Les derniers écrits parus sur les blogs de Pierre C.J. Vaissiere

Cliquez sur une des images pour atteindre la page d’accueil d’un de ces 5 blogs, ou sur un des titres pour lire le dernier article paru. Ci-dessous, un aperçu du contenu de ces blogs. En vous souhaitant une bonne lecture.
29/04 – TGV, zone psychiatrique et mariage pour tous
27/04 – Suicide accidentel
29/04 – Politique, cirque et élections
11/04 – Colchiques
28/04 – Normalité, anormalité et mieux-être
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Suicide accidentel

Je me suis suicidé, accidentellement, le plus bêtement du monde, sans que je l’ai décidé, comme d’ailleurs nombre de choses qui me sont arrivées au cours de ma vie. On mène sa barque ou on s’imaginela mener, et pour peu qu’on ait oublié de la calfater comme il faut, hop, elle coule, nous entraînant dans l’abîme. Pas de splash, pas même un plouf volontaire et conscient, juste quelques glouglous en guise d’homélie et d’oraison funèbre. Avec un peu de chance, quelques poissons nous accompagnent jusqu’au seuil de notre dernière demeure.

suicide_accidentel

Sur ce cliché, la reconstitution de cet acte incompréhensible. Projeté sur le ballast, le béret de la malheureuse (et stupide ?) victime, dont les origines supposées basques sont encore à démontrer, si on considère que la victime portait ce couvre-chef lorsque le train l’a proprement réduit en charpie.

Ils étaient deux, un homme et une femme. Défaits et sans doute amoureux. D’eux, mais pas de la vie, comme leurs visages le trahissaient. Prêts à enjamber le parapet qui les séparait de la voie de chemin de fer, six mètres plus bas. 
Leur décision d’en finir avec la vie, sûr qu’ils l’avaient mûrie, sinon pourquoi se seraient-ils trouvés en ce lieu où passent les trains et trépassent les voyageurs égarés, ceux qui ont loupé la correspondance qui aurait dû les mener à bon port et à l’heure ? 
Tirer un plan est une chose, passer à l’acte en est une autre, qu’on ne fait souvent que parce qu’on y est poussé. Altruiste en diable, je n’ai eu de cesse d’aider mon prochain, et c’est dans cette optique que, aimable jusqu’à l’empathie, j’avais proposé mes services pour les aider à franchir l’ultime obstacle qui les coupait d’un repos espéré, voire mérité, à savoir le parapet d’où, déjà, se profilait de face, au lointain, le train salvateur.
Ils m’avaient regardé de leurs yeux de merlans frits, comme si j’étais un abruti, m’avaient traité d’importun et dit sans égard de m’occuper de mes fesses, que ça ne me regardait pas, qu’ils n’avaient rien à faire de mon aide, que décidément tous les fous n’étaient pas enfermés et que, de toute façon, ils allaient sitôt passer un coup de fil au commissariat de police. Et même derechef, avais-je compris lorsque le bonhomme avait glissé la main dans sa poche que j’eus préférée revolver, laquelle contenant le plus souvent tout autre chose qu’un téléphone cellulaire, autrement dit  Natel.ou portable.
Soyez courtois et généreux, à l’écoute des souhaits du prochain et prêt à y répondre, et voilà tous les remerciements. Je ne me comporte pas ainsi pour en être remercié, mais dieu du ci
el, il y a des limites qu’un manque complet de bonne éducation fait franchir aux rustres. 
Leur décision, ils l’avaient prise oui ou non, ces jean-foutre ? Je m’étais précipité sur la femme, l’avait prise à bras le corps, l’avait soulevée et commencé à exercer un mouvement de bascule pour la précipiter dans le vide. Le train arrivait, il n’était que temps d’agir.
Je n’avais rien vu venir. Si ce ne sont les phares de la locomotive, moteur diesel des années 70, au bruit qui eut juste le temps de me parvenir aux oreilles, en même temps que celui de ma boîte crânienne promptement écrabouillée. 

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Un exil sans retour

L’exil, c’est vite fait. Tu te balades, tu te laisses prendre bêtement par un rêve qui n’attendait qu’un clampin et son ennui du dimanche, tu trébuches, te retrouves projeté dans une arrière cour sans détours, ni retour, sans aucune issue. Tu te rappelles que le téléphone portable n’est pas encore inventé, pas plus que les pigeons voyageurs, ni le service des postes et télégraphes, à cause du personnel pas encore formé pour ce faire, trop tôt.
Le doute s’installe, sans gêne. Ne t’interroge pas, inutile. Une cour fermée sans barreaux, ni murs pour les contenir, c’est du vide garanti, sans échappatoire. S’y faire en prenant son mal en patience ? Ne l’espère pas : les pensées sont d’ouate, elles s’effilochent, filent, s’étirent, se tirent à tire-d’aile, se délitent, s’estompent, nuées.
Tu aimerais te raccrocher à… Oui, à quoi ?
Cela est exil, ton exil. Et tu ne le sais pas.

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Ecrire

Plume, sans pudding, et encrier, sans crier gare, cendrier de bois qui se consume, j’écris, je décris, je m’écrie, transcrivant humeurs moroses ou réséda, que je sois en Blanche île ou perdu en ces plaines océanes où les labours jamais ne cessent, creusent leurs sillons d’écumes, on dirait des chevaux leur crinière.
Qu’il pleuve, vente ou rien, chose rare en ce printemps hivernal aux bourgeons de neige, ici, plaine, fleuve cherchant son estuaire, sommets que les vaincus ne connaîtront pas, villes où champignonnent banques, officines d’assurances et autres moins rassurantes, salons de beauté d’où on sort définitivement moche, plus qu’entre les mains avides de ces chirurgiens affables qui en content de bien belles, salons de coiffure sans coiffeur, tandis que se pendent épiciers, quincaillers, bouchers moins stupides que ne le laisse penser l’émeri qu’ils usent pour finement affûter ces doux couteaux sachant trancher dans le sujet, qui raviraient la Camarde, ici, comme ailleurs, je trace un chemin de mots que je sais me conduire nulle part. Voilà ce que, à l’instant, j’appelle vivre.

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Un immense hôpital psychiatrique

un_immense_hopital_psychiatrique18h00. Ils viennent d’éteindre la télé. On ne s’en rend pas compte, ça ne risque pas. On file tout de suite au réfectoire. La soupe, ils appellent ça. Moi, la merde, j’appelle ça de la merde, mais c’est comme ça. Ici, les mots ont un drôle de sens, et pas rare ceux qui font mal. Ici, les sens ne servent pas à grand chose d’autre que de vivre nos maux, à croire que tout est fait pour qu’il en soit ainsi, ainsi soit-il, amen, et toute conclusion que tu décides, pour peu qu’elle ne franchisse pas tes lèvres, même si la bave que te collent les médocs met un voile sur tes pensées. Tes pensées, tu te les gardes pour toi, il vaut mieux.
Naïf, tu t’es imaginé que, jouer la folie pour qu’on te fiche la paix ça marcherait. En te gravant sur le front, au fer rouge, trois lettres d’infâmie -FOU-, on t’a étiquetté dingue, on t’a rendu dingue, on t’a relégué aux enfers, tu es dingue. Parfois à lier, comme lorsque, ayant appris depuis à jouer la comédie, tu entres dans la folie de tes gardes chiourmes en rêvant à un dialogue que tu sais impossible. Campés dans leur position de personnes raisonnables, ils n’y entendent rien. Leur folie à eux s’appelle surdité ou cécité, deux facultés bien confortables qui leur évitent de se poser des questions, de celles qui, au moins, les amèneraient à envisager une remise en question. Ne serait-ce qu’envisager.
Ici on ne mange pas, on picore, on se gave, ou rien. Le regard perdu ou halluciné. Si on ne tient plus, on fait les cons, au moins il se passera quelque chose. La cellule de contention est faite pour ça. Ce sera la mêlée avec un pack de costauds en blouse blanche, bleue ou verte, on sera le ballon à expédier manu-militari, coups de pieds dans le cul ou dans les côtes à l’appui, entre les poteaux. Une exécution, en somme. Le suicide ne reste le plus souvent qu’un rêve délicieux, inatteignable.

