à son cul-terreux de bonhomme.
Lequel m’a demandé l’autorisation de sauter sur sa bonne femme. Histoire de l’honorer, a rajouté ce grand benêt. Tu parles ! Ok, je lui ai dit, sachant que, si je refusais qu’ils copulent, l’humanité ne pourrait jamais exister, quelle affaire !
Vint Caïn (ils ne surent pas bien comment), puis Abel (ils commencèrent à avoir une vague idée du comment de la chose), puis Seth (le mal nommé, n’étant que le troisième), suivi d’une ribambelle d’autres rejetons et rejetonnes, jusqu’à la venue de Troye, le septième gosse, une fille.
C’est pas le tout, je leur ai dit, estimant que je ne pouvais me satisfaire d’une humanité balbutiante. Au boulot ! je leur ai intimé en menant Seth à la couche de sa mère et Troye au hamac de son géniteur, comme on mène la vache au taureau, ce qu’on a trouvé de mieux pour faire des veaux.
« Seigneur Dieu, et le pêché d’inceste ? » m’ont dit, rougissant et la coulpe pleine, les deux nigauds. M’a fallu les rassurer, leur dire, faux derche, qu’il leur serait pardonné, et qu’en attendant, leur contribution à l’humanité leur vaudrait sûrement une décoration, une statue, et pourquoi pas leur portrait gravé sur les monnaies qu’il faudrait frapper un jour pour que les bons comptes fassent les bons amis, autrement dit pour payer et faire payer. L’inceste, même mes archanges les plus coincés s’en battent l’aile…

Quitté leur deux pièces cuisine, j’ai remonté la travée XIII, direction le taudis où s’est installé Caïn, quel couillon ! que je me suis toujours demandé ce qu’il avait tant à expier, comme si une colère, après tout justifiée, était un crime.
« Seigneur Dieu, Vous ? » Et qui voulait-il que ce soit ? « Tu en es où ? » je lui ai demandé de façon concise.
— C’est pas le pied. Solitude, ennui ou je ne sais, j’hallucine. Un satané putain d’œil, immense, qui me fixe en permanence, je vous dis pas l’intimité…
— Mouais… Tu devrais peut-être voir un psy. Et sinon ?

Je l’ai écouté deux minutes avant de le planter là pour le laisser tranquillement à ses jérémiades.
Repris la travée XIII en sens inverse. Y ai croisé un drôle de zigoto, pieds fourchus, torche à la main, qui semblait chercher son chemin. Tourné à gauche, à droite, encore une fois à gauche. Me suis retrouvé travée souvenirs que j’ai remontée jusqu’à la coursive de la mémoire. Laissé le cloaque derrière moi, j’ai avalé goulument une grande bouffée d’air.

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Un choix difficile, très difficile

Par les temps qui courent, j’aimerais pas être sunnite. J’aimerais pas non plus être chiite et ça me plairait pas des masses d’être alaouite. Musulman, je n’y tiens pas plus que ça, ou alors imam, pas n’importe lequel, attention. Ou tant qu’à faire, qadi. Être catho, merci bien. Pareil pour protestant, orthodoxe, copte. Ou alors évêque, si je dois vraiment être catho. Soufi ne me botterait pas plus que ça. Juif ? Pas mieux, même rabbin sauf, peut-être Jacob, histoire de me marrer.
Ça me ferait vraiment chier d’être Européen. Peut-être pas autant que Russe, Américain ou Chinois, quoi que. Français, surtout d’origine maghrébine, ça ne doit pas être de la tarte. Français, de Montluçon ou Clermont-Ferrand, ça me gonflerait carrément. Quant à être Syrien, j’attends pour voir, mais par les temps qui courent, c’est pas pour dire, mais ça craint, comme dit mon cheval.
Être nègre ne m’enchanterait pas vraiment, ni au Congo, ni aux Zétazunis et ni même dans d’autres pays où ça en est bourré. Noir ? À peine mieux, n’ayant nulle envie de me faire traiter de black par des illettrés. Dans l’ensemble, je me passerais bien d’être africain ou d’origine africaine. Martien ? Je n’en sais pas assez sur leur compte, alors autant éviter..
Être une femme, je n’y tiendrais pas vraiment, et si je pouvais choisir, je préférerais quelque chose d’un peu moins niais et de moins bruyant. Mais pas un bestiau, surtout pas ceux qui passent par la case abattoir avant de finir à la casserole, à la poële ou au barbecue, au bûcher, si vous préférez, comme les dindes, les cochons du même coin ou les Cathares. Cathare, déjà que je ne supporte pas le soleil, ça ne me dirait rien, mais c’est vrai qu’il y a peu de risques que ça m’arrive.
Non, vraiment, le seul truc qui m’irait, ce serait d’être con, très con. ça m’éviterait de me poser des questions idiotes du genre « si je me faisais athée, agnostique, apatride, d’une espèce et d’un genre indéterminés ? » Objet ? Faut voir, mais prudence oblige, pas n’importe lequel. Ni sabre, ni goupillon, pas plus que selle de vélo, balai de chiotte ou missile. Être une blague minable et lourdingue à cent balles ? Tiens donc, et pourquoi pas ? Ou rien, rien du tout, rien de rien, le rien du rien, peau de balle. Mouais, peau de balle. Si la balle en question n’est pas n’importe quoi.
Mais con, très con, voire même méchamment con, ça m’irait très bien et ça me suffirait amplement.

