Les derniers écrits parus sur les blogs de Pierre C.J. Vaissiere

4 blogs frères, mais différents, comme les 4 éléments, les 4 doigts de la main, les 4 angles d’un triangle, les 4 huns, les 4 tombes et les 4 égories pour que chacun y trouve son compte.

29/01 - Discours de Nicolas Sarkozy – 29 janvier 2012
16/01 – Agences de notation : bonnet d’âne pour la France
29/01 Le secret de Bérenger Saunière en instance d’être percé
11/09 - Elle parle au silence

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En vous souhaitant une bonne lecture…

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Agences de notation : bonnet d’âne pour la France

agences de notation : un bonnet d'ane pour la France

Agences de notation : un bonnet d'âne pour la France

Quand je disais que la France c’était nul, hein ! Je suis p’têt pas bien futé, mais même si j’ai pas inventé le fil à couper le beurre en été, faut pas me la faire. En tout cas preuve est faite que la miss est un cancre. Alors, qu’on ne me fasse pas la morale sur mes incapacités à moi, sur ma flemme à moi, sur ma connerie à moi, sur tout ce qui foire chez moi, et encore je préfère ne pas dire que je suis un ivrogne, et pire. Faut dire que c’est dur de résister avec tous les pinards qu’on trouve de par chez nous, et qu’on sirote pour le goût et l’oubli.

Un truc quand même que je comprends pas, rapport à Dieu. La fille aînée de l’Église, il en a manifestement rien à foutre, le bon Dieu. Un petit miracle, c’était pas bien compliqué. Moi, par exemple, je dis moi, mais ça pourrait être quelqu’un d’autre, c’est une façon de parler, moi, je serais Dieu, les mecs des agences de notation qui se prennent pour je sais pas qui, des instits tout puissants ou un truc comme ça, je te leur aurais purement et simplement tordu le cou, ou je sais pas, pendu à une des patères de l’école, celles qui sont sont sous le préau, par exemple, à se les geler. Pis d’abord, c’est qui ces gonzes ? Ils ont un nom ? Ils viennent d’où ? Qui c’est qui les paie ? Et avec quel pognon ? Non, me dites pas que c’est avec le nôtre, j’y croirais pas. De toute façon, avec tout ce qu’on nous prend, le pognon, y’a longtemps que j’en ai point vu la couleur.
Dieu, on peut pas dire qu’il se les bouge. Va savoir s’il a pas été acheté par les agences de notation, d’autant qu’avec la cote qu’il a ces temps-ci, le gars Dieu, le moindre petit pot de vin, pas sûr qu’il y résiste.

Un autre truc que je comprends pas que, d’après moi, Dieu il y est pas obligatoirement pour quelque chose. C’est tous ces grands couillons et grandes courges qui se la ferment, tendent leurs doigts sagement pour se faire taper dessus à grands coups de règles qu’ils ont payées de leurs nos deniers, qui baissent la tête comme des sales gosses qu’on a surpris à avoir fait des bêtises, d’avoir pas appris leurs leçons. Je parle des présidents et des machins pareils, qu’ont du pouvoir, celui de nous emmerdouiller et de se mettre eux-mêmes dans la panade à cause qu’ils sont bêtes à manger du foin. Pace que faut être bête à manger du foin pour continuer à croire que ce qui a été le sera encore et encore mieux. Comme cette connerie de croissance qu’ils ont toujours aux lèvres. T’as déjà vu quoi que ce soit qui débarque, grandit, grandit, grandit encore et toujours. Rien que parce que y’aurait plus assez de place, c’est idiot de croire que tout peut croître sans cesse. À part la connerie, peut-être.
Bon, faut quand même être débile pour accepter de se faire moucher comme des morveux par des salopiots doublés de gros cons à cause qu’ils scient les branches sur lesquelles ils ont posé leurs gros culs de gros cons qui ont décidé de faire le pluie et le beau temps. Des salopards qu’on gave pour qu’ils nous en mettent plein la vue le fondement.
Les mauvais élèves, bref, ceux qui ne sont pas rentables pour ceux qui s’en mettent déjà plein les fouilles, on te leur fait péter le triple A, et basta ! Ce qui revient exactement au même que de débrancher un pauvre bougre en réanimation. 
Et quoi ? Nos chers gouvernants acceptent ça. Acceptent que des entreprises, dont le seul but est de servir leur propre intérêt, disposent du droit de vie et de mort sur les citoyens. Je déconne, je voulais dire cloportes.

Mais pour en venir au bonnet d’âne, j’aimerais que, juste un instant, les grands pontes des agences de notation réfléchissent sur ce que sont devenus nombre de “sales gosses” désobéissants et mauvais élèves qu’on a affublés de cette coiffure de honte. Et qu’ils n’oublient pas que les ânes sont intelligents, savent très bien où ils vont, ont le pas sûr, sont entêtés et savent avoir le dernier mot. S’ils ne sont pas abattus, dans un dernier stupide accès de folie, par ces censeurs dont les agissements en rajoutent quotidiennement à la misère et à la précarité des cloportes citoyens.

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Une preuve que tout ne va pas si mal que “ça”

En ouvrant un oeil ce matin avant de me réveiller, j’ai pris conscience :

1. Que j’étais en vie, donc pas encore mort ;
2. Que si j’étais encore en vie c’est que la fin du monde n’avait pas encore eu lieu ;
3. Que si la fin du monde n’avait pas encore eu lieu, c’est que tout n’allait pas si mal que “ça” et que les énergies négatives n’avaient pas encore eu le dernier mot.

Du coup, je me suis rendormi. 
En cet instant, je dors encore, poings fermés. Un léger filet de bave, preuve d’un bon relâchement, s’est écoulé de mes lèvres entrouvertes. Qui me verrait ainsi pourrait penser que je suis mort, et peut-être n’aurait-il pas tort. Mais allez savoir…

 

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Vœux et corruption

Si j’enlève les deux premières années de ma vie où je ne possédais pas encore à merveille cette langue maternelle que parlait aussi mon père et ses ascendants, ça fait très exactement 64 ans que chaque année à la même époque, j’adresse mes vœux de bonne santé, de bonheur, de réussite, d’amour, et j’en passe, à toute une flopée de gens dont je n’ai strictement rien à faire, mais dont je ne fournirai pas les noms, n’ayant nulle envie de me fatiguer à tapoter sur mon clavier, et tout ça pour rien, n’ayant jamais reçu le moindre cadeau en récompense de ce vain labeur, ni même de réponses si j’excepte quelques lettres gratinées d’injures tout autant gratinées, sous prétexte que j’aurais commis des fotes d’ortografe, ce qui m’étonnerait. Comportements qui m’amènent aujourd’hui à faire le mort, situation où les chances de recevoir critiques, remontrances et injures sont quasiment réduites à zéro.
Pour cette nouvelle année, j’ai décidé de ne souhaiter mes vœux qu’à ceux susceptibles de me renvoyer la balle ou l’ascenseur, voire les deux. Avec les élections de tous bords qui se préparent, dont les présidentielles, j’ai dressé une liste des candidats et leur ai adressé un courrier assorti d’un contrat de collaboration en pièce jointe où je leur demande un engagement sans équivoque : mon vote en leur faveur contre un poste peinard et surpayé en ma faveur. Poste, place ou fonction, peu m’importe, mais situation où je pourrai à loisir –donc en permanence– lécher des bottes ou cette partie anatomique que certains utilisent pour prendre leur pied, courber le dos, me faire acculer et profiter de quelques subsides fièrement gagnés à la sueur de ma vile bassesse.

Glissant avec volupté mes lettres dans la boîte prévue à cet usage, j’ai compris en cet instant que je quittais le monde stupide des poètes et autres imbéciles pour celui des adultes responsables.
Je suis corrompu ? Certes, mais pas plus que… Vous voulez des noms ? Que m’offrez-vous en échange ?

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Un joyeux Noël de pauvres

La neige c’est blanc beau, tant que personne n’a marché dedans pour aller prendre sa voiture, y monter, la faire démarrer et la saloper avec les gaz d’échappement. La neige c’est pur, une fois qu’on lui a enlevé toutes les scories et particules  qu’elle a récupérées en tombant de là-haut. Une pince à épiler de précision, une bonne loupe, et le tour est joué. Sinon on peut aussi la laver, mais pas à l’eau chaude, sinon elle fond. La neige c’est froid  comme de l’eau qui, en gelant, est devenue de la glace. L’eau gelée est plus froide que la glace italienne, sans doute  parce qu’il fait plus froid ici qu’en Italie.

Ici, c’est la France, un petit morceau de  France, avec des montagnes et de la neige dessus parce qu’il a neigé. Du coup les enfants sont excités, encore plus que les rennes du père Noël. Excités et contents, plus que les bestiaux du blanc barbu qui vont en avoir plein les pattes comme chaque année à la même période, d’autant qu’ils s’entraînent sans relâche depuis l’Avant. D’ici qu’ils protestent, mais c’est rare, et rechignent à la tâche, ce qui arrive parfois… Comme quand il faut aller livrer des jouets de récupération, plus ou moins retapés et que des gosses de riches ont pris soin d’esquinter avant de les mettre à la poubelle où des sbires du père Noël les aura récupérés. Mais enfin, chacun fait bien comme il peut, d’autant si le chacun en question est menacé de ces méchants coups de fouets que distribue le père Fouettard qui en marre du second rôle. Il paraîtrait même qu’il pense à démissionner. Enfin, pas tant qu’il y a des pauvres.

Les enfants de pauvres sont moins gâtés que les autres, surtout à Noël, et encore plus s’il a neigé et qu’il n’y a plus de bois  à mettre dans la cheminée à cause d’une chanson idiote que chante dans le vieux poste TSF une chanteuse un peu grecque, plus d’autres qui prétendent être des Compagnons de la chanson.  

« Fais du feu dans la cheminée
Je reviens chez nous
S’il fait du soleil à Paris
Il en fait partout
Fais du feu dans la cheminée
Je rentre chez moi
Et si l’hiver est trop rusé
On hibernera » 

Bref, il n’y a plus une seule bûche à donner à manger au feu, et si ça se trouve, il n’y a pas de cheminée, rien qu’un vieux poële dont le tuyau est bien trop petit pour que le gros bonhomme à robe rouge y passe avec sa hotte. Quand il est en forme, comme aujourd’hui, il tente le coup, mais en prenant garde à laisser sa hotte sur le toit.
Du coup les enfants n’auront pas de jouets, mais comme ils sont moches comme tout, ça n’est pas plus mal. Ce qui ne les empêche pas de pleurer et d’en vouloir à leur père qui n’a rien à voir avec le père Noël. Il boit, raison pour laquelle la mère des gamins est partie avec le père Noël de l’an dernier. Par la porte, elle était partie, pas par le tuyau de poële.

Les enfants de pauvres ne sont vraiment pas gâtés, mais encore heureux quil y ait de la neige. La neige c’est blanc comme un linceul, froid comme une tombe, et gratuit. Autant dire que tout le monde peut se l’offrir, même les plus pauvres des pauvres.
Alors les mioches qui râlent, ça va un moment, se dit le père qui n’en peut plus, en regardant ses gamins qui n’en peuvent plus. Cette année, on va enfin se faire un beau Noël.

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Des vétérinaires pour combler la pénurie de médecins ? Oui !

Des vétérinaires pour combler la pénurie de médecins ?