S’échapper ? Peut-être, mais où ? Dans cette autre antre de folie, dehors, dans la cité ? Où on retrouvera les fous de l’économie, les fous des systèmes de santé, ceux de la Justice, ceux de l’agro-alimentaire, ces autres de l’Enseignement, ces voyous ensoutanés des religions dévoyées qui tiennent leurs ouailles par les couilles, ces généraux en mal de conquêtes assassines, ces nains qui rêvent de grandeur, et ces autres avec leur morale, leur fatuité, leur orgueil, leur connerie incommensurable qui ont, depuis longtemps, atteint puis dépassé le seuil de l’incapacité. Ces malades qui en veulent toujours plus de cet argent qu’ils adorent, de ce sang qui les excite, de ce pouvoir qui les grandit comme des godasses compensées grandissent les nains. Et qui hurlent à nos oreilles « Pas bouger ! ». 
18h30. Direction la salle commune, si commune. Où rien ne se passe en commun, sinon cette communion qui, un temps, un temps seulement, celui de l’absence, unit ces six milliards de damnés de la terre que nous sommes, dont ils ont énucléé l’âme.

19h30, entre chien et loup. Les ténèbres bientôt vont nous envelopper. Comme chaque nuit, anges ou démons seront nos compagnons d’errance dans les territoires où nous nous rendons, pour rien, tant ils ressemblent à cet enclos où il a été décidé que nous devions demeurer. Demeurer, pas vivre.
Il se nomme XXIe siècle. D’autres, sans doute de grands décideurs, l’appellent Ère de la Communication, je n’ai pas encore compris pour quelle déraison.

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Des clés pour régler les problèmes d’abandon

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Mon père, pourquoi m’as-tu abandonné ?

L’abandon. Vaste sujet, d’autant si on prend ce terme dans ses nombreuses acceptions, entre autres : être abandonné par un être qui nous fuit, nous rejette ou disparaît – déclarer forfait, délaisser ou abandonner ses croyances, ses habitudes, son chien, ses enfants, ses vieux parents, ses valises sur le quai d’une gare – s’abandonner aux délices de… entre les bras de… ; poser ses valises ou déposer les armes, se poser, se reposer, se laisser aller ; cesser de vouloir contrôler, de vouloir “gérer” – oublier, s’oublier… – voire renoncer ?
Certains comportements et caractères tels qu’égoïsme, orgueil, vanité, cécité et surdité, ignorance, incompatibilités… vont entraîner des remises en question chez un des acteurs, remises en question qui, souvent, conduiront de sa part au désamour –dans la vie affective– ou à la désalliance –dans la vie socio-professionnelle. Les personnes “abandonnées”, elles, pourront être amenées soit à se remettre en question et changer leur comportement, notamment en terme de confiance en soi et d’autonomie, soit à s’installer dans leur statut de “rejeté” et pleurer sur leur sort. Statut qui leur va si bien au teint qu’elles ne voudront s’en départir, goûtant, au final, cette sorte de félicité que procure le sentiment d’abandon. à défaut de leur offrir des roses en guise de consolation, nul doute qu’on finira par les envoyer sur les roses…
Deux jours, les 16 et 17 mars, près de Grenoble, pour explorer les raisons et déraisons qui nous poussent à abandonner autrui ; celles qui font qu’on nous abandonne ; pour identifier ce qui nous empêche de nous abandonner. Et pour mettre un terme à ces abandons qui nous entravent.
Cliquer ici pour en savoir plus

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Disparition de l’univers

Faut pas me faire dire ce que je dis pas, pas plus qu’il faut me faire dire ce que je dis, d’autant que je déteste me répéter. Sans compter que, si je l’ai dit, ça veut dire quoi, de me le faire dire ? Ce qui est dit est dit, alors que l’on n’y revienne pas.
Maintenant tendez bien vos oreilles, car j’ai quelque chose à dire. Tendez-les dans ma direction, à moins que vous préfériez que mes paroles vous échappent. Lorsque les paroles de quelqu’un nous échappent, c’est qu’on n’a pas su les retenir. On les a eues un instant, elles ont frappé au pavillon, la porte s’est ouverte, de miel ou de fiel elles ont coulé dans nos oreilles, plus ou moins douces à nos yeux, avant de reprendre leur envol on ne sait où. Dans d’autres plus accueillantes, moins méfiantes, plus disponibles car moins occupées à écouter des sornettes, parfois bien vénimeuses. Ou plus fragiles : c’est pour cela qu’aucun coquin sera toujours là pour déverser quelque vacherie à l’entour ou projeter en plus sensible feuille ce qui lui était destiné.
Le silence est d’or ; la parole est d’argent. Foutaises ! En tout état de cause, celle que je vais délivrer est de diamant, taillée exprès de mille facettes pour que s’y mire l’univers. Autant dire que le silence, tout silence qu’il soit, aille se faire rhabiller. Assailli par tant de beauté, l’univers accélérera-t-il son expansion ou, ne pouvant soutenir l’indicible s’effondrera-t-il sur lui-même ?
Mais qu’est-ce donc qu’une parole de diamant ? vous sens-je songer avec fébrilité. C’est une parole qui brille de mille feux, le nombre très exact des facettes qu’elle présente. Mais ne faut-il pas en faire le tour pour en faire le compte, afin de vérifier leur nombre ? vous vois-je tenter de réfléchir sans reflet, ni le moindre espoir de renvoyer la moindre lumière. Non, mais là n’est pas la question, comme aiment à le dire les inquisiteurs qui estiment qu’un écartelement n’est que nanan.

Viens en au fait, Ducon, entends-je murmurer un impatient à qui, si je dévoilais le fait que je l’ai entendu, je répondrais qu’il eut mieux fait de se la fermer, vu la révélation qui va lui tomber sur le râble. Et que voici :
Un jour ou l’autre, voire même les deux, l’univers va tomber dans le vide, et le vide lui-même va lui aussi tomber dans le vide. Je vous laisse imaginer le tableau : quelque chose, puis plus rien, sauf la disparition définitive du tangible. Ben merde, alors ! vous ois-je lâcher en tombant sur le cul et reconnaissant la lumineuse clarté de mes propos, qui illumine vos ingrates faces, comme une rivière de diamant éclaire d’un jour nouveau, dont on se serait bien passé, la tronche d’une rombière. Qui la montre enfin telle qu’elle est : inexistante.
Je n’ai pas fini. Le vide lui-même, pris de subites contractions incontrôlables, proches de celles d’un hominidé femelle sur le point de mettre bas, va se replier puis s’écrouler sur lui-même, produire un anti-pet titanesque et disparaître dans le néant. A tout jamais, puisque c’est le néant.
Le néant ? C’est bien simple : pris de subites contractions incontrôlables, proches de…
Mais attention, hein ! Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit comme, par exemple… 

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Chute de neige

Insomnie. Zéro heure plus quelques gouttes de temps, celui qui s’écoule.
Je me lève, regarde par la fenêtre. Il a neigé. Le temps de compter le nombre de flocons au mètre carré, je sais que la neige a commencé à tomber à zéro heure pile.

Zéro heure plus 5 minutes. Il neige, à gros flocons peu serrés, au jugé une trentaine par mètre carré à la seconde. A la seconde et en une seconde, je précise. À ce rythme là, c’est pas demain la veille qu’on pourra faire un bonhomme de neige sans pavés. Des années qu’ils disent qu’ils vont goudronner, nos élus, tu parles ! Tu as déjà roulé à vélo sur des pavés enneigés ?

Zéro heure 20 minutes. Ça floconne dru et serré. On va rigoler au petit matin. Le chasse-neige, au patelin, ils connaissent pas. Le budget, qu’ils disent, on l’a pas. Ils l’ont pas, tu m’étonnes. Tu peux pas être au four et au moulin, avoir le beurre, l’argent du beurre plus le cul de la crémière. Les impôts, ils les boivent à la santé des administrés quand ils gueuletonnent au restau du coin, propriété du premier adjoint. Ceci dit, comme j’habite au fin fond du bled, la bécane, je n’en verrais pas la couleur avant le plein printemps.