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Greffe de télé

Je m’ai fait greffer une télé. ça m’évitera de perdre mon temps à la chercher, et puisqu’il faut bien se faire propret, que sinon ça fait des parasites, je me douche les bons jours, ça me fait la poussière sur l’écran. Les bons jours, c’est le week-end. J’ai remplacé la télécommande par un bio-programmateur équipé d’une chiée de bio-contacteurs branchés en réseau, et viré l’ancien boîtier, ce qui me fait gagner une place non négligeable et pas mal de temps que je n’ai plus à passer à le chercher. 
Rien de mieux que les bio-contacteurs. Tu veux la chaîne Q, tu te tripotes, et c’est parti. C’est un exemple, on l’aura compris, parce que faut pas croire, mais ça n’est pas la seule chaîne que je regarde. Sinon, j’aurais même pas eu à m’en faire poser un dans le fondement. Pour une émission qui cause de politique, c’est un bio-contacteur automatique. Suffit que je me mette en mode schizo-maso et que je pense au Palais Bourbon, et c’est parti pour une sieste. C’est aussi un exemple. Envie de voir un match ? Rien de plus simple : je m’ouvre une bière, me cale dans le canapé, et vas-y que ça se met à courir après le ballon. Le foot, quand c’est les Français qui jouent, je peux retourner tranquillet au frigo me sortir une Kro sans risquer de les voir louper un but. Risque d’autant limité que pour rentrer le ballon dans la cage de l’adversaire, encore faut-il l’avoir au bout du pied. Quelques rots bien ajustés et bien sentis font l’affaire pour changer de sport.
 Pour la messe, je n’ai qu’à faire un signe de croix, mais faut dire que c’est pas de tout repos, alors j’évite. ça fait travailler le cœur, m’a dit le toubib, faut pas trop en abuser. Si vous préférez, m’a dit l’installateur, un chirurgien reconverti dans le bizness hig-tech, je vous greffe un crucifix quelque part où il y a encore de la place. Z’avez juste à appuyer sur le bouton poussoir et Dieu est à vous, en panoramique et stéréo. Mais la religion, faut reconnaître que c’est pas ma tasse de thé, enfin pas vraiment. Mon trip à moi, c’est les jeux, les talk-shows, la télé-réalité et aussi les machins avec des animateurs qui se font mousser que, plus ils font passer les invités pour des cons, plus c’est fendant. Faut dire qu’ils ont pas de mal, les animateurs, vu que les invités, c’est pas le fil à couper le beurre en été qu’ils ont inventé. Sinon ça se saurait, et ils auraient pas besoin de venir. Pis y’a aussi les prime-time, comme ils disent.
Pour les jeux, c’est pas compliqué : le temps de dire deux ou trois grosses bourdes, du genre que… des que j’ai déjà entendues à la télé et que je répète, et je n’ai alors plus qu’à choisir entre Le maillon faible, Les z’amours, Questions pour un champion, plus le reste. Un regret cependant : qu’il n’y ait plus Le Bigdil de Lagaf’. Julien Lepers, il me fait tellement marrer que des fois ça me fait comme un court-circuit, peut-être à cause qu’il me fait pisser dans la culotte. Un sacré conducteur, l’urine, c’est pas les bestiaux aux champs qui diront le contraire. Pour les émissions où c’est que les animateurs télé ils me font bidonner, c’est pas compliqué : un rire aux éclats, un filet de bave, un air débile, et ça y va. Après, c’est une question de mots-clés. Si je dis enculé, par exemple, ou une autre délicatesse, ça se cale sur On n’est pas couché ou On n’demande qu’à en rire. Fendage de gueule assuré. Mais bon sang de bonsoir, qui c’est qui couche avec qui ? C’est la question que je pose si je veux zapper sur des histoires de coucherie comme il y en a, et il n’y a que ça à moins que ce soit pire, dans Secret Story. Ça marche aussi en actionnant les bio-contacteurs que je me suis fait introduire sous la peau de mes bourses, ce que je fais en toute discrétion, on a de la tenue on pas.