De nombreuses personnes étant des veaux (dixit le Grand Charles, dont on ne peut dire qu’il était le dernier des imbéciles, je ne vois pas où est le problème.
« Les gens sont loin d’être tous des veaux », vous entends-je objecter. Certes, mais nombreux sont les gros porcs, les truies, les vaches, toutes n’ayant pas été exécutées malgré cette vindicte populacière d’incitation au meurtre (« Mort aux vaches ! »), les canassons sur le retour, les juments…
Est-ce là tout ? Que nenni, car ce serait sans compter sur les faisans, les bécasses, les oies (dont les blanches grandement représentées), les dindes, les poules, les coqs… et j’en passe.
Croyez-moi, les vétérinaires peuvent tout à fait se substituer aux médecins et prodiguer d’excellents soins, voire meilleurs, que ces derniers. En supposant que le rôle d’un médecin soit de soigner. Mais cela est une autre histoire…

La clientèle citée ne représente qu’une part de la population ? Oui, et je l’admets volontiers, mais je n’en ai pas fini, car ce serait oublier les loups, les moutons, les chameaux, les chèvres (notamment les vieilles biques dont la parenté avec les chameaux n’est plus à démontrer), les rats, les souris. Puis les ânes, les mules et autres bourriques, les drôles de zèbres, les cougars, les ours plus ou moins mal léchés, les éléphants (en nombre dans les partis politiques) entourés de leurs gorilles, les dinosaures… Et encore les nuées de blaireaux, les requins et rapaces de tous bords, les pingouins (qu’on trouve en quantité dans les instances du pouvoir), les autruches (nombreuses à tous les niveaux de l’Etat).
Ce n’est pas tout, car il y a encore les caméléons (ces transfuges spécialistes du retournement de veste qui font leur cinéma en technicolor sur la scène politique), les perroquets, les chiennes, les thons, les morues et leurs maquereaux, quelques punaises de bénitier (en voie d’extinction), les merlans…

Plus une quantité innombrable de perroquets, mollusques, pigeons, cloportes, vers de terre et fourmis qui constituent le gros de la clientèle.

N’en doutons pas : non seulement les vétérinaires peuvent tenir lieu de médecins là où il en manque, mais la population étant ce qu’elle est, ils peuvent parfaitement les remplacer.
« Mais ne risque-t-on pas alors de manquer de personnel soignant ? » vous ouïs-je vous inquiéter.
Oui, un temps. Celui que les médecins devront passer sur les bancs d’une École Nationale vétérinaire, s’ils veulent poursuivre leur sacerdoce job.
« Les frais de leur recyclage seraient-ils à leur charge ? »
Selon certains critères qui seraient à définir, ils seraient couverts par les grands laboratoires pharmaceutiques, ces derniers n’exerçant, bien évidemment, aucune pression de quelque sorte que ce soit sur les nouveaux vétérinaires qui garderaient ainsi toute leur indépendance.

Alors à cette question cruciale de savoir si les vétérinaires peuvent remplacer les médecins, c’est sans ambages et d’une seule voix –du moins la mienne– que nous répondons : Voui.

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Révolte des Indignés : un virus venu du Maghreb ?

À Housna B.

— Moi, ça m’étonnerait pas que ce soit encore un coup des Russes.
— Quoi ?
— Comme avant, avec leurs fusées, leurs bombes atomiques et toutes leurs saloperies de rouges. Je parle de ce qui se passe dans le monde, tous ces culs terreux qui sèment la zizanie. Les Russes, je te dis. Ou alors les Ricains, avec leurs fusées, leurs bombes et toutes leurs saloperies de capitalistes.
— Et les banquiers. Un coup des banquiers. Ou alors c’est un complot. Avec le pognon des banquiers.
— Tu veux dire notre pognon, oui !
— Les banquiers juifs.
— Banquier et juif, c’est pareil. À mettre dans le même sac avec les communistes et les capitalistes. Indignés ! Non mais c’est quoi cette connerie ?
— Tu me diras, je serais juif, mais ça risque pas, moi aussi je serais indigné, avec ce qu’on leur a fait… C’est des juifs les indignés ?
— C’est pareil. Et ce qu’on leur a fait aux juifs, dis-moi, c’est pourquoi ? L’orgueil, moi je te dis. À se prendre pour le nombril du monde, voilà ce que ça donne. Ils faisaient moins les fiers en 40. On aurait un Pétain, aujourd’hui, crois-moi, ça moufterait pas et ça bosserait au lieu de manifester.
— Un Pétain ou un Kadhafi, tant qu’on y est.
— Ou un Moubarak, même un al-Assad, tiens. Avec eux, c’est pas de la rigolade, et les culs-terreux, ils se la ferment et se tiennent à carreau. Et c’est pas demain la veille que ça risque de changer.
— Heu… Le Jt, les infos et le journal, tu regardes jamais ?
— Ça risque pas. Tous des vendus. Ils racontent que des conneries. Mais j’en sais bien assez avec ce que j’apprends au bistrot. Et je vais te dire, c’est pas parce que Kadhafi ou qui tu veux est mort ou s’est fait virer que ça va changer. Ils sont trop cons les arabes, trop cons. Les peuples, je veux dire. Parce que les dirigeants, cons ou pas, on s’en arrange comme il faut, tu peux me croire. Et comme y a pas de petits profits, on en fait des gros grâce à eux.
— Ben… les peuples ils se sont quand même révoltés. On peut même dire qu’ils ont fait la révolution.
— Mouais… Laisse faire, laisse passer, et ça va vite remarcher au pas, crois-moi. Trop cons, je te dis. Ein zwei, en avant la musique, et au boulot !
— Ils ont pas de boulot.
— C’est bien la preuve que c’est des fainéants et des bons à rien. Mais on va les y mettre, au boulot. si tu vois ce que je veux dire… Faudrait pas qu’ils oublient Poitiers. La râclée qu’on leur a mise.
— T’oublies un peu les croisades. Et puis, bons à rien, quand même… Ils ont bel et bien renversé leurs dictateurs. Et question culture, tu m’arrêtes si je dis des bêtises, ils ont rien à nous envier.
— On s’en fout de la culture. Ils ont renversé leurs dictateurs, oui, et avec l’aide de qui, d’Allah ? Tu parles. Et si on les a aidés, c’est pas pour des clopinettes. Donnant donnant, sauf que s’il y en a qui vont tirer les marrons du feu, c’est pas eux, tu peux me faire confiance.
— N’empêche qu’ils se sont bougé le cul, qu’ils ont pris des risques et on peut pas dire qu’ils aient manqué de courage. Et depuis, ça fait tache d’huile, et pas que chez eux. Un vrai virus, que la grippe, à côté, c’est de la rigolade. Jusqu’aux États-unis, et même en Russie, partout.
— T’as raison, ça fait tache. Mais on va remettre tout ça au pas. La Grèce, l’Espagne et les autres. Les virus, une tapette à mouche, et zou ! plus de virus.
— Ben… jusqu’à preuve du contraire, la tapette à mouche n’est pas des masses efficace. Je sais pas, mais j’ai comme l’impression que les arabes nous ont donné une sacrée leçon. Les peuples, en tout cas. Et ils pourraient bien devenir un modèle.
— Un modèle de quoi ?
— Je sais pas… de société. Un modèle à eux parce que, sincèrement, le nôtre, il est pas si génial que ça. On le saurait, sinon. Et on ne râlerait pas comme on le fait, on ne critiquerait pas comme on le fait, on accuserait pas les uns et les autres comme on le fait et on dirait pas toutes ces conneries.
— Un modèle de société ! Manquerait plus que ça. Je vais te dire, non seulement, on a bien eu raison de soutenir leurs dictateurs, mais le mieux qu’on ait à faire maintenant, c’est de reprendre le contrôle. C’est quand même pas eux qui vont faire la loi. Ni ces emmerdeurs d’indignés.
— Reprendre le contrôle… Tu veux dire comme les Nazis avec les Juifs ?
— Non, bien sûr que non. En finesse.

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Anniversaire, tabac, alcool et espérance de vie

La façade appartient à celui qui la regarde (LAO TSEU)

Et c’est bien là le problème !

Et voilà, ça devait arriver un jour ou l’autre. Surtout un 7 décembre, date anniversaire d’une naissance, la mienne. J’ai 66 ans aujourd’hui. Je l’avais oublié, mais le téléphone me l’a rappelé. Pas tout seul, car il y avait quelqu’un au bout du fil, quand bien même le quelqu’un en question n’aurait eu en main qu’un téléphone portable, mobile ou greffé en quelque endroit de son anatomie. Sur l’Internet aussi, on m’a souhaité l’anniversaire, même un certain Google. Bon anniversaire, Pierre, c’était écrit avec un joli dessin.

Soixante six ans, que j’ai. C’est dingue. Et qu’on ne me dise pas qu’on ne voit pas passer le temps qui passe. Un peu, que je l’ai vu passer, et pas toujours à l’allure où j’aurais eu envie qu’il le fasse. Ou le fît. (Ça me commence à m’escagacer méchant cette satanée langue, que tu sais pas par quel bout la prendre, ni comment l’apprendre, puis la retenir).
66, c’est la moitié de 132, qu’il s’agisse d’années de vie, des mensurations de je ne sais quelles parties du corps, ou d’un morceau du numéro matricule de la bébête qui monte, celle immonde de l’Apocalypse, comme disait mon curé quand il parlait des communistes. C’était dans les années 50.
Il me reste encore 66 ans à vivre si j’arrive jusqu’à 132. Dit autrement, j’aurais vécu encore 66 ans lorsque je m’éteindrai, si je m’éteins en 2077, à 132 ans. Ce qui revient à dire que je n’en suis qu’à la moitié de ma vie. C’est dingue !
Ceci dit, rien ne prouve que j’y arriverais, mais rien ne prouve le contraire, et surtout pas mon mode de vie, à cause que pour trouver plus conservateur que moi, faut pousser jusqu’au Sénat. Je fume comme un pompier, je bois comme un trou et ne fais jamais plus d’effort qu’il n’en faut. Comme pas mal de ces hôtes de l’institution sus-nommée.

Le tabac*. Oui, ça produit du goudron, justement. Qu’on m’arrête si je dis une bêtise, c’est bien ce machin noir gluant collant qu’on met sur les barcasses pour les protéger ? C’est bien ça ? Et c’est bien à cause que les barcasses elle en sont peinturlurées de tous bords qui font qu’elles tiennent, oui ou non ? Le goudron, je veux rien trop affirmer, mais c’est pas aussi ce machin qu’on met pour faire l’enrobé à chaud des routes ? C’est pas ça aussi qu’on met sur les murs humides pour que la flotte elle passe pas ? On est bien d’accord : le goudron protège de l’eau. De ce côté, c’est vrai que je crains pas tant rien, à cause que l’eau j’y tiens pas plus que ça. Mais va savoir si c’est pas justement le goudron des clopes qui me protège de l’eau. J’en sais trop rien, mais toujours éthyle que l’eau et moi on fait pas bon ménage.
Bon, pour le goudron, c’est vu. Passons à l’alcool, maintenant.
Je peux pas dire que je sois un alcoolique, mais je peux pas dire non plus que je sois pas un pionard. Pas les trucs modernes genre Whisky, Tequila ou le machin russe, la Volga, non, la Vodka. Ça, j’y laisse aux gamins qui têtent encore leur crayon sur les bancs d’école. Non, non, non, et non. On est Français oui ou merde ? Alors moi c’est le pif, le pinard, quoi. Et là, tu me crois ou pas, je suis pas du genre à faire la fine bouche, et faut pas qu’on m’accuse de racisme. Ils y passent tous : les rouquins, les blancs, les rosés, tous je te dis. Mais le pinard, c’est rien que pour la mise en bouche, parce qu’après, j’attaque direct à la mirabelle, à moins qu’il me reste encore de la poire. La William. Je m’en vas descendre en cave en quérir et y remonter, des fois que… C’est pas la question que j’en ai envie, là, tout de suite, mais c’est une question d’honneur. Des fois que ça sonne, parce que le Léo ou le Jojo ça serait pas surprenant qu’ils se pointent. 
L’alcool, s’il y a un truc qui conserve, c’est bien ça. Le sel aussi, je suis d’accord. Pour les légumes.

Je m’ai remonté quèques bouteilles de la cave. Une de chaque. Plus des griottes à l’eau de vie, des prunes pareil et des pruneaux encore pareil. Au cas où les vieux gars ils viennent avec leurs dames.
Et je vous demande : d’après vous, pourquoi c’est faire qu’on met les fruits dans l’alcool ? Pour les conserver, c’te blague, c’est aussi simple que ça.
Et tu vois, je dis pas que j’y aime pas la William et les griottes à l’eau de vie, je dis pas, mais si l’alcool ça ne conservait pas, c’est pas sûr que j’en prendrais. Pas sûr.
Bref, tout ça pour dire que finalement, c’est bien possible que je sois qu’à la moitié de ma vie. Ce matin, je l’invente pas, j’ai entendu la concierge dire que j’étais drôlement bien conservé pour mon âge.