Zéro heure 30 minutes. Je me remettrais bien au plumard, mais la neige, y’a pas que les gamins que ça énerve, et tant qu’à être énervé, je me fais un café. Direction la cafetière. Clic. Le voyant fait la gueule. Je secoue l’engin, pas mieux. Les loupiotes de la cuisine font grève. Le disjoncteur ? Toujours enclenché, égal panne de courant. Dehors, sans la clarté de la neige, dix bons centimètres maintenant, ce serait le noir, plus profond que celui du Nescafé auquel je ne vais pas pouvoir échapper. Putain de bled où faudrait pas qu’il se mette à tomber de la merde.

Zéro heure 35 minutes. L’intérêt d’une cuisinière électrique, c’est que tu n’as pas à t’emmerdouiller à changer la bouteille de gaz, ni à stocker du bois. C’est le seul intérêt. Avec un peu de chance, je devrais pouvoir remettre la main sur un chauffe-plat, survivant d’une liste de mariage depuis longtemps oublié. Le mariage, pas le chauffe-plat. Devrait être dans la remise, avec les bougies en rondelles.

Zéro heure 55 minutes. Lampe de poche, godillots, anorak. Vent et flocons se sont engouffrés par la porte en ferraille, une tôle épaisse comme la main. Qui force. Une trentaine de pas dans la neige pour atteindre l’appentis. Puis le retour, vent de face et flocons dans les mirettes. Un quart d’heure pour une flotte tiédasse et l’ersatz de café. Dehors, on ne voyait pas à dix mètres.

Une heure 15. C’est pas que j’ai pas sommeil, mais ça me titille les nerfs. Ce qui tombe c’est plus des flocons, mais des avalanches. Jamais vu ça. En à peine plus d’une heure, c’est dans les 25 centimètres qui recouvrent la cour. À ce train là, on va faire quoi sur les coups d’onze heure, au petit matin ? J’avais prévu de ne rien faire ; quelque chose me dit que je devrais y arriver. Si je tentais le coup de me remettre au plumard ?

Une heure 40. C’est pas faute d’avoir essayé, mais va dormir avec ce foutu vent qui a forci. Je me relève. Pas facile de voir où ça en est dehors. La fenêtre, plutôt ce qui sert de fenêtre, comme bouchée. Deux mètres de neige en si peu de temps, pas possible. En fait, elle tombe si serrée maintenant que c’est comme un rideau qu’on aurait tiré et qu’on ferait mollement bouger. Le vent. On est pas loin des 50 centimètres. Le courant, je peux mettre une croix dessus, plus une deuxième sur un vrai jus. La radio ! Qu’est-ce qu’ils disent à la radio ? Lampe de poche, godillots, anorak, et zou, direction l’appentis. Toujours eu la flemme de pratiquer une ouverture dans la baraque pour y accéder, c’est malin ! Malin aussi la porte qui s’ouvre sur l’extérieur. Et encore plus malin de ne pas en avoir profité, tout à l’heure, pour ramener de la remise la pelle que je sais être accrochée au ratelier. Je vire les croquenots, enfile mes Hutchinson, celles que je mets pour quand je vais taquiner le goujon et exciter les truites.

Une heure 50. J’ai remis la main sur le transistor, sauvé ! La pelle, nom de dieu ! j’allais l’oublier, celle-là. Rien au ratelier. La lampe torche faiblarde m’est d’une aide douteuse. Je m’enfonce plus avant dans la remise, tâtonne et me prends un méchant coup de rateau sur la calebasse, le manche. La pelle ne doit pas être loin. Eurêka ! Vite, au chaud. 

Deux heures 30. Récupéré les piles de la lampe torche. Je leur redonne un coup de fouet avec le chauffe-plat. Le crin-crin GO, PO, OC grésille. Seules fonctionnent les ondes courtes. Comme leur nom ne l’indique pas, elles viennent de loin : ça cause anglais ou quelque chose qui y ressemble, russe, ou un truc du même genre, aussi une autre langue qu’on dirait du cantonais. Les rizières, question neige, ça ne craignait pas. Que faire ? Rien. Je m’y applique en fixant le rideau blanc qui se balance. 

Six heures 30. Je m’étais endormi. Fait pas chaud, vraiment pas chaud. Récupérer le poële que j’avais mis au rancart en 68 ? Faut voir. Le rideau blanc ne bouge plus : le vent a dû tomber. À travers la fenêtre, je n’y vois que du blanc. Impossible de me faire une idée sur ce qui a bien pu tomber. De la neige s’est infiltrée par dessous la porte qui refuse de s’ouvrir. Voyons voir côté fenêtre. Je n’avais jamais remarqué qu’elle était bombée vers l’intérieur. Du blanc, du blanc, rien que du blanc, sombre. On est début avril, bientôt sept heures et il devrait faire grand jour.

Six heures 40. Je n’en reviens pas : le haut de mes huisseries étant à deux mètres du sol, sombre comme il fait, c’est un minimum de 2,20 mètres de neige qu’il a dû tomber. Ma baraque est de plain-pied, un rez-de-chaussée, sans étage, ni grenier. La merde, quoi. Quelle idée aussi de m’être aménagé une baraque dans un blockhaus ! Qui plus est un blockhaus paumé à Chailles-les-Blettes. Pas de doute, je suis vraiment dans la merde. Une merde blanche.

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Que malheur et misère patientent…

Mes voeux pour 2013 se résument à pas grand chose, à savoir :
1. Que les hommes ne se tapent pas sur la gueule, ou du moins qu’ils attendent que j’ai mis sur les rails mon entreprise internationale de pompes funèbres qui, d’après mon étude de marché, devrait tourner le feu de dieu.
2. Que la planète se calme un peu question séismes, tsunamis, tempêtes et autres fantaisies climatiques, le temps que soit opérationnelle ma boîte de travaux publics.
3. Que les criquets, abeilles tueuses et autres nuisibles se tiennent à carreau tant que je n’ai pas mis sur le marché ce produit chimique miracle qui les éradiquera et que je finis de concocter secrètement dans mes labos. 
4. Que la grippe avière et autres épidémies patientent jusqu’à ce que mon réseau de distribution de médicaments soit en place. 
5. Etc.
6. Enfin, que le Grand Cric aille se faire foutre et daigne ne pas me croquer.

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Meilleurs voeux 2013

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Triste nouvelle : divorce chez le père Noël

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— Germaiiiiiine ! C’est quoi qu’ils sont en train de dire dans le poste, c’t'histoire de père Noël ?
— J’en sais point rien et si tu t’taisais, j’en saurais plus. Le père Noël,  sa bonne femme l’aurait quitté. 
— Elle l’aurait quitté ou elle l’a quitté ?
— Elle l’aurait. De toute façon c’est du pareil au même, de nos jours. À la téessèfe, l’aut’jour, ils disaient que le mort qu’on avait trouvé, c’est son meurtrier qui l’aurait assassiné. Selon toute vraisemblance, qu’ils  avaient rajouté. Tu m’étonnes, le gars il était plein de sang et il avait son couteau à la main… M’enfin, ça fait tout drôle un divorce pareil, depuis le temps, parce que ça faisait belle lurette qu’ils étaient mariés, ces deux-là.
— Ils ont dit comment qu’il allait, le vieux ? Et les rennes, le traîneau, tout ça, qui c’est qui les garde ?
— Communauté réduite aux acquêts, c’est comme ça par chez eux. Ce vieux cochon, l’était bien temps qu’elle le quitte, sa nigaude de femme, une petite blondinette ben gentille que moi, à sa place, y’a longtemps que je l’aurais plaqué, le barbu. Noël, les cadeaux à distribuer aux petits enfants… il la prenait vraiment pour une pomme. Je te parle même pas du cinéma qu’il lui faisait avec les cheminées : harassant, qu’il se plaignait – j’en ai plein le dos et plus bas – satanée hotte. Tu parles ! Jamais la moindre trace de suie sur son manteau ou son bonnet, rien, et l’autre andouille qui n’y voyait que du feu…
— Mouais, mais les cheminées, sûr qu’il s’en est enfilées, et plus d’une.
— Qu’est-ce que tu me racontes là ?
— Rien, rien, ma Germaine… Ils cherchent un remplaçant ?
— Ah, mais c’est que tu vas pas t’y mettre toi aussi. Pis t’en as un, de traîneau ? Et des rennes, tu en as ? Et même que t’en aurais, tu saurais y faire avec ? déjà que sur ton vélo… Tu t’y es vu sur ton vieux clou ? Ah j’te jure !