Pour Koh-Lanta, un grattage sur mes parties génitales où ailleurs du moment qu’y s’ébattent des morpions, et c’est enlevé pour un remake de Crime et châtiment, où chacun gagnera son salut par la souffrance, youpi !
Pour me brancher sur L’amour est dans le pré, je me mets en mode branlette, pas plus compliqué que ça. J’y vais mollo, à cause du cœur, parce que paraît que c’est pire que le tricot, même si je m’en fous parce que je risque pas de tricoter, faut pas tout confondre. Pour Fort Boyard, c’est un poil plus compliqué et sportif. ça ne marche que si je descends à la cave. Balai en main, j’y vais en douceur, dans le noir, sans faire le moindre bruit. Puis j’allume la loupiote en gueulant de toutes mes forces et en donnant de grands coups de balai, comme un dératé que la déprime elle le guette. L’idéal, pour une connexion de bonne qualité, c’est qu’une saloperie de rat me tombe sur le râble. Fervent croyant, ce que valide une certaine abjection des offices religieux, j’ai bien essayé de retourner à mes vomissements après avoir avalé scoprions, couleuvres plus autres zakouski immédiatement rendus, sans toutefois trouver cela suffisamment goûteux pour remettre le couvert. Hélas, n’est pas héros qui veut, et il y en a moins chez moi qu’à Fort Boyard.
Se bidonner, c’est bien, mais se cultiver aussi, pas seulement pour avoir de la conversation, mais aussi pour s’élever l’esprit. Alors je m’efforce de ne rien louper, comme les Ch’tis ici ou ailleurs, mais ils vont bien où ils veulent, hein ! Les Ch’tis débarquent à Mykonos me fait regretter que les Ottomans n’y soient pas restés. Jamais je dirai assez ô combien ces Ch’tis-ci m’ont enrichi.
Les séries, nom d’un p’tit bonhomme, j’allais oublier les séries. Surtout ma préférée : Plus belle la vie, que je me demande où ils sont allés chercher le titre et encore plus les histoires qui s’y déroulent, d’une profondeur plus abyssale que celle de mon trou de balle. Une œuvre capitale, au suspense insoutenable qui fait irrémédiablement penser à James Hadley Chase, que garanti que c’est pas du nanan, ni de la bluette pour ménagère, pas plus que de la comédie musicale pour collégienne phocéenne.
On l’aura compris : j’adore la télé, et elle me le rend bien. Jamais en panne, toujours fidèle au poste, y compris lors des pannes secteur que je ne crains plus depuis que je me suis fait greffer une batterie qui se recharge à l’énergie éolienne, un système que je sais pas qui me l’a inspiré, que je me suis fait installer là où il y a le plus de zef.
La télé, je vis avec, comme elle vit avec moi, que l’un sans l’autre, je vois pas ce qu’on deviendrait.
Et la nuit ? vous ois-je vous interroger, sans doute préoccupé que vous êtes de mon bien-être. Les émissions nocturnes ne vous laissent-elles pas défait au petit matin ? vous inquiétez-vous. Je dors, télé allumée, les mains par-dessus la couette, qu’elles n’aillent pas farfouiller ici ou là sous prétexte d’envie d’aventures, car là est mon maillon faible. Tout comme vous, non ?