Tiens, goûte-moi donc ça, que je m’ai dit. Laquelle ? je me suis répondu. Ce que j’ai monté, c’est pour y descendre, pas pour y redescendre. Pis ça se fait pas une bouteille d’alcool qu’a pas encore servi. Les gens, ils osent pas, et faut insister et tout. J’en prends juste une lichette, c’est juste pour vous accompagner, il faut leur dire, en même temps qu’on ouvre la bouteille ou le bocal. Sinon ils osent pas.

Le tabac, il y en a qui prétendent que ça accélère le vieillissement, que ça le précipite des fois, même que ça double les rides. Des conneries. L’alcool, je veux bien, à la limite, mais pas si tu t’arrêtes juste avant de commencer à voir double. Bon, c’est vrai que le pif il prend un coup, à force, et que le gris des moustaches c’est plutôt du jaune pisseux, mais faut quand même tenir compte de l’âge qu’on a, non ? Et à 66 ans, c’est quand même pas extraordinaire de pas tant aimer ce qu’on voit dans le miroir. Bon je veux bien : si je vis jusqu’à 132 ans, faudra p’têt que je pense à me faire retaper la façade. Mais d’ici là…

* Surprenant qu’on ne trouve sur le marché que du tabac daubé qui rend accroc, qui empoisonne, qui tue et pas un seul tabac bio. Plus surprenant encore, que l’État ne soit pas attaqué pour complicité de meurtre ou incitation au suicide et au meurtre.
Quant au discours, comme quoi le tabagique et l’alcoolique coûtent à la collectivité, combien rapportent-ils à cette même collectivité, notamment les fumeurs ?

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Une tragédie contemporaine : un disque dur HS

Dans le temps –donc il y a longtemps si on met de côté la grande échelle du temps où tout ce que nous connaissons s’est formé tout seul comme un grand, sauf les inventions plus ou moins délirantes des hommes–, lorsqu’une fois l’an on se rendait visite les uns les autres, les premiers, ne demeurant  pas obligatoirement outre Rhin, on contait nos rares joies : récolte exceptionnelle, naissances, premières communions, fiançailles, mariages, plus autres balivernes comme la disparition si longtemps attendue d’un proche dont nous étions légataires, et on racontait nos misères, évoquait les drames : été pourri et récoltes à l’avenant, naissances de trop ou vies vite avortées, premières communions et premières peines de cœur, fiançailles alcoolisées (mais si, rappelez-vous…), mariages au son du tocsin et perte d’autant cruelle que le disparu ne nous laissait pour tout héritage que les yeux pour pleurer. Le bon temps, pour faire bref.
Aujourd’hui, et si par chance on se rencontre autrement qu’à travers les réseaux sociaux et autres stupidités auxquelles on adhère en masse –votre serviteur y compris (mais lui, ça n’est pas pareil)–  les sujets que nous abordons sont d’une toute autre portée, d’un  tout autre intérêt et d’une profondeur qui nous laissent sans voie voix, cois et pantois. Si : sans voie aussi. On parle, je veux dire ça parle, dans l’ordre d’importance : de look et de tout ce qu’il faut faire pour être beau, en forme, et bien dans sa peau ; d’épanouissement personnel (il suffit de voir la tête des gens dans la rue…) ; de loisirs ; de sport (« T’as vu le dernier match ? Non mais, t’as bien regardé ? Des in-ca-pables, je te dis. Et l’arbitre, t’as vu l’arbitre ? Vendu, l’arbitre ») ; du dernier bouquin, CD in live, film INCONTOURNABLES  et trop géniaux qu’il FAUT avoir lu, entendu, vu pour ne pas être un demeuré ; des émissions nocturnes de télé reality, des politiciens qui jouent les people et des people qui mettent leur grain de sel dans les questions politiques ; plus des tas d’autres choses qui font qu’on ne regrette pas d’avoir débarqué sur terre, dont notamment le dernier matériel high-tech qu’il faut posséder pour ne pas avoir l’air d’un attardé. Matériel d’une telle sophistication que celle de certaines pétasses ou autres péteux nous fait doucement  marrer, et matériel dont les notices explicatives, censées être des modes d’emploi, nous font regretter : 1. de ne pas être foutus de lire dans le texte les originaux en coréen, chinois ou ouzbek, histoire de voir s’ils sont d’emblée aussi mal torchés incompréhensibles et mal foutus que les versions traduites. 2. De n’avoir pas suivi les cours de divination ou de médiumnité dispensés, au même titre que ceux d’économie –c’est pour dire…–, dans les meilleures universités (celles qui forment l’élite de la Nation), enseignement qui nous permettrait de comprendre ce que racontent les dites notices de ces merveilleux outils : téléviseurs, téléphones mobiles, appareils photo numériques, ordinateurs et autres babioles aïl-teck. Je parle aussi bien du hard (le bien nommé), que du soft (tu parles !), comme il est d’usage de dire pour montrer que le bouquin “La hight-tech pour les nuls” n’a plus de secrets pour nous. J’allais oublier le simple réveil, oubli sans grande importance si on considère l’ensemble des autres.
Les thèmes de nos drames quotidiens se sont enrichis, reléguant  à l’état d’incidents banals et insignifiants la récolte dévastée ; la noyade du petit voisin, mort sans avoir reçu le baptême et dont on retiendra seulement qu’il était le numéro 7 des enfants Machaut (ça fera une bouche de moins à nourrir, mais des bras en moins pour aider à la ferme) ; la descente d’organes de la postière ; la chute à vélo du papy qui coursait une jeunette et qui s’est bêtement cassé le col du fémur –ça lui apprendra à ce vieux cochon–; la mort subite du père Daucut (menuisier de son état et marchand de bières d’occasion à l’occasion, dont la femme, née Picon, porte avec grasse grâce le patronyme de son homme.
Est-ce là tout ? vous entends-je vous racler la gorge à cause d’un méchant rhume qui, peut-être vous emportera. Que nenni, car ce serait sans compter avec la mort de la vache et du cochon lâchement assassinés par un voisin jaloux, animaux de ferme, comme on le sait, dont le premier (la vache, pas le voisin) permet de mettre du beurre dans les épinards, et le second tout, il permet tout, tout étant bon dans le cochon. Bref, comme dit ma femme de ménage qui se demande où est passé son Ajax qui avait succédé à Bref depuis un bail (Je compte jusqu’à Troie, dit-elle pour étaler sa culture, et si je ne l’ai pas retrouvé, je le trompe avec Monsieur Propre)… bref, disais-je, des drames sans comparaison pour l’homme moderne dont –emblème  de sa vie trépidante– ces engins d’une fiabilité douteuse qui rechignent à fonctionner comme on aimerait qu’ils le fasse et, plus ingrats qu’un obèse, nous lâchent au moment où on en a le plus besoin.

Ô tragédie, ô désastre, ô fléau, ô néant, ô ruine, ô catastrophe. Et encore, je n’ai jeté aucun œil sur mon dictionnaire de synonymes.
Où voulais-je en venir ?
Laissez-moi me ressaisir, si vous n’y voyez pas d’inconvénient. Voui…

Voui, l’autre jour… Je me rends avec des amis chez un de nos potes. Pour lui apporter notre soutien dans cette douloureuse épreuve qu’il traverse, venant de perdre sa mère. Atteinte d’un Alzheimer, un égarement l’a conduit à la gare où, mal conseillée par un employé SNCF, elle a embarqué à bord du seul train voué à un déraillement par les statisticiens de l’entreprise. Car il faut le savoir, tout aujourd’hui est programmé, et nul programme ne saurait échapper aux accidents décrétés par les statisticiens prévisionnistes, d’autant  si, devant respecter les quotas, ils ont prévu un accident. C’est dur à suivre ? Je vous l’accorde et le concède, mais c’est ainsi.
Les amis, c’est les amis, et ne pas apporter son soutien à un ami qui traverse une épreuve serait au-dessus de nos forces en général, et des miennes en particulier.

« Salut, ça boum ? » lui avons-nous dit en entrant pour ne pas remuer le couteau dans la plaie.
— Non, c’est la cata : j’ai tout perdu.
— Bah, il te reste ton chien et ta souris…
— Qu’est-ce qu’il vient foutre dans cette histoire, mon chien ?
— Ben, quand on est malheureux, c’est bien d’être entouré. Un chien, une copine, des amis…
— C’est mon disque dur. J’ai tout perdu. Plus rien. Nib, naze, foutu.
— Ben merde alors. T’avais fait une sauvegarde au moins ? Clé USB. Tu sais qu’il y en a qui font 32 GO ?
— Non. C’est la totale merde. Je suis foutu.
— Ben mon pov’ vieux. Vrai que ça doit pas être facile.
— Et ta mère, t’avais fait une sauvegarde ?
— Qu’est-ce qu’elle vient foutre dans cette histoire, ma mère ?

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Des morts étranges et douteuses

Installé depuis novembre 14 dans ma boîte en sapin que champignons et bestiaux nécrophages ont fini par bouloter lorsqu’ils en ont eu fini avec moi –je veux dire mes restes–, je passais tranquillement mon temps à regarder passer le train du temps, lorsque j’ai appris la nouvelle. Ni par la TSF, ni par les journaux, comme vous pouvez l’imaginer, mais par voie spirituelle directe. L’esprit, à condition d’en avoir été pourvu, ce qui est donné à la plupart des êtres humains, jamais ne disparaît, comme le savent fort bien les nécromanciens et autres occultistes qui se targuent et se vantent, un peu trop à mon sens (façon de parler) d’avoir quelque relation avec les défunts, amen.  On a beau avoir été débranchés, on reste connectés et, qu’on le veuille ou non, rien ne nous échappe de ce qui se passe ici-bas. Pour une nouvelle, c’en était une ! Pensez : je venais d’apprendre que la commune de Saint-Amans-Soult  –patelin niché au pied de la languedocienne Montagne noire, et que personne n’ignore être le berceau du Maréchal d’Empire Jean de Dieu Soult– avait fait graver dans le granit du monument aux morts, mon nom –Pierre Vaissière, donc moi–, suivi de la mention “tombé au champ d’horreur d’honneur en 1915”.

J’en étais tombé sur le cul, mettant en vrac les os de mon arrière train plus les vertèbres L4 et L5 déjà fragilisées par le choc tectonique des coups de pieds au cul reçus de mon vivant tout au long de ma prime jeunesse, et généreusement distribués par ma mère, connue pour sa souplesse, sous prétexte qu’on n’a pas à courir la gueuse avant d’avoir atteint ses douze ans. Officiellement, et depuis longtemps, j’étais mort le 13 novembre 1914, après avoir mal réceptionné un obus de mortier, ce qui est un comble pour quelqu’un originaire du Languedoc, féru de rugby et, qui plus est, honnête trois quart centre. Mort ou déclaré tel. Car comment peut-on être mort une première fois en 1914, puis une seconde en 1915 ? Laquelle de ces deux morts était la bonne ? En supposant que je sois bel et bien mort en 1914, de longs jours se seront écoulés sans moi, et tant mieux, car j’aurais ainsi échappé aux horreurs de la guerre et aux fayots plus mortels que les gaz de combat. Mort en 1915, peut-être aurais-je eu l’aubaine d’être blessé auparavant et ramené à l’arrière où, avec beaucoup de chances, j’aurais pu séduire l’épouse d’un de ces officiers supérieurs grands consommateurs de chair à canon.

Puis tout m’était revenu de ce jour funeste du 13 novembre 1914 : les tranchées que nous nous disputions avec les rats ; les cadavres qui nous servaient de dessertes pour poser armes et bardas et aussi de rampes d’accès vers la mitraille du terrain découvert, lorsque injonction nous était donnée de nous aller faire écharper ; les ordres aboyés  qu’une arme pointée sur nous nous encourageait à exécuter ; puis celui, le tout dernier qu’il me fut donné d’ouïr, me menaçant d’une prompte balle dans le dos au cas où j’aurais la mauvaise idée de me précipiter dans un trou d’obus afin de me protéger du tir nourri, de mortier, qui s’était déchaîné. Mon corps, inerte, quelque peu dispersé et englouti sous des monceaux de terre, n’avait jamais pu être reconstitué. Le tas d’os gisant dans la tombe du soldat mort le 13 novembre 1914 et qui constituait un squelette entier ne pouvait donc m’appartenir. Je n’étais pas ce Pierre Vaissière, mais plus probablement l’autre, celui mort comme un con au champ d’honneur, en 1915.