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Avec la crise, sale temps pour la crèche et le petit Jésus

La crèche du Jésus c’était déjà pas le grand luxe, mais avec la récession, c’est la panade. Sans le pain. Dans la crèche c’est la super dèche et c’est pas le vieux Joseph avec ses rhumatismes qui va pouvoir aller gratter le picotin, le rosbeef et le gratin dauphinois. Marie lui tire une gueule de six coudées de long. Tu crois qu’il se bougerait le cul, le vieux débris, et on va bouffer quoi s’interroge-t-elle en reluquant du côté des bestiaux. La biquette –c’est futé une biquette–, a compris. Cependant, sentant le lait qui lui gonfle les mamelles, la voilà rassurée. Vont quand même pas me faire la peau, ces couillons. On ne tue pas la poule aux œufs d’or, se met-elle à penser en poussant quelques semblants de caquètements pour bien leur faire comprendre qu’ils ont intérêt à la garder en vie et à lui filer le peu de foin qui reste encore dans la crèche. Faut dire que, sous prétexte qu’il a mal au dos, cette andouille de Joseph s’est confectionné une couche plus moelleuse qu’un matelas fait de gâteau de Savoie.
Tu as ton surin ? demande Gaspard à Melchior en louchant du côté du bovin. Celui avec lequel tu as saigné les sbires de César Auguste. Trois soldats romains passés au fil tranchant d’un surin enchanté qui avait mis un terme à leur mauvaiseté. Des malandrins qui avaient naïvement cru pouvoir s’approprier les cadeaux de Noël  que les trois mages s’étaient cassé la nénette à ramener de leur bled. Le bœuf essaie bien de leur faire comprendre que, sans lui, le Jésus risque de prendre un mauvais rhume, mais c’est peine perdue. Couteau de boucher en main, Balthazar lui fonce dessus et le découpe en rondelles plus vite qu’un charcutier le fait d’un saucisson lyonnais, mais avec un amateurisme dont le résultat est que ça raisine de tous bords, au grand dam des deux bergers –des pros du coutelas– qui se signent. Une giclée atteint le môme qui se met à brailler. Défaisant son voile tenu par de mauvaises épingles de nourrice rouillées (celles en inox coûtent trop cher pour la famille de Joseph, et les alloc ne les remboursent pas pour cause d’un quotient familial malgré tout trop élevé),  Marie, l’immaculée, en frotte le visage maculé de son rejeton qui lui sourit béatement tout en regardant d’un sale œil son père qui s’est jeté sur un morceau de barbaque fumante. Il fait froid, très froid. Pourquoi m’as-tu abandonné ? semble-t-il lui reprocher.
Le bœuf promptement débité, plus de chaudière. Il doit se les peler, le môme, pense l’âne qui commence à se demander ce qu’il fout ici, son boulot de portage étant fini. Qu’il en ait pâti ne l’a pas coupé de ce sentiment de compassion qui, comme chacun le sait, anime sa gent. Aussi, se bougeant le popotin, s’approche-t-il du mauvais moïse que Joseph a bricolé avec une vieille cagette de dattes et se met-il à souffler sa tiède haleine sur le bout de chou qui regrette que la bête, elle aussi affamée, ait ingurgité son propre crottin plus celui du feu bovin désormais refroidi.
Sous prétexte que le fond de l’air est froid, les deux anges de garde tapent leurs ailes l’une contre l’autre, les font vrombir, effet de ventilateur garanti. On va tous prendre la crève, gueule Melchior en faisant un signe cabalistique dans leur direction. Il leur a intimé l’ordre magique d’ouvrir leurs ailes une fois pour toute et d’en faire une porte. Les plumes, ça doit être un super isolant, a pensé le mage.

Puis chacun s’installe comme il peut en attendant le petit matin et l’ouverture de l’Office du tourisme. Les trois compères se sont enroulés dans la peau de bœuf. Joseph, bien au sec et au chaud sous sa pelisse en poil de chamelle, qui ondule et soubresaute, s’est mis à ronfler comme un sonneur et rêve à voix haute en balbutiant le nom de Marie. Les bergers se sont blottis contre la biquette, un devant, un derrière. Le môme, qui a fini par s’endormir, a sorti ses petits bras maigrichons de dessous la polaire dont sa mère l’a emmailloté ; des cercles de sang coagulé, pareils à des stigmates, mâchurent la paume de ses menottes que Marie, pour ne pas le réveiller, n’a pas voulu nettoyer. 

Recroquevillée dans un coin de la crèche, assaillie de pensées moroses, de colère et de dépit, Marie se traite de conne. Plus conne que moi, fallait le faire. Enceinte jusqu’au cou, et il a fallu que ce soit un putain d’ange à la con qui me l’apprenne. Vacherie de vacherie. Avoir de telles peaux de sauc’, faut le faire ! Nom de dieu, si j’avais su…

Quel boulot de con, râlent les anges qui, ailes déployées et immobiles, se pèlent le jonc, dos à la rue que balaie un Mistral local qui, désormais, ne peut s’engouffrer sous le papier rocher de la crèche.
 

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Un père Noël pédophile et son complice arrêtés

Ho, ho, ho…
Peut pas s’en empêcher, non, peut pas. Chaque année, à la même date, le revoilà, coucou c’est lui,un pere noel pedophile avec son “ho, ho, ho !” que je sais pas s’il l’a pas tiré d’un de ces films américains où ça bavouille de bons sentiments et de sapins de Noël que, si tu fais pas gaffe, tu crois que c’est ta vieille mère, va savoir si elle ne serait pas juive, qui en a rajouté à la déco en sortant ses bijoux du coffre de la banque, propriété d’un ex-amant devenu son mari quand il avait appris que, malgré son système pileux un rien développé, elle avait des biens, qui plus est bien acquis par une lignée de banquiers.
Ho, ho, ho, et que je te fais tintinnabuler une clochette que, si tu fermes les yeux, tu te crois à la messe, séquence offertoire avec vidage vite fait des burettes reposées fissa sur l’autel une étoile, celle de Bethléem : c’est Noël, bientôt, nom de Dieu, que le temps passe !

Le père Noël –celui du boulevard comme celui de la grand place baptisée deux fois du même nom en souvenir de ce vieux de la vieille, Lulu* pour les intimes–, il se glace les grelots quand il gèle à pierre fendre, un coup à enrouer l’airain de ses clochettes. Faut voir alors la descente qu’il a, le barbu en robe rouge et hermine de coton hydrophile blanc très cassé. Pas sa descente du ciel quand il tombe comme un cheveu sur la soupe ou un flocon de neige sur un étron moelleux et fumant, mais celle qui passe en arrière de sa cravate, du jaja que le marchand de marrons et de vin chaud lui délivre pour pas un rond, par compatissance, autrement plus forte que la compassion. L’entraide, ça s’appelle.

Ho, ho, ho, les p’tits enfants, joyeux Noël. Une p’tite photo, m’sieurs dames, bonimente un racoleur. Trop contents les m’sieurs dames, et que je te colle le petit dernier sur les genoux du père Noël. Braillements du gamin. Sent pas bon, le père Noël, qu’il hurle. La vinasse.
Des encouragements de la mère et deux baffes du père stoppent les larmes, le temps que sorte le p’tit oiseau avant de rejoindre sa cage. Et ça rechiale, soit disant que le gros bonhomme rouge tripote le gamin. Les gosses, ça invente n’importe quoi pour se rendre intéressants. Flash, photo, reflash, rephoto. Avant le portrait de famille.

Les larmes, quelques degrés de moins, sûr qu’elles gèleraient. Les photos seront prêtes le lendemain, à retirer au kiosque de presse. Ça vous fait 15 euros, merci, bonne soirée, à demain.