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Soif de connaissance

L’espace, l’espace infini, qui a beau être infini ne peut accueillir, ni héberger, ni recevoir l’immensité de mes pensées, quoi que bornées, qui, sans jamais pouvoir le cerner ni le remplir, l’envahissent.
Je parle de ces pensées invasives qui tournent autour de lui, l’encerclent, s’y introduisent, lettre qui restera morte malgré le paquet de timbres collés sur l’enveloppe qui l’embrasse et le clôt.
L’espace, immense, dont mes sens ne peuvent concevoir ni appréhender dimension et texture. L’espace, cette mouvance hors de ce temps que nous avons fabriqué pour, mais ce n’est là qu’illusion, ne pas déraisonner. Mais de quelle raison s’agit-il ?
Je navigue, vague à l’âme, mû par ces lames qui, parce qu’elles roulent, nous bouleversent. Sans le nord qui nous signifie, du moins le croyons nous, que nous ne sommes pas perdus, nous le serions, corps et biens. Je veux dire âme et chair, celle que nous vendons au-dessus d’un prix nécessairement mésestimé par manque de connaissance. Ou très largement surestimé, voire au dessous de l’en-deça.
Savoir que l’étoile, là, celle-ci, crucifiée dans sa toile de soie bleu nuit, n’est pas encore car pas encore perçue ou que cette autre, là, est éteinte car s’étant éteinte à cause d’un putain de miroir qui se la joue Alzheimer, me fait moins frémir que l’eau de la bouilloire qui donnera le thé. Quatre jours sans boire n’est pas proprement glorieux, mais la soif de connaissance est doublement piètre chose, vu le résultat. Je ne parle pas seulement pour moi que la musique de la matière noire ne saurait parvenir à d’autres oreilles que celles que je me fabrique en rêve.

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L’heure exacte au 3e top

Je déteste les gens qui ne sont pas à l’heure presque autant que les réveils qui retardent ou qui avancent, et qui, à force d’avancer, finissent par être en retard ou, à force de retarder, finissent par être en avance. L’exactitude, ô la belle vertu ! est mère de l’honnêteté.
7 heures, la météo. Je cale les aiguilles sur la bonne heure.l_heure_exacte
8 heures, les infos. Je mets le réveil à l’heure.
9 heures, les nouvelles. Les nouvelles, c’est comme les infos, en plus frais. Cinq minutes de retard, disent les aiguilles, que je recale.
Etc. jusqu’à midi, le journal. Un quart d’heure d’écart. Que réduisent mes doigts experts pendant qu’à la radio se débitent pour la énième fois les mêmes nouvelles, entrecoupées d’interventions d’experts passionnants.
14h, d’autres infos, soeurs et filles de celles du matin. Pour la huitième fois je mets le réveil à l’heure, comme chaque jour à la même heure. Les premiers temps, ça me faisait un mal de chien, à cause du petit zinzin strié qu’il faut tourner pour mettre les aiguilles là où elles doivent être, à leur place précise, et pas ailleurs. Précision relative, car il y a belle lurette que le troisième top a été mis au rancart. Avec le temps, mes doigts ayant pris de la corne, la tâche est devenue moins douloureuse.
Et c’est ainsi de suite jusqu’à 23, 24 ou 25 heures, quand je me glisse dans le plumard, les doigts gourds.
Mon réveil prend de plus en plus de retard, et il fait cela de plus en plus vite. Ah ça, je ne peux pas dire qu’il perde son temps, lui. Contrairement à moi qui, pour être exactement à l’heure exacte, vais bientôt être obligé de le remettre à l’heure toutes les cinq minutes, puis toutes les minutes, puis finalement toutes les secondes. Cela me prendra tout mon temps ? Sans doute, mais au moins, je serai toujours à l’heure, et personne ne pourra me le reprocher. 
Je déteste les gens qui ne sont pas à l’heure, presque autant que les réveils qui retardent ou qui avancent, et qui, à force d’avancer, finissent un jour par être en retard. Le respect des autres commence par l’exactitude. Sans l’exactitude, c’est le déshonneur assuré, la désagrégation de la société, la fin des haricots..