Mais qui pouvait bien être ce soldat mort en novembre 14 puisque ce n’était pas moi ? Comment retrouver les siens pour qu’ils puissent se recueillir sur sa tombe, en éradiquer les mauvaises herbes, la fleurir d’un bouquet de fleurs et y verser des larmes de compassion sur eux-mêmes, n’ayant pu, et pour cause, hériter de ce parent, père, grand-père, ou pire ?

J’en étais là de mes interrogations lorsqu’une autre nouvelle me parvint à l’esprit, comme une feuille de chou glissée dans une boîte aux lettres rouillée, ou comme un de ces e-mails intrusifs qui inondent les boîtes de messagerie, qu’on n’a jamais demandé à recevoir, mais qu’on continuera à recevoir si on ne se désabonne pas. Comme si on s’y était abonné ! Je digresse, certes, mais ça m’occupe et ça me change de regarder passer le temps. J’aimerais vous y voir, si vous étiez à ma place…

Voilà que j’apprends que je viens de prendre ma retraite après avoir exercé mon sacerdoce dans plusieurs paroisses de l’Aude, durant 46 ans. C’est écrit en toutes lettres dans le Midi Libre. Que j’ai exercé à Marcorignan, que je venais de Pradelles-Cabardès, que suite à des problèmes de santé je me suis retrouvé à la maison de retraite Béthanie, à Carcassonne, etc. Et qu’une messe d’action de Grâce a été célébrée en l’église de Marcorignan en mon honneur. Photo à l’appui, s’il vous plaît, comme quoi je n’invente rien.

Mais alors, ce valeureux mort au champ d’honneur en 1915, qui est-il si ce n’est moi ? Ses proches savent-ils où le trouver ? Et s’il s’agit bel et bien de moi, ne viennent-ils pas se recueillir en un lieu où ils n’ont rien à faire, et n’auraient-ils pas mieux fait d’assister à la messe d’action de Grâce de cet abbé Pierre Vaissière que rien n’empêche qu’il soit leur parent, et que rien ne dit qu’il ne soit pas moi, donc que je sois bien lui ?

Et si un jour une nouvelle m’apprenait que je ne suis ni l’un, ni l’autre, parce qu’on aura découvert le nom du Soldat inconnu : Pierre Vaissière.

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Je suis mort le vendredi 13 novembre 1914

Un obus similaire à celui qui m'ôta la vie

Le 13 novembre. S’il y a un jour que je déteste, c’est bien celui-là. Surtout celui de 1914, tombé un vendredi, en même temps que l’obus de mortier qui m’ôta la vie, c’est comme ça.
« Ça t’apprendra à jouer au soldat » m’avait sermonné Dieu, dont j’avais reconnu la voix grave au mâle timbre semblable à celui des grosses cloches de bronze. « Jouer au soldat un vendredi 13, qui plus est en 1914. Tu t’attendais à quoi, ? » m’avait-il tancé.
Pas tort, le vieux. « Sauf que… » lui avais-je répondu.

— Sauf que quoi ? Que tu n’y étais pour rien ? Que tu n’avais pas demandé à te retrouver sur le champ de bataille ? Et la désertion, tu n’y as pas pensé à la désertion ? C’est pour les chiens la désertion ?
— Je vous y verrai, vous. Vous croyez que c’est sans risque ? Vous croyez qu’on déserte comme ça ? La punition, vous savez en quoi elle consiste, la punition ? Peloton d’exécution, douze balles dans la peau et zou, plus de bonhomme. Bien sûr, pour vous, les risques sont limités, sacrément limités.
— Peut-être bien, mon p’tit gars, mais question risques, j’ai eu ma part et je l’ai encore. Alors moins de gaz, je te prie. En désertant, tu avais une chance de t’en sortir. Que dis-je, plusieurs chances, plein de chances, un tas de chances, une myriade, une nuée, une immensité, une infinité de chances.
— Ben voyons. Vous en connaissez sans doute un rayon question chance, dessein, destin et tout, mais question affaires militaires, que dalle. Les tranchées pourries, la bouffe pourrie, les généraux pourris, les politiciens pourris…
— Véreux. C’est véreux qu’on dit quand il s’agit des politiciens. Je le sais, c’est moi qui les ai créés ainsi.
— Mouais, c’est pas la meilleure trouvaille. Déserter, je veux bien, même si ça n’était pas gagné, sauf que…
— Ça y est… Je te vois venir. Encore un qui va me parler de moralité, d’honneur, de fierté, de don de soi, d’abnégation, de renoncement, de sacrifice… Misère ! Tant pis, tu l’auras voulu.
— Voulu quoi ?
— Mourir comme un âne, trépasser comme un idiot, avaler ta chique, boire le bouillon d’onze heures, passer l’arme à gauche, y laisser tes guêtres et te prendre un obus sur ta tête de mule.

Le vieux filou avait alors écarté les bras qui me protégeaient de la pluie d’obus. Et c’est ainsi que je m’étais retrouvé ad patres ce vendredi 13 novembre 1914.
Je déteste les vendredis 13.

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Commémoration du 11 novembre 2011

Le 11 novembre, je sais pas pourquoi, mais j’y aime bien. Tous les 11 novembre j’y aime bien, enfin j’y ai bien aimé, tous ceux d’avant. Surtout çui de 18, c’était drôlement bat, comme on disait. Pis le 11 novembre de 18, ça fait 29 si on y additionne, et 29 j’aime bien, parce que ça fait 11. Voui monsieur, ça fait 11 si tu ajoutes 2 à 9 ou même le contraire. 
Les 11 novembre, j’y aime bien aussi parce que le jour du 11, ça fait 11 tout comme novembre qui fait 11 aussi. Et 11 et 11, ça fait 22, si je ne m’abuse.
22, v’là les flics ! qu’on gueule chaque 11 novembre, à cause qu’on fait les cons avec le Gégé et le Bébert. On se met la tenue qu’on a toujours gardée, les bandes molletières, les godillots avec des chaussettes pure laine à cause qu’il fait pas tant chaud, le béret et les médailles qu’on a chouravées au Gus, le jour de ses obsèques. Le con ! 22 médailles qu’il avait. J’ai jamais su vraiment où c’qu’il les avait dégotées, mais sûr, plutôt au plumard qu’au feu. M’enfin, c’est pas vraiment à lui en chair et en os qu’on les avait tirées, tu comprends… Comme Gégé il a plus de pétoire, à cause qu’il l’avait vendue au bistrot, c’est lui qui fait le porte drapeau. Un drapeau hollandais qu’on y voit que du feu en le portant de travers. Bébert et moi, c’est le Lebel, baïonnette au canon. 
Le bistrot fermé le 11 novembre ? Tu plaisantes ! Pour preuve, la halte qu’on y fait sur le chemin qui mène au monument aux morts. Tiens, v’là les vieux cons qui rappliquent, qu’ils disent, Vont encore faire du bouzin. Rosalie, si tu m’aimais, qu’on chante en se pointant au monument aux morts.
Taratata fait Gégé dans le clairon. La gueule du maire… Mais c’est rien comparé à celle qu’il fait quand on fait péter les Lebel. D’où les flics qu’il fait appeler.
Le 11 novembre, on y raterait pour rien. Et çui de cette année, c’est pire. J’t'explique : 11 = 11, plus novembre qui fait 11 et 2011 qui finit par 11, si je ne m’abuse. 33 que ça fait. C’est comme j’le dis et comme le toubib i nous demande qu’on le dise. Alors ce 11 novembre, on y a dit. En joignant le geste à la parole. C’est pas que la bière 33 on y tienne, c’est le Kiravi du rouquin, mais ça fait bigrement l’affaire, à condition de pas mégoter.
Alors on a pas mégoté et on a sifflé ce qu’il fallait, parce que faut c’qu’i faut, hein ! C’qu’ils ont pas aimé, c’est quand le Bébert il est allé au refil au moment que la clique jouait la Marseillaise. C’est scandaleux y’en a qui ont dit, à cause que c’était sur le drapeau qu’il est allé au refil. Un vrai crime de lèse majesté ! Tu parles, un drapeau hollandais. On est pas cons à ce point, surtout Bébert.
Bref, les flics nous ont embarqués. Question de jambes. 
Comptez pas qu’on dépose des chrysanthèmes sur vos tombes, vieux saligauds, il y en a qui ont gueulé. Les p’tits cons ! Ils étaient où, eux, en 14 ?

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Toussaint

Je ne sais pas combien il y a de saints, mais ça en fait une tripotée. Il n’y a qu’à voir le nombre de jours dans une année pour s’en faire une petite idée. Et je ne parle pas des années bisextiles.  Un par jour, minimum, sur le calendrier ; des fois jusqu’à quatre, cinq, ou plus. Bon, certains ont de tels noms à coucher dehors que ça doit être pour ça qu’ils ont été canonisés. C’est avec une immense tristesse que nous apprenons la disparition d’Alfred –c’est un exemple, mais ça aurait pu être Robert, Georges ou pire– des suites d’un coup de froid malencontreux, quoique prévisible en cette saison. La prière extatique en plein courant d’air sur le carrelage gelé, ça ne pardonne pas, mais c’est bien vrai que ça donne un sacré coup de pouce pour grimper au ciel.
Fête Nat. n’est pas un saint, vous entends-je dire. Je sais ; le 1e mai non plus, pas plus que la fête de la Victoire qui n’a rien à voir avec une quelconque sainte, serait-elle d’Arc. Mercredi des Cendres n’est pas plus un saint que le Vendredi de Defoe ou que Mardi gras et consorts. Il n’empêche : pas un jour qui ne corresponde à la fête d’un ou de plusieurs saints. Si on rajoute les saints de l’Islam, on ne sait plus où donner de la tête.

Pas un jour sans son saint à fêter avec levée de coude, expédition d’une carte idiote de bonne fête, via les Pététés ou l’Internet –d’une créativité redoutable–, plus cette amabilité de bon aloi, feinte une fois sur deux. L’enfer du devoir.
Jusqu’à ce que je comprenne, enfin, l’utilité de cette fête de la Toussaint dont je ne m’explique toujours pas l’orthographe bien singulière.
Bonne fête, donc, à tous les saints, et que ceux-ci prient pour nous, pauvres pêcheurs, amen, etc.
Santé !

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Nous sommes des jouets

Perdu aux fins fonds d’un désert numérique, dans ces territoires hostiles où on entend vivre la vie, mais pas la sonnerie des téléphones, c’est d’une seule traite que je suis revenu gai, sans un sou, vaguement gris, avec des fleurs plein les charrettes, mon destin dans la paume écrit : Tu seras un jouet, mon Fils.
Tiens, me suis-je dit en aparté  pour que les volatiles qui survolaient mon équipage ne me prennent pas pour un aliéné… tiens, mon vieux père qui me donne signe de vie. Depuis le temps… Un bail que je n’avais plus de nouvelles. Faut dire qu’entre les grèves des éboueurs stellaires et les années lumière qui font obstacle entre lui et moi, la communication n’est pas facile. Lui dire quoi ? en supposant que mon message lui parvienne. Qu’il ne me manque plus depuis que j’ai appris à ne manquer de rien, la vie m’ayant appris à manquer de tout ?