Bourré de parents avec leur progéniture, le kiosque. Un père Noël pédophile et son complice arrêtés, cingle la une des journaux.
Ben merde alors, ça gueule chez les m’sieurs dames venus prendre livraison de leurs photos. On s’est fait empaumer comme des couillons.

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note 01

* Il s’agit de Noël-Noël

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Une incarnation de l’humilité

Je suis fat. Plus que ne le fut jamais, de façon élégante, Jacot, mais si, rappelez-vous, ce créateur de mode des années 50 qui donna aux parisiennes ce chic tant envié des plouquesses de province. Fat et vaniteux, comme me le renvoie chaque jour le miroir de ma salle de bains lorsque je me fais beau, plus encore que je ne le suis. L’orgueil est ma vaste demeure dans laquelle je me pavane, me mirant dans les glaces dorées à l’or fin ou dans les pièces d’argenterie qui jalonnent mon parcours, telle cette: vasque somptueuse en argent massif rutilant où un artiste de renom a gravé mon portrait, un chef-d’œuvre envié de tous. Fat et orgueilleux, mais c’est sans prétention que je reconnais plaire et être aimé, si ce n’est adulé, ce que, d’une certaine façon, je peux comprendre. Adulé pour ce corps et cette belle gueule jalousés, certes, mais aussi pour mes qualités d’âme, mon goût sûr, ma prestance et cette façon qui n’appartient qu’à moi de rassembler autour de ma personne les gens de qualité, comme lors de ces soirées littéraires ou musicales que j’organise d’une main de maître où mes invités me conjurent de bien vouloir leur interpréter quelque menu pièce pianistique de Franz, Sergueï ou Artur, des presque caprices auxquels je finis par me plier de bonne grâce une fois réitérées leurs suppliques. C’est alors un enchantement recueilli, le même que lorsque je leur livre généreusement les dernières lignes de l’écrit que m’a commandé cet éditeur parisien de renom. J’ai besoin de vous, m’a-t-il humblement avoué, les belles lettres ont besoin de vous, ma porte vous est grande ouverte. Aveux que je ne peux que partager lorsque je parcours la savante dentelle toute empreinte de beauté de mes écrits qui me transportent comme le souffle divin transporte l’esprit dans les hautes sphères de l’Intelligence. Pas une seule phrase qui ne me touche au plus profond de mon être, pas même un mot, fut-il accesssible à quiconque et qu’une habileté sans faille magnifie, pas une phrase, disais-je, qui ne me fasse frémir et m’emplisse d’une liesse extatique en la lisant. Pour tout dire, la simple et pure beauté qui émane de mes œuvres me ravit, c’est ainsi, je n’y peux rien. Car comme le nouveau né, pour grandir, se nourrit au sein de sa mère, je me nourris et me repais de ces écrits lumineux qui émanent de mon être, je peux le dire, bienheureux, et qu’une telle aptitude à créer du beau ne peut que porter à la même auto-satisfaction que celle que dut éprouver Dieu en créant le monde.

Vous l’aurez compris, je m’aime, et si vous étiez comme moi béni des cieux et de ceux qui les animent, vous aussi vous ne pourriez que vous aimer comme je m’aime. Tout comme je le fais avec ce sens aigu de la justesse et de l’équité qui me caractérise, vous n’auriez de cesse de vous rendre grâce, moyen bien humain pour rendre grâce de son œuvre au Créateur.

Alors que l’on ne me fasse pas chier lorsque, parcourant ces blogs que j’écris pour élever les âmes, un geste inspiré me pousse à cliquer sur ce petit bouton gris bleuté “j’aime” pour signifier que j’aime effectivement ce que j’écris de ma sublime main. Que cela vous plaise ou non.
Maintenant, si cela vous plaît, n’ayez crainte de cliquer sur cette image.

j_aime

 

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A quoi Dieu sert-il ? Faut-il croire en Dieu ?

— À quoi i sert, Dieu, ma Germaine ?
— C’est que j’en sais point trop rien, que la religion, j’ai pas été élevée d’dans. Pis je suis pas curé, t’as qu’à lui demander, au curé.

— Ho, l’curé, Dieu, à quoi i sert ?
— Sans Lui, mon fils, je n’aurais ni toit, ni pitance quotidienne. Sans Lui, pas de religion, pas d’église, pas de sacristie, pas de bonne du curé, pas de quête pour mon argent de poche, pas de crèche à Noël, donc pas d’âne ni de beaux petits angelots. Pas de confesse, donc pas grand chose à raconter sur les uns et les autres. Pas de messe, donc pas de sermon, ni de vin, ni de beaux petits enfants de chœur pour le verser dans les jolies petites burettes. Sans le bon Dieu, je me retrouve au chômage. Voilà à quoi il sert, Dieu. 
— À quoi Il te sert, tu veux dire. Et tu y crois, toi, en Dieu ?
— C’te blague. Bien sûr que j’y crois, mon fils, et j’ai tout intérêt à y croire.
— Pour Allah, c’est pareil ?
— Allah, c’est pas mes oignons. Mais avec ce qui se passe là-bas, à leur place, je n’y croirais pas.

Après on a bu quèques gorgeons, avec le curé. De l’Abymes.
Germaine, elle était à faire la soupe quand je suis rentré. T’en a bien mis du temps, qu’elle a dit. Finaude, la Germaine. Quand on sent que ça va être long, faut couper court, alors je lui ai conté ce qu’on s’était dit avec le curé. À quoi Dieu il peut servir, et tout, plus qu’il y a pas de mal à croire en Lui, surtout s’il nous verse des intérêts.
T’aurais dû faire curé qu’elle ma dit, Germaine.

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Le moteur de l’homme : une vaine agitation désordonnée

Il y a très exactement 150 ans, naissait à Villeneuve-sur-Lez Jean-Baptiste Martal, cependant que mourrait à Saint-Rigobert-lès-Buis, juste après avoir rendu son dernier souffle, René Martin, tous deux célèbres aujourd’hui pour avoir été de parfaits inconnus sans plus d’importance que ce qui n’en a pas.
Il y a à peu de choses près quelques minutes, un homme politique de la plus haute importance a tenu un discours dont on a absolument rien à faire et que la postérité retiendra comme ayant été du plus haut désintérêt.
Pas plus tard qu’hier, un quidam s’est fait renverser par un triporteur à Garce-les-Coucougnettes, et pas plus tard qu’à l’instant précis où nous écrivons ces lignes, on apprend que la police n’a émis aucune hypothèse quant aux conditions de ce regrettable accident.
En ce moment précis 1 milliard d’individus prendraient bien une douche s’ils avaient de l’eau, désir qu’ils oublient vite fait en se demandant comment ils vont bien pouvoir se nourrir, tandis qu’un autre milliard d’individus se goinfrent de substituts alimentaires et autres produits miracles pour pouvoir mincir afin de rentrer leur gros cul dans leur jean.
En cet instant même se tient une réunion très privée de grands financiers qui décident d’étrangler économiquement des pays, en veillant toutefois à leur maintenir la tête au-dessus de l’eau afin qu’ils puissent continuer à payer et à remplir les poches de ces extorqueurs de fonds.
Il y a à peine plus de 2000 ans, naissait dans un bled du proche orient un doux rêveur qui, une trentaine d’années plus tard, au moment de rendre l’âme, avait fini par admettre que l’humanité était bien mal barrée.
Dans un nombre d’années dont on a aucune idée, alors que l’homme aura disparu de la surface de la terre, et puisqu’on ne sera plus là et qu’on ne sera plus, on aura même pas à se gausser de la vaine agitation désordonnée qui aura été son moteur et  l’aura conduit à sa disparition.