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Publicités et sondages à la télévision

Pubs
La télé, j’adore. D’abord pour les pubs, tellement rigolotes qu’elles m’obligent à changer mon slip kangourou tous les jours que Dieu fait, sauf le septième, consacré au repos. Ça me coûte la peau des fesses en lessive, mais on n’a rien sans rien, et qu’est-ce que je ne ferais pas pour une bosse de rire. De plus en plus drôles, les pubs. Entre celles sur les bagnoles, sans queue ni tête, qu’on dirait un film monté à l’envers ; celles où on te montre que le seul moyen d’obtenir l’objet de ton désir est d’éliminer purement et simplement quiconque le convoite aussi ; celles où on te promet –preuves scientifiques à l’appui– d’effacer tes rides ou de perdre 87,95% de ta surcharge pondérale que t’a gentiment collée la pub précédente ; celles des assurances, banques, produits high-tech à obsolescense programmée, etc., et j’en passe.  Elles prônent la gourmandise, la méchanceté, la jalousie, l’envie ; elles ringardisent (Quoi ? Vous n’avez pas vu, pas lu, pas entendu ce que vous devez avoir vu, lu, entendu ?), stigmatisent les sans le sou, nivellent (par le bas… de laine), et prennent carrément le téléspectateur pour un débile quand elle “fait la réclame” de ce qui ne sera un jour qu’un tas de ferraille pour… accrochez-vous, seulement 28000 €, une misère. J’allais oublier celles qui se substituent à la médecine à grands renforts de slogans-matraques imbéciles où il est question de fruits, de légumes ou de produits laitiers sans lesquels, c’est bien connu, les Samoyèdes, Nénetses, Saamis, Inuits, Évenks, peuples des hautes montagnes ou des déserts arides n’auraient jamais existé, pas plus que les Ardéchois des plateaux.
Ceci dit, j’avoue que, culturellement parlant, les dites pubs collent aux programmes mieux qu’une nuée de morpions ne se cramponne aux parties intimes, et que, anatomiquement parlant, elles provoquent tout autant de démangeaisons que les adorables petites bêtes. Morpions de la télé, les pubs sont des parasites dont on n’est pas prêt de se débarrasser –faut bien vendre–, diantre !

Sondages
Les pubs, plus elles sont tartignoles, plus elles abêtissent. Et plus elles abêtissent, plus elles permettent à des super créatifs sortis tout droit de la cuisse du dieu Com de commettre d’autres foutaises. Ça passera, se disent-ils, et ça fera de l’audience. Il en est ainsi des sondages, mode à laquelle je ne peux que souscrire, certes gagné par cette même flemme intellectuelle qui touche nombre de producteurs et animateurs, mais c’est ainsi. Néophyte en la matière, il m’a fallu plancher de longues heures pour réaliser ce premier sondage que je soumets à votre capacité à répondre à des items dont l’intérêt vous semblera tout aussi peu évident que celui que vous verse votre banque.
C’est parti.

1. En général, êtes-vous plutôt pour ou plutôt contre ? (cochez une des deux cases inutiles)
□  Pour
□  Contre

2. Pour quelle raison l’êtes-vous (pour ou contre) ? (cochez la case correspondant à votre réponse)
□  Celle du plus fort est toujours la meilleure
□  Mon nom étant imprononçable, je ne me prononce pas
□  Par principe

3. Seriez-vous prêt(e) à croire en Dieu s’il vous apparaissait ?
□  Oui, s’il se présente
□  Oui, s’il me donne la foi
□  Et pis quoi ?
□  Certainement pas
□  Vous pouvez répéter la question ?

4. En quoi la publicité à la télévision vous semble-t-elle utile ?
□  Sans elle, il n’y aurait pas de musique classique
□  Ça donne le temps de faire un viron cuisine, d’ouvrir une bière et de faire un casse-dalle
□  Une pub, une bière, une autre pub, direction pipi room, une autre bière, etc.

5. En général, que pensez-vous des sondages ?
□  J’ai jamais été qu’un simple soldat, alors je suis pas con cerné
□  Ça dépend ce qu’on gagne à y répondre
□  C’est drôlement dur d’y répondre, mais c’est rigolo
□  C’est un passe-temps comme un autre
□  Intéressant, mais ça ne reflète que ce que pense le sondé

Et voilà !
Une précision : répondre à ce sondage ne vous permettra ni d’obtenir des timbres cadeau pour votre supermarché, ni d’être cité(e) dans nos publications, ni même d’être remercié, à moins de nous adresser une enveloppe affranchie au tarif en vigueur.