Tu seras un jouet, mon Fils. Je n’ai pas attendu ses griffonnages dans le creux de ma main pour savoir que je serais un jouet, que j’en étais un et que –vous voulez parier ?– je le serai jusqu’à ce que je rende mon dernier souffle en même temps que mon tablier que larmes, sang et autres saletés ont transformé en une œuvre d’art qui ne manque pas d’intérêt. Un collectionneur en a offert une mauvaise fortune, contre bon coeur, preuve de sa valeur, s’il en fallait, comme disait mon pote René.
Je m’en sors bien cependant, étant de bois plus quelques morceaux de ferraille emboutie, et non de plastique, loin d’être grecque, ni particulièrement belle, si je mets de côté mes pieds que je trouve de cette beauté intelligente qu’on ne prête généralement qu’à ceux qui n’ont pour tout bien que celui que je pense d’eux, je veux parler des poètes. Pas tous, faut pas exagérer, et surtout pas ceux dont la plume trempée dans le sang chante en rouge sur fond noir les aigles impériaux sans foi ni loi qui marchent au pas de l’oie et larguent leur fiente pour le plaisir de souiller, ni d’ailleurs ces grands capitaines d’empire qui font la pluie, le beau temps et fabriquent de la pauvreté à la chaîne. 
Une deuxième lecture s’est imposée. Un baptème, en quelque sorte. L’esprit saint, celui qui dévoile, met à nu pour laver les sanies. Un Fils majusculé de la sorte, si ça court les rues, ça ne les court pas en solitaire. Fils d’homme, voilà tout, parmi d’autres. Jouets.

J’ai regagné la civilisation la cohue le magasin de jouets. On y vend aussi des farces et attrapes, dont de drôles de machines qui causent et font de la musique. Parfois. Des radios, je crois, ce que les vieux appelaient des téesséfes. Des téléviseurs aussi. Ces engins là, on a beau savoir ce qu’ils visent, on se fait avoir. Puis les zordis, ces surprenantes bécanes qui font croire qu’elles font gagner du temps mais font ce qu’il faut pour que tu ne (te) poses aucune question sur le genre de temps que tu gagnes et ni pourquoi tu devrais gagner du temps, plutôt que du pain.
On est une ribambelle à attendre que les étagères s’écroulent sous le poids de notre bêtise et que, précipités dans l’abîme, nos pièces de pacotille faites de mauvais matériaux se brisent en mille morceaux. Les jouets, question qualité, c’est plus ce que c’était. Même en Chine.
Il y a bien des travées où ça bouge, on se demande pourquoi. Doivent ignorer, comme nous l’ignorons, que le jouet, ça se recycle.

20 heures. Les infos. En Libye et ailleurs, blablabla… 
Dire que j’ai loupé ça pendant quinze jours ! 

Comme tous les soirs à 21 heures, le marchand d’huile est passé. Un coup de burette, un coup de chiffon sur les empreintes laissées par de sales morveux, un coup de plumeau, et hop, extinction des feux. La charrette rutile, les fleurs ont repris des couleurs, je peux m’assoupir. Et rêver, en en sachant l’éphémère.

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De la difficulté à poster des posts par temps de chasse

J’ai essayé  la télépathie : nib. La prière : renib, que je fasse appel au diable ou au bon dieu de bon dieu. Les pigeons voyageurs, que je me suis dit. J’aime bien me parler, ça me fait de la compagnie. 
Parce qu’il faut que je vous dise que là où je suis, présentement, c’est pas le Pérou question envoyer quelque chose sur Inter plus ou moins Net. Certes je suis loin de toute vraie civilisation, je veux dire la nôtre, car à plus de 25 km à vol d’oiseau de toute ville digne de ce nom. J’entends par là un patelin où se connecter sur le Oueb est plus facile que de trouver une pissotière déguisée en colonne Morris. Vive le modernisme et vive la confusion entre lanternes et vessies.
Les pigeons voyageurs, j’t'en foutrais ! Des fainéasses ou faignasses, c’est tout comme, habitués au confort depuis qu’ils ont perdu la mémoire des guerres passées.
Bref : j’écris un billet, y’en a qui appellent ça un post, d’autres un article, mais en gros c’est du pareil au même et ni l’un ni l’autre ne présente (ni l’un, ni l’autre, donc il n’y en a qu’un, d’où le singulier) un quelconque intérêt, hormis celui de se demander pourquoi on a tant de noms pour un truc dont l’intérêt est inférieur à celui de la Caisse d’Epargne, de Prévoyance et des Fins de mois difficiles. J’écris mon machin, je chope un pigeon précédemment repéré comme étant le plus performant des messagers ailés, lui prend la patte, celle baguée, et hop, dans le sac mon post ou article, c’est comme vous voulez. Une tape sur le cul, et zou, direction l’aérovolatile le plus proche où une correspondance acheminera mes deux minutes d’effort scribouillard en juste, bonne et  digne place, donc sur l’écran de vos ordinateurs que vous avez payé bien trop cher pour l’usage que vous en faites, chacun son vice.
Et j’attends. Quoi ? vous entends-je glapir. Que vous m’adressassiez  en même temps qu’un accusé de réception vos félicitations pour cet exercice de haute voltige que mes dix doigts exécutent sur un clavier dont l’ergonomie a été pensée par le clone d’un clown bien trop payé pour ses prestations et qui n’a jamais usé de l’extrémité de ses dix doigts pour autre chose que la branlette techno intellectuelle. Viens-y donc mon gars à arracher les patates ou à construire une charpente avec tes vieux os  qu’une vie ô combien douloureuse de manar a usés bien avant l’âge légal de la retraite.
J’ai attendu, par définition plus qu’il ne faut, jusqu’à ce que j’apprenne par le téléphone arabe, le seul qui fonctionne malgré les taches solaires qui foutent le cancer, font dérailler les horloges et retarder les trains d’enfer, que mon pigeon s’était fait occire par un chasseur en mal d’argile. Mais où va-t-on ?
Du coup, je me suis collé deux ailes, un gilet pare-balles, et après m’être servi une légère collation, je me suis envolé pour remettre en mains propres au premier lecteur venu, qui fera suivre, cet article pas loin de surpasser les plus hauts sommets de la littérature.

La suite au prochain numéro, dès que les chasseurs se seront entre-tués, Dieu leur vienne en aide dans cette tâche.

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Le Rayon violet : ça fume !

« Les Énergies du Maître Saint-Germain sont celles de l’Être réalisé, ayant transcendé sa manifestation physique pour se diluer dans le Tout. Le Maître ascensionné Saint-Germain s’unit au 7e rayon, le Rayon Violet, pour guider actuellement l’humanité dans sa transformation vers un Âge d’or et les individus dans la retrouvaille de leur capacité de transmutation. »
(Rien que ça ! NDLR ) 
Introduction à l’Oeuvre du Rayon Violet

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J’a l’a jati an oeil sir la Oueb, j’a l’a trové tot plin li gen qui croa en qiq chouze, la qatouliq, la prouteste, la jvive, la mouslim, la bodist, la bramaniste, la payen, la chaman, la niou èdge1, avec tot plin dotre, tos aviq guru, li pape, li pope, li qouri, li pastor, li soursié, li lama assi aviq la boda, iqsatira. J’a l’a assi trové a rilajion, sa i fait la pirestualiti spiritualiti aviq li set réyons, si lé plu for, si sur, aviq tot amour, i la pé, i la loumière i tot. Yana 7 réyon saqri, la plo saqri c’i la violé, c’i triste qi fo itre violé por itre saqri plos qi lotre. A dize assi qi li réyon i pinitre partot, sa doa fèr mal. J’a an ami, ma dit li réyon a bruli tot la cervel, ci come sa qon i voa li réyon, a couze li neurone tot cassi. C’i tot fumeu, qi di mon ami, qasseqisqroa, qi di assi, même qi fon tot plin li fote artograf. I ma montré sir la Net. Moa j’a si pa la françouze, mé mon ami il la parle i al lacri.

C’i leuvre di Réyon Violé2, qi dize, avi linérji du mètre Saingermin3, qome in sain, mé al i pa in sain. Yana li dissiple qi coz aviq li silule, j’a si pa si coz aviq li prizounié. A diz qi fot pa si fié les éta intérieur et qi fo atensifié la ritm vibratoare, qe sa qomense par trové la forse de se renqontré, mé fo avan fère un ouiquénd de 7 jour qi favorize l’écoute de soi qui permé entendre cauzé les dézéqilibré qui coze, sé seula qi organize le séjour.
Li 7 jors, ci qome an ritrète. Qoa on i fé ? Ti pren li coze que ti soufre, ti dissous j’a si pa dans lo ou qoa, qom l’asétone. Ti mé la riveil tris for qi riveil la pulsion de vi i la forse qi fé tu ti ricré, ci toa papa i mama. Apri, ti fé mariaje aviq soi i ti pren la vi qom dazième apouze, pis ti prend une espression de soa, ti la sicou, ti la stimoule en rian.

Mon ami a la tot aprimi la site Réyon Violé. Al a droulemen rigoli. Du bidon, qal a di, fumeu de A a Z. Ci tot juste bon a jiti feu. J’a rigoli assi qe jamé j’a entendu li aneri come sa.
J’a mi papié dan qasserol. J’a mi l’o a dissu, j’a mi li feu a dissou, j’a fi boyir, j’a rimué, ça yana ramouli, dachiré tot pti marso. J’a acore fi cuir jisqua sa brule tot fumeu. Apri j’a tot jité dan cabiné pi j’a tiré chasse.
Mon ami al di qe fer la merde aviq la merde sa march mieu qe voloar fer di l’or aveq li plon, qe sé rien qe déz aneri.

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1. Il s’agit bien sûr du catholicisme, du protestantisme, des religions ou philosophies juive, musulmane, bouddhiste, brahmaniste, chamanique et du New-Age.
2. L’Oeuvre du Rayon Violet.
3. Maître (!) Saint-Germain.

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Transsexualité, transidentité, transespèce et normalité

J’en suis encore tout remué et retourné, dans le mauvais sens, que ça fait gerber. Tout sens dessus-dessous, avec le tournis, ce qui m’étonne, n’ayant rien d’un ruminant dont l’encéphale subit l’assaut de larves de ténias, sales teignes !
Qu’est-ce que je viens d’apprendre en regardant une émission à la télé ? Qu’il y a des malades, moi je crois plutôt des monstres pervers qui, sous prétexte qu’ils se sentent bien plus appartenir au sexe qu’ils n’ont pas qu’à celui qu’ils ont, pourtant bien en chair en os et tout, voilà-t’i pas qu’ils se font opérer pour changer de sexe. Moi, je trouve ça dégoûtant, parce que quand même, hein, tout à fait entre nous… Puis quelle idée, de se faire greffer ce genre de choses, que des fois on ne sait même pas d’où ça provient.
On va où  ? je vous le demande. Que le papa il devienne maman et qu’elle, je veux dire l’ex, pas l’ex parce qu’ils ont divorcé, non, l’ex mère, et qu’elle, elle devienne papa, passe encore, à la limite, parce que le gamin, hein, il a encore père et mère. Mais les couples monoparentaux, je veux dire ceux qui sont plus ensemble à cause qu’un des deux a voulu changer de sexe, par exemple, et ben il fait quoi le gamin ?
J’ai du mal à comprendre, et même à imaginer que ça puisse exister et que les pouvoirs publics ferment les yeux. À moins que ce soit parce qu’eux aussi ils aimeraient bien devenir autre chose que ce qu’ils sont, et que si ça se trouve, c’est déjà fait. Je sais pas si vous avez remarqué, mais on a en bien un ou deux, dans les ministères, je veux pas dire, mais c’est pas très net. Je dis un ou deux pour pas vous affoler. Et le pire, y’en a un, par exemple, mais je vais pas dire son nom, on peut pas dire qu’il soit vraiment jojo –90kg, 1,58, vilain comme un pou–, eh ben c’en est une, en fait. Avant, non, mais aujourd’hui, c’est sûr. D’ailleurs ils y ont plus ou moins évoqué dans le poste. Pis à côté, t’en as un qu’est girond comme tout, qui causerait bien une petite érection à n’importe quel vrai gars, et plouf, c’est un gars, un vrai, ou presque. Enfin, c’est ce qu’il croit, même s’il le chante pas sur les toits, à cause qu’il a pas la voix qui va avec le physique.
Les transsexuels, on y appelle, ces détraqués. Et vous savez quoi ? Il y en aurait même qui sont des instituteurs ou des professeurs, même des fois des juges ou pire. Si ça se trouve, on a des généraux ou des présidents, tout pareil. Et c’est ça qui éduque nos enfants, et c’est ça qui commande l’armée. Va pas t’étonner qu’on perde les guerres, que les gamins ils savent pas lire et que le pays va à vau-l’eau.