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Fillon ou Copé, Bordeaux ou Côtes-du-Rhône : lutte sans merci

« Germaiiiiiine…» , que je gueule à cause que si je gueule pas elle y entend point. « C’est quoi qu’ils ont dit, au Jité ? »
— Qu’Alain Juppé, le médiator, i veut plus en entendre parler, que les deux zozos ils finissent par lui foutre des boutons que ça le fait gratter méchant. Le Juppé, i laisse tomber. Que le Copé et le Fillon se démerdent.
— J’te dirai, faut-i qu’i soit con pour y avoir accepté. À moins que c’était pour se placer. Avec le merdeux que la moutarde lui est montée au nez et l’autre qui fait plus faux derche qu’un Rosbif, c’était couru d’avance que ça capoterait. Tu me diras, Juppé, j’veux pas dire, mais question équité, y’a peut-être mieux comme bourrin.
— Moi je l’aime bien, le Juppé, pis être le maire de Bordeaux, c’est pas rien. Chaban, c’était pas rien…
— T’as raison, le Bordeaux, c’est pas rien, et si fallait être maire, je préfèrerais y être à Bordeaux qu’à Meaux.
— Ou qu’à Neuilly.
— Encore que Neuilly, y’a pire. Comme Sablé, dans la Sarthe, qu’un pays sans pinard, c’est pas un pays. Tu te fais quoi comme relation dans un bled pareil ? Sarkozy, il aurait été maire de ce patelin, c’est pas hier le jour d’avant qu’il eut fait président. L’autre Sablet, je dis pas, avec leur pinard que même le Bordeaux faut qu’il fasse gaffe.
— Le pinard, à Neuilly, je sais point trop s’ils y en font ou s’ils y en ont eu fait, mais i doivent bien en faire quand même, à cause que les pots de vin, c’est quand même pas avec de la flotte qu’on les remplit… Ça nous dit toujours pas qui c’est qui va gagner à l’UMP.
— Moi, à choisir entre l’un et l’autre, le Bordeaux ou le Côtes-du-Rhône Villages, tout bien réfléchi, c’est pas si facile. On mange quoi ce midi ?
— Lapin moutarde. Avec juste d’olives c’qu’i faut. Des vertes, les olives. Un garenne, pas un handicapé. Leur UMP, ça serait pas le Cht’iot qu’aurait semé la zizanie entre les deux zozos ?
— Ben ma Germaine, que j’te dise, ça me simplifie pas les choses. Ta moutarde, c’est de la Dijon ou de la Meaux ? Et les olives ? Le Bordeaux, c’est pas que je suis contre, mais un petit Côtes, t’es jamais déçu.
Le Sarko qu’aurait manigancé tout ça ? Ainsi font font font les petites marionnettes, jusqu’à Juppé qu’il aurait manipulé ? C’est pas con, ma Germaine, c’est pas tant con.
Bon : Bordeaux ou Côtes-du-Rhône ?
— Tu sais quoi ? Tu débouches les deux, et on n’en parle plus.
— Ah nom d’un p’tit bonhomme, ça c’est de la médiation, ma Germaine.
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Lutte contre la récession économique et manifestations

Patacloc patacloc brodequinent mes godasses en tapant le pavé de la rue du Commerce, une rue commerçante, comme son nom l’indique, cependant moins qu’elle ne l’était à l’époque des Trente glorieuses. Les boutiques, je les connais pratiquement toutes, du moins celles où je pense trouver mon bonheur. Je devrais plutôt dire que je les connaissais, car depuis les années 30, pas mal de choses ont changé et, soit nombre de gérants ont pris leur retraite, soit ils ont passé l’arme à gauche, ce qui est un comble et une trahison pour des petits capitalistes. Quand la grande dépression avait traversé l’Atlantique pour gagner l’Europe, la conquérir, la mettre à genoux –ce qui favorisa l’arrivée au pouvoir du Parti National Socialiste Ouvrier Allemand–, c’est là, chez un marchand de toutes choses en tout genre que j’avais finalement trouvé l’article rare sans lequel me refaire une santé financière eut été une gageure.
J’ai fait plus de vingt boutiques, sans trouver chaussure à mon pied, mais ce n’est pas parce que mes emplettes n’ont rien donné jusqu’à présent que je desespère. De toute façon, si je veux survivre comme j’avais réussi à le faire dans les années 30, je n’ai pas le choix.
 La Brokante de Germaine. J’entre. Gling, chante un mauvais carillon. Mon «Y’a quelqu’un ? » ne reste pas sans réponse. « Foilà, foilà. Y’a quelqu’un, ja », entends-je, suivi de pataclocs pantouflards. Un papy, mêche sur le front quelque peu dégarni et moustache lustrée s’avance, digne dans son costume impeccable vert de gris.

Was willst du ? Z’est bourguoi ?
— Ce serait pour un attrape-couillon.
Ach, ein addrabe-gouillon. Ja, ja. Tout débend du motèle vous cherchez, mein Herr. Ardigle très rare, bas très gourant, mais très demanté.
— Peu me chaut le modèle, même d’occasion, il y a urgence.
Ach, l’oggasion qui fait le larron, ah ah ah. Ach so, heili heilo. J’ai anzien modèle 29-32, rectifié 1936, gomme neuf. Modell 29-32, 1936 behoben. Freudin Angela en a fait acheter bour peuble allemand, afin copier. On ne zé jamais. Germaine, bringt das Modell 32-36, bitte. Es ist im Keller, mit Gewehren.

Pendant qu’il envoie sa bonne femme décatie chercher l’attrape-couillon à la cave, il m’explique ce que je sais, à savoir la récession, qu’il va bien falloir se débrouiller pour s’en sortir, continuer à se goinfrer et à consommer les saloperies dont on a nul besoin. Et pour ce faire, rien de mieux qu’un bon attrape-couillon. Lui-même s’en est mis un de côté.
Le modèle qu’il me sort de derrière les faisceaux fascines fagots est, à l’électronique près, le même que celui que j’avais acheté en 31. Un parfait piège à cons qui devrait me permettre arnaques en tous genres, crapuleries, entubages, filouteries et autres escroqueries. Les périodes de récession présentent l’avantage de faire fleurir les bonnes poires, de révéler les gogos, de faire prendre des vessies pour des lanternes aux naïfs qui vivent de soupe et d’espérance ainsi qu’aux doux rêveurs qui croient les démocraties vertueuses.

Je paie rubis sur l’ongle. En Marks or. 
L’outil emballé, je me retrouve sur le trottoir. « Non à la récession ! Non à la récession ! » gueulent des clampins qui manifestent contre le chômage, contre la vie chère, contre le gouvernement, contre l’Europe, contre les banquiers, contre le capital, contre tout ce pourquoi ils ne sont pas pour. 
« Des futurs clients », me dis-je réjoui en regardant défiler le troupeau ces braves gens. 

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Les ailes des anges

Je m’ai réveillé, ai secoué mes ailes. Crotte de bique me suis-je écrié, pas trop fort à cause des voisins, mes ailes sont toutes froissées. Direction le défroisseur d’ailes, Mermoz street, un type qui bosse pour la Naza, une boîte qui fabrique des zovnis ou pareil. Le reste, c’est au noir qu’il y fait, à cause que la Naza, le gouvernement lui a réduit ses budgets, et nom de dieu, faut quand même manger, hein ! Paraîtrait que le pognon il aurait tout passé pour les pauvres, moi ça m’étonnerait, en tout cas le défroisseur, je peux pas dire qu’il ait engraissé.
Je déplie les ailes sur la planche à repasser, à côté de la Jeannette qu’il lui faudra user, c’est plus pratique si tu veux pas faire de vilains faux plis, qu’après, pour l’inspection, tu te fais ramoner les oreilles, on vous l’a déjà dit, c’est impeccable que vous devez être. Surtout un jour comme aujourd’hui. C’est toujours le même truc qu’ils nous servent, les chefs : un jour comme aujourd’hui.
Et la rosée ? qu’il me dit, le défroisseur. Crotte de mouette, j’ai pas fait gaffe. Retour case départ dare-dare. Rien sur la route, rien en l’air, ciel bleu, pas un nuage. Déjà une fois j’avais essayé avec la pluie. Pas assez délicat, m’avait dit le défroisseur, on me la fait pas, faudra repasser. Avec la rosée. Ils en prévoient pour demain matin, 5 heures pétantes.
La rosée, je t’en foutrais, impossible de remettre la main dessus. Faut dire qu’avec la chaleur, elle traîne pas longtemps, la rosée. Le pschit pour les plantes, je m’ai dit. Ça devrait faire. Sauf que tout seul, quand  les ailes qu’on a touchées dans le paquetage font du XXL d’envergure, je vous y verrais. Enfin, je fais ce que je peux. Pschit, pschit, pschit. Un petit coup de fraîcheur, ça fait point de mal.
 Et zou ! retour chez le défroisseur. Il m’aide à poser mon aile tribord sur la Jeannette. Frisson. Et que je t’actionne le fer à repasser, que je te le balade, que je te le fais glisser. Lui, pas moi. Drôle d’odeur de cochon grillé. Flûte à bec, il gueule, je l’ai mis sur la position lin. Vouais, que je lui dis, c’est surtout que vous auriez peut-être bien oublié de mettre la patte-mouille. Bah, je vais vous arranger ça, il me dit en sortant un seau de peinture, un rouleau laqueur et un nuancier qu’il promène sur les plumes pour trouver la bonne teinte. Trop couillon, je suis. J’aurais dormi avec le filet qu’on nous a remis dans le paquetage, mes ailes auraient été comme neuves. Enfin presque, parce qu’on a jamais vu d’ailes neuves grandes comme un stade de football. Le football américain, l’autre je n’y goûte pas plus que ça, un truc qui me gêne, comme quoi il est apatride.
 C’est pas exactement la même teinte, mais on dira que c’est parfait, me baratine le défroisseur.