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Ecoutes illégales, NSA et FBI

Juin 2013, lundi 17, 8h30.
Alors que je bois mon café, alangui sur le plumard, la tête mollement calée sur un troupeau d’oreillers, mon œil gauche est attiré par quelque chose d’inhabituel –un objet cylindique de ferblanterie–, tandis que le droit l’est par un bidule incongru que je prends, de prime abord, pour un rayon laser qui part de l’objet métallique susdit. Pas d’affolement, me dis-je, ni de précipitation, mais voyons voir.
8h35. Deux mots, Lion Noir, sont écrits sur ce qui s’avère être une boîte en ferraille. Une boîte dans les 7 centimètres de diamètre, épaisse d’un bon pouce de chez nous et suspendue à mi hauteur de la pièce, à l’emplacement de mon lit. Une ficelle rouge en sort, tendue comme la corde d’un arc prêt à expédier sa flèche, ficelle dont la course angulaire est déterminée par toute une série de pitons conçus pour ne pas étouffer les vibrations de la dite ficelle si on lui imprime le moindre mouvement vibratoire. Aucun doute : en ce dispositif, le gamin que j’ai été reconnaît une installation téléphonique, comme celle qu’il utilisait avec sa copine de 5 ans, pour se délivrer des secrets. On faisait ça avec de vieilles boîtes de cirage.
8h37. Suivant le semblant de rayon d’un doigt attentif, celui-ci m’amène à un deuxième couvercle Lion Noir plaqué contre mon oreille, sur lequel aboutit, tendue, l’autre extrémité de la ficelle. Pas besoin de réfléchir bien longtemps pour comprendre que je suis sur écoutes. Ce qui ne me surprend qu’en partie, car non seulement j’entends de la friture sur ma ligne mais, plus bizarre, je m’entends parler comme si j’étais là, alors que, soumis à des absences, je suis généralement plus souvent ailleurs qu’ici. Mais le plus déconcertant, c’est de savoir un poil de seconde à l’avance ce que mon interlocuteur me raconte, là, à l’autre bout du fil. À l’instant, il me dit que je vais recevoir un appel, paroles inutiles car je le sais avant qu’il me l’apprenne. Je lui parle de ces écoutes, de leur caractère quelque peu illégal et dérangeant, eu égard à mon intimité et à la loi. Je n’ai pas à attendre qu’il m’accuse de paranoïa pour savoir qu’il va le faire, aussi l’envoyè-je promptement sur les roses.
8h40. La salle de bains, le tiroir où je range soigneusement mon nécessaire de toilette et les accessoires. Les ciseaux. Je m’en empare et vais pour couper la communication lorsqu’une douleur fulgurante m’arrache un cri, en même temps que le fil me tire violemment l’oreille où est collé l’écouteur. « Ne joue pas à ça avec nous », me dit une voix qu’il me semble reconnaître. A-t-il su ce que j’allais faire comme j’ai su ce qu’il allait dire tout à l’heure ? Par pure prudence, et de crainte de faire n’importe quoi, j’ai certes une fâcheuse tendance à m’espionner et me surveiller, mais je n’ai pas de quoi être fier pour ce comportement de traître et de délateur envers moi-même, et jamais je ne me serais cru capable de me mettre sur écoutes.
8h42. Je compose le xxx xxx xxx xxx, le numéro de la NSA où j’ai quelque accointance avec un responsable. Il saura quoi faire.
8h50. Ça n’a pas traîné, preuve qu’il y en a qui ont le bras long et que lorsqu’on l’a, les distances ne comptent pas. Dix gars armés jusqu’aux dents débarquent après avoir défoncé la porte de mon appartement. Sentiment de m’être fait arnaquer pour la porte d’entrée que j’ai payée les yeux de la tête. « Du blindé comme ça, c’est inviolable », m’avait dit l’installateur, un escroc, en somme.
« FBI », qu’ils gueulent. « Les mains sur le capot et pas bouger », ils rajoutent, dans un accent autant étranger que menaçant, comme savent l’être les accents étrangers pour impressionner. C’est tout juste si on me notifie mes droits, et hop, le temps de m’enfiler une cagoule, on m’embarque manu militari. Des vrais pros.
8h52. « Commencent à faire chier ces putains de Frenchies, avec leurs conneries d’écoutes », j’entends dire un des gus avec le même accent à couper au couteau, alors que, encadré par deux mastards, je quitte mon appartement dévasté.

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