L’autre jour, je m’ai fait arrêter par un gendarme. Je suis sûr de rien, mais maintenant que j’y repense, je veux rien dire, mais… Bon je préfère me taire. M’étonnerait pas qu’il en était, comme on dit. Une voix toute douce derrière ses grosses moustaches. Si ça c’est pas une couverture, je me les coupe. Pas moins bête ni plus qu’un autre, je sais que les moustachus et les barbus, c’est qu’ils ont quelque chose à cacher, que c’est du pareil au même qu’un masque, comme ceux qu’ils mettent dans les gay pride, les cons, ah il est beau le modèle qu’on donne aux enfants !
Bref, il me fait signe de m’arrêter. Je roulais à bonne allure, et freiner avec les sabots, c’est pas si simple, sauf si on a eu le temps de s’y habituer. Mais moi ils sont comme neufs. Je finis par m’arrêter, il s’approche, passe la tête par la portière, je veux dire par la vitre de la portière que j’ai pas eu à descendre parce que je la laisse toujours ouverte, à cause des oreilles. « Vos papiers », qu’il dit un peu fort avec sa voix haute perchée de bonne femme, mais c’est quand même pas sûr que c’en est une, faut jurer de rien. Les oreilles que je m’ai fait mettre, ça fait porte voix, c’est à cause que je suis un peu dur de la feuille, mais pas trop, et du coup quand on me corne dedans, ça fait un tas de décibels. Le donneur je l’avais trouvé à l’île de Ré : un vieux qu’avait rendu l’âme à force de trimbaler des sales mioches qui lui lançaient des pierres quand la balade était finie et à cause aussi des coups de bâtons qu’il recevait parce qu’il en faisait qu’à sa tête. Presque 30 cm de long, les oreilles. D’où la Kangoo que je m’ai achetée à cause du toit qui fait que mes oreilles tiennent droit sans se friper.
Je grogne, pas que je sois mal viré, mais pas complètement habitué à mes pattes, je n’ai pas encore le réflexe de rétracter l’ongle de mes doigts arrières, comme au bistro, l’autre jour, où j’ai filé méchant mon pull de cachemire en sortant mon portefeuille. Une maille tirée dans le cachemire, c’est pas rien, que ça fait négligé.
Les serres, y’a pas mieux pour saisir la louche d’un pote quand je le salue, c’est parfait pour ramasser tout ce que tu veux, et nickel pour récupérer la monnaie si t’es caissier ou croupier. Non, je suis ni croupier ni hôtesse de caisse, ça risque pas. Je me suis spécialisé dans le vidage des troncs, parcmètres et similaires : un coup de langue vif comme un coup de fouet, une rafle en règle grâce à mes serres, et le tour est joué. C’est quoi ma langue ? Une de myrmecophaga, un tamanoir, si vous préférez, mais ça change rien, c’est pareil. Quant à la greffe, ça n’a pas été plus difficile que pour mes pattes de rapace. Le plus dur ça a été de trouver un bestiau qui accepte, pas une mince affaire. Sans les centaines de litres de jus de fourmis pressées dénichés au Brésil, j’aurais pu m’asseoir dessus et me rabattre sur une langue de vipère ou je sais pas quoi d’autre. Paraît que c’est drôlement dur à attraper, les fourmis, Là-bas, ils se servent de tamanoirs dressés. Une fois gavés de fourmis, ils leur font avaler du jus d’endive, que l’amertume ça leur fait tout rendre.

Bon, je tends mes papiers au gendarme. À voir ses mains, c’est pas le genre de boulot qui tue. Doivent pas trop se fatiguer, dans le métier. C’est pas des pognes de prolo, sûr. Puis les manars, rare qu’ils aient les ongles vernis. Bref. Il compare ma tronche à celle de la photo sur le permis, prend un air suspicieux pour faire bien, fait le tour de la Kangoo, repointe le nez à la portière. « Anus Asalain, c’est pas un nom d’ici… », qu’il dit en hochant la tête, sans se rendre compte que sa langue a fourché. « Brigadier, » que je lui réponds avec ce qu’il faut de déférence pour pas le vexer, « c’est Alain Asanus, que je m’appelle. Alanus Asanus, il avait dit à mon baptème, le curé, mais c’est Alain Asanus, sauf pour les dixclecsiques qui y arrivent pas, paraît qu’ils y peuvent rien. Sinon, je suis d’ici et bien d’ici, comme mon père, ma mère, mes frères et puis mes sœurs, » je lui martèle, comme Charles, pour qu’il entende bien. Pas bête, j’ai compris qu’ils n’aime pas les étrangers, surtout s’ils viennent d’un pays de sauvages.
Il confirme ce que je pense : « C’est qu’on n’aime pas bien les étrangers, par ici, ni les cheveux longs ni les frisés, ni les skinhead –encore que ça peut passer à cause qu’ils ont moins de poux que les autres, même qu’ils en cherchent, c’est quand même bizarre, on se demande pourquoi. Ni les pédés, ni les drogués et les chômeurs, tous à mettre dans le même sac avec les petits que la chatte des gosses nous a faits, heureusement que la rivière est pas loin. »

« Dixclecsiques, c’est quoi cette ânerie ? Dyslexique, pas dixclecsique », il me reprend. Après il rajoute qu’il faut pas tout mélanger, que dans la gendarmerie l’ordre c’est l’ordre, et que chaque chose ayant une place, elle doit être à sa place, comme l’épée dans le fourreau, le pistolet dans son étui, les yeux en face des trous, les œufs pas tous dans le même panier, la main au panier, l’affaire dans le sac, la gendarme sur la voie publique à dresser procès verbaux, et son mari à la maison à faire la soupe et à s’occuper de la marmaille.
Là, y’a comme un petit truc qui fait tilt, mais j’ai point le temps d’en faire cas.

— Votre permis de conduire…
— Quoi, mon permis ?
— L
a photo elle date de quand ? De demain ? Parce que sur le permis vous êtes chauve comme la nuit sur le mont, et là, c’est une vraie crinière que vous arborez. J’adore… Très léonien, très joli, même si aux félidés que j’abhorre, je préfère les canidés. Vous connaissez Mousorgski ? J’adore.
— Ça tombe bien, moi aussi, » lui dis-je en confiance, hypocrite comme un dentiste et un tantinet surpris de voir rosir ses pommettes et frémir ses bacchantes grisonnantes.

Mouçorsky, je vois pas le rapport –de toute façon je connais pas–, et les lions, j’ai rien contre. Se rendant compte que je le dévisage, ses yeux céruléum deviennent fiévreux ; leur couleur vire au violet clair, comme si on y avait rajouté une pincée de bleu de manganèse. Je lui explique mes implants provenant d’une culture de poils d’un Setter irlandais, un Gordon que j’avais dû saouler au Gin pour pouvoir lui arracher une touffe.

« Bon, ça va, » me dit-il bon prince et pour toute forme de procès verbal « Allez-y », m’injoncte-t-il en me rendant mes papiers, d’une main quelque peu moite et un rien fébrile.
Contact . Vroum, vroum. Je me mets la queue bien à plat sous les fesses pour me caler pile-poil dans le siège –une magnifique queue de castor que je dois à un généticien. Pas mieux comme coussin. Groin dans l’axe de la route, j’aboie un merci stupide, jette un œil dans le rétroviseur avant d’embrayer –on est jamais assez prudent. Avant qu’il disparaisse dans le rétroviseur où il rapetisse à vitesse grand V, j’ai juste le temps de voir que mon gendarme porte une jupe. Je sentais bien que quelque chose était pas normal. J’en suis tout retourné.
Je sais pas où on va, mais on y va…

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Mais pour qui PIERRE C.J. VAISSIERE se prend-il ?

Mais pour qui PIERRE C.J. VAISSIERE se prend-il ? Pour Dieu le Père ? Pour Dieu le Fils, cet empoté de la Drôme, empoté et mal embouché (car il faut voir les colères qu’il pique contre ses concurrents, sous prétexte qu’ils vendent des cochonneries pour touristes, sur la place de l’église) et qui, contrairement à son père qui a créé deux petits personnages rigolos rien qu’avec ses petites mains et de la terre glaise (laquelle n’existait même pas avant qu’il l’invente), contrairement à son père, disais-je, ne sait rien faire d’autre que tourner la terre en bourrique avec des tours de passe-passe lamentables et même pas drôles si on les compare à ceux du regretté Jojo, je veux dire Garcimore, c’est pour ça qu’il est regretté, seuls les morts ayant droit au regret, mais pas tous, moi dieu merci. Le coup des poissons sans arêtes, celui du pinard changé en eau, le paralytique et sa chaise roulante qui se retrouve avec des pneus tout neufs, et j’en passe… tours grossiers dont Gérard Majax, un grand sorcier, a démonté les subterfuges de gamin naïf et attardé.

Non, : ce personnage dont toute personne saine d’esprit –s’il en existait– s’attacherait à se détacher pour éviter d’être polluée et entachée de scories d’immoralité et d’impiété, ce personnage ne se prend ni pour Dieu le Père, ni pour le fils de ce dernier (qui à en croire les croyants serait en fait le Premier), individu que la ville de Lyon, capitale des Gones et des Gaules a choisi comme icône majeure pour illustrer ses armoiries  (Un Jésus en croix coiffé d’une tiare papale, 2 bouteilles qui symbolisent le Rhône et la Saône), et ni pour un quelconque descendant du couple d’argile qui n’a jamais réussi à pondre le moindre gamin, n’ayant ni le mode d’emploi, ni les couilles pour le faire à cause de ce stupide interdit lié à l’inceste. Et c’est tant mieux.
Mais alors, qui peut donc bien être Pierre Vaissière, s’il n’est ni Dieu, ni son fils, donc ni l’être ni le non-être, car que peut-il bien exister d’autre ? D’où la question initiale : Pour qui P.C.J.V. se prend-il ?

Nous y voilà : l’orgueil étant sans limite, c’est pour Lui-même que se prend ce triste sire, souverain suzerain d’un vassal qui n’est autre que Lui-même. Et c’est coiffé de son entonnoir royal qu’il ordonne le monde, son monde, un monde où il se rendrait grâce d’être le Seul et l’Unique à y vivre si cet Iznogoud de Vassal était parti voir ailleurs s’il y était.

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Bugarach : l’Arche de Pierre

665 autres éléments proches de celui-ci composaient mon orga-jug, du temps où j'avais du souffle