Voilà, ça nous fera 3Ð, 12š pas une auréole de plus. Quand même trois Douleurs et douze Saints, pas donné. Mais ça vaut mieux, pour l’inspection. Où il me faut filer si je ne veux pas être collé, comme la dernière fois. Collé, ça veut dire qu’on ne peut plus se dépétrer, qu’on est comme tout englué. Pas marrant. Et là, ne compte pas pouvoir t’amarrer là-haut.
Un coup de sèche-plume, un coup de plumeau à sec, et je suis paré.

Les autres sont déjà en place, impecs, ailes déployées au vent. S’accrocher pour ne pas décoller. J’ai couru, ébouriffé. Je me mets dans le rang sous l’œil sévère du chef, un qu’a pris du galon en même temps que la grosse tête. C’est les pires, ceux qui viennent du rang. Zozo, on l’appelle, le chef, seulement quand on est entre nous, on ne sait jamais. Déjà que c’était pas un ange, avant. Quand ils montent en grade, ceux-là, faut voir comme ils s’en croient, feraient mieux de croire en autre chose qu’en eux, je sais pas, au Père Noël ou en ce qu’ils veulent, je comprendrais. En la très sainte vierge ? Et puis quoi ?

Les jours comme celui-là, et aujourd’hui en est un, tous les fabricants et réparateurs montent leur stand sur la grande place. La Place d’Armes, on l’appelle, parce que c’est là qu’on vient faire nos armes quand on est pas encore aguerri, qu’on est encore tout chiffonné, et c’est là qu’on les a faites quand on a été investi de la Sanis-sanitus, parce qu’on l’a trouvée.  Ils déballent leur marchandise, et vas-y que je t’attrape le chaland, que je te fais le boniment, que je t’emmouscaille, que je t’embrouille 1 + 1 = 11 et que je t’empoche un petit lot de Douleurs. Mes filins, je suis comme tout le monde, c’est là que je les achète ou les fais réparer chez le tréfileur, un drôle de coco qu’a plus d’un tour dans son sac pour nous en vendre plus long qu’il n’en faut lorsqu’on doit saccrocher là-haut. Une fois les filins en état, on se rend chez le crocheteur, un vieux de la vieille qu’a pas son pareil pour, d’un coup de diabolo, nous envoyer dans la voûte céleste où on a intérêt à faire gaffe qu’un coup de grisou venteux ne nous fasse rater la cible, un anneau comme pour attacher les veaux au marché aux veaux, sauf qu’il est scellé dans la ouate, de la 60 Angström pur jus. Fixer un mousqueton dans ces conditions n’est pas chose aisée, essayez. Surtout à cette hauteur où on a vite fait d’attraper le vertige. Je parle du vertige astral, qui n’a rien à voir avec celui des joueurs de football américain lorsqu’ils se retrouvent les quatre fers en l’air suite à un coup de pied dans le fondement que tu as l’impression d’être un zinc qui décolle d’un porte avion, catapulte à l’arrière-train. Les chaussures à crampons, c’est terrible, et ça t’envoie valdinguer que, le grimpage de rideau, à côté, c’est une pichenette à crotte de nez. Et cætera, parce que on ne va pas y passer la nuit, mais bref, la Place d’Armes, c’est par rien, surtout les jours comme celui-là.

Arme sur l’épaule, pool ! gueule le chef qui ne comprend rien à rien, c’est pas nouveau et c’est pas demain la veille que ce sera ancien. On est payés pour ça, après tout. Je mets l’arme sur l’épaule. Renversement d’épaule, à mes ordres, pool ! Quand je dis qu’il ne comprend rien à rien, on peut me croire. De l’épaule droite elle passe à la gauche. Sans cesse.
Repos, on peut rabattre nos ailes et les faire toutes molles. Fixe, on les contracte, dans l’alignement, parallèles à la ligne de mire normalement dans l’axe du jabot. Si le jabot a bien été lustré et peigné, raie au milieu. Le problème, quand on s’est fait repasser par le défroisseur, c’est qu’il a pu faire un faux pli si on n’avait pas assez de rosée. Ou trop. Ou si le fer était mis sur la position lin, il y en a qui font vraiment n’importe quoi, au point qu’on devrait leur retirer leur licence. D’après moi, mais après tout, je manque un peu d’expérience moi-même, et ça ne m’empêche pas d’exercer.
Présentez… armes ! Armes pas pool. Et il y en a qui sont payés pour ça. Et cher.
Je présente mon arme. On sait tous que ça ne veut rien dire, mais on le fait quand même. Le chef, ça doit lui faire un petit quelque chose je sais pas où, mais ses ailes qui frétillent d’aise, faut pas nous la faire

Puis c’est la remise de l’ordre de mission :
1. Arme au pied.
2. Chargez.
3. 1e escouade, Europae.
4. 2e escouade, Norden Amérindie.
5. 3e escouade, Shinoé
En Egypte ? rifougne un rigolo, que le chef a vite fait de remettre à sa place en le changeant d’escouade. Affecté à la 4e, ça vous apprendra.
5. 4e escouade, Gypterrae.
6. Etc.

Ça cliquettise genre Métal hurlant, ça brinqueballise et ça balise. Pour moi. Je ne suis jamais encore parti en opérations. Les Téohés, ils appellent ça, à cause que dire Théâtres des Opérations Extérieures, le temps de le dire, les  troubles sont finis et on est passé à une autre guerre opération.
Qui est malade ? je l’ignore.
On embarque, armes et bardas. Vroum fait l’ovni, direction l’autre bout de la galaxie, sur le trottoir d’en face.

Expédition punitive.

Aïlis, aïlos, aïlis, aïlos on chante en chœur, mais le mien n’y est pas. Aller taper sur des pauvres types sous prétexte qu’ils sont cons comme pas possible, au point qu’ils feraient de parfaits chefs, ne me fait pas trémousser les ailes. Le désir n’y est pas, pas plus que le simple besoin. Une halte sur une planète désolée pour les faire, un vol d’observation, une décharge de pruneaux qu’on a ingurgités à jeun, émission accomplie. Ces putains de terriens ont cherché la merde, ils l’ont eue.
Rentré au bercail, je me rends compte que des saloperies d’éclaboussures m’ont terni les ailes et les ont mochement embaumées. La cata ! Je décroche les filins, file chez le défriseur, le seul à être habilité à cette tâche difficile qui consiste, on l’aura compris, à détacher les taches, en les dégommant. Je ne me vois pas aller à mon rencart dans cet état. Deux lunaisons, le dégommage, pour 7Ð, 50š, pas une affaire. Les bondieuseries et autres conneries de croyances, ça commence à bien faire. Demander une augmentation ?
C’est ce que je fais. 
Vous n’y pensez pas, on me répond. Et la crise, vous en faites quoi ? Pis c’est qu’on a des frais.
Je n’en fais rien, je réponds en colère. J’ouvre la besace de Pandore que j’avais achetée Place d’Armes à un brokantor, en verse le contenu aux pieds de Qui vous devinez. J’y ai mis les taches que m’a refilées le défriseur.
C’est quoi cette merde ? s’étonne le Dégoiseur, le Big Chief  comme on l’appelle, quand on est entre nous. C’est la vôtre, rien que la vôtre, je lui lance très méchamment.
Je me décroche de mes ailes, déchire mon contrat (une arnaque !), ce qui, le rompant, le rend caduque, exige ma dernière solde et me fais la malle.
Vos ailes, vous pouvez vous les carrer dans l’oignon, je lui dis avant d’éclater d’un rire, comment dire… satanique.