Je m’en bats l’œil de ce que je vois, surtout pour ce qu’il y a à voir, sans compter qu’on nous cache, si ce n’est tout, l’essentiel. Je n’entends rien à ce qui est dit et encore moins à ce qui se raconte, parce que je sais qu’on nous mène en bateau et qu’on ne nous a donné ni rames, ni avirons, ni voiles, ni moteur. Parce que le cinéma ça va un moment, je ne m’émeus pas à ce qui est touchant. Parce qu’ils en rajoutent, je ne vibre pas plus aux autres qu’à mon téléphone portable qui n’a pas eu de funérailles lorsque je l’ai noyé après l’avoir balancé du 10e étage, puis récupéré pour le massacrer à coups de masse avant de le pulvériser au rouleau compresseur. J’ai brûlé ce qui en restait puis l’ai enterré dix pieds sous terre avec l’ensemble de mes illusions, comme le font généralement ceux qui sont loin, mais très loin, d’être nés de la dernière pluie. On me l’a tellement fait qu’on ne me la fait plus, vous croyez quoi ?
Mon rouleau compresseur est un mastodonte, un vrai, je veux dire un proboscidien de la famille des Mammutidæ, que j’ai ramené du tertiaire il n’y a pas si longtemps, si on fait référence à l’âge de la Terre. Un mastodonte transi de froid qu’un résident de mon immeuble –un prix Nobel de physique molléculaire– avait ramené à la vie par une technique de décongélation dont il avait déposé le brevet. Un vieil animal, certes, mais resté vert envers et contre tout. Je l’avais initialement acheté pour réduire en miettes les trop nombreuses bouteilles en verre qu’il m’avait bien fallu siffler pour me fabriquer un orga-jug, des milliers de jugs assemblés, de la fiole de 3cl jusqu’au Nabuchodonosor (mais pas que ça), en passant par le Magnum, le Jéroboam, le Réhoboam, le Mathusalem (parfait pour les vins de garde), le Salmanazar et le Balthazar. Plus d’autres géantes que des verriers me soufflaient sous le nez, mes exigences de qualité me poussant à assister aux opérations. Achat qui m’avait quelque peu surpris et dont le sens profond m’avait échappé, si je considère une tendance affirmée à me débarrasser des objets encombrants (l’inconscient joue de drôles de tours), mais achat auquel de savants calculs, plus tard, me montreraient le bien fondé et une certaine finesse dans cette façon que j’ai de percevoir les choses, fut-ce inconsciemment.
Le souffle coupé d’apprendre –mauvaise surprise– que j’avais une cirrhose m’avait amené à prendre une grande décision, et tant pis pour la musique, et tant pis pour le son tragique et flamboyant de ce qui ressemblait étrangement à celui des trompettes de Jéricho. Mon orga-jug devenu inutile, j’avais pensé m’en débarrasser en foutant tout ce bazar en l’air, façon de parler, vu le poids qui rendait impossible tout envoi dans l’espace à cause de la gravitation, cet effet pervers et stupide dû à la trouvaille imbécile d’un certain Isaac Newton . J’avais imaginé acquérir un marteau-pilon, mais où l’aurais-je installé dans mon appartement du 10e ?  D’où le mastodonte, une sage solution qui, en outre, me permettrait d’avoir un interlocuteur pour cesser d’interlocuter seul à seul, ce qui cesserait de me faire passer pour un doux dingue. Son arrivée, le 23 novembre 2012, et son installation chez moi m’avaient occasionné de nombreux frais, mais sachant qu’on n’a rien sans rien, j’avais fait exécuter l’ensemble des travaux nécessaires : élargissement des portes, hall d’entrée, escaliers, renforcement des dalles et surtout remplacement complet de l’ascenseur pour une cage de 8 x10 x 6 de hauteur, il faut ce qu’il faut. Réaménagements qui avaient incité d’autres co-propriétaires à en faire autant, ou pas loin, pour caser leurs bestiaux dans ce qui bientôt deviendrait, sans que je le sache alors, une arche de Noé salvatrice et préservatrice des espèces. Le voyage de livraison ayant fatigué mon proboscidien peu habitué à la cohue et aux rumeurs de la ville, j’avais attendu le lendemain pour lui faire piétiner l’orga-jug, jusqu’à ce que destruction s’en suive, ashes to ashes, dust to dust.
Féru d’hermétisme, d’ésotérisme et, comme je l’ai signalé, pas né de la dernière pluie, un glyphe de débris de verre m’avait mis en alerte. Au centre de la nappe scintillante des restes de mon orga-jug, un symbole était apparu à l’instant même du coucher du soleil : quatre cerises, chacune avec sa queue. C’est ce que n’importe qui aurait vu, mais n’étant pas n’importe qui, peu s’en faut, l’évidence m’était apparue : le nombre 6666. Derrière lequel se cache le nombre 24. Je vous entends venir et me dire que dans l’autre sens, c’est le nombre 9999 qui serait apparu. Sottises, car dans l’autre sens, rien ne serait apparu, les bris de verre ne recevant pas la lumière de la même façon. Quel jour sommes-nous ? m’étais-je mis à me demander. Nous étions le 24 novembre 2012. Autrement dit, un jour placé sous la vibration du nombre 13, nombre dont chacun comprend aisément toute la portée symbolique. 24 + 11 + 2012 = 2047 = 13. Judas, l’après cycle des 12 mois, la transformation, le changement de plan : néant ou recommencement. Qui n’a jamais parcouru le 479e verset du Grand Livre ne peut comprendre, mais qui l’a lu ne le peut relire sans risque d’être irradié, non par la lumière divine, mais par celle du D.D (Divin Déchu). Ne le peut relire ni même l’évoquer. Je n’en dirai donc pas plus à ce sujet, d’autant que chacun aura compris qu’il s’agit bien de la 479e annonce de fin du monde –la vraie, donc la seule– qui aura lieu le 12 décembre 2012 (12+12+2012 = 2036 = 11 = 2+0 = 20, l’arcane XX, le Jugement après l’attente des 3 x 12) au BOUGARACH (40, nombre caché 20, le Jugement), et non pas au BUGARACH comme l’affirment ceux qui nous cachent  tout, ainsi que de soi-disant ésotéristes à la solde de puissances étrangères démoniaques gouroutisées par de faux prophètes. Rappelons, au passage (arcane XIII) que la somme du nombre 479 est 20, l’Arcane du Jugement, arcane dont la symbolique est suffisamment parlante pour ne pas avoir à rappeler qu’il évoque Jéricho, ses 7 fameux trompettistes soufflant dans les chofars, ainsi que l’Arche d’Alliance trimbalée sept fois autour de la cité, pendant sept jours. Manquaient pas de souffle, dans le temps, contrairement à d’autres.
En prévision du déluge décrit dans ce verset 479, nous avons profondément ancré l’immeuble, étant cependant prêts à lever les ancres au cas où l’eau menacerait d’atteindre la ligne de flottaison située au niveau du plafond du rez de chaussée où est installé un couple de girafes, deux mâles, dont le plus jeune est destiné, si besoin, et grâce à l’intervention du chirurgien du 5e, à devenir une fringante femelle. Dieu, dans son infinie bonté, donnera un coup de main pour que des girafons  des deux sexes soient engendrés. Notre mont Ararat sera le Bougarach, (et non pas Bugarach), on l’aura compris, ce haut lieu spirituel dont l’altitude est garante d’une survie, à condition toutefois que les illuminés qui l’encombrent soient éliminés. Les varans de Komodo, lions, guépards, tigres, crotales et autres scorpions embarqués s’en chargeront, pour peu que nous les ayons suffisamment domestiqués afin qu’ils soient en mesure d’obéir et d’exécuter nos ordres. Je n’y entends rien au langage des bêtes sauvages, mais le dompteur que nous avons dans la place, après un licenciement pour faute professionnelle (une sordide accusation de zoophilie jamais avérée, ni prouvée), est en mesure de leur dicter la meilleure conduite à tenir, diplômé qu’il est, de surcroît, d’un master en anthroposémiotique extorqué auprès d’un jury marron qu’il avait acheté en fournissant à chacun des membres des bons de saillie que lui avaient remis des maquignons peu regardants, lesquels auraient largement mérité d’être traduits en justice par quelque instance de protection animale.
Nous avons fait des réserves de mouches, rampants et autres bestioles pour la gent insectivore largement représentée par les batraciens et les gallinacés ; de foin et gazon que nous n’aurons qu’à planter sur le pont de la terrasse de l’immeuble au cas où le mauvais temps persisterait ; de rongeurs et autres amuse-gueules pour les petits carnivores, plus quelques gazelles ou gentils herbivores pour les plus voraces. Pour être bref, l’immeuble est bourré de bestiaux en tout genre, toute espèce, toute famille, y compris humains des deux sexes, sauf les vieux inaptes à la reproduction que nous avons précipités dans les cages aux fauves qui n’ont daigné y toucher qu’après qu’on les eut affamés. Graines et plants de plantes, fleurs, légumes, céréales et nombre de trèfles à quatre feulles ont été embarqués. L’eau qui tombera du ciel sera stockée dans des outres confectionnées par la couturière du 3e à partir des peaux de bêtes qui passeront nécessairement à la casserole, peaux qu’aura tannées le mégissier qui occupe le 2e, gauche. La petite main en profitera pour confectionner des gilets de sauvetage que le sportif de haut niveau du 10e (mon voisin de palier) gonflera, habitué qu’il est à la gonflette.

Rassérénés, rassurés et assurés de ne manquer de rien au cas où le ciel se déchaîne et que le déluge s’abatte mettant en péril la vie sur Terre, nous avons attendu qu’il fasse des siennes, ce qui n’a pas manqué. Comme d’habitude, pouvoirs publics, météorologues et gourous à la solde des puissants ont caché la vérité, que dis-je, l’ont tue.
Ça a démarré par une pluie de crapauds buboniques et grêlés –à coup sûr une varicelle mal soignée ou un baiser à une princesse boutonneuse– dont le bruit des impacts sur l’asphalte nous a d’abord fait penser à une troupe de danseuses espagnoles armées de castagnettes, ou à une cohorte de pugilistes se distribuant des coups de poing en rafales, ce qui ne m’a pas surpris outre mesure, les danseuses de flamenco ayant le sang chaud, contrairement aux crapauds qui l’ont froid, ou pas loin,. Pas surpris d’autant que, vous l’avez compris, je suis blasé et plus rien ne m’étonne, si je mets de côté les pluies de crapauds vérolés, tout de même plus rares que le clergé d’une certaine époque atteint du même mal.
La pluie est venue début décembre, soutenue, abondante, battante, à verse, et très vite l’eau a noyé le parking souterrain de l’immeuble. Par prudence, nous avons transféré les girafes au 1e étage, puis très vite nous avons levé les ancres et largué les amarres en sectionnant conduites d’eau, de gaz, fils électriques, câbles téléphoniques, sans oublier de déconnecter la prise de terre qui aurait pu provoquer un dangereux déséquilibre de l’immeuble avant de le faire basculer. Et zou, le temps de gonfler à l’hélium une tripotée de ballons gonflables, et vogue la galère, direction le Bugarach. Pardon, le Bougarach. Que certains nomme Boujarach, je ne sais pas pourquoi.

On est le 22 décembre 2012. Bientôt 3 semaines qu’on navigue sur le rafiot de béton, mi porté par l’eau, mi porté par les ballons qui commencent à se dégonfler. Nous n’avons plus d’hélium, mais ça n’est pas grave, car nous sommes en vue de la montagne magico-spirituelle, notre Ararat à nous, le Bougarach où des zozos se sont réfugiés, se croyant sans doute à l’abri dans leurs trous à rats, et attendant je ne sais quel miracle. Jumelles aux yeux, je les vois qui s’agitent, font de grands signes d’accueil.
Nous sommes en approche, prêts à jeter l’ancre.
Hormis le fait que les lions, tigres et autres bêtes féroces n’ont rien dévoré depuis deux jours, ce qui les rend de plus en plus nerveux, notre croisière s’est bien passée. Mais il est temps que nous arrivions et débarquions.
Nous touchons terre, jetons les ancres, lâchons les ballons. Plus les bêtes qui commençaient à faire un foin de tous les diables, foin auquel notre cador en anthroposémiotique en a rajouté ces dernières heures en hurlant après elles, fouet en main. À terre, c’est la curée, la débandade, la fuite inutile, le festin des fauves.
Nous serons très bien ici, constatons-nous en nous félicitant. Le voisin de palier de la couturière, bricoleur de son état, ne va pas tarder à récupérer les saloperies qui jonchent les pentes rocailleuses : calicots, cartons, pancartes où sont maladroitement écrites formules de bienvenue et autres bêtises. Demain, je sellerai Caterpillar pour un viron de reconnaissance. C’est le nom que j’ai donné à mon mastodonte.

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Panne de courant

Le monde moderne est magnifique, sauf quand ça se déglingue.

Nous fumes coupés au téléphone avec ça regarde personne par une panne de courant chez nous, ce qui est bien courant depuis quelques temps. Quand le jus est revenu, plus de téléphone. J’ai suivi la procédure habituelle pour que ça refonctionne, c’est à dire jurons genre “péripapéticienne de lupanar de fèces, font caguer !”, ce qui n’y a rien fait. L’a fallu que je bigophone à monsieur Fournisseur d’Accès quand même moins désaxé que dame Electre, ça a duré des heures et ça a finalement marché quand ils ont bricolé à distance. Qu’est-ce qu’on fait pas aujourd’hui ! Je veux dire eux, pas nous. L’a quand même fallu que je fasse ça d’une cabine, normal, une fois épuisé le crédit de mon portable .
Puis deuxième coupure de courant, vicelarde. Re-jurons, re-cabine, passage par le bureau de tabac pour acheter une recharge.
J’étais bien avant, sans téléphone et sans internet et sans courant électrique et sans douche et sans lumière sauf les bougies qui puaient dans le temps même que ça durait des heures et sans les bagnoles qui quand elles tombent en rade nous font dire des grossièretés et de très vilains mots bien pires que crotte de bique et tellement pires que, mon surmoi étant au-dessus de mon moi, il m’en a interdit toute souvenir, n’ayant pas les moyens de la souvenance.
À part ça la vie est belle, toujours aussi vaine, surtout pour ceux qui en manquent, encore heureux qu’elle soit drôle, tellement drôle. Grâce à la technologie le monde va bien, et si nous allons mal nous faisons comme si nous allions bien, et patati et patata. De quoi aurions-nous à nous plaindre ?Tout ça à cause de parce que nous sommes dans l’ère de la communication. Ouaf !