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Vanitas vanitatum, et omnia vanitas

« Dans sa vanité blessée, il éprouvait un véritable désespoir. »
ÉMILE ZOLA, Germinal.

 

Il neige sur le Lac majeur ; il pleut il mouille, c’est la fête à la grenouille ; il y a du vent dans les voiles ; ça borborygme à Yellowstone ; un orage magnétique va souffler sur la Terre et en éteindre les bougies ; l’astéroïde B52 va percuter la planète : ça tectonise sous nos pieds qui n’y entendent rien ; ça trou-du-cul de l’univers, encule les mouches et se bagarre au sujet du sexe des anges ; ça brandit le sabre et le goupillon ; ça arme la bombinette et affûte l’étoile de David ; ça attend de tremper le croissant vert dans le sang et de lancer l’étoile de la mort ; ça bureaucratise, ça hégémonise, ça totalitarise, ça autocratise, théocratise, oligarchie dans la colle ; ça paupérise, ça déprime, ça rigole pas ; ça prend des airs graves pour énoncer des stupidités ; ça s’enrichit sur le dos des autres, ça pète dans la soie, ça vindicte, ça se plaint, ça se révolte ; ça baisse la tête, ça geint ; ça baîllonne ou ça se baîllonne ; ça se tait, ça se mure, ça se murge, ça n’a pas honte ; ça empeste, ça vomit, ça transpire sueur et haine ; ça se déchire, ça pleure.
Ça se contemple, ça s’enorgueillit, ça se satisfait, ça ordonne, ça obéit, ça moutonne ; ça se rebiffe, ça se biffe, disque rayé ; ça se jette. Ça se high-tech, ça s’épie, s’espionne, dénonce ou se dénonce…
Pendant ce temps, la neige n’a pas cessé de tomber, les rivières cessé de déborder, le vent de déraciner, le feu d’incendier, le déluge de protons d’anihiler des siècles d’avancées technologiques, et Satan de se marrer.

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Une saine Occupation pour tuer le temps

Je m’ennuie. Je veux dire que je m’emmerde. Rien de bien extraordinaire, m’a dit un pote. Tous les vieux s’emmerdent, c’est connu, et ça ne va pas en s’arrangeant. Note que tu t’en sors bien, parce que tu pourrais être grabataire, et là… Je te fais pas un dessin, il a rajouté en se pinçant le nez.
Je m’emmerde comme pas possible, et le pire, c’est que ça risque de durer. Solide comme un roc, m’a dit le toubib à ma dernière visite. Le roc, j’ai bien pensé à le faire péter. Un bâton de dynamite dans le fondement, une dernière bouffée d’air pur de ma clope, et allons-y que je t’embrase la mèche, et boum ! Un dernier grand feu d’artifice. Ô la belle verte !
Je languis. Faut pas croire, mais s’emmerder, je peux le décliner, même si ça ne me tarde pas plus que ça. Non, ce qui me tarde, c’est d’arrêter de me faire chier plus qu’un rat mort. Les rats morts, il n’y a qu’à voir leur regard vide pour voir à quel point ils se morfondent et trouvent le temps long.
Me désennuyer, voilà ce qu’il me faut si je veux survivre dans des conditions acceptables. Car se barber, se lasser jusqu’à la lassitude, se morfondre, sécher sur pied, se faire tartir, ça va un moment.
« Trouve-toi une occupation, fais quelque chose qui donne du sens à ta vie » m’a conseillé un idiot, doublement idiot lorsqu’il a rajouté « Occupe-toi des autres, œuvre dans une ONG : les malheureux, c’est pas ce qui manque dans cette vallée de larmes…»
Les autres et les maheureux, comme il dit, j’en fais partie. Et la vallée de larmes, j’y ai largement versé mon écot, un écot aqueux.

Je sais, je sais. Si l’oisiveté ne m’était pas tombée sur le râble depuis une retraite sans gloire ni flambeau, même pas méritée, je me ferais nettement moins suer de ne pas suer.
Une bonne occupation, voilà ce qu’il me faut.
Et va savoir pourquoi, tout à coup ça a fait tilt dans ma tête, en lettres rouges sur fond noir : 1940 – Occupation. Une bien belle époque où, avec toutes les animations de rue, on avait autre chose à faire que se laisser aller à l’ennui. Collabo, j’aurais été, c’est sûr. Jusqu’en 44. Après, je ne dis pas. Entre les filatures pour démasquer les mauvais Français, insinuations, diffamations, calomnies, délations… je n’aurais pas eu le moindre répit et n’aurais pas eu à me demander comment tuer le temps.

Bon, on n’est plus en 40, mais quelque chose court dans l’air qui m’y fait étrangement penser, comme un suave parfum qui me rappelle l’odeur de cuir des bottes qui frappaient le pavé en lui imprimant le sceau de la discipline et du travail bien fait : Arbeit macht frei.
Et qu’est-ce qui m’empêcherait de joindre l’utile (une saine occupation pour le bien de tous), à l’agréable (des émoluements pour juste rétribution d’un acte civique) ? Rien.
Si on ne fait pas ça à l’oeil et sous anonymat, dénoncer, mine de rien, n’est pas si facile. Ça exige d’être précautionneux, soupçonneux, méthodique, organisé. Et vicieux. Ce qui demande temps et énergie, tant mieux pour le temps dont je ne manque pas. Pour l’énergie, c’est une toute autre histoire : des années d’oisiveté me l’ont sérieusement mise à mal. 
En me référant, de mémoire, à un passage de Mein Kampf m’est venue la lumière. « L’énergie, la combativité et l’ardeur sont filles de la motivation » écrit Adolf, en substance. Le fait de gagner de l’argent par mes actes civiques est certes motivant mais, dès lors que mon compte en banque aura gonflé, cette motivation ne risque-t-elle pas de s’étioler puis s’éteindre ? 
Il me faut retrouver une belle énergie, il me faut donc d’autres motivations. C’est alors que m’est revenue une bribe de mon passé. L’histoire toute bête d’une petite copine –elle avait douze ans, j’en avais dix– que j’avais vue se faire peloter par un grand, d’au moins treize ans. Le sentiment de jalousie que j’avais alors éprouvé m’avait donné des ailes, que convoitise et envie avaient doublé d’envergure. Mon concurrent était premier de classe, il était grand, il avait du poil au menton, sa voix était grave et il possédait une magnifique bicyclette, autant de qualités dont j’étais dépourvu. Une folie meurtrière s’était emparée de moi et, quel que malingre je fusse, habité d’une énergie farouche, j’avais réussi à balancer mon ennemi dans le trou d’eau d’une carrière. Où il s’était noyé. Je n’avais plus eu qu’à consoler celle qui avait cessé d’être un enjeu, avant de lui faire payer chèrement ce qu’elle m’avait fait. Rendez quelqu’un jaloux, il déplacera les montagnes.

Les choses ne sont jamais aussi compliquées qu’on les imagine. De saines occupations vont désormais meubler ma vie et lui donner sens. Propulsé par cette énergie que produisent jalousie, envie et convoitise, je vais fouiner dans la vie des gens et chez eux, déceler leurs comportements inciviques, relever les infractions qu’ils commettent, engranger les preuves de leurs agissements, les dénoncer et encaisser le fruit de mon labeur salvateur. Et peut-être, jackpot au bandit manchot, deviendrai-je aussi célèbre que Moon Seoung-Ok, ce citoyen modèle de Corée du sud.
En attendant, fini de m’ennuyer comme un rat mort.

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