J’ai essayé d’appeler de mon portable censé bien se porter, mais nib de nib pour avoir quiconque qui compte. Le non sens partout, le bon sens parti, ou interdit. Les accus, précédemment vidés, acculés à la panne. Recharge. 

Trois heures plus tard et courant rétabli j’ai expédié un pelle-mêle qu’a pas voulu entrer dans la boîte du destinataire et qui s’est repointé dans ma bécane. Qu’est-ce qu’il faut pédaler pour avancer ! C’est pas le tout d’avoir Internet, il faut que ça marche, et ça ne marchait pas.

Au final, je crois que je m’en vas lui télépather pour entendre sa douce voix de sorcière lubrique, quoique un peu roussie du cheveu, comme son drôle de chat roux avec ses drôles de miaulement. 
Voilà ce que j’vais lui dire : « Je me demande si tu ne t’es pas faite avoir et si on ne t’a pas refilé un médor ou un truc comme ça. Je t’avais pourtant prévenue : achète rien sur Internet. »

C’est épatant la télépathie, ça marche par tous les temps : passé, futur, présent. C’est autre chose que les machins modernes. Du coup elle pourra annuler son abonnement au chat, que c’est même pas sûr que ça en soit un, et jeter au feu téléphone, ordinateur, friteuse électrique et douche, avec leurs modes d’emploi traduits du Coréen en arabe, de l’arabe en ouzbèque oriental et de là en belge, par un Chinois qui œuvre pour le bien-être de l’humanité dans un pays d’Afrique dont on n’a aucune garantie qu’il existe.

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Rêve de Pape, rêve de Papesse

— Le Pape est mort. Un nouveau Pape est appelé à régner.
— Araignée ? Quel drôle de nom, pourquoi pas libellule ou papillon ?
                                                                                       Comptine

Plus tard, à n'Avignon

Eh voui, il est mort. Comme quoi, on a beau croire en Dieu, hein ! Enfin, c’que j’en dis…
Hélas ou tant pis, ce n’est qu’en rêve. Un rêve pieux, comme on dit quand on y est, je veux dire au plumard.
J’ai rêvé que j’étais Pape, Le Pape. Ou plutôt La Pape, la Papesse, si vous voulez. Qu’on m’explique pourquoi on ne dit pas la Mamesse, hein ? Ou la Mômesse, si la Pape est une fille, jeune et tout. Mais faut pas rêver et ça n’est n’est pas demain la veille ni l’avant veille de l’Avant qu’on verra sur le trône épiscopal une gonzesse. Accorte et court vêtue, comptez-y encore moins. Tout à fait entre nous, mieux vaut cela, car avec tous les frustrés qui se baladent dans les couloirs vaticanesques, ô misère !

Mon rêve, où je suis une Papesse. Je vous le raconte.
Je m’en sors bien, étant d’un âge canonique, ce qu’indiquent sans équivoque  mes traits marqués et mon teint d’amateur de vin . J’ai réuni mes 4 cardinaux préférés pour faire le point au sujet du machisme d’état… pontifical. Un blondinet aux yeux clairs de par chez nous, puisqu’il est polak ; un beau noir tablette chocolat, délicieux dans sa robe pourpre, même si je le trouvais plus craquant en violet Milka ; un chinois bon teint Gitane maïs –bien obligée depuis que la Chine s’est éveillée– ; plus un latino aux yeux de baise braise. Vous l’aurez compris, venant des 4 directions, car ne perdant pas le nord, je ne voulais pas avoir d’embrouilles, du genre qu’on me traite de raciste. Ce que je ne suis pas, aimant à égalité le bortsch, (bien que ça me fasse flatuler, mais insuffisamment pour monter en ligne directe au ciel) ; le bobotie qui fait toujours un effet bœuf sur mes invités végétariens qui s’obligent à l’avaler par déférence, quels cons ; le moo shu qui me rappelle avec émotion mon cochon de prédécesseur que j’aurais bien découpé en rondelles ; et le tamal farci au dindon et non pas à la viande d’agouti, bestiau dont le genre cuniculus me coupe l’appétit gastrique, tout en excitant mon appétit sexuel sur lequel je ne peux que m’asseoir : l’heure c’est l’heure, mais quand c’est pas l’heure, salé ça l’est pas. Et ça ne l’est pas non plus lorsque ça n’est plus l’heure, ce qui est le cas, vu mon âge tout de même moins avancé que le promontoire de quelques jeunes évêques un peu trop souvent en demande d’audience à mon goût, queue que leur bouquin de punaises de bénitiers ne parvient pas à voiler.

« Une femme Pape ? Vous n’y pensez pas » ont commencé à me baratiner mes quatre cardinaux. « Et moi, alors ? » leur ai-je dit. « Vous êtes Mame, pas Pape » ils m’ont répondu faux derches. Puis chacun son tour, dans l’ordre de la rose des vents et dans le sens des aiguilles d’une horloge comtoise, ils y sont allés de leurs justifications à la mords-moi le nœud mords-moëlle.

— C’est qu’il faut être sacrément couillu et costaud pour être pape, ma bonne dame, ne serait-ce que pour évincer les enfoirés qui veulent vous évincer.
— Ça oui, faut pas manquer de couilles, comme quand il s’agit de prendre parties parti pour…
— Vous imaginez une gonzesse lever une armée pour les croisades ?
—  Ou mener la lutte contre les hérétiques, les cathares, les albigeois, les communistes, et tout.
— Armer des surineurs pour égorger les protestants, vous croyez quoi, que c’est à la portée d’une faible femme ?
— Et les gamins, hein, les gamins ? Vous vous imaginez en train de leur prodiguer des attouchements ? Ça serait un rien déplacé, et même au cas où, c’est qu’il faut assumer. Et pour assumer, sûr qu’il faut être couillu.
— C’est tout bêtement ça, les burettes, faut en avoir. Les burnes, quoi.

Les mecs, dans toute leur splendeur..
Mais comment suis-je devenue Pape lMame, vous demandez-vous ?

Pas compliqué. Ça faisait un bail que je briguais le poste. Pour les ors, les honneurs et le pouvoir, tout comme mes prédécesseurs, qu’est-ce que vous croyez ? Et pour enfin avoir accès au secret le mieux gardé du  Vatican : ses caves profondes, leurs somptueux pinards et divins spiritueux. Quelques gâteries goulues à Sa Sainteté Popaul VI ou IX –c’est flou dans mon rêve– ont eu vite fait de le vider de sa substance et de mettre un terme final à la vie pas monacale  pour un sou de ce vieux débris. Après tout, il était mort en paix et s’il avait voulu continuer à faire son cinéma avec ses prêchi-prêcha, il aurait fallu qu’il se contrôle et se retienne de baver sur sa robe blanche quand il me reluquait.
Restait à résoudre le problème des érections élections. Pas une mince affaire ? Oh que si ! Mettre dans ma poche les 4 principaux cardinaux, qui font la pluie et le beau temps, a été un jeu d’enfant : ma poche kangourou, celle accueillante et pleine de promesses ou les quatre zozos ont eu vite fait de mettre au chaud leur petit oiseau –pas vraiment une colombe– en le sortant de leur slip kangourou..

C’est ainsi que j’ai succédé au pape mort, sous le nom de Hanneton Ie Jeanneton Ie, nom qui ressemble plus à Hanneton que Libellule, stupide odonatoptère que seules les grenouilles supportent, ou Papillon, ce lépidoptère prétentieux dont les couleurs chamarrées font tache sur les vertes prairies.

Si les quatre suppôts de Satan ont vendu la mèche ? Avec la petite chansonnette que je leur ai poussée le jour de mon élection, aucun risque. Vous savez : « Jeanneton prend sa faucille, la rirette, la rirette, etc. Ils tenaient bien trop à la leur, de mèche.

J’ai papauté un temps, celui de tirer le plus possible de marrons du feu et jusqu’à ce que j’en ai ras la mitre des courbettes, génuflexions et autres simagrées qui font peut-être plaisir au Très Haut et à mon médecin –à cause de mon arthrite qui le fait vivre–, mais pas à moi, nom de dieu.
J’ai réuni la Curie, ai rendu mon tablier ma crosse, ma mitre ma Mamamobile et me suis barrée en Provence, à n’Avignon où j’ai fait danseuse sur le pont pendant quelques mois. Puis l’envie m’a reprise de refaire Pape, je dis bien pape. Sauf que… J’ai fait mander mon médecin qui a rappliqué dard-dard dare-dare de Rome. « Tu m’as beaucoup manqué my love », m’a-t-il susurré en italien. Hé bé, profite-zan  lui ai-je répondu ainsi pour faire couleur locale, car je t’ai fait mander afin que tu me mettes les seins à plat et que tu m’installes des attributs de couillu. « Je n’en ai pas pris sur moi » m’a-t-il répondu penaud, l’air vaguement inquiet lorsqu’il a perçu mon regard gourmand. « T’affole pas, mon biquet, » l’ai-je rassuré, « je te l’avais caché, mais d’un coup de faucille j’avais récupéré les attributs de Popaul, Popaul combien au juste ? ». Il m’a répondu  « Popaul VI-IX, il diavolo, le diable, et tu dois bien savoir de quoi je parle ».
Outil de chirurgien dans une main et colle cyanoacrylate pour maquette dans l’autre (vu la taille des organes, c’était amplement suffisant), il m’a raboté la poitrine et branché le tuyau d’évacuation, plus les clochettes, si utiles à l’offertoire.
Pas conne pour un sou, j’avais auparavant profité de mes prestations de danseuse pour  allumer quelques prélats qui se prélassaient à me reluquer en se tripotant. Des évêques ou cardinaux pour le boulot, plus quelques sans grade pour l’agrément. Se défroquer pour s’envoyer en l’air est une chose, se faire défroquer pour s’être baladé au septième ciel en est une autre : on m’a élu(e). Ne restait plus qu’à me faire examiner, tâche dévolue au plus sénile des membres de la Curie dont le membre est garanti comme n’étant plus qu’un vague souvenir. On ne sait jamais, car après tout, personne n’est à l’abri de pulsions gérontophiles. Ce qui a été fait, une fois mon auguste fondement installé sur une chaise percée. Ah, les vieilles mains calleuses sur ma nouvelle anatomie !

Inspection faite, le vieillard s’est relevé, sa face rubiconde se confondant avec le pourpre de sa robe, puis a fait l’annonce apostolique officielle à voix haute comme il a pu : « Duos habet et bene pendentes » (« il en a deux, et bien pendantes »), ce à quoi le chœur des cardinaux a répondu : « Deo gratias ». Puis il s’est effondré, sans doute victime de quelque pernicieuse vision à laquelle sa foi n’a pu résister, pas plus que son cœur.

Vétu de ma mitre et bien carré dans mon saint siège de velours au Saint-Siège à n’Avignon, j’ai vécu tout ce qu’un homme peut attendre de la vie. Je parle des choses agréables, bonnes, délicieuses, diaboliquement délicieuses ; je n’en dirai pas plus. Bref, j’ai fait la vie en menant bon train.

C’est là que s’arrête mon rêve. Je ne sais même pas combien de temps mon pontificat a duré. Saloperie de satané réveil qui m’a tiré de la dolce vita.
Merde de merde, je suis à la bourre. Il doit y avoir une file d’enfer. Et remerde, où j’ai bien pu fourrer la clé de l’église et celle du confessionnal. Font chier avec leur putain de plan anti-pirates et leurs putains de directives. J’aimerais les y voir, moi, ceux de l’évêché.

— Ma p’tite Jeanneton, vous me faites un café vite fait, je vous prie.
—  Il est servi, m’sieur l’curé, il est servi. L’est encore tout fumant.